D' Nue!, La vision
Mais une lois qu'on a admis son point de vue et qu'on s'est familiarisa avec sa terminologie, on reconnail facilement
que son essai confirme la conception motrice de la vision et la pousse môme encore plus loin.
Fidèle à son principe d'écarter toutes les données introspectives et d'étudier uniquement la manière dont les photoréactions observées chez les animaux se développent et se compliquent chez l'homme, il commence par décrire l'héliotropisme des animaux inférieurs, le passage de dermatotiopisme aux réactions d'un organe spécial de la vue et les progrès successifs de cet organe, des somato-réactions générales constituées par un simple mouvement du corps, aux icono-réactions accompagnées d'une distinction plus fine des détails de l'objet. Abordant ensuite la vision de la direction chez l'homme, il reconnaît que « les photo-réactions de la rétine ne sont parfaites qu'au niveau des cônes de la fovea » et constate que l'adaptation progressive de l'organe produit une modification du mécanisme primitit « de façon que maintenant, comme premier effet d'une photo-réaction non maculaire il survienne un mouvement somatique qui tourne la rétine iconoptique vers l'objet ». Ce mécanisme complémentaire se compose, d'après lui, de mouvements fixateurs du corps, de la tête et de l'œil, mais le réflexe oculaire se développe graduellement et finit par remplacer les autres. C'est le jeu de ce réflexe qui renseigna sur la direction de l'objet.
Un besoin physiologique analogue est de voir non pas avec des parties quelconques, mais avec les parties congruentes des deux rétines; il produit un autre réflexe, de convergence, dont le résultat le plus important est de renseigner sur la distance de l'objet.
Mais L'étude de ces deux réflexes ne se limite pas, chez Nuel, à leur but physiologique. Sans vouloir entrer dans l'examen des données psychologiques, il tient tout de même compte de celles-ci et, se demandant quel est leur rapport au mécanisme objectif de la vision, arrive à une conclusion
ETUDE OBJECTIVE DE LA VIE MKNTALE 2i>
de la plus haute importance. La physiologie des sensations nous enseigne, dit-il, que « les phénomènes de conscience objectivante n'accompagnent que les réflexes sur les muscles de la vie de relation », les réflexes sur les organes viscéraux étant tout à fait inconscients, il faut en conclure que les phénomènes de la conscience ne se rattachent ni au réflexe de direction, ni au réflexe de convergence, qui sont des processus purement oculaires, mais au réflexe somatique ou cérébral qui est modifié par ceux-ci. « L'erreur à peu près générale, dit-il plus loin, consiste à rattacher la localisation psychique directement aux mouvements oculaires, alors qu'elle est l'épiphénomène psychique de la photo-réaction somatique. En général, nous n'avons conscience de nos réactions qu'en tant qu'elles ont un rapport direct avec le monde extérieur; nous n'avons pas conscience des réactions de nos organes viscéraux, et l'œil en est un. Les photo-réflexes somatiques deviennent conscients dans une phase qui suit celle qui a ressenti l'influence de réflexe fixateur ' » c'est-à-dire dans la phase cérébrale.
L'étude objective va ici plus loin que n'avait osé s'aventurer la physiologie des sensations qui se doublait d'analyse psychologique. Lorsque Bourdon affirmait que les sensations tactiles et musculaires de l'œil sont trop peu différenciées pour déterminer la perception de la forme, et qu'il reconnaissait, d'autre part, l'insuffisance des sensations rétiniennes, c'est, peut-être, la nature des données psychologiques qui l'empochait de les rattachera d'autres processus moteurs, à ceux qui atteignent les centres supérieurs du cerveau. Et la question restait en suspens. Nuel bénéficie en cela de ce qu'il est libre de tout bagage psychologique. Résolu à ne s'appuyer que sur des données objectives, il passe hardiment des processus oculaires au processus cérébral et résout le problème dans un sens encore plus favorable à la conception motrice des phénomènes mentaux.