VI. Les articulations vertébrales
Touchant cette matière, nous avons déjà traité un point important, le point concernant la rotation des vertèbres. Nous avons fait voir qu’on trouve le fait de la rotation démontré par 33^
les modifications des articulations vertébrales. Il nous reste encore une chose à mentionner au sujet du phénomène d’inclinaison des vertèbres.
Aperçoit-on un accroissement du circuit de rotation de l’articulation vertébrale — il est ici surtout question des segments lombaire et dorsal — sur la section horizontale, la modification concernant l’inclinaison, par conséquent le résultat de la déviation scoliotique, doit se montrer principalement sur la section frontale des articulations. On s’attendra donc en général à trouver un rapetissement ou un agrandissement du diamètre en hauteur des facettes articulaires. En pénétrant plus avant, on ne sera nullement étonné de rencontrer un accroissement des surfaces articulaires sur les régions voisines des os et la formation de nearthose.
En premier lieu, c’est la manière dont se comportent les articulations dans la concavité de la courbure, (jui doit attirer notre attention. Les vertèbres sont-elles devenues des coins bien accusés, aussitôt ces points des arcs vertébraux qui sont situés immédiatement derrière les articulations entrent aussi en contact. Ensuite on voit comment il s'établit de
nouvelles sui faces de contact, de nouvelles lignes de communication qui, lors d’un développement plus grand de la scoliose, amènent l’ankylose, et synostose.
Les ligures 33 et 34 nous montrent de telles formations ce l’on voit comment le nouveau champ de contact dépasse môme, en étendue,
la surface articulaire primitive.
Sur la convexité de la courbure, on aperçoit également des surfaces articulaires agrandies. Il serait facile de tirer ici une conclusion prématurée. Le côté convexe étant surtout soumis à la tension, on pourrait s’imaginer que le terrain articulaire élargi indique que cet élargissement correspond à un écartement des parties les unes d’avec les autres. C’est bien aussi ce qui a lieu à une certaine phase du développement. Mais un examen plus attentif des parties montre bientôt que l’élargissement du terrain articulaire peut aussi correspondre à une poussée collective des parties précisément sur le côté convexe. On voit en effet que le champ des articulations s’étend vers le bas, sur la partie de l’arc située derrière et plus bas que la surface articulaire, qu’ainsi les arcs vertébraux sont poussés les uns sur les autres et pour ainsi dire imbriqués.
Bien de plus facile à comprendre; car, tandis que la courbure scoliotique écarte les parties les unes des autres, sur le côté convexe, la réaction se produit bientôt. Les parties situées en haut préparent la courbure opposée et poussent les unes sur les autres les parties séparés par la tension, de sorte que les arcs commencent à s’appu}^!- les uns contre les autres. On voit par là combien le problème est compliqué. Le chapitre suivant va nous faire comprendre le rôle important que jouent ici les articulations.
Fig. 34.
VII, Scoliose statique.
L’étude de la scoliose statique est pour nous des plus instructives: ses conditions sont connues, ses débuts sont très lents, le degré de sa déviation n’est pas très élevé et probablement les articulations jouent ici un rôle considérable.
Nous trouvons un cas frappant de scoliose statique clans un squelette du Musée d’anatomie pathologique de Vienne. Dans mon traité „Contribution aux études de la eoxa vara et coxa valga“ fig. 15, j’ai donné une reproduction de ce squelette. 11 s’agit d’un adolescent qui, clans son enfance, avait eu la jambe gauche atteinte de paralysie spinale. La jambe est beaucoup plus courte; en outre la moitié gauche du bassin est considérablement affaiblie et atteinte du eolluin valgum et de pieds bots paralytiques d’un degré très prononcé. Le segment lombaire est infléchi à droite, le segment dorsal à gauche. Cette dernière courbure est plus accusée et laisse apercevoir à la 8 et à la 9 vertèbre, des apparences cunéiformes; les articulations du segment dorsal situées immédiatement au-dessus de ces vertèbres, les vertèbre 7 et 6, portent déjà des ti'aces d’obliquité; la 7 présente en outre du côté concave, une faible échancrure à sa surface antérierure. A la 8 vertèbre dorsale, on remarque une déviation typique, quoique faible, des pédicules du côté concave, et aussi une trace de cette déviation du côté convexe, une trace d’inflexion de la surface postérieure des corps, l’emissarium plus rapproché des pédicules du côté convexe, le foramen vertébrale en conformité avec cela, un peu ovoide. A la 4 vertèbre dorsale, le foramen vertébrale encore plus en pointe, allongé vers le côté concave, une traee d’inflexion de la surface postérieure des corps, les racines des ares toutes deux infléchies d’une manière typique vers le côté de la concavité et la racine du côté concave, vue d’en bas, sensiblement plus mince, vue d’en haut, l’amincissement n’est pas distinct parce que la partie des pédicules qui supporte les facettes articulaires est tordue autour d’un axe sagittal, vers le côté de la concavité et donne ainsi aux racines de l’are l’apparence d’un diamètre oblique normal.
Intéressante est aussi la manière d’être des articulations sur ces deux vertèbres.
Les articulations du côté concave sont non seulement bien agrandies, mais encore elles débordent sur la partie voisine du de l’arc vertébral et cela dans une étendue telle qu’on le voit seulement dans les vertèbres cunéiformes d’un très haut degré. La disproportion d’une part entre la très faible apparence cunéiforme et la faible déviation des pédicules, et d’autre part la grande modification des surfaces articulaires est des plus surprenantes.
Dans les vertèbres voisines supérieures 7, 6, 5, la différence quant aux dimensions des facettes articulaires, change tout à coup; celles du côté convexe deviennent plus grandes; plus rien de frappant à la 7 et à la G, sinon que le pédicule, du côté convexe, est un peu plus mince; à la 5, on n’aperçoit plus trace de modification de la vertèbre; mais l’articulation du côté convexe est plus forte.
Plus traee de cunéiformité dans le segment lombaire; seulement la 1 vertèbre lombaire montre du côté concave une excavation plus profonde à sa surface antérieure. Aux vertèbres lombaires 1, 2, 3, 4, le pédicule de l’are du côté concave est beaucoup plus court dans la transversale que du côté convexe. Aux vertèbres dorsales 7 et 8, le bord postérieur de la surface articulaire de l’apophyse descendante déborde; la vertèbre supérieure s'incruste donc déjà dans sa voisine d'en bas. Les articulations des lombes s’élargissent du côté convexe. A l'endroit où la courbure dorsale gauche rentre dans la
ligne droite que suit la partie cervicale, les 1 et 2 vertèbres dorsales montrent une couibure en sens contraire par ce fait qii on n’aperçoit plus rien sinon un abaissement des pédicules du cote gauche. O est donc dans les articulations que se passent les principales modifications. Le champ articulaire s’élargit.
YIII. Scoliose ostéomalacique d’une étendue restreinte.
Un cas de scoliose évidemment ostéomalacique mais très restreinte forme, avec la scoliose statique, un contraste bien tranché et très instructif par sa précision.
L’ostéomalacie n’est du reste développée dans le squelette qu’à un très faible degré.
La scoliose n’atteint que le segment dorsal supérieur; quant au reste, la colonne vertébrale est normale. Sur cinq vertèbres, trois nous apparaissent décidément bien cunéiformes, mais à un très faible degré; elles sont disposées de telle sorte que la 7 et la 8 vertèbre forme un coin dont le sommet est à droite; la 5 vertèbre a sa pointe tournée vers la gauche.
Entre les deux groupes cunéiformes dont celui d’en haut ne comprend qu’un membre, il y a une vertèbre qui rappelle un peu les vertèbres obliques.
L’ensemble du segment sans eontre-eourbure fait penser aussitôt aux cas où dans le segment lombaire, vertèbres intercalées nécessitent une inflexion brusque dans la suite du segment, sans contre-courbure.
Dans le coin supérieur, nulle trace de déviation des pédicules. Dans le coin sousjacent, ou si l’on veut dans la vertèbre de transition, l’un des pédicules est en tant soit peu plus mince, on se serait attendu à rencontrer ce fait dans la vertèbre précédente. La vertèbre cunéiforme voisine sous-jacente laisse apercevoir une trace de déviation des pédicules vers la concavité; le pédicule, côté convexe est visiblement plus mince; remissarium du pédicule côté convexe i^lus rapproché. Il en est de même pour le coin suivant, seulement la déviation des deux pédicules, du côté de la concavité est encore plus tranchée. Sur la vertèbre sous-jacente, la eunéiformité se reconnaît a la rainure ou excavation bien nette de la face vertébrale antérieure du côté concave ; leâ deux pédicules montrent des traces de déviation du côté concave.
Dans les deux vertèbres cunéiformes d’en bas, les pédicules sont tordus horizontalement, très peu, il est vrai, du côté de la concavité. Dans la vertèbre cunéiforme d’en haut qui a sa pointe tournée vers l’autre côté, cette torsion vers le côté des sommets des coins et par conséquent vers l'autre côté, est encore perceptible.
Dans les cinq vertèbres présentant une difformité, toutes les apophyses épineuses sont courbées d’une manière frappante vers le côté de la concavité du groupe inferieur des coins.
En même temps on ne remarque à toutes les articulations que de faibles diffé- T'ences quant à la grandeur des facettes; dans la ]>artie supérieure, les facettes de gauche sont un peu plus ])etites; il en est de même dans la partie inférieure, pour les facettes de droite, c'est-à-dire celles qui correspondent aux sommets des coins ou celles du côté concave.
Dans cette préparation, on voit donc qu’il s’est produit des déformations relativement considérables dans les corps vertébraux et les apophyses épineuses; des déviations très médiocres dans les pédicules, et des modifications à peine sensibles dans les articulations. C’est donc dans les os que se rencontrent les principales déformations, d’ où l’on peut conclure à l’ostéomalacie.
Un supplément fort intéressant à ajouter au chapitre de la scoliose statique et de la scoliose ostéopathique, est celui que nous fournissent les cas où ce sont des vertèbres surnuméraires intercalées qui produisent une scoliose apparente. On remarque que ce fait n’exerce aucune influence considérable sur la colonne vertébrale. La déformation amenée par les vertèbres intercalées, n’influe en rien le voisinage.