‹ Le mécanisme cérébral de la penséeChapitre 43 sur 51 · F. LeDantec Les lois naturelles. Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

F. LeDantec Les lois naturelles. Paris, F. Alcan

réunies plus haut, suffisent, semble-t-il, pour éclairer les détails de ce mécanisme.

L'importance de ce fait pour la psychologie ne présente pas le moindre doute. Ce qui Ta empêché jusqu'à présent de devenir une science exacte, malgré l'introduction de la méthode expérimentale, c'est l'imprécision de certaines données sans équivalent objectif, telles que l'esprit, le « moi », l'inconscient. Qui est-ce qui croit aujourd'hui à l'existence réelle de l'esprit ? Fort peu de psychologues, mais cela ne les empêche pas d'employer ce terme, ou d'y rapporter des variations tout à fait précises de la vie mentale. « L'esprit opère, le « moi » perçoit ou ne perçoit pas... » Et l'inconscient? Y-a-t-il quelque chose de plus vague que ce terme et cependant y en a-t-il un de plus courant dans la littérature psychologique et même médicale ? C'est qu'il sert à désigner — avec une attribution très vague — des faits très réels.

Les conclusions que nous venons de tirer de l'étude objective des phénomènes mentaux mettent fin à cet état de choses. Les entités métaphysiques que nous venons de citer, se trouvent remplacées par des notions objectives tout à fait précises. A la place de l'esprit on trouve maintenant le mécanisme des réflexes cérébraux, à la place du « moi », le complexus central de ces derniers. Et même l'inconscient prend maintenant une signification tout à fait réelle et précise. Ce sont les réflexes dont les voies sont tracées dans le système nerveux du cerveau, mais dont la reproduction ne dépend pas du complexus central neuropsychique de l'individu.

Nous savons que les réflexes consolident les voies par lesquelles ils passent en raison de leur intensité sensorielle et de la fréquence de leur répétition. D'autre part, nous savons aussi qu'ils se reproduisent en vertu des associations établies dans les centres cérébraux. Il s'en suit que tous ne sont pas également susceptibles de reproduction. A côté des réflexes qui se reproduisent facilement et sont, pour

ainsi dire, d'usage courant, il y en a d'autres qui ont leurs voies toutes tracées, mais dont la reproduction dépend du hasard des associations cérébrales.

Voilà ce qui correspond objectivement à la notion subjective de l'inconscient, du moins dans la plus grande partie; car pour être complet il faut ajouter qu'accidentellement le réflexe le plus usuel peut devenir inconscient. 11 suffit qu'il se reproduise indépendamment du noyau central des réactions neuro-psychiques qui représente la « conscience de soi » de l'individu.

On peut donc dire que l'inconscient se trouve par là nettement localisé dans le cerveau, étant rattaché non pas à une région spéciale de ce dernier, mais à une modalité particulière de son fonctionnement.

Avec cet éclaircissement le terme même de l'inconscient comme se rapportant à tout un ensemble de phénomènes objectifs qu'il est difficile de désigner d'un seul mot, va probablement se conserver dans la psychologie, mais le terme « esprit » doit en disparaître ou du moins perdre toute valeur scientifique comme Ta déjà perdu la notion de la volonté ! Et cela fait que l'étude des phénomènes mentaux devient aussi précise que la biologie.

Comme l'a très bien dit Bechterew, « le réflexe étant un produit de l'irritabilité cellulaire, les phénomènes psychiques se trouvent rattachés aux propriétés élémentaires du protoplasme. Par là s'établit l'unité de toutes les manifestations de la vie organique depuis la contractilité des protozoaires et des prototypes jusqu'aux actes de l'homme qui ont si longtemps parus dirigés par une force étrangère1 ». Mais contrairement à lui qui ajoute que ce résultat a été obtenu par la psychologie objective « comme ne l'aurait fait aucun procédé d'introspection », nous affirmons que cette œuvre n'a pu être menée à bout que grâce

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