‹ Le mécanisme de la vie moderne (volume 2)Chapitre 10 sur 20 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

cahier àe partilion à la maia, Itattent la mesure d'uQcmain et, de l'autre, avertissent les groupes avoisinants : A vous, Messieurs, la « journée » ; à vous, Mesdiimes, n l'IiymciiÈe,... » et ainsi de suite. Quelques choristes sont bons musiciens; comme les petits ahhés du svni' siècle, ils dinentde l'autel et soupent du théâtre ; chanteurs de maîtrise le matin dans les églises parisiennes, ils passent le soir du sacré au profane. Les femmes ont moins de débouchés et de méthode ; elles apprennent leurs parties à la longue et, à mesure qu'elles acquièrent de l'expérience en perdant leur jeunesse et leur fraîcheur, elles s'effacent au second rang devant des coUi'gues moins « marquées », que l'on a soia de mettre davantage en évidence.

D'un tout autre ordre que les choristes, qui pochent volontiers par le physique, mais se recommandent par une capacité professionnelle, sont les « petits rôles » muets des théâtres « à femmes a. De celles-là on n'exige qu'une apparence et un visage suffisamment attrayant. Le recrutement en est difficile, parce que, leurs appointements commençant à 70 francs par mois et allant rarement jusqu'à 150, il ne se trouve pas beaucoup de jolies personnes, même parmi celles qui ne sauraient prétondre à aucun prix de vertu, pour briguer ces emplois.

Quant à la figuration proprement dite elle Bo paie, dans les théâtres de féerie, un franc par personne et par soirée, Telle famille oix le pfcru est

porteur aux Halles, la nifere femme de ménage et dont les enfanta vont h. l'école dans la journée, trouve un utile supplcmrnt de salaires dans sa participation quotidienne aux drames émouvants du boulevard. Sur les scèues qui emploient une figuration considérable, on prend selon lo3 besoins tout ce qui se présente pour faire n la foule », sans trop demander de références. De là un monde un peu mêlé. Il arrive aussi aux recruteurs, qui cherclient à économiser sur la somme destinée à leur personnel, d'embaucher ce qu'on appelle en argot théâtral des « tôtes à l'huile », c'est-à-dire des amateurs qui ne demandant point d'argent.

Mais, avec de tels éléments, on no produirait que du désordre, Il faut un noyau de réguliers dans lequel s'encadrent ces passants ; ils exécutent ponctuellement les mouvements réglés que les autres n'ont qu'à reproduire. Dans les théâtres de premier ordre, où le paiement se fait par les soins do l'administration, sans marchandage, dans ceux aussi où l'on n'a pas besoin de véritables masses, on arrive à avoir de très braves gens, toujours les mêmes, soigneux, obéissants, bien « en main », prenant goût peu à peu à ce métier complémentaire. Ce sont le plus souvent des concierges, des ouvrières travaillant chez elles, où elles gagnent

I fr. 50 ou 2 francs plus péniblement qu'au théâtre.

II se glisse aussi parmi eux quelques acteurs, inoccupés, des théâtres de banlieue, on les reconnaît ^ la naïve importance qu'ils cherchent à se donner.

[IDKHNt ■

' MËCAMISHi: DK LA VIE MUDI

Dans celte race mixte des figurants, à nioitit acteurs, à moitié décors, tour à tour liéros, bêtes ou machines, dont le pied doit ôtre fait àtoules les chaussurcsetlatôte àtoutcs les perruques, il s'établit une sorte de liiérarchie; aux sujets d'élite sont dévolues les fonctions délicates do remettre une lettre avec grâce, de s'avancer fièrement pour ramasser le gant du combat ; tout ce qui exige de l'aisanco dans les manières et quoique sûreté dans la démarche. Quelques comparses finissent par s'intéresser à l'action et gagnent même deTamour-proprc au contact des acteurs. On cite l'exemple de celui qui, dans une féerie, se plaignait amèrement qu'on lui fit faire les jambes de derrière d'un éléphant tandis que son camarade, moins ancien que loi, faisait les jambes de devant. Cette émulation est rare; le figurant est en général assez passif, fort indifférent et l'on a vu des « scarabées, a mal surveillés, qui s'arrangeaient pour jouer au piquet en scbne.

A l'Académie nationale do musique, les choristea, bien que leur caisse des retraites ait été récemment supprimée, faute de fonds, se regardent un peu comme des employés de ministère. Ils ont une tendance fâcheuse h former des rues, les mains dans le rang, alignés et figés en groupes militaires. Il n'est pas impossible cependant d'animer une foule, au lieu de ia laisser se mouvoir en paquets, d*y faire des jeunes, des vieux, de persuader à chacun, avec un peu d'effort, qu'il joue pour son corap^^L

l.E THEATIIK

chante des choses difiërenLes de son voisin, Eq s'iu^éniant à leur expliquer avec patience ce que l'on attend d'eux, on parvient, sans qu'il en coûte plus cher, à leur faire recommencer dix fois de suite, de bonne volonlé, le tableau difiicilo que l'on veut rég;ler. M. Carré y a réussi, à l'Opéra- Comiquc, en renouvelant un antique personnel et M. Gailliard agit do môme, à l'Opéra, en faisant ligurer d'abord et, depuis peu, chanter, le corps do ballet où se rencontrent des sujets dociles, capables de porter un costume avec élégance.

Danseurs et danseuses trouvent, dans ce nouvel emploi, quelque compensation au caprice de la mode contemporaine, qui semble abandonner leur art, — Non que cet art soit en décadence ; bien au contraire. S'il a évolué, s'il travaille de nos jours les bras beaucoup moins que les jambes, il est devenu de plus en plus ardu et compliqué. Dans une mesure à quatre temps il entre trois ou quatre fois plus de k variations » qu'il y a cinquante ans, et l'on eut fait jadis un ballet d'une heure avec un a divertissement » qui dure aujourd'hui quinze minutes.

Avouons-le sans détour : le goût de la danse périclite. Voici deux sifecles c'était le plaisir le plus apprécié, le plus répandu, toujours renouvelé et toujours en honneur : « Sans la danse, un homme ne saurait rien faire », dit le maître à danser du Bourgeois r/entilkomme , et il disait vrai ; « Il n'y a rien qui soit si nécessaire ! » Tel seigneur fit son ,

cheimn par la courante, qu'il dansait à ravir. Uu pas bien exécuté valait à son auteur presque autant de réputation qu'une ville prise. C'étaient des coups d'éclat de diverses sortes. Depuis la pavane jusqu'à la sarabande, une multitude de pas, savamment étudiés, exigeaient une attention toujours en éveil, une tactique soutenue dans les jambes, les bras, la tête, tout le corps. Va figurée, la boccane, lapanadeiie, la àoî^rrce n'étaient pas des conceptions vulgaires. Un courtisan qui savait en faire ressortir l'artistique beauté était de suite un homme classé. Mais c'est surtout aux ballets que l'on s'attachait. 11 en était pour toutes les circonstances de la vie, pour toutes les saisons de l'année; ballets demïdeuil et de carême, ballets politiques avec allusions transparentes ou cachées, ballets graves ou sérieux, historiques ou romanesques. La grande Mademoiselle va visiter un de ses domaines; l'intendant s'empressa de danser un ballet en son honneur le jour de son arrivée et la princesse consigne avec soin, dans ses Mémoires, que voilà un homme do bonne compagnie et qui sait vivre. II y avait toujours un ballet en repétition à la cour ; le roi y apprenait patiemment son rôle et l'élite de la nation se consumait de travail pendant des semaines, sous la direction des baladins — maîtres de danse — autorisés, qui présidaient à la mise en scbnc, aCn de parvenir à exécuter dans les formes hsjeiés et les entrechats, brodés sur un canevas où le bon sel d'ailleurs fait souvent défaut.

KCcs g;cntiIsliommes, qui aimaient la danse avec Bsnt de passion, n'élai>>nt pas plus sots, ni plus futiles que les gens du monde d'à présent. Ils n'étaient pas plus efTémînés, car ils chevauchaient et chassaient sans trêve ; ni certes moins bravos, puisqu'ils se battaient constamment, en duel où à, la guerre, et s'y comportaient de telle sorte que leurs ennemis d'alors disaient d'eux: « Les Français vont à la mort comme s'ils devaient ressusciter le lendemain. » Or cette gi5nération, où les hommes dansaient si volontiers pour leur compte, trouvait tout naturel de voir des individus de son sexo danser au théâtre, comme nous trouvons aujourd'hui naturel d'y entendre des hommes chanter. Il n'y avait même que des hommes sur la scfcne, et, tandis que dans nos ballets les rûles masculins sont tenus souvent par des travestis, c'étaient au contraire, sous Louis X!V, dos danseurs liabillés en femmes qui faisaient les déesses ou les bergères.

Ce fut une innovation liardie, vers la fin du xvii' siècle, que d'introduire une danseuse sur le théâtre ; ses imitatrices y affluèrent et les deux sexes ae partagèrent la vogue pendant cent ans. « Bien que l'art de la danse, disaient les lettres patentes qui conféraient à Lulli son privilège, ait toujours été reconnu l'un des plus honnêtes et des plus nécessaires à former le corps, il s'y est introduit un grand nombre d'abus capables de le porter ■■à' sa ruine irréparable... n Pour le maintenir en

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LE HftCANISliE DE LA VIE HODEflNE

honneur, le roi éJicta qu'il n'y avait poinl « dérogcance, 1 aux dcinoiselleâ et gentilshommes, à danser à l'Optîra, et le Parlement, à son tour, rendit des arrêts proclamant la danse un a amusemont noble, a

Ce n'était pas il est vrai une profession austère : parmi les « filles du magasin » — ainsi nommaiton sous l'ancien régime celles (jui prenaient l'Opéra comme moyen d'émancipation, pour se soustraire à l'autorité d'un mari ou d'un père — inscrites il titre de postulantes de la danse ou du eliant, beaucoup ne cbantÎTcnt ni ne dansl-rent jamais. Mais c'était une fonction presque officielle ; le directeur adressait à l'intendant des Menus de graves rapports sur les débutantes, ainsi qu'un premier président envoie le sien au garde des sceaux sur les magistrats de son ressort: La demoiselle Coulon, écrit-il en 1788, fait beaucoup de progrès, surtout dans les sauts ; car elle a fait voir au moins dix fois, dans de très longues pirouettes, le plus baut boulon de son calei^on. Elle a été très applaudie... u

Le corps de ballet, qui tenait ainsi sa place dans l'État, jouissait d'ailleurs do fort peu d'indépendance ; les relations des artistes avec le ministre de la maison du roi, qui les menace aisément d'exil ou de prison, demeurent bizarres et arbitraires. Maïs un danseur était un personnage : Vestris et Noverre, quiûrent tourner tant de tètes, furent connus dans toute la chrétienté, et lors(]ue Dauberval, « qui savait atteindre au point de vérité le plus agréable et le plua

LE THÉÂTRE SStl

foUtre », fut atteint d'une grave maladie, vers la CiùM du règne di; Louis XV, la cour allait chaque jou^l prendre de ses nouvelles et lui offrit 90 000 livrcBi I par souscription, pour payer SCS dettes. I

Lo danseur sombra avec la monarchie ; les gt^-né-l rations nouvelles réservèrent leur enthousiasme ■ pour le beau sexe ; indice certain que la chorégra-J phie commençait à n'être plus aimée pow elle-même^ \ mais surtout pour la beauté ou le charme personnel! d'illustrations qui avaient nom Taglioni, Fanoy j Elssler ou CarloUa Grisi. Ce n'était plus la prestesse savante, la virtuosité de la gymnastique, ni même la grâce toute seule, qui séduisait; c'était le ragoût sensuel des formes féminines et le coup d'œil J agréable de leur déploiement. Aujourd'hui la dansel masculine est morte ; on ne conserve les sujets * mâles que pour les rûles de vigueur et comme une pépinière de professeurs ou de « maîtres de ballets, a sans lesquels il serait impossible de monter le ballet J « poéticjue, » Celui-ci du reste est sérieusement! menacé par la concurrence du ballet « mécanique, » ! importé (l'Italie, qui florit dans les musics-halls, I et par l'indifférence que lui témoigne le public 4 payant. De plus, les opéras nouveaux, du type wa-t i gnérien, ne réservent presque aucune part à lafl danse; si cet état de choses continue, on peut! craindre que « Madame Cardinal i> ne doive mena-*! gcr un jour une autre carrière à ses filles. ■

Les enfants que leurs parents destinent à ceti art diflicile, et dont la plupart appartiennent à des!

LK HéOAMSME DE LA. 1

fiiitiilles tlu petilcs gens ayant plus au moins appartenu au lliûàtrc, n'ont pas plus de 7 à 8 ans. Audes&us de 9 ans on no les prend ^uère. Il leur faut, pour réussir, une conformation prédisposée ; celle que la nature a doté d'une poitrine trop faible ou de nerfs trop puissants n'arrive, au bout de quinze ans d'études, qu'à faire une mauvaise corypliéo. Tertullicn parle, dans son Traité des spectacles do mime de son temps, torturé depuis l'enfance pour devenir artiste — pantomtimis a pueritia patitus ài corpore ni artîfex esse posstt. — Non moins pénible est le travail de la danseuse actuelle.

Il convient pourtant de reléguer dans le domaine des légendes les appareils douloureux, anneaux, courroies, boîtes à rainures, oîi l'élève devrait emprisonner ses pieds et suspendre son corpa, pour apprendre à « se tourner u ou à« se casser.* Ces mécaniques, bien que décrites maintes ftHS, n'ont jamais été en usage. La danse est le coa<traire de l'acrobatie. On n'y atteint à la souplesse que par la force.

Aux élkvcs de la « petite classe » on apprend d'abord les cinq positions classiques, qui sont l'a, b, c, du métier, La première consiste à se tenir les genoux en deliors et les pieds talon contre talon, sur la même ligne, avec les pointes absolument horizontales; ce qui, pour un profane, est plus facile à écrire qu'à exécuter. A la deuxième position, les talons s'écartent ; aux quatriîsme et cinquième, très usitées, les deux pieds, touj'

(ravers oL parallèles, laissent des deux côtés dépasser les orteils. Puis vicnl l'étude des « arabesques, » « ouvertes » ou « croisées, ii oi!i la position des bras « en demi-couronne » correspond à celle des jambes, dont l'une est en l'air, k la liauteur do la ceinture, « pliée en 4 do cbiffrc. ii

Au cour élémentaire on épèle ses lettres, à la classe des corypliées on fait l'analyse grammaticale. La danse se divise en deux branches : le « ballonné » qui voltige et se plaît en l'air ; le « tacqueté u petits temps vivaces sur les pointes. Les pas de toute nature rentrent dans l'une ou l'autre de ces catégories, et ils se combinent et se succèdent avec une extrême rapidité. Une douzaine de ballerines de n à 20 ans sont rangées en ligne en costume de leçon : corsages de flanelle ou de percale, laissant à découvert les bras et les épaules, caleçons de calicot, impénétrables comme dos secrets d'État, bas baul jarretés tenant lieu de maillot et chaussons d'un puce passé ou d'un blanc roux.

La maîtresse indique le programme d'une voix si brève, qu'il faut avoir l'iiabitude de ce genre de démonstrations pour y comprendre quelque chose. La chorégraphie n'a point trouvé moyen d'écrire les pas avec des signes, comme la musique a au réduire les sons en notes; elle manque d'algèbre pour ses formules. Une paî^^ de texte suffit à peine pour rédiger la « variation » qui se danse en une minute ; qu'on en juge ; « Pas de bourrée, 4° derrière, 2 tours sur le cou-de-pied, développé £

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288 LE VÉCANiailE DE LA ^1E HODERNE

la jambe à la 4' devant, {cela deux fois) ; retraite de corps, préparation en dedans, pirouette renversée (en lîre-bouclion), préparation, 2 tours sur le cou-de-pied, fini i'dorriîîre, 5 fois un tour simple et terminé. » Le tout se danse au piano en 11 secondes et au théâtre, où le mouvement est plus vif, en 6 secondes. Autre exercice, plus court encore h exécuter, bien qu'il ne soit pas moins long à énoncer :; « Pas do bourrée dessus et dessous, petit rond de jambes fermé dcrritjre, assemblée soutenue sur les deux pointes, préparation do pirouette, un tour à la seconde position, posé dcrril're, deux cbangements de jambes, retraite de corps, préparation en dedans, deux tours à l'attitude, posé derrière, 2 échappées sur les pointes. »

Le Iravail recommence souvent l'aprî-s-midi, en acfeno ou au foyer, pour les répétitions ; lors même que la fdlelte, aprl'S 12 ou 13 ans d'épreuves, a passé « petit sujet ii vers l'époque de sa vingtifcmc année, devint-elle n étoile » mCme — les étoiles, à part de rares exceptions, sortent hiérarchiquement des classes de danse — la ballerine doit s'exercer sans cesse; à cette seule condition elle conserve sa légèreté. Une semaine de repos se racheté par deux mois de besogne double et cela jusqu'il ce qu'elle prenne sa retraite,

« J'aimerais mieux scier du bois, » disait une danseuse en sortant de sctne,les yeux brûlants et la figure baignée de sueur, — « Tu n'es pas dégoûtée, » lui répondit une camarade. Ce s<

(U>s boutades; en fait, depuis l'inspecteur général (le la danse, âgé de 55 ans, qui apprit la pantomime sous Debureau et n'a pas cessé de danser depuis un demi-sii'clc, avec autant de jarret que d' « estomac «jusqu'aux « rats » pâlots, aux bras fluets et aux clavicules proéminentes, le personnel chorégraphique aime sou art. Cet art u'est pas exlraordinairement rétribué, bien que le budget du corps de ballet monte ^ 36U 000 Francs par an. L'importance de la somme vient de ce que l'effectif a beaucoup augmenté.

En 1713, il comprenait i2 danseurs et iO danseuses, louchant de 400 à 1 000 livres.

En 1841, il se composait d'une quarantaine et en 1869 d'une soixantaine d'artistes; il en compte aujourd'hui 115, De Louis XV à Louis-Philippe, Ifs prix s'étaient beaucoup élevés pour les célébrités; ils ont baissé depuis lors. La Camargo n'était payée que 3 000 livres, tandis que la Rosati recevait 60 000 francs ; mais les étoiles actuelles, danseuses « nobles » ou « à variations, a n'ont pas plus de 25 000 à 30 000 francs. Les « premiers sujets » vont de 1 000 à 15 000 et les demoiselles des quadrilles se contentent de 1 500 à 1 800 francs. L'avancement se donne k l' ancienneté et au choix; il se trouve de ces gens qui ne respectent rien pour dire que la protection n'y est pas étrangère; pourtant les promotions insolites soulèvent tant d'émotion et de colère qu'elles ne doivent pas être plus fréquentes qu'ailleurs.

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LE VrXA.\t<illF. ne LA TIE

Sans entrer dans la vie privée de ces frétillaotes jeunes Ollcs — la corporalioa ne coolîenL qu« deux ou trois femmes mariées — à ne considérer ijue leurs toilelles el leurs bijoux, il est clair qu'elles ont le secret d'ordonner, avec de modestes appointements, des budgets fort raisonnables et que leur eitoation est à l'abri du besoin. Quoique le foyer de la danse ne soit plus de nos jours qu'un Ùeu magnifique et désert, où les sujets notables ne pénètrent guï-re, même pour frotter de colophane la semelle de leurs chaussons ; quoique réiémttnt mondain se fasse rare, dans les coulisses embourgeoisées et que l'élément politique soil représenta surtout par des sous-attachés de cabinet, la ba^ lerine, môme laide, conserve du prestige et continue de trouver des admirateurs.

Les petits théâtres ont leurs danseuses aussi; mais celles-là, sauf le sujet principal, moins payé du reste à Paris qu'à Vienne ou à Londres, ne sortent d'aucune école régulière. Les « pointes, » les « entrechats 4 « ou les k grands cliangements de pied, » leur sont tout à fait inconnus. On leur apprend en trois mois quelques pas faciles — glissades, jetés ou sauts de basque — dont elles se tirent tant bien que mal.

« Heureux les thi-âtres qui n'ont pas d'orchestre, puisqu'on no peut avoir un orchestre sans musiciens, » gémissait l'impressario d'une salle excentrique, qui se plaignait de la mauvaise tenue tie âïis violons, dessinant, dormant, lisant leur journal

OU s'envoyant des boulettes de paio, lorsqu'ils déposcut leur art'Ket; au surplus inexacts, sauf pour se Faire payer à date fixe; en ijuoi ils se montrent plus durs que les acteurs. Est-ce pour ce motif que l'orchestre a disparu des tliéàtres de genre, où il semblait naguère indispensable pour ne pas lever le rideau à froid, après les trois coups traditionnels. Les Français, qui ont supprimé aussi leur troupe de musiciens, dont Jacques Offenbacli avait été queliiue temps le clief, conservent, parmi leurs (iépenses, un cliapitre annuel de 40 000 francs pour la musique, c'est-à-dire pour les sonorités invisibles et très diverses, — trompe de chasse, piano, écho lointain d'uu bal — qui se font cntcadi derrière la toile.

De véritables orchestres, il n"y en a plus qu'l l'Opéra-Comique et à l'Opéra. En ces derniers, non seulement les instruments à corde, les cuivres et les bois, sont tenus par des artistes de mérite, mais la h batterie » elle-même — cymbales, triang'Ie et grosse caisse — fut parfois confiée à de jeunes compositeurs, qui prenaient l'emploi pour avoir le loisir de travailler, tout en gagnant 200 francs par mois, A l'Opéra, le nombre des exécutants qui, de 80 au minimum, va dans certaines circonstances jusqu'à 100, a augmenté suivant la dimension de la salle et suivant les exigences de l'orchestration moderne, Gluck, le premier, y introduisit en 1786 le « trombe " « trombon » ou trombone, ce point .d'appui de l'instrumentation, qui nous vint d'Al-

WS LB HâCAMIItlIK DK IA VIE HADEHNE

lemagac comme la clarlneltc. Beethoven ajouta plu8 tard, à l'oixlieslre de Mozart et de Haydn lu contro-basson, dans la symphonie en tu mineur et la batterie dans la symphonie avec chœurs. On y voit en outres de nos jours 1 tuba, 2 saxophones et 4 cors anglais, sans parler de la bande tic Sax qui se fait entendre sur la scène.

Le premier chef d'orchestre — il y en a trois — ne dirige pas seulement l'exéculion des ouvrages pour en faire observer la mesure ; il est aussi chargé d'en régler et d'en maintenir les mouvements et doit compter ici avec le caprice ou les facultés des chanteurs. Ces mouvements changent avec les années; leur altération, depuis Duprez, fait l'objet d'un chapitre trîis amer des Mémoires de Dcldevez, l'un des prédécesseurs du chef actuel. L'artiste, en général, admet qu'il doit suivre l'orchestre dans les ensembles, mais prétend que l'orcheslrŒ le suive lorsqu'il chante seul, mâme si sa voila défaillante l'oblige à ralentir contre tout bon sens

Les défaillances de mémoire sont plus faciles 5 masquer; le souffleur est là pour y porter remfede= Il fait à l'acteur l'eii'et d'une rampe dans un esc^ lier ; on ne s'en sert pas toujours, mais s'il n'y e« avait point on aurait aisément le vertige. Tel com^ dien se sentit un jour paralysé jusqu'à en oublier sa réplique, qu'il savait à merveille, parce qu'ayanf jeté les yeux sur le souffleur, il le vit endormi dans son trou. Un pareil abandon est fort rare, de la part de cet utile auxiliaire. « Souffler n'

jouer, » dit le proverbe ; l'œil aux aguets dans sa niche, le soufûeur qui presque toujours a joué luimême, connaît le tempérament de chaque personnage. Il évite de rien suggérer, de « bourrer » inutilement celui qui fait une pause volontaire, souligne au crayon rouge les passages ou son aide est souvent sollicitée et devine, à la seule inspection du regard, Tartiste qui a besoin de « prendre le mot. »

iicratif du rayai

- Lus a règles

aui: FiangoLiK. — La. SucaHii ilcs iLUteurs oL compusîLeurs drania- Liquea. — n Une bonno plumn o. — ii !i: SO pour un acte. — DéatLUgiars et \a.Chalte meiiieilteiue. — LosâruiU d'iiuteurs dam les lliéâlii^ de Paris et de province. — Les bénéliues actuels do Racine. — Los traités avec les direcleorB. — 3 7iû 000 francs de droits. — Comment ils se riSparlisgent entre les intéressés. — La fraude a l'élrangur. — Les > billots d'auteurs ». — 1 000 écus par vers. — Les agents génÉraui. — Sociétaires et stagiairM. — 700 pièces nouvollos par an . — Les 659 actes de d'Ennery. — La copie des inanusiTits. — La tournée des concierges. — 300 pièces priîsenLées aut Français. — La sélection des manuscrits dans les Ui^lli'cs do genre.

II est connu que, dans le royaumo tics lettres, le théâtre est le département le plus lucratif, comme la poésie est celui qui rapporte le moins, ne produisant que des laurîiTS impropres d'ailleurs à tout* sauce. Les auteurs dramatiques ont, en effet, un champ fructueux ; s'ils peuvent monnayer leur gloire, c'est tl' abord au goût du puMic pour les spectacles qu'ils en sont redevables ; mais ils i«

doivent aussi à eux-mêmes, je veux iliro h la façoaj dont il gîirent leurs înti'Tèls.

Les premiers, bien avant qu'il ne fit question de syndicats professionnels ou do coopératives de production, ils avaient noué entre eux une ligue si solide el l'avaient conduite si énergiquement, qu'ilsi réalisaient, dans cette industrie de l'intelligencei I l'idéal des ouvriers du fer ou du cliarbon : le travail -^ donnant des lois au capital. Lois humaines et raisonnables à la vérité sont celles qu'a édictées la Société des Auteurs, dont le caractère est de J niveler, en faveur des faibles, des jeunes et de§< inconnus le taux des préliivements que la corpora-' tion opère sur les recettes des entreprises tliéàtrales

Aux siècles passés, il n'existait d'autre propriété littéraire que celle des manuscrits. Sitât publiée, tous les tliéàtres pouvaient s'emparer de la pièce sans rien payer à l'auteur. Celui-ci traitait de son œuvre inédile, tantôt pour un prix fixe, — Racine „ vendit Andromaque pour 1 000 francs de notrt nmnnaie actuelle et Bérénice pour 2 000, — tantâid moyennant une redevance modique pour cbaqu^J représentation, dont la perception n'étaitjamais d longue durée,

A la Comédie-Française, le chiffre de cette redevance était invariable, tant que les recettes atte gnaientun quanlum déterminé ; descendaient-elle»n au-dessous, ne fùt-cc (|u'un jour, l'ouvrage tombait dans ce que l'on appelait n les règles, a et l'auteur cg était dépossédé à perpétuité. Encore ce contrat

S9< LE «ËGANISIIE DE LA VIE HODERNË ^|

usuel, dont les Bivales de Quiiiault, tn 1633, avaient fourni It! type origÏDal, élait-il tout à fait facultatif; de sorlo qu'un certain nombre d'auteurs n'en avaient pas le bûnélice. QuaiiL aux tliéâtres de province, il va do soi qu'ils ne payaient rien.

Telle était la situation à la lin de l'ancien régime. Pour le Barbier de Sévilie, en 1777, après trente* deux représentations, les comédiens avaient offert 4 500 livTes à Beaumarchais, Mais celui-ci, qui, sur les questions d'argent, n'<^ tait pas toujours décomposition facile, refusa et, d'après le conseil du marécbal duc de Duras, provoqua une réunion de ses confrères. Une commission de défense fut constituée, dont firent partie SedaineelMarmontel et dont Bi-aumarcliais demeura l'âme. Il déploya daus cette lutte une énergie persévérante. « Au foyer des théÉltrËA, disait-il en un de ses nombreux mémoires contre les comédiens, on prétend qu'il n'est pas noble aux auteurs de plaider pour le vil intérêt, eux qui se piquent de prétendre à la gloire ; on a raison, la gloire est attrayante; mais on oublie que, pour en jouir seulement une année, la nature nous condamne à dîner 36a fois ; et si le guerrier, le magistrat, ne rougissent pas de recueillir le noble salaire di à leurs services, pourquoi l'amant des Muses, incessamment obligé de compter avec &DD boulanger, négligerait-il de compter avec les comédiens ? »

La persévérance de Beaumarchais ne fut [las médialement récompensée ; deux Etrrèts du Con-

1 lui accordèrent quelques saLisfaclions insuflïaatites. La Révoluliou arriva; en 1790, une députation composée de Laliarpe, Ducis, Lemierre et Champfort, demanda à l'Assemblte constiLuante que les auteurs eussent sur leurs œuvres un droit exclusif et absolu pendant leur vie, et que même droit appartînt, pendant cinq ans après leur mort, à leurs héritiers. Après un rapport i'avorable sur celte pétition et une discussion, à laquelle prirent part Maury, Mirabeau et Robespierre, fut volée la loi qui défendit, à peine de confiâcatiou de la recette, de jouer une pibcosans la permission écrite de son auteur. Réunis, quelques semaines plus tard, dans la maison qu'babitail, près de l'ancienne Bastille, le père de Figaro, les écrivains en renom de l'époque ébauclièrent, d'un commun accord, les tarifs qu'une agence devait à l'avenir exiger (les différents tliéâtres et centraliser à leur proQt. Cet accord ne reçut une forme définitive qu'en

*29, lorsque fut fondée, sur l'initiative de Scribe, ^association actuelle; il ne prît une valeur légale

B'à dater de i837, quand tous les membres s'enga-

K^rent par acte notarié dans les liens d'une société |Svile, qui ne laissait à aucun des adhérents, la

keullé de décliner l'autorité de la compagnie, et Fagir,* si bon lui semblait, à sa guise. Jusqu'alors 3 écrivains, sauf quelques privilégiés du succès,

g trouvaient plus ou moins dans la dépendance des lirccteurs. D'un homme comme Dumas père, auquel

lécoQomc Billion allait demander un drame pour la -

PorUt-Saint-Martio, parce qu' « on l'avait assuré que ce M. Dumas était une bonne plume, » il fallait bien se résigner à subir les conditions, quelque onéreuses qu'elle parussent; mais les imprésarios se rattrapaient sur le commun dos producteurs et Mourier, par exemple, aux Folies-Dramatiques, ne payait pas plus de 3U francs par soirée pour trois actes, 24 francs pour deux, et 12 fr. 50 pour un, avec promesse d'une petite prime si la pièce réussissait. Il se faisait entre les auteurs une sorte de concurrence à la baisse ; rien ne les entravait, rien ne les enchaînait, mais aussi rien ne sauvegardait leurs droits, et les plus favorisés n'avaient aucun moyen pratique d'aller contrôler les livres de comptabilité, C'est ainsi que Désaugiers, ayant donné aux Variétés la Cbalte merveilleuse, qui obtint cinq cents représentations et produisit deux millions, reçut 20 francs par soirée à partager avec un collaborateur, Hoit pour cbacun S 000 francs.

Par les statuts de la « Société des auteurs et compositeurs dramatiques, » il fut interdit à tous ses membres de faire représenter aucun ouvrage sur un théâtre qui n'aurait pas traité avec la commission ^ laquelle était dévolu le pouvoir exécutif. Il leur fut également défendu de consentir privément à aucune administration théâtrale dcs.coaditiona inférieures à celles fixées par les tarifs généraux. Enfin toute collaboration fut prohibée avec les directeurs ou employés du théâtre sur lequel la pièce devait être montée. Cette dernière clause a

LE ThAaTRI! 89S

pour objet d'empÈcherlea directeurs Irop avides de reprendre, sous couleur d'une collaboration imaginaire aux pièces qu'ils acceptent, une partie des droits (]ui appartîunnent légitimement aux auteurs.

Ces clauses, objecle-t-on, ne giincnl quo les imprésarios honnêtes; les autres usent de prête-noms pour atteindre le niôme but : certains débutants se laissent volontiers juguler par des directeurs indélicats; ils subissent des collaborateurs factices et, s'ils sont riciies, vont jusqu'à donner de l'argent pour Être joués. Il n'est pas moins vrai que la règle, fùt-elle violée parfois, est le plus souvent observée ; la Société, lorsqu'elle vient à en avoir la preuve, punit avec rigueur les infractions : elle frappait, l'an dernier, de 12 SOO francs d'amende le directeur d'une des scènes du boulevard, pour avoir indûment touclié des droits dans son théâtre. Les tarifs uniformes qu'elle impose profitent à la moyenne des auteurs; ils font payer les gros pour les petits. Les dramaturges célèbres pourraient exiger sans doute davantage; le plus grand nombre des littérateurs n'obtiendrait jamais autant.

La quotité de ces droits a augmenté, en effet, eu même temps que s'accroissait leur rendement proportionnel : voici un demi-siècle, les salles consacrées au vaudeville payaient seules 12 p. 100 de la recette brute; les petits ihéâlres avaient passé des marchés insignifiants.LeThéàlre-FrançaisetrOpéra Comique versaient 8 pour 100. Quant à l'Opéra, il ne devait, aux ouM'agcs en trois actes et au-dessus.

que 500 francs pour chacuno des quarante premières représcnlations et iOO francs seulement pour les suivanles. Les scisnes de province, suivant une division en cinq classes, qui datait do 4791 , élaient soumises aussi à. des taxes Qxes, qui variaient de 36 francs, pour Lyon, Bordeaux ou Marseille, jusqu'à 2 francs pour la cinquième catégorie. Les prélèvements lixes ont depuis lors disparu à peu prlts partout. Les tliéâtres des départements sont aujourd'iiui astreints à 6 p. 100 do leur recette, et le produit de ce droit, presque dérisoire dans des bourgades où la comédie est chose tout exceptionnelle, ilolto entre 500 et 5 000 francs par an dans les villes secondaires, et s'élîîve à 16000 francs au Théâtre des Arts de Rouen, à 33000 francs aux Gélestins de Lyon, fi 43 000 francs aux Variétés de Marseille. li arrive en bloc à près d'un million. Les tliéAtres parisiens, y compris la banlieue, rendent un peu plus de 2 200 000 francs. L'Opéra, où le droit est maintenant de 8 p. 100, tient la tèto avec UQO moyenne 2i0000 francs. Le Tbéàtre-Franvais fournit une somme 'a peu près égale, bien que ses recettes soient moitié moindres; mais il est soumis Jt un régime particulier : les droits y sont do 15 p. 100 sur les pièces modernes et a le répertoire » est exempt.

Partout ailleurs, à Paris comme en province, ouvrages des auteurs iiicirls ainsi que leurs veuves depuis plus de cinquante ans, et par conséquent tombés dans le domaine public, sont néan-

LR THÉÂTRE

moins sujiilH au droiL, Racine- lire aujoiinriiuî dii PItcdre dos revenus bien meilleurs que de son vivant. Tartuffe petit rapporter à Molît-rc dans les bonnes années près de 7 000 francs air Avare plus de 1 000 francs. Et oeta, en vertu des stipulations de la Société des Auteurs, Klle prolonge, par des traités librement consentis, la durée tjue la loi en vigueur assigne à la propriété littéraire et fait gagner de l'argent aux gloires défuntes au proGt des vivants besoigneux, car les sommes ainsi perij'ues tombent dans sa caisse de secours- Ce qui ne l'empécbe pas de rechercher les descendants des maîtres de la comédie et de la mosique, pour leur servir, lorsqu'il s'en trouve, la rente du génie de leurs anci^tres. Elle fait pour eux ce que le Roi avait fait pour les petits-fils de La Fontaine, auxquels un arrêt du Conseil, en 1761, continuait le « priviltige » de leur aïeul, soixante-six ans après sa mort. Elle paie des droits k la postérité de Boïeldieu, d'Uérold et de Grétry, ce dernier représenté par un fonctionnaire des rinances. Elle en paie à l'étranger; elle découvrirait demain des héritiers de Mozart, qu'elle leur offrirait le tribut de Don Juan et de la Flûte enchantée.

Dans les divers théâtres de la capitale le droit varie de 10 à i2 pour 100. Il est rare qu'un directeur vienne spontanément, comme Antoine, offrir de porter à 12 le prélèvement qui n'était chez lui que de 10 ; mais les administrateurs des grandes «ciïncs, quoiqu'ils se plaignent souvent des exi-

302 LE KËCANiewE DK LA VIB HnDSBKB

gences de la Société des Auteurs, vivent en bons termes avpc ellp,.., parce qu'ils ne pourraieat au reste faire autrement : une rupture ne leur laisserait presque aucun ouvrage à représenter. Leur charte se formule en un traité qui fixe les délais, — deux ou trois ans au maximum, — dans lesquels doit ôtrc jouéo la pi^cc rei^uo par eux, sous peine d'une indemnité qui va jusqu'à B 000 francs pour cinq actes. Il est stipulé que la ehute d'un ouvrage n'est acquise et constatée qu'après la troisième représentation. Les auteurs d'une pitee mal accueillie peuvent donc toujours exiger ces trois épreuves. En revanche, ils ne peuvent retirer un ouvrage du répertoire lorsque, dans l'espace d'un an, il y a eu dix représentations consécutives. Dans le cas où les auteurs, jugeant leur pièce imparfaite, voudraient en retarder la « première, « le directeur peut les mettre en demeure de la rendre jouable dans un délai de dix jours, au bout desquels il lui est permis de passer outre.

La Société a su étendre son autorité aux caféseoncerts, qui longtemps avaient prétendu s'y soustraire, et où elle prélève environ 260000 francs ; son activité s'exerce à l'étranger, dans les paya qui ont avec le nôtre des conventions littéraires, et dont les théâtres versent annuellement 300 000 francs à nos compatriotes.

Par sa surveillance, au delà de uos frontières, elle découvre et déraas(|ue ce qu'on nommait d'un euphémisme poli les « adaptations » ; lesquelles

LE THËA.THE 303

fi'élabnt autre chose que la controfiiçon de nos fcpifeces françaises, dont on cliangfaif. les lilros t'I lies noms i!c pcraonnag;(!S pour esquiver le paie- ^-oioot des droits. Là où nul Iraité international uc garantit leur propriété, nos auteurs doivent se défendre eux-mômes et n'y parviennent pas toujours : telle pièce en vogue, comme te Tour du monde, fut sténographiée à l'audition et envoyée à une troupe des États-Unis qui en tira d'amples recettes.

Le montant global des droits perçus par la Société

Fdes auteurs, qui n'était en 1855 que de i 300000

Iffrancs et en 18fi6 de 1 920000 francs, s'ëltve

Stujourd'hui à 3740000 francs. Si l'on y joint les

i billets d'auteur, « dont le montant varie de 80 à

i|20 francs par soirée suivant le» théâtres, et que

Fon évalue à 500 000 francs par an, on constate que,

I toutes les productions littéraires, celles qui

[eyfitentla forme scénique sont, au point de vue

a rémunération, les plus favorisées. Les «billets

■^'auteur » avaient été dans le principe un cadeau

la direction, destiné aux amis de celui qui

oait l'affiche. Ils devinrent un droit stipulé par

lité; un sieur Porcher s'enrichit en créant une

igence, qui revendit en détail au public ces billets

e acheta en bloc aux auteurs. Et l'usage s'éta-

jblît que ces derniers demandèrent d'autres billets

: défaveur, » lorsqu'ils voulurent faire des poli-

s autour d'eux.

Les écrivains dramatiques no sont pas partout

Jl

HI^XAHISMR DE LA VIF, HODsi

i l>ii!i] traités i^ue clicz nous, et, par exemple, en Allemagne, où il n'existe aucune société qui règle Itturs rapports avec les direclours, ceux-ci paient fort peu de cliose aux éditeurs pour les œuicienufs qui composent leur répertoire, et de 5 à 7 p. 100 pour les œuvres nouvelles, suivant leur importance et la réputation de l'auteur. Si la situation en France est tout autre, nos confrères le doivent à leurs aînés et à leur commission executive; et celle-ci, à son tour, a eu la chance de mettre la main sur des agents généraux, actifs et Ddèles, dont lun, Alexandre Roger, après l'avoir servie pendant quarante ans, est remplacé depuis

» dix-sept ans par son fils. Ces agents, par les yeux et les mains de correspondants multiples qu'ils stimulent et contrôlent, arrivent à percevoir partout et sur tous, depuis les sociétés d'amateurs jusqu'aux troupes foraines qui jouent sous la tente. ^ La répartition des droits offre quelques anoma-

^fa lies ; le librettiste d'une opérette reçoit même part

^B que le musicien, ce qui est équitable parce que l'un ^^ et l'autre ici contribuent au succE-s dans une égale ^M mesure : mais on est surpris de voir qu'un opéra,

^H comme Faust ou les Huguenots, rapporte autant au ^m parolier qu'à Gounod ou & Meyerbeer. Aussi Castil- ^1 Blaze disait-il plaisamment que cbaque vers de

^v Freyschûtz lui avait rapporté 1 OOO écus.

^K Parmi les pièces à succès, les gros bénéfices ue

^P sont pas toujours pour celles qui ont le plus de

^K^ mérite. Une féerie, un mélodrame ou une farce

LE TMËATRE

j^ui rcussiL, enrichît bien davantage son auteur qu'un ouvrage en cinq actes ïi la Comédie-Française. Lea droits d'une année heureuse, qui atteigiienL i 20 000 francs aUx Kouveaulés, 1 60 000 francs au Vaudeville, 185 000 francs à la Porte-Sainl- Marlin, peuvent entrer dans une seule poche, si, comme il arrive exceptionnellement, le spectacle n'a pas changé durant 300 jours, Mais, si les gains sont moindres aux Français, dans le début, les pièces y restent plus longtemps sans épuiser leur public. Sur les sommes qu'elle encaisse, la Société des Auteurs sert annuellement ilOOOO francs de pensions et distribue 30 000 francs de secours; le reste est divisé, h proportion de leurs droits, entre les intéressés.

Une somme d'environ 1 230 000 francs Forme la part des veuves, enfants et autres héritiers des auteurs défunts. Parmi les auteurs vivants, 7 ont touché Tan dernier plus de 100 000 francs; 8 ont reçu de îiOOÛO à 100 000 francs; 27, de 20 000 h SOOOO francs; 28, de 10000 à 20000 francs, 39, de 5 000 à 10 000 francs; enfin, 1023 ont reçu moins de 3 000 francs. En résumé, une dizaine d'auteurs se partagent le premier tiers ; une trentaine le second tiers ; le troisit^me fournit à 200 « sociétaires » des revenus de quelques milliers do francs et disperse un peu de menue monnaie sur des centaines de h stagiaires, » — le stagiaire est celui qui n'a pas encore cinq actes à son actif, — créateurs de vagues revues, proverbes, pochadef

LE MECAMSHI! DE L\ VIR liODSl

OU 11 à-propo8, » rcprôsenléa un soir devant des rampes lointaines el ignorées.

Bien que le chiffre ail de quoi surprendre, une moyenne de 700 « piîices » inédites, issues du cerd'uii ou plusieurs de nos concitoyens, — les collaborateurs sont parfois trois ou quatre, — sollicitent chaque année les applaudissements du public. Pourtant il se trouve des directeurs pour prétendre que la « crise du Ihéàtre n vieul du manque d'auteurs dramatiques. Sans doute ils uc sont pas aussi féconds qu'au temps des spectacles H coupés, » où Clairville, en douze mois, écrivait vingt pièces nouvelles. Nous n'avons plus l'équivalent d'und'Ennery, qui donna le jour à 210 œuvres scéniques, des genres les plus divers, formant un total de 659 actes.

Des 700 pièces montées en un an, et dont j'ai BOUS les yeux la liste, une centaine seulement apparlienneni aux théâtres parisiens. 11 eu est vingt dont on se rappelle le litre, l'année d'après ; il en est cinq qui firent de l'argent. Le mot de Voltaire est toujours actuel : « Combien avez-vous de pièces de théâtre en France ? — G ou (j 000. — C'est beaucoup, dit Candide. — Et combien de bonnes? — lî) ou 16. — C'est beaucoup, dit Martin. »

Quand l'auteur, sous la dernifere ligne, a écrit et souligné le mot : Rideau, il s'occupe de faire copier son manuscrit. 11 n'a que l'embarras du choix entre les agences, surtout depuis la diiïusioQ de la machine à écrire ; mais rien ne vaut la calli-

r«phie en belle ronde, dont trois ou quatre maisons sérieuses se font honneur, chacune copiant en moyenne 2OO0 actes par an. La besogne est payée 5 francs à l'entrepi-eneur, qui emploie une dizaine de a belles mains, » dont les plus laborieuses abattent un acte par jour. Il faut une certaine habitude pour tenir compte des indications, distinguer les vers de la prose, et ne pas altrîLuer au dicb'J logue ce qui appartient aux jeux de scîine.

Alors conmiencc pour le débutant, qui n'estl attendu nulle part et ne sait où frapper, la tournée des directeurs ou simplement des concierges de théâtre. Il est présenté aux Français 230 à 300 piî^ce8 par an; elles passent d'abord sous les yeux des deux « lecteurs », dont les rapports, en général, ne sauraient être taxés de sévérité. S'ils sont favorables, ou si l'auteur, ayant été représenté antérieurement à la Comédie-Française, est par là même dispensé lies formalités de l'examen préliminaire, la pièce était, jusqu'à la suppression récente de cet organisme, soumise au comité de lecture. L'administrateur jouissait du droit de reprendre, comme bon lui semblait, toute pièce qui avait été jouée dans la maison, ne fût-ce qu'un soir ; mais il ne pouvait, de son autorité privée, admettre aucune œuvre nouvelle.

Ce n'est pas au reste que les comédiens aient été accusés d'exclusivisme; ils auraient plutôt péché par excès d'indulgence, plus portés à recevoir une mauvaise pièce (|u'à en refuser une bonne. Saut

Vu m Pa

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des exceptions assez rares, parmi lesquelles on cite V Honneur et r Argent, et, plus près de nous, l'oiir la Couronne et le Chemineau, il n'y a guère d'exemples d'ouvrages refusés aux Français qui aient réussi ailleurs. Les jeunes auteurs y sont volontiers accueillis : MM. Edinond Kostand et Henri Lavedan y ont tous deux fait leurs débuts, et l'on ne saurait reproclier à la maison de Molière d'avoir laissé échapper Cyrano de Bergerac, qui ne lui fut point ofl'ert.

De fait, le choix des pièces est ici plus {liffictlc qu'ailleurs, par une inconséquence de l'opinion courante : sous prétexte qu'aux Français, ce ne sont pas seulement les spectateurs, mais aussi les hustes qui écoutent, lorsqu'il s'y donne des pièces trop gaies, chacun crie au vaudeville, et cliacun se plaint de l'ennui, lorsqu'il s'y voit des pièces trop graves. L'alternance des représentations exige aussi de l'administrateur une constante diplomatie, parce qu'il lui faut établir un roulement entre dos drama> turges pointilleux, auxquels la part de leurs confrères semble toujours un peu excessive.

Les scènes de genre disposent de plus de liberté. Une centaine de pièces par an sont présentées au Palais Royal ou aux Nouveautés; les deux liera signées de noms absolument inconnus. Sur une moyenne de trente manuscrits « possibles », quatre ou cinq sont choisis, qui défraieront la saison. Celle sélection ne va pas sans erreurs; tel ouvrage refusé par un directeur, est pour un autre l'occa-

sion d'un gros succës. Dédaigné dans lès principaux théâtres, l'auteur se rabat sur Cluny, puis sur Déjazet. Quelquefois son manuscrit revient tenter une seconde épreuve ; il Toffre sous un nouveau titre, lorsqu'il espëre qu'on l'aura oublié.

m irexaincn u.~-LcK;lii|iluuomi.'n(s(lola ccaSB il'aulrafuis. — ce Lus boui'tiuns bruis sont aa baiasB D. — Les Lionnei pauvres. — Les pièces inlerilites depuU vingL-cini^ »ns. — La Wie des notabiliiéa vivantes. — Pas de sanction. — Jalouflie diis Beauï-Arta et de la Prûfeclure de police. — La fille du sergot. — Les exigenaee varient suivant les milieux. — Influence de l'habitude sur la puduur des yeux et des oreilles. — Variatiuns des n convenanceâ v. — La claqne.

— Sus chefs Dotoiree. ~~ Auguste. — Rach'el el les claqueurs. — Cl Cahaleurs u et ■ romains •• — Distributions de mouchoira de poche. — Les rires en A,K, I. 0, U. ^ ic Luvables » et <c intimes «.

— La claque eel-elle ndcresBaira — Opinions dus gens de théâtre.

— lies ttpplaudissomenls II l'ûtranger, — Los nouveaux chefs de claque, bail'oui-a do fonds.

^k d'exa K Arts.

Sous un nouveau litre reparaîasrnt aussi, mais plus rariîmt'iit, devant la censure, les œuvres auxquelles ella a rEtfusé son visa ; car la censure existe toujours, bien qu'elle ne fasse pas beaucoup parler d'elle. Huit ou dix jours avant d'ètro goumisc à l'appréciation du public, la pièce nouvelle, doit être envoyée, en double exemplaire, à la k commission d'examen » qui dtîpend de la direction des Beaux- Arts. Elle se compose de quatre « inspecteurs deg

— par.

LE THlUTniC

théâtres », qui donnent leur iaissez-passer nprî's lecture des manuscrits. Si quoique mot, quelque phrase, leur paraissent clioquanta, ils font venir le directeur et en demandent courtoisement la suppression. L'auteur, qui tient à son texte, discute, se défend, fait des coucessions et en obtient : il est rare que le différend ne se termine pas à l'amiable.

Nous sommes loin du temps où Beaumarchais se plaignait d'avoir fait inutilement, pour obtenir la libre représenlation du Barbier de Séville, cinquante-neuf courses à l'hôtel du lieutenant-général de police ; car la censure dramatique s'est fréquemment déplacée dans le passe : de la cour à l'archevêché, au parlement, à l'hôtel de ville et enfin au ministère. Depuis l'époque où elle interdisait la tragédie de Bêlisaire, sous Napoléon I", parce qu'on craignait que Bêlisaire ne fût pris pour le général Morean, et la même tragédie, aous Louis XVllI, parce qu'on redouta que Bêlisaire ne fût pris pour '^apoléon, jusqu'à la République actuelle, la ceni, bien que conservée en principe malgré quelques suspensions temporaires, en 1830 et 1848, s'est radicalement li-ansformée.

On avait ri du censeur de la Restauration qui, dans le Journal du Commerce, — les périodiques étaient alors soumis à la visite préalable, — avait supprimé cette remarque do la mercuriale des cafés : « Les bourhons bruts sont en baisse; » mais les censeurs du second Empire ne furent pEis moins susceptibles ; soit qu'il s'agit de veiller aux

allusions politiques, soit que lu souci des Lonucs mœurs Ira ialoiinùt : Emile Augior a raconté que la ceneure voulaillui faire iniligor, au troisiiimc acte des Lionnes pauvres, la petite vérole à son héronie pour la défigurer en punition do sa perversité. Il répondit que c'était impossible, attendu qu'elle avait été vaccinée. Diane de Lijs fut interdite pendant huit mois. Le Roi Lear, de Shakspearo, Noire-Dame de Paris, de Victor Hugo, no furent admis qu'à correction, et le rapport des censeurs estimait qu'autoriser Madame de Monlespan, d'Arsène Houssayc, " risquerait do porter atteinte au respect dû au pouvoir souverain en mettant en relief les passions coupables de Louis XIV n. Les censeurs d'aujourd'liui sont exempts de pareils scrupules. Ils no se croient pas mission déjuger, moins encore de réformer le tliéâlre, et s'opposent seulement à ce qui leur semble do nature à troubler l'ordre matériel. Souvent ils no donnent leur « visa » qu'après la répétition générale, afin de s'assurer, par l'expérience de 1' « effet » sur le public, que tel mot un peu fort passera sans encombre. Depuis vingt ans, ils n'ont guère mis leur veto que sur une dizaine de pifeces. De co nombre, plusieurs ont été l'objet d'interventions diplomatiques i Mahomet, Juarez et l'Officier bleu, de la part de la Turquie, de l'Autriclie et de la Russie.

Thermidor et Lohengrin furent arrêtés par le ministre de l'Intérieur, à la suite de manifestations tumultueuses. Le Paler, do François Coppée, par

%ne tirade contre la Commune, souleva les (.'olÎTt'S des communards devenus hommes d'État. La Journée par/emenlaire, de M. Maurice Barrés, sembla de nature à provoquer, dans une paisible salle do spectacle, des injures et des rixos qu'un pays libre réserve à l'enceinte législative. Au reste, la politique, depuis que le Français en est saturé tout le jour, n'amuse plus autant le soir, au tli(î3tre. La censure interdit en principe les reproductions plastiques de notabilités vivantes, sans autorisation écrite du modèle ; aussi l'acteur, qui veut se faire la tôte d'un personnage coonu, dissimule son intention tout d'abord et attend que le visa ait été donné. Il est alors, sauf le cas de scandale bruyant, assuré de l'impunité.

C'est là le côté curieux de ce mécanisme : les censeurs n'ont pas d'agents d'exécution. Ce qu'ils ont supprimé est tranquillement rétabli par l'acteur, à la deuxième représentation, sans ([ue nul y trouve à redire. Les commissaires de police ferment volontiers les yeux sur ces licences, et se soucient peu de confronter le manuscrit avec le dialogue. Jl existe une jalousie traditionnelle d'attributions enti'e les Beaux-Arts et la Préfecture, Celle-ciapourtant ses petites susceptibilités, quand elle est en cause, témoin la Fille du Sergot, drame d'intentions excellentes, mais dont le titre parut subversif au chef de la police municipale et dut être remplacé par celui de : La Fille du Gardien de lapaix.

La censure doit surtout batailler avec les établis-

seraents secondaires, avec les « boîtes à chansons », qui Ini soumettent un programme et on chantent un autre, avec les music-halts, qui commandent à leur personnel féminin des gestes (Squivoques, et avec les costumiers, qui déshabillent ce personnel de plus en plus. Les exigences varient suivant les milieux : à l'Académie nationale de musique, elle réclamera une agrafe, là où elle n'en exigerait point à la Scala ; elle fera remplacer, dans un livret d'Opéra, ces mots : « tes seins aux pointes roses », par ceux-ci : « ta gorge d'albâtre », et laissera passer dans une opérette des rédactions beaucoup plus appuyées. Elle suit les mœurs, enCn, qui admettent le lendemain ce qui les blessait la veille : lel le port en scène, du costume ecclésiastique, jadis prohibé, puis toléré avec des cliangcmenls de détail, aujourd'hui tout à fait permis.

L'iiabitude a grande influence sur la pudeur des yeux, comme sur la déUcatesso des oreilles; ce sontlàclioscs tri;s subjectives, qui résidentd'abord dans l'intention et dans l'etTet visé : nulle autre qu'une nourrice, ayant un poupon sur les genoux, ne pourrait sans indécence ouvrir tranquillement son corsage en public ; nous ne sommes point étonnés de voir, dans les musées et les salons annuels, l'exacte reproduction, peinte ou sculptée, des modèles dont l'exliibition au théâtre serait impudique. Bien plus, la toile représentant une femme nue est œuvre d'art ; elle devient œuvre de cbair, si le peintre introduit seulement un chapeau

LE THEA'rnB

(Vliomme dans le coin de son tableau, h diapeau, isolé, n'ait rien de polisson.

Les n convenances », qui varient de l'Orient à l'Occident et du Nord au Sud, changent dans li! même pays suivant les époques, les classes sociales cl les modes, suivant l'heure de la journée cl le lieu où l'on se trouve. Sans remontiT au temps lie Pliilippe-le-Bel, où les novateurs du sexe mâle, i-n ahandonnant la robe pour le costume collant, semblèrent coupables de licence, les premitres femmes bicyclistea qui ont adopté la culotte ont paru d'une audace singulière k nos contemporains. Et, quoique le décoUetage des dames, en soirée, demeure la chose la plus respectable du monde, il est fort possible que les agents arrêteraient, pour outrage aux mœurs, l'hétaïre qui se promènerait en plein midi, devant lus cafés boulevards, avec les épaules, le dos et la poitrini ainsi découverts.

Le premier directeur qui s'avisa de mettre h scène le coucher ou le lever de ses actrices pi certaines sortes de curiosités ; mais il ne les piqua' pas longtemps. Il en fut de même pour les libertés du dialogue; l'oreille s'émoussa aussi vite que l'œil. Pour chatouiller les spectateurs, il fallut doubler les doses ; les censeurs s'appliquent à empocher qu'on ne les double trop vite. L'imprésario qui hésite à monter une pièce va prendre leur avis et cette consultation, si elle est favorable, le met ît couvert.

i se ^^

f lIÉCAIilSHF. DE I.A VIB MODEÏ

Coiiiiiiti la censure, il osl unu iiiKliUition dont le nom subsiste, hien que son rôle soit fort réduit: c'est la claque. A elle revenait napuère le soin de cn*er les succl's ; elle s'y employait avec conscience, parfois avec passion, et ses chefs se multipliaient en ingénieuses roueries. Quelques-uns ont laisaé un nom : Darius, moine dt^froqué; Plaisir, ex-coiffeur, sous l'ancien régime ; et, vers la fin du xix" siJ-cle, Sauton, d'abord marchand de jouets, qui lança toutes les pitces do Scribe au Gymnase et se retira à la campanile après fortune faite ; puis le ptre Monchotle aux Français, et surtout Auguste, à l'Opéra, dont le docteur Véron noua vante les talents dans les Mémoires d'un bourgeois de Paris. Cet Auguste, sorte d'hercule, ordinairement vêtu de couleurs voyantes, n'était ni lettré, ni musicien, mais aussi exact que le lustre lui-même à toutes les représentations; de nombreuses campagnes avaient fait de lui un tacticien habile : « Je ne lui imposais pas mes opinions, dit Véron, j'écoutais les siennes. Il jugeait tout suivant ses impressions personnelles ; je me surprenais quelquefois à rire de la justesse de ses critiques et du programme qu'il se traçait à l'avance, pour la répartition savante et graduée des applaudissements, n

Ce n'était pas seulement les pîîsces qu'il fallait n cliaulfer »; c'était aussi les artistes, et l'on ne voit pas sans surprise les plus glorieux attacher une importance extrême à ces marques d'admiration salariée. Rachel, jouant dans une comédie

M"" (le Girarilin, crut s'apercevoir que le pai'Lerrc ne donnait pas avec une vigueur suflîsante. Elle Ben plaignît ; on lui dit (|ue le clief de claque, malade, avait dii se faire remplacer par un confrère du boulevard. Celui-ci, apprenant les plaintes de l'actrice, lui écrivit pour se disculper : n Mademoiselle, je ne puis rester sous le coup des reproches qui sont tombés sur moi d'une bouche comme la vôtre ; à la première représentation, j'ai donné 33 fois et toujours de ma personne : nous avons eu 3 acclamations, 4 hilarités, 2 Iressailloments, 4 redoublements et 2 explosions indélioies. El même des stalles se sont fâchées et ont crié : « A la porte ! » Mes hommes étaient sur les dents... Dans cette situation, persuadée de mon zèle respectueux, j'ose implorer que vous ayez des égards pour moi, et je suis. Mademoiselle, etc. »

Tout allait bien quand le public était de l'avis des claqueurs ; mais souvent leur prétention de faire réussir un ouvrage « quand même » suscitait dos contre-manifestations, spontanées ou concertées à l'avance, et la troupe des « cahaleurs » s'empoignait avec celle des « romains » les plus militants, gaillards vigoureux, aux épaules rudes et aux mains charnues. Force restait-elle à ces derniers, auxquels la police, soucieuse du bon ordre, prôlait assistance, les opposants, parmi lesquels se dislinguait la jeunesse des écoles, témoignaient leur hostilité par des voies détournées, bien qu'ostensibles. Ils s'arrangeaient pour bfliller hruyam-

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