Dr Nuel, loc. cit., p. 16o
Pour- lui, l'acte visuel se compose de réactions en partie simplement oculaires, en partie somatiques ou cérébrales ; les premières modifient la seconde et en cela peuvent être considérées comme agissant sur la perception de la distance, de la grandeur, du relief, etc., mais les données propres de la conscience ne peuvent être rattachées qu'à la réaction cérébrale, n'acquièrent leur valeur subjective que dans la phase cérébrale de réflexe.
Cette conclusion était évidemment trop hardie pour s'imposer du coup aux psychologues, quoique l'auteur ne se lit pas faute d'y revenir plusieurs fois en termes tout à fait explicites. « Dans notre manière de voir, dit-il plus loin, le processus nerveux cérébral provoqué par une photo-réception, mérite le titre de représentation visuelle au môme titre que ce même processus lorsqu'il est reproduit, suscité à nouveau par voie d'association cérébrale, sans le secours d'une photo-réception actuelle. C'est à cette cèrébration qu'on donne le nom d'image ou de représentation visuelle. »
L'œuvre de Nuel achève l'évolution commencée par Wundl, la substitution à la sensibilité rétinienne d'un processus cérébral. Le problème psychologique de la vision reste encore assez obscur. Les travaux plus récents de l'optique physiologique portent beaucoup plus sur la partie oculaire du processus et se trouvent détournés de la valeur psychologique de ce dernier. On ne sait donc rien ni sur la phylogénèse des images visuelles, ni sur leur formation actuelle chez l'individu, mais une chose semble déjà acquise, c'est que la sensation rétinienne est très rudimentaire et indépendante de la conscience des formes comme aussi des distances et des grandeurs qui relève uniquement du processus cérébral. C'est-à-dire, l'image rétinienne peut contenir certaines de ces données, par exemple la forme, mais la perception consciente de celles-
l.Nuel, ibid., p. 256.
ci exige un réflexe cérébral et — ajoutons-nous de notre côté — la modification de celui-ci par l'expérience antérieure de l'individu. Sur ce point les travaux de Bourdon et de Nuel gardent toute leur valeur et modifient la théorie des perceptions visuelles dans un sens tout à fait favorable à la conception objective des phénomènes mentaux.
Le problème de l'audition est peut-être encore plus complexe que celui de la vision et, par suite, encore plus éloigné de la solution définitive, mais là aussi l'hypothèse d'une empreinte périphérique sous forme de résonnance se trouve remplacée par un processus réactif. La théorie de la résonnance avait attiré dès son apparition de nombreuses critiques et les corrections qu'on y introduisit, ne tardèrent pas à la dénaturer. Ainsi, dès l'essai de L. Hermann1 qui remplaçait les résonateurs mécaniques par des organes nerveux capables de s'adapter aux vibrations d'un certain rythme, l'hypothèse d'une empreinte passive se trouvait déjà abandonnée. L'ébranlement mécanique se changeait en un processus nerveux. Dans la suite la difficulté d'expliquer tous les phénomènes de consonnance et de dissonnance faisait abandonner également la spécification des fibres nerveuses et dressait en face du processus moléculaire une conception toute différente, celle d'un processus molaire. On supposait notamment que les fibres de Gorti, loin d'être spécifiques, laissent passer tous les sons qui se distinguent alors selon l'altération de tout l'organe. D'après Ewald, la différence dépendait de l'extension transversale de l'onde dans l'organe de Corti", d'après Meyer, du nombre des terminaisons nerveuses qui se trouvaient atteintes par celle-ci3. P. Bonnier comprend ce processus encore plus largement, comme un va-et-vient de milieux
4. L. Hermann, Zur Lehre von der Klangwahrnehmung, Pflugers Archiv., Bd ii6.
2. Ewald. Zur Physiologie der Labvrinth's : einc neue Hoehrtheorie, Pflugers Archiv., 1899, Bd 76.
3. M. Meyer, Ueber die Tonverschmelzung und die Théorie der Consonnanz, Zeitsch. f. Paych. u.Phys. der Sinnesorg,, Bd. XI11.
successifs, solidaires, petits et suspendus *, depuis I»- tvmpan jusqu'à la fenêtre ronde, formant dans son ensemble « un appareil enregistreur ». Le dernier mot est tout à fait caractéristique. Il indique bien que l'audition ne se rattacbe plus à ce qui se passe dans l'organe récepteur; ce dernier n'a que la valeur d'un transformateur, comme l'appareil télégraphique qui transforme la parole en signes conventionnels ; la perception se ferait alors selon la différence des courants nerveux produits par ces signes. Ces derniers peuvent être figurés de plusieurs manières. Tominga les comprend comme des secousses i, Zwaardemaker 2 et Gaetschenberger3 comme des pressions sur le nerf auditif, mais dans un cas comme dans l'autre, il en résulte un réflexe nerveux analogue à celui qu'on a trouvé dans les perceptions visuelles.
Telle est l'évolution qui s'accomplit dans la physiologie du sens auditif. Elle est évidemment loin d'avoir abouti à une formule complète et précise, mais la direction qu'elle prend n'en est pas moins significative. Elle se fait dans la même direction que l'évolution de l'optique physiologique et doit avoir pour résultat de faire rentrer les données de ces deux sens dans le schéma d'un réflexe cérébral. Si tel est en effet le mécanisme des perceptions visuelles et auditives, nous n'avons plus aucune difficulté pour rattacher le développement delà vie mentale au schéma des réfle.\»> cérébraux. Nous savons par l'expérience — et les recherches de Bechterew et Pawlow le confirment abondamment — que les réflexes nerveux se consolident par l'exercice et s'étendent par voie d'association. Un réflexe qui s'opère produit dans les voies nerveuses des changements molécu-