‹ Le mécanisme de la colonne vertébrale scoliotiqueChapitre 4 sur 7 · V. Arcs Ycrtèbraux · texte numérisé non relu

V. Arcs Ycrtèbraux

La scoliosG n est pas seulement une colonne tordue, mais encore une colonne inclinée de cote. Si les vertebres cunéiformes, tant que nous sommes restés dans le domaine des corps vertébraux, nous ont fait voir cette déviation latérale de la manière la plus frappante, nous rencontrons, en étudiant les arcs vertébraux, un autre phénomène tout à fait merveilleux.

Il s’agit de la torsion visible sur la projection frontale (par conséquent se produisant autour d’uii axe sagittal imaginaire), torsion dont il à été question à la fin du troisième chapitre. Seeger avait été frappé de ce que dans certaine vertèbre, l’arc semble en rotation autour d’un axe sagittal. Mais il ne sut pas interpréter ce phénomène; il le mentionna à titre de chose surprenante.

J’étudiai le même phénomène plus tard et plus attentivement; j’}' soupçonnai une loi. Ce ne fut qu’en examinant des colonnes vertébrales désarticulées que j’arrivai à mieux comprendre le fait.

Dans un premier travail,*) j’iuistai sur ceci, c’est que ce phénomène se remarque sur les vertèbres obliques et j’en représentai une, tirée du segment dorsal. Dans un second travail,**) je fis remarquer que ce phénomène s’étend aussi des vertèbres obliques aux vertèbres cunéiformes; mais je n’avais pas alors assez de vertèbres isolées.

Aujourd’hui je puis donner plus de détails.

Si l’on examine la fig. 17a et &, on remarque que l’arc semble être opposé aux stries de la vertèbre oblique.

Si nous prenons une colonne vertébrale tà deux courbures opposées, nous aurons aussi deux séries de vertèbres obliques. La série inférieure forme la transition entre les deux courbures; la série supérieure forme la transition entre la courbure supérieure et la partie supérieure de la colonne vertébrale qui monte d’une manière normale ou se trouve un peu penchée en sens opposé. Sur les deux séries, se montre la torsion des ares vertébraux, suivant constamment une môme loi; l'arc étant toujours placé dans une direction opposée aux stries du corps vertébral.

Admettons que la courbure d’en bas soit une courbure lombaire avec la concavité à droite la série suivante des vertèbres obliques (de 2 à 3) vers le haut, sera striée de gauche à droite et de bas en haut. L’arc de ces vertèbres obliques a donc sa ligne médiane verticale dirigée de droite à gauche et de bas en haut.

*) Théorie de la scoliose, 1890.

■■*■•*) Zur Anatomie der Skoliosc. Wiener klinische Eundscliau. 1895.

Fig. 32.

La série supérieure des vertèbres obliques est inclinée de droite it gauclie et de bas en haut et décrit une ligne oblique. Les arcs ont leur ligne verticale oblique de gauche îi droite et de bas en haut.

En outre, il ne faut pas oublier que les vertèbres obliques sont détachées et placées sur la surface basale inférieure; car la courbure placée entre deux séries est-elle très accusée, les vertèbres obliques peuvent alors être situées tout à fait horizentalement; il faut donc se les figurer disposées verticalement (fig. 32).

Si 1 on se représente une courbure très faible, mais cependant avec les vertèbres obliques bien développées, le fait nous apparaîtra comme si la torsion des arcs en question avait pour résultat de faire tomber les lignes médianes des arcs des deux séries presque dans la même verticale.

Or, si l’on examine par rapport à ce phénomène, une vertèbre prise il part, ou pourrait penser, à première vue, que les arcs sont tordus, déjcà dans leurs racines, vers le corps vertébral.

Dans une vertèbre normale, la section frontale de ces deux places où les racines des arcs sont implantées dans le corps, nous donne deux ellipses situées verticalement. Dans une vertèbre oblique avec la torsion frontale susdite des arcs, on devrait donc s’attendre à obtenir par la section deux ellipses situées obliquement.

Il n’en est pas toujours ainsi. Un simple coup d’oeil jeté sur les racines des arcs, prouve souvent que ce ne sont pas elles qui subissent la torsion. Abstraction faite de quelques légères asymétries, qui ne prouvent rien, elles sont implantées sens torsion dans le corps vertébral. La torsion doit donc se produire plus en arrière. Mais dans d’autres cas, on voit distinctement que les racines des arcs interviennent elles-mêmes pour produire la torsion; on voit la torsion naissante en ce que cette ])artie des racines des arcs, qui porte les facettes articulaires, en un mot le bord surpérieur, se recourbe. On voit ensuite l’insertion oblique correspondante de la racine entière de l’arc, et enfin l'une des racines de l'arc tordue, l’autre non. A quoi tout cela tient-il? La réponse n’est pas facile.

En somme, il se produit une torsion même très accusée de l'arc sans une inclinaison correspondante des pédicules dans les vertèbres lombaires; tandis qu’une torsion des pédicules n’est pas rare dans les vertèbres dorsales.

Mais si l’on considère aussi les vertèbres cunéiformes les plus voisines des vertèbres obliques, on s’aperçoit qu’elles présentent la même torsion.

Supposé que nous ayons constaté une torsion à gauche dans la II et la I vertèbre loml)aire (et que cette vertèbre fut une vertèbre oblique),

on verrait, le cas étant donné, la mC'me torsion dans la 12 et la 13 vertèbre dorsale qni ne sont plus que faiblement cunéiformes.

On constate ainsi que la torsion frontale n’est pas une propriété des vertèbres obliques, mais des arcs vertébraux en général.

On est bientôt convaincu qu’il se passe ici des faits très compliqués.

D’abord on remarque que la torsion si fortement accusée dans les vertèbres obliques, diminue en intensité dans les vertèbres cunéiformes immédiatement sus-jacentes.

Au sommet de la courbure il s’est produit un brusque cliangement. La torsion s’est produite de l’autre côté. Et alors le côté commence à se développer dans le sens opposé.

Les vertèbres cunéiformes voisines supérieures montrent, une torsion considérable eu sens opposé. Mais que signifie le phénomène entier?

Considérons par derrière la colonne vertébrale et figurons-nous un cas élémentaire de scoliose lombaire à gauche. La colonne vertébrale s’incline à gauche, c’est-à-dire les vertèbres lombaires s’affaissent à droite, les coins tournent leurs sommets à droite. De même qu’un porte-drapeau, au milieu de l’orage, dirige la hampe contre le vent, et, quand le vent fait tout plier vers la droite, tient sa hampe tournée vers la gauche; de même, il semble que l’arc vertébral se dresse vers la gauche pour s’opposer à l’affaissement du système vers la droite.

Dans la série supérieure des vertèbres cunéiformes s’accomplit un travail en sens opposé. La contre-courbure tend ii plier la colonne vertébrale en sens opposé. De nouveau les arcs entrent en lutte et une torsion frontale opposée agit en sens contraire de l’inclinaison.

Au point culminant de la courbure moyenne, se trouve, comme nous l’avons fait remarquer, le point de retour. A partir de là, les choses changent brusquement de face.

Pour quelle raison, la torsion frontale cesse-t-elle au sommet de la courbure? Elle diminue déjà pour ainsi dire à la première vertèbre cunéiforme, et cela pour les raisons suivantes.

Quand même il n’y aurait pas de torsion, entendue dans le sens comme nous l’avons fait jusqu’ ici, nous la rencontrerions nécessairement dans la vertèbre cunéiforme, par la raison que les racines des arcs vertébraux sont insérées immédiatement au dessous do la surface basale supérieure. Cette surface basale supérieure, s’incline-t-elle d’un côté, aussi tôt l’arc vertébral doit s’incliner dans le même sens. La iiointe du coin, est-elle située à gauche, aussi tôt la surface basale supérieure s’incline vers la gauche et vers le bas, mais en même temps, nous avons aussi

l'inclinaison à gauche de l’arc vertébral. L’apophyse épineuse devrait alors se porter à droite. Or figurons-nous cpie l’arc vertébral ait aussi sa part dans la susdite torsion des vertèbres obliques iinrnédiatement inférieures, la ligne oblique de son arc devrait, d’abord à cause de cette participation, s’abaisser à gauche; ensuit de nouveau à gauche, à cause de l'inclinaison des surfaces basales supérieures. La somme des deux inclinaisons serait si considérable que l’apophyse épineuse se trouverait rejetée violemment vers la droite et il se produirait ainsi un bouleversement total, dans les dimensions du trou vertébral et des parties nerveuses. Or ce n’est pas ce qui à lieu; au contraire, l’arc de la vertèbre cunéiforme s’appuie, dans la concavité, sur son voisin d’en bas et la torsion se trouve être limitée; la torsion ne peut se produire que dans la mesure permise par l’inclinaison de la surface basale supérieure dirigée vers la concavité.

Qui plus est, si l’on considère les coins très développés, il semble que cette correction soit meme exagerée et que l’arc subisse une torsion dans le sens opposé, vraisemblablement par ce que sa moitié inférieure du côté concave se trouve sollicitée à l’opposé de la torsion frontale. De cette manière la série des arcs n’éprouve aucune brusque transformation. Mais l’impression principale nous vient de la manière dont les faits sa passent dans leur ensemble.

La série des arcs vertébraux se prête à des transformations indépendantes. Tandis que les principales modifications dans la série des corps vertébraux consiste en ce que des séries de vertèbres obliques alternent avec des séries de vertèbres cunéiformes, dans les arcs vertébraux, au contraire, la torsion frontale mentionnée plus haut, empiète d’une série dans l’autre; elle va par les vertèbres obliques dans les vertèbres cunéiformes et trouve plus loin ses bornes. On comprend le fait, si l’on con- .sidère que les corps des vertèbres, glissant pour ainsi dire sur les disques intervertébraux sont poussés de ci de là, tandis que les arcs vertébraux représentent un système d’éléments fortement attachés on mieux encore cramponnés les uns aux autres et auxquels une telle déviation n’est pas possible.

Outre ce phénomène si saisissant, j’omets encore de décrire d autres changements qu’on remarque dans le système des arcs vertébraux: tels que leurs divers développements en hauteur, en diagonale, en épaisseur, telles que leurs diverses inclinaisons. La plupart de ces questions ont déjà été traitées par d’autres écrivains.

Je ne parle pas non plus des changements variés, il est vrai, mais toujours d’après des lois constantes, changements qu on observe dans les apophyses transverses. J'avertis seulement qu’il faut se tenir en garde

contre toute impression trop superlicielle. Par exemple, les apophyses transverses nous semblent si minces et si allongées dans la concavité d’une courbure! Un examen plus attentif réduit considérablement cette longueur apparente, des qu’on sépare la vertèbre et qu’on la regarde d’en bas. Mais tous ces détails ne peuvent trouver place dans le cadre de cette courte exposition.

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