J. Pawlow, ibid., p
étroit. Bechterew, par contre, avant d'avoir abordé le terrain expérimental, avait déjà une conception objective des phénomènes psychiques et lorsqu'il eut à passer aux expériences, il leur donna une portée bien plus étendue. Dès la première esquisse d'une psychologie objective1, posant en thèse, encore assez vaguement, que « les processus neuropsychiques sont analogues par leur développement aux réflexes et, comme ces derniers, ne se séparent en aucun point de leur base matérielle », il comprenait dans ce schéma non seulement le côté actif, mais aussi le côté représentatif, ou, si l'on aime mieux, conscient du phénomène. La conscience était pour lui « un produit de l'énergie des centres cérébraux », dans le sens qu'un phénomène inconscient devait être « un processus nerveux n'ayant pas atteint un degré de tension nécessaire pour rillumination interne subjective des phénomènes ». Cherchant ensuite à saisir tout cela d'un peu plus près, il décomposait le réflexe en cinq moments successifs et concluait que le passage à l'état conscient, doit consister « dans le retentissement de la réaction centrale sur plusieurs centres neuro-psychiques » ou elle était « retenue transformée, multipliée par les sensations musculaires et fixée sous forme subjective de représentations, laissant une trace capable de se ranimer » .
Quelque incertaine que fût ici la notion du retentissement, elle donnait au processus nerveux une extension bien plus considérable que dans le schéma de Pawlow. Elle offrait au moins quelque chose qui pouvait répondre aux préoccupations des psychologues. Depuis, la conception de Bechterew s'est notablement transformée et précisée. Dans son manuel de psychologie objective qui vient de paraître en français » il se désintéresse, il est vrai, de l'appréciation des phénomènes psychiques en tant que
1. VV. Bechterew. La psychologie objective. Westnik Psych., 1904, et Revue scienti/'., 1906.
-2. W. Bechterew. La psychologie objective, Paris, F. Alcan, 1913.
conscients ou non, mais reconnaît que la conscience n'est ni une quantité inutile, ni une qualité stérile du travail neuro-psychique. Pour lui, c'est un symbole subjectif de certaines variations dans l'état de l'organisme simplement trop fugitives pour être établies dans chaque cas particulier. Mais s'il renonce à les saisir, il n'en nie pas du tout l'existence et indique même comme corrolaire objectif, pouvant servir de critérium au psychisme, la ?nodification du réflexe par C expérience antérieure du sujet. Ce qui distingue pour lui un acte neuro-psychique d'un simple réflexe, c'est que celui-ci présente une réponse mécanique, stéréotype de l'organisme, tandis que dans l'autre la réaction dépend de l'état momentané de l'individu et peut être modifiée par des facteurs internes. S'il est difficile de dire jusqu'où va cette modification, jusqu'à rendre l'acte conscient ou non, le fait môme peut être constaté objectivement, sans le témoignage de l'individu. « Prenons, comme exemple, l'action du son, dit-il, dans une étude spéciale sur le même sujet. On sait qu'un son assez haut et subit fait tressaillir l'individu d'une manière purement réflexe. Point n'est besoin pour cela d'expérience personnelle, car cet effet est basé sur une capacité innée de l'organisme. Dans ces conditions un nouveau-né tressaillira comme un adulte. Il en sera tout autrement sous l'effet d'un excitant analogue, mais ressemblant au grognement d'une bête fauve. Chez l'adulte qui connaît le danger, il provoquera non seulement le tressaillement, mais encore la fuite, et l'on ne saura nier que ce dernier acte ne constitue une réaction neuro-psychique, car il sera provoqué non seulement par le son, mais encore par l'expérience antérieure de l'individu. En effet, l'enfant qui n'aura jamais entendu de bruit pareil et l'adulte qui manquera d'expérience, ne manifesteront jamais de réaction aussi violente. Ainsi, sans entrer dans l'analyse des phénomènes subjectifs, sans soulever le problème du conscient et de l'inconscient, on peut recon-
naître un mouvement pour une réaction neuro psychique '. »
r*-I]'- est la modification vue du dehors dans l'attitude du sujet. Mais ce n'es! pas encore tout. 1,;» variation extérieure doit correspondre à quelque chose dans le mécanisme même de la réaction et ce quelque chose, Bechterew le définit comme « reviviscence des traces Lissées par les réactions antérieures » ayant pour effet !<■ renforcement ou l'inhibition de la décharge.
Disons enfin pour dissiper tout équivoque que ces traces il les comprend comme des changements moléculaires dans les voies du système nerveux facilitant lareproduction des vibrations du même rythme2.
On voit combien le schéma 'les phénomènes psychiques est plus complet ici que chez Pawlow. 11 en résulte aussi une organisation bien plus large des expériences.
Tout d'abord, appliquant ce schéma a des phénomènes très variés. Bechterew ne crut pas juste de limiter l'étude à un seul type de réaction, à la sécrétion salivaire. 11 choisi!, lui, un phénomène plus général, la réaction motrice. Si cette dernière est généralement plus complexe, elle présente différents degrés de complexité et en prenant pour objet le réflexe plantaire ou la contraction d'une patte on ne rencontre pas plus de difficulté qu'avec la sécrétion de la salive. Par contre. Bechterew s'est trouvé bien vite récompensé de son choix, car. passant d'un mouvement simple à d'autres plus complexes, il ;i reconnu par l'expérience qu'on peut obtenir le même résultat avec les réactions dites symboliques et, enfin, avec les mouvements personnels ou volontain s.
Ainsi, dans les expériences (\r< \Y Xerpen et M"1 Dobrotworskaïa il a substitué au. réflexe plantaire un mouvement convenu, consistant dans la pression d'un doigt sur une
1. W. Bechterew. Les problèmes de 1;) psychologie objective, Journ. depsych. norm. et path., novembre, décembre M'09, p. 487.