Ces leltres étaient écrites au mois de janvier
LES ÉTABUSSEMENTS DE CRÉDIT
Livrés à leur propre initiative, résidant en des climats peu cléments parfois aux Européens, tenus à un train de vie onéreux que le rôle de représentants uniques de la mère patrie leur impose, les directeurs des succursales exotiques sont assez largement rémunérés : leurs traitements annuels varient de IBOOO à 50 000 francs. Leurs collègues des départements français, quoique moins bien partagés, touchent, en sus de leurs appointements fixes, une commission de 10 pour 100 sur leurs chiffres d'affaires. Quelques-uns aefontainsijusqu'à 30 000 fi-ancs; la plupart reçoivent en moyenne une douzaine do mille francs.
Mais, sauf ces postes de confiance en province, que la concurrence des diverses sociétés a rendus plus lucratifs, parce qu'elles se sont disputé les unes aux autres les sujets capables; sauf quelques personnalités placées à Paris à la tête des principaux services, la masse des petits employés de banque est peu rétribuée. L'institution des établissements de crédit n'a eu que fort peu d'influence sur la condition de cette classe de salariés bourgeois, à laquelle ses vertus modestes n'assurent qu'une existence bien étroite, moins enviable que celle de beaucoup d'ouvriers manuels. Leur avenir n'est pas mieux assuré, car il n'existe aucune caisse de retraites dans les maisons que nous avons
I étudiées.
^f La plus importante ilispose, à Paris, d un per-
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ftuniicl de 3000 individus des deux sexes, sur les4 quiils une centaine au plus a notoblemeat profila] de la révolution opérée dans la banque. Les autres y ont peu ou point j^'agné. Peut-être devrait-on faire une exception pour les femmes, qui forment à peu près le dixième de reflectif cî-dessus, et qui ffag-nent en moyenne 125 francs par mois. Sur 400 femmes employées dans les sociétés de crédit, on compte environ 70 jeunes filles, dont beaucoup: démissionnent en se mariant, 20 femmes mariée et iO veuves. Celles-là, lorsqu'elles n*ont pas d'autres ressources, sont les moins heureuses. Aucune d'ailleurs ne l'est autant — sous le rapport des appointements — que les vendeuses de la nou veaulé; mais elles sont plus haut placées sur co qu'on nomme a l'échelle sociale », et, dans notre ilémocralie, cette hauteur se paye... parce qu'elle correspond à un profit moindre.
Les grandes banques peuvent aussi répondre que, si elles se montrent peu prodig^ues envers ces c.mmis et cominises, méritants et dévoués pour lu plupart, c'est qu'il n'est pas en leur pouvoir de faire des largesses. Leurs bénéfices à elles-mêmes sont très restreints. Le conseil du Lyonnais, dans un de ses rapports, estimait en principe à 40 pour 100 des recettes brutes le montant des frais d'exploitation, pour une société financière bien administrée. Cette [H'oportion a cessé d'être exacte : elle est lie 43 pour 100 à la Banque de France, de 45 pour 100
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au Comptoir d'Escompte, et de 54 pour 100 à la Société générale.
Sur 39 millions de recettes brutes, la Banque de France a 17 millions de dépenses; le Comptoir a 3 175 000 francs de frais pour 7 200000 francs de receltes; la Générale reçoit 6700000, et dépense 3 600 000 francs. Une très grande part des frais généraux — le quart environ — est absorbée par rimpôt, qui, sous des formes diverses, a, depuis vingt-cinq ans, augmenté de 600 pour 100 les charges de cette branche d'industrie. La loi nouvelle des patentes représente à elle seule 300 francs par tête d'employé. Par suite, le dividende annuel distribué aux actionnaires de ces sociétés est peu en rapport avec les risques.
Le progrès de l'épargne et la libre concurrence ont ici réalisé ce prodige : que l'argent du capitaliste s'aventure volontairement et travaille, presque pour le seul profit du public.