‹ Le mécanisme de la vie moderne (volume 2)Chapitre 13 sur 20 · LE PRÊT POPULAIRE · texte numérisé non relu

LE PRÊT POPULAIRE

L location de l'argent. — Le Mont-de-plété. ^

Idées anciennes sur l'usure. — L'Iiomine éiaXl une marchandise : l'argent n'en âlail paa une. — Prf Is à Î6Û p. 100. — Banque des Templiers. — Juifsel usuriers cbréliens. — Le commerce dea métaux précieux s'élargil. — Rentes a constiluâes >. — Les bijoux de Marie de Médicis au Un nt-de- Piété. — Le prêt en l'an IV. — Lombard-Lussau. Lonibard-Serilly. — La liberté di:a prOts sur gagea en Angleten'e. — Ses mauvais résultats. — Les monls-depiëtê ou France. — Le Mont-de-Piété de Paris, ses opérations actuelles. — b6 mlllIoDs de francs prêtés; 190(1000 objets engagés. — La taux des prêta ù Paris et à Berlin. — A Paris les gros nmprunleui's paient pour lus petits. — Bijoux et o paquets a. — La clientèle du Mont-de-Piété, — Les emprunts faits pour produire ou pour consommer. — Un tiers des perceptions sont un gain; deux tiers sont une perte. — Dépenses du Mon(-de-PIété. — Un parapluie engagé depuis vingt-cinq ans. — Le commerce frauduleux des n reconnaissances n. — Lesécumeurs do mansardes, —Prêts à 00 p. 100. ~ Les roueries de l'usure. — La destruction des voleurs de pauvres serait fucile. — Projet efQcace du conseil nicipal. — La responsabilité des coramissaires-priseurs.

La location do l'argenl, lis prêt à intérèl, fuL longtemps, comme oh sait, un délit aux yeux de l'Etat, un pt5ché aux yeux de l'Eglise. Les mœurs étaient, au moyen âge, d'accord avec les lois pour le réprouver. Les papes et les docteurs catholiques portent généralement, devant l'histoire, la responsabilité du discrédit ou demeurait le commerce des capitaux; bien que l'Évangile, dans la parabole des cinq talents qui en ont rapporté cinq autres, recommande comme un modî^le l'exemple de deux trésoriers qui plaçaient chez les banquiers l'argent de leur maître à 100 pour iOO. Ces docteurs et ces papes n'auraient-ils fait eux-mômes que partager l'erreur économique de leur temps, l'idée fausse que l'on avait, bien avant l'institution du christianisme, sur « l'ai'gent issu de l'argent », qu'Aristote estimait un profit contre naiurel

Toujours est-il que, par une aberration générale, les mêmes gens qui trouvaient tout naturel de louer leurs terres ou leurs maisons, estimaient dégradant louer leurs espèces monnayées ; qu'à cette époque de servage où la personne humaine, susceptible de vente ou d'achat, était considérée comme une marcliandise, dout4'> possesseur, clerc ou laïque, surveillait trî-s strictement et s'appropriaitj eo toute sûreté de conscience, l'accroissement par reproduction, l'or ou l'argent — ou même le blé, car le prêt des denrées était" aussi mal

vu que le prôl îles métfuix — n'étaient pas regardôs comme pouvant à l)on Jroit se reprotluiro par le louage ,

Oq ii'osLTait se montrer trop sévtro pour ces excentricités de la raison des aïeux, parce que nos descendants ti'ouveront encore raati^ro à rire dans beaucoup de nos idées actuelles qui nous paraissent les plus respectables ; que beaucoup du professions sont décriées ou vénérées qui, dans deux ou trois siècles sans doute, ne le seront plus.

N'oublions pas qu'il y a fort peu Je temps ([u'un chirurgien est l'égal d'un médecin, fort peu de temps aussi que les artistes dramatiques jouissent du droit commun des citoyens et des cbrétiens et que les marcliands d'esclaves n'en jouissent plus, qu'un agent de la police criminelle, qui maintient l'ordre social en pourchassant, au péril de sa vie, ceux qui tendent à le troubler est infiniment plus bas placé dans l'estime publique qu'un huissier ou un avoué qui rendent de moindres services. La carrière industrielle, même depuis 1781) oii elle ne fait plus déroger personne, continue à ôtro en France, dans certaines classes éclairées, moins prisée que le métier militaire, quoique ce dernier offre beaucoup moins de danger, durant les longues périodes de paix qui ont été l'honneur do noire siècle, que vingt professions très périlleuses et aussi utiles.

Ces opinions et bien d'autres, vestiges du passé, nous aident à comprendre comuient le métier do préteur d'argent put être considéré, durant des

centaines d'années, comme une occupation aviUs' santc pour ceux qui l'exerçaient personnellement, ou qui, îmlireclement, par l'octroi de leurs capitaux, y participaient. De là, l'extrême rareté d«a prêteurs, la niauvaisi; organisation du prêt et le taux inouï de l'intérêt, conséquences naturelles d» l'absence de concurrence et du défaut de sécurité. On connaît la législation spéciale et incohérente appliquée, pendant quatre cents ans, par les divers princes de l'Europe, aux tristes banquiers de leurs Ëtats, juifs et lombards, traités tantôt comme des vaches à lait qu'on nourrit à discrétion pour qu'elles rendent davantage , lanl6t comme des ennemis de l'ordre public que l'on rançonne ou que l'on détruit.

Tolérés, expulsés, rappelés, ces instrumenli odieux et nécessaires du crédit, demeurent du xii* au xvi° ait'cle, dans le monde civilisé, comme des oiseaux sur la branche, vont, viennent, ouvrent ou ferment leurs échopes selon les besoins ou ks caprices des potentats ou des foules. Philippe Ic Bel fixa le taux d'intérêt à 20 p. 100 pour les opérations ordinaires, Louis le Ilutin l'autorise, quelques années plus tard, jus<|u'â 260 p. 100 (un sou pour livre par semaine) mais pas davantage; « car disait-il, dans son ordonnance, noU-e volonté n'est mie que l'on puisse prêter à usure . »

Ce monarque était trop bon ; il laissait à l'intérCl légal une marge dont celui-ci n'avait pas besoia. Une pauvre serve de Troyes, débitrice en 1388 d'une

LE PRÊT POPULAIItK

somino lie 2o sous, pour la'iucllc elle a mis en gage sa meilleure « colle iipaie deux ilcniers pour livre par semaine, soit sur le pied do 47 p. 100 par an, pendant les quatre mois que dure sa dette ; c'est là le taux le plus élevé que j'aie remarqué, bien que plus tard à Grenoble le conseil communal demande que l'on exerce des poursuites contre lea usuriers « qui exigent un intérêt de 100 p. 100 ». Mais il peut y avoir là une de ces exagérations do langage comme lea Assemblées délibérantes ne craignent pas d'en commettre. L'intérêt mobilier a varié en Franco, au moyen iige, autant qu'on en peut juger par un très grand nombre d'exemples cboisis dans beaucoup de provinces, de 45 à 10 p. 100, En moyenne, il oscille entre 20 et 2Ô p. 100.

Trois siècles se passèrent à tourner dans un cercle vicieux ; la proscription périodique des banquiers augmentant l'usure; l'usure, devenue liabituelle, motivant la proscription des banquiers. Ce mot de « banque », celte qualilicatlon do « banquiers » ([ui éveillent aujourd'hui l'idée do quelque local vaste et confortable, de quelque individu opuienlet important, conviennent-ils bien à ces parias au nez crocbu, la robe déshonorée par une rondelle jaune, qui se tiennent en plein air derrière leur table, comme des marchands des quatre saisons. A eux le droit commun ne s'applique pas; ils sont un peu moins que des hommes : dans les tarifs de péages ■ {éodaux on les classe parmi les marchandises.

Iiitrc le « grand cheval » (|ui paie 8 sous et « le

;iill!cr de harengs « qui doit 10 deniers, prend

^lace « le juif n taxé à 30 deniers au passage de la

■frontière. C'est une faveur exceptionnoUe des sou-

T veraius, pour les grandes foires, (]ub d'en pcrmet-

' tre l'accès en franchise à n toutes personnes de

juifs », comme on autorise les forains, un jour de

fête, à dresser librement un cirque ou une mena*

geric.

Ces inRdî-les, ces gens si ma! vus, avaient longtemps rencontré des concurrents habiles el achalandés dans les religieux Tcmphers, qui concentraient en leurs mains, comme trésoriers de l'Église romaine, des rois et de particuliers nombreux^ auxquels ils avaient ouvert dos comptes courants ^ une bonne partie des richesses métalliques de l'Euirope. Bijoux, lingots, successions en numérairi:?!, élaicnt déposés dans l'enceinte du Temple à Paris, et y servaient de gages h des emprunts. Aprfis h tin tragique du grand maître Jacques Molay et la destruction de l'ordre des chevaliers du Temple, le commerce individuel des israélites ne connut en France aucune rivalité.

Lors des bannissements plus ou moins rigoU' i reux du juif, le peuple, qui applaudissait k sonl expulsion, ne lardait pas à le regretter; soit (j l'usurier chrétien qui le remplaçait se montrât p dur que son devancier, soit simplement que 1 public payât, en définitive, les frais de toute attci J portée au crédit. Quant aux princes, obligés,

^ LE PHÉT PtIl'ULAlHe aHfB

Hmr besoin constant des liommea d'argent, de vivre'J Hvec eux en bonne intell ig;ence, ils revenaient bleu Hlïte au syslèmc qui consistait à les mettre en coupM ^Eéglée, Il les tondre et à les saigner, au lieu de lofl Bcorclicr et de les pendre, ^

H C'était une chose rructueusc et si bonne à exploit 1 Mer que le juif; chaque potentat de la chrétientéj cherchait à en attirer le plus possible et s'annexaîM les juifs du voisin, même à prix d'or. Puis, apr&^| maintes caresses et mille privili^ges, aprî^s les avoufl aidés de son mieux, en mettant au service de leiafl commerce le bras séculier et les foudres ecclésiaoS tiques, le gouvernement tout îi coup se retournaÎH contre eux; il condamnait à l'exil perpétuel lifl tribu hébraïque et la « julverie u de chaque citfti — VA/jama, disait-on dans le Midi, — hommc^^ femmes, enfants et bagages, déguerpissait trist^M ment, par terre ou par eau, à la recherche d'utn lieu plus hospitalier. Non sans espoir de retour ; rançonnant, rançonnés, ces financiers de l'Age Iiéroïque ne se faisaient pas trop tirer l'oreille pour racheter en masse les impôts spéciaux qui plcuvaient sur eux, quittes à se récupérer à leur tour sur la clientèle. Le pouvoir, avec lequel ils pactisaient de nouveau, arr<}[ait ou paralysait lui-mfimà, les lois qu'il venait d'édicter,

A l'époque Je la Renaissance, les juifs fureoCJ

atteints d'une autre manière, beaucoup plus sûrg^

ment : par la concurrence ouverte des chrétiensi

K^s principes de la scolaslîquc se relÂcliE'rent et 1^

: ni; LA vit! HOURRNR

commerce des métaux: préckux s'élargit. Les bouverains n'auront plus recours normalement « pour se procurer quelque linance », à des procédés qui vaudraient aujourd'Imi un conseil judiciaire au fils de famille qui Ii's emploierait. Ils n'achëteronl plus par exemple, comme le duc de Bourgogne en 1410, des centaines de pièces d'étoffe à lerme, pour les revendre le môme jour an comptant h moitié prix. Los bourgeois trouveront aussi des prêta moins onéreux avec des formalités moins dures : il n'était guère de petite somme avancée, aux sit^cles précédents, sans un nantissement de valeur Lien supérieure, ni de grosse somme aventurée sans une garantie foncière qui emportait l'éviction du possesseur. Les innombrables lettres-patentes défendant de prendre en gage les objets nécessaires au travail journalier, montrent, par leur répétition môme, combien peu elles étaient observées. L'emprisonnement, suspendu sur la lète des débiteurs insolvables, était une aorte de sanction qui semblait devoir assurer l'exactitude des paiements, et qui ne prouvait au contraire que la fragilité des contrats. La loi était d'autant plus sévère en tliéorie qu'elle était plus faible en pratique ; do même que le Code pénal n'est jamais si terrible que dans les pays et les époques où la criminalité est la plus impunie : frappant fort parce qu'il saisit peu. Les particuliers enchérissent encore, dans leurs conventions, sur les rigueurs de l'action publique. Des emprunteurs, au xiv° siècle, s'engageaient, en

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kas de non-paiement sous un délai fixé, à rester Renfermés dans une lour de la maison du créancier. a II y a depuis longtemps, disait La Bruyî-re, une manière de faire valoir son bien qui continue d'Être pratiquée par d'Iionnôtes gens et condamnée par d'habiles docteurs, » Au temps de La Bruyère les docteurs, à la vérité, s'étaient fort adoucis, et les « rentes constituées » reposant, non sur un immeuble comme les « renies foncières », mais sur la personne et l'ensemble des biens du débiteur, étaient nombreuses sous Louis XIV. « A prendre votre costume depuis les pieds jusqu'à la tête, dit l'Avare de Molière k son fils, il y aurait là de quoi faire une bonne co/ii/i(«fî(*7i. » Ces b constitutions», ou pensions, ne furent autre ciiosc que l'intérêt

Id'un prêt, une forme du crédit personnel, une faleur mobilière répartie entre les diverses classes •ociales.

I Nous étions pourtant bien on arrière do nos voiiïns du sud et du nord, sous le rapport des instîlutions de crédit destinées aux petites gens. Le prêt sur gages se faisait en Allemagne et dans les Pays-Bas, dès les premières années du xvii* siècle, d'une façjon moins coûteuse et plus régulière quo chez nous. Marie de Médicis, retirée à Cologne où elle mourut presque dans la misère, avait mis ses pierreries au mont-de-piélé de cette ville, et gouvernement, pour empêcher la vente d bijoux, s'empressa de payer les intérêts de ^-^omme avancée à la Reine,

ces I

e la 1

La noblesse, aux ËlaLs Généraux de 1614, avail proposé l'élablissement de monts- de-piété « à l'instar de rilalie, de l'Espagne et de la Flandre, u lU auraient été associés entre eux dans toute l'étendue du royaume ; l'on fit à cet égard un projet très étudié. Quelle distance sépare le germe t fécondation, pour tant d'idées justes; ou, si l'on veut, combien est longue la durée de leur gestation par l'opinion publique! Le tiers-état, que l'on trouve le plus souvent à la tête du progrfcs, fut néanmoin& unanime à repousser cette extcusîou du crédit, en disant « qu'il y avait déjà bien assez d'usuriers en France, et que c'était impiété et abus. » Cent soixante ans plus tard seulement, sous le règne de Louis XVI, furent institués à Paris, puis dans les principales villes, des monts-dc-piété dont la mission était plus vaste que celle des nôtres, puisqu'ils prêtaient, non seulement sur les objets mobiliers et les valeurs, mais aussi sur les effets de commerce.

La tourmente révolutionnaire, les désastres du papier-monnaie et la confiscation, vinrent peu aprës jeter le désordre dans tes affaires du mont-de-piétô qui, proscrit d'ailleurs au nom de la liberté des transactions, ferma ses portes. La foule des gens que l'absence de crédit oblige à garantir leurs emprunts par des gages, fut de nouveau livrée aux usuriers; des maisons de prêts s'ouvrirent, en l'an IV, sous les dénominations de Caisse auxiliaire, Lombard-Lussau, Lombard-Feydcau, Loni-

Iiaril-Sérilly, Lombard-Augustin, en si grand nom- Iirc, dit un conlemporain, que ii dans certains (juartiers les lanternes qui les annoncent suffiraient pouréclaircr la voie publique, et épargner au département la moitié des frais d'illuminalion, »

Les mallieurcux acceptaient, sans récrimination et sans lutte, les conditions que leur imposaient ces industriels; môme ils leur savaient gré du secours qu'ils en obtenaient à si haut prix. Turgot racontait, sous l'ancien régime, (ju'étant rapporteur d'un prociîs d'usure à La Tournello, il n'avait jamais été tant sollicité qu'il le fût pour cet accusé ; « Je plus surprenant, ajoutait-il, ceux qui me sollicitaient avec tant de clialeur étaient ceux-là mfimo sur qui s'était exercée l'usure, objet du procès. Le contraste d'un homme poursuivi criminellement pour avoir fait à des particuliers un tort, dont ceux-ci non seulement ne se plaignaient pas, mais niÈmc témoignaient de la reconnaissance, me parut singulier et me fit faire bieu des réflexions. »

A ce besoin d'argent, si impérieux qu'il ne laisse pas la liberté de discuter le taux du prêt, à cette masse sans biens qui s'estimerait heureuse encore d'ûtre volée par ses sauveurs, presque tous les hitats ont donné satisfaction, dans une mesure plus ou moins large, par l'institution ofliciello de montsile-piété investis de monopoles. La nécessité de ces monopoles est amplement justiGée par leur comparaison avec le régime adopté en Angleterre el en Amérique, où l'industrie libre a développé

[,K «KCAMsjfi: m; i„\ vi l'usure, avec un succî'S qui n'a pas son pareil sur le continent.

Le nombre des emprunts de ce genre est vingt fois plus considérable en Angleterre qu'en France ; i Londres seulement, opèrent 650 prêteurs patentés — pawn-brokers — qui reçoivent chaque année 30 millions de gages sur lesquels ils avancent 213 millions do francs. Sauf les trois boules d'or (le Lombardie, qui continuent de ligurcr à leur enseigne, rien no rappelle, dans ces boutiques furtives où pénttrc un peuple honteux, l'institution bienfaisante due au moine démocrate de la renaissance italienne, l'illustre Savonarolo, Dans ce pays de Grande-Bretagne où foisonne l'opulence, oîi les fonds publics, rapportant à peine 2 1/2 p. 100, M capitalisent plus haut que nulle part ailleurs, l'intérét du prêt sur gages oscille entre 20 et 25 p, 100 et, d'après l'Act de 1872, l'objet donné en nantissement peut Cire vendu au bout d'un an et sept jours, si le montant de l'avance ne dépasse pas 10 schellings, sans que l'emprunteur puisse réclamer le 11 boni », c'est-à-dire l'excédant du produit de la vente sur la dette. Or la moitié des emprunts dans les grandes villes, à Liverpool par exemple, où ils s'élèvent chaque année à 10 millions de francs, ne sont pas supérieurs à 2 shellings.

A New-York, où le mal était identique, quelques capitalistes, émus de cette situation, se réunirent en 1894 pour créer une concurrence aux pawo* brokers, ils fondèrent à cet effet une banque.

HPtai

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les bt-iiûfices tivs réduits sont réparlis enlre leafl actionnaires et qui perçoit uniformûmenl i2 p. 100 " sur tous les prôts, quels qu'en soient le montant et la durée, au lieu tles 24 et 3C p. 100 précédemment exigés dans les « oflices » de Gobseck da j Nouveau-Monde. ■

Les taux sont beaucoup plus favorables, grâcftl au développement des opérations, ilans les mont»^ de-piété européens. Parmi ceux de Franco quel-^ ques-uns, dotés de fondations cliarilables — Gr&^ noble, Montpellier, Angers, — prêtent gratuitemcntl ou moyennant un intérêt modique de 1 1/2 p. lOOw'fl D'autres au contraire, grevés sans doute de chargefffl exceptionnelles — Nantes, Cambrai, Rouen, -^*m exigent 9 p. 100 environ pour le loyer de leunu avances. Le plus grand nombre des 45 monta-depiété, répartis sur notre territoire, se contentent de 5 à 7 p. 100 ; le taux moyen, pour les 100 millions de Eiancs prêtés annuellement dans ces éta- J blissements sur 4 300 000 gages est de 6 fr. 50 p. 100. J

Cet intéri^t est notamment celui que prélève lel mont-dc-piété de Paris qui représente à lui setiM plus de la moitiédu total — 5G millions de francm — et mérite par là même une étude spéciatejfl En 1804, lors de sa réorganisation, il Qt payera aux emprunteurs 1,^ p. tOO : puis l'année suivanlA* 12 p. 100 jusqu'en 1830 et ensuite, jusqu'il 1885^ 9 p. 100. Depuis le milieu du sii^cle jusqu'à 1900,1 le chiffre des sommes empruntées a doublé — iM

,it de 28 millions seulement en 1847 — mais IffI

nombre dea objets engagés a peu augmenlé d'une ûpoque à l'autre, puisqu'il atLuignait diijà 1 ttOO (lOO à la fin lin règne do Louis-Philippe et n'est actuellement cjui; do 190(1000. La moyenne des prêts est ainsi beaucoup plus forte : 30 francs environ, de nos jours, contre 17 francs il y a cinquante ans.

La valeur des gages est donc plus grande et, de fait, ils ont cbangé de nature : le nombre des bardes et autres articles de premifere nécessité a diminué, celui des bijoux s'est accru. En 1882 il était déposé à peu pri-a autant de hijoux que de « paquets a — terme générique sous lequel l'administration désigne toutes les autres matières. — En 1901, il était consigné moitié moins de ce paquets » divers que de bijoux et l'importance pécuniaire de ceux-ci est deux fois plus forte que celle des autres. Cette évolution est le résultat du progrès général de l'aisance; les familles les moins fortunées posst;denl à présent des bijoux à mettre en gages. Le prix d'une montre a tellement baissé depuis vingt, et surtout depuis cinquante ans, que bien peu de personnes en sont dépourvues. D'un autre côté les vêtements sont arrivés à un si bas prix, qu'ils sont difficilement acceptés eu gage après avoir été portés durant quelque temps.

Les nécessiteux no sont pas seuls du reslo à s'adresser au mont-de-piété. Il est aussi le banquier d'une légion de petits fabricants ou commerçants rjui ne trouveraient nulle part un taux plus avan-

tiif;i.'ux que C(.'lui do 6 fr. 35 p. lUU vx'igè par lui. Quoique celte catégorie fournisse à poino le dixième (les emprunteurs, clic ahsorbi; plus du quart des sommes prûtées — 14 millions de francs. — Au contraire les ouvriers, qui ne reçoivcntqu'un chilîrv à peu prfes égal de 14 millions, représentant les 6 dixièmes de l'effectif des emprunteurs.

Mais aussi la destination du prêt n'est pas la môme : le petit patron, quand les affaires niarcliont, emprunte pour produire, pour aclieter des matières premières ; l'ouvrier emprunte pour consommer , pour vivre, quand le travail ne marche pas. Aussi a-l-il ^ti^ constaté que ces deux motifs opposés, qui conduisent le Parisien chez « ma tante », s'excluent l'un l'autre ; quand les patrons engagent de l'argentt^ie les ouvriers dégagent des draps et réciproquement. Fait paradoxal : la visite au montde-piété de toute une catégorie de patentés est un indice de prospérité industrielle. Il vient ainsi, aux bureaux de la rue des Francs-Bourgeois et dans leurs succursales, des aristocrates de la gène et de véritables déshérités de la vie. Les seconds profilent du voisinage des premiers. Le taux de 6 fr. 33 p. iOO, qui semble élevé à première vue, serait cependant beaucoup trop bas pour permellre au Hionl-de piét^ de couvrir ses dépenses sur /es deux tiers des prHs.

Ce taux constitue une sorte d'assistance mutuelle entre les emprunteurs. On comprend que lus frais généraux sont presque les mêmes pour une grosse j

3l)G 1,K HKXAMSHK UE l,A. VIK .1IIJIJEHM': ^^"

somme que pour une petite. Puis, l'emplacement occupé par uae machine à couiire est beaucoup plus vaste que celui de 12 couverts d'argent et les risques de dépérissement d'une couverture de laino sont beaucoup plus grands que ceux d'une paire de boucles d'oreilles en diamant.

Les dispenses du mont-de-piété se composent d'abord do la rente des fonds qu'il emprunte d'une main pour les prêter de l'autre ; car il ne possède en propre aucun capital. Le service de sa dette, au taux moyen de 2 fr. 67 p. iOO, lui coûte environ

1 500 000 francs par an. L'ensemble des frais d'administration, magasinage, assurances, manutention, personnel, etc., s'élève en outre à prfes de

2 400 000 francs. Or il appert des calculs ofQcielg qu'avec l'intérêt de fr, 35 p. iOO, uniformément exigé des déposants, les prôts inférieurs à 33 francs sont, sans exception aucune, onéreux au mont-dopiété. De 34 à 117 francs les prêts lui sont coûteux ou profitables, suivantla durée du séjour des gages en magasin. Enfin, à partir de 118 francs, les opérations de prfit sont toujours rémunératrices ; le produit des intérêts dépassant, dfes la prernifere quinzaine, le montant des cbargcs supportées par l'administration.

L'année derni!)rc, sur 1 900 000 perceptions, un tiers (617000) étaient en gain; les deux autres tiers (1283 000) constiluaieut des pertes, parce qu'elles n'atteignaient pas le minimum do 1 fr. 05, nécea-

irc pour couvrir les dépenses qu'elles avaient

LB PRAt populaire SOH

occasionnées. La plupart en efFct (926 DUO) ne dépasM saÎL-ut pas fr. 50 cl 330 000 environ donnaient d.eM fr. 05 à fr. 15. Une inslilulion i]ui prèle dM l'argent, emmagasine, transporte, épure — leM matelas sont gratuitement passés à l'étuve — ded gages généralement encombrants, pour une redB^V vance aussi modeste, accomplit à coup sûr uan besogne qu'aucun particulier ne saurait entr^H prendre, à moins d'y apporter un désintéressemeoS peu commun. fl

Pour les articles chers et, d'une manière génôfl raie, pour les bijoux, le mont-de-piété pourrait ad contenter d'un intérêt de 4 à 4 1/2 p. iOO, à lai condition de faire payer 13 ou 20 p, 100 aux nantissements divers, t«ls que linge, rideaux, lits de plume, violons ou bicyclettes ; celles-ci au aombccde plus de 4 000. Lu mont-dc-piété de Berlin suit cm procédé, plus commercial que charitable : ilpreniH 12 p. 100, sur les prêts supérieurs à 31 fr. 50, sfl exige 24 p. 100, sur les prêts inférieurs à cetlM somme, c'est-à-dire sur toutes les pauvres cliose9|B indispensal>les à la vie, dont les emprunteurs, poun vivre, ont dû se séparer. il

Le séjour de ce matériel liétéroclile est parfoira singulièrement prolongé : il a été vendu en 189Sa douze scrvielles engagées pour 8 francs en 1853fl Un emprunt de 30 francs a été renouvelé pendaoll lin demi-siècle. En ee moment les magasins di^ dépôt principal abritent encore un parapluie, apparJ tenant à la pelite-fille d'un ministre du roi Louis-^

Piiilippt! ; Iai]uel[<; paie, depuis vingt-cii)<| ans, le loyer onéreux de cet ustensile.

Une pareille constance est rare ; mais aussi beaucoup de pauvres geos ne peuvent, ni rentrer en possession de leur gage, ni mémo proroger la durée de l'emprunt (|u'on leur a consenti, parce qu'ils se sont laissés dépouiller de leur titre de propriété : la « reconnaissance », ou reçu, à eux délivrée aux guichets officiels.

Je ne sais si c'était Musette ou Mimî, ou quelque autre héroïne de Murger, qui, en une de ses heures de détresse ciironique, écrivait à son bien-aîmé : « Je suis dans une débine affreuse, j'ai nnia ma montre « au clou » ; tâche de la dégager ; je l'envoie la reconnaissance, avec la mienne. » — A quoi l'ami, sans scrupule, répondait : » Je suis encore moins fortuné que toi-mOrae, j'ai vendu la Il reconnaissance » ; c'est moi ijui t'en dois. »

Dès cette époque iloriEisait en effet, dans la capitale, le trafic des reconnaissances du mont-depiété, favorisé par l'écart existant, entre la valeur des objets servant de garantie au prêt, et la modicité relative de la somme avancée par l'établissement. Les marchands, spéculant sur l'estimation infinie des gages, achetaient aux emprunteurs, pour une somme naturellement très inférieure à celle qu'ils savaient les revendre, ces modestes papiers, derniers vestiges de la possession d'un paletot, d'un matelas ou d'un anneau de mariage, qu'on ne reverrail plus.

r.K l'HÉT i'opulaihk.

Les malandrins actuels savcat déposséder encore à meilleur marché la population indigente. 11 existe il Paria 4o0 maisons de m commerce », dont l'unique fonction est de prêter aux hesoigneux, à un taux qui varie de 60 à iW pour 100 par an — contre dépôt de leur reconnaissance — un cinquième en plus de la somme que le monl^de-piété leur a déjà avancée. Cette spéculation eut puur inventeur, vers 1870, un nommé Neuburger, Prussien d"origine, qui la pratiqua le premier dans un local delà ruo de Buci. Depuis lors, bien que cet ingénieux personnage, traduit devant les tribunaux, ait été condamné eL iinalement expulsé, on voit quel régiment d'imitateurs. Leur pullulement a lassé la justice ; elle en traduit à sa barre chaque

^.année une ou deux douzaines, mais il est peu de

Kiâlits plus difficiles à saisir que l'usure.

^p. On connaît son masque classique : vente aux emprunteurs, sous un nom supposé, de marcliandises invraisemblables ou imaginaires, charretées de lard ou cargaisons de vins de Champagne, locomotives ou fauves de ménagerie, que le préteur rachète incontinente moitié prix. On cite, dans les annales du métier, le fameux bateau de charbon, amarré au quai du Louvre, qui pendant cinquante ans figura dans tous les marchés. Les brocanteurs sur reconnaissances, féconds en moyens d'éluder la loi, trouvent d'ailleurs, dans les bénéfices qu'ils réalisent le moyen de supporter aisément l'amende

^Ijtont on peut les frapper. Ils détiennent à peu près

i.i: »éi:ammmk. dr la vie îïô^âNË la moitit! des reconnaissances délivrées aanuellcment par le mont-de-piélé et, chose triste à dire, les millions qui forment leur fonds do roulement apparLifinnent, pour partie, à des bourgeois qui, satisfaits de placer leur aigent à gros inlérCts, se persuadent sans doute à eux mèmL's qu'ils ignorent l'usage que l'on en fait.

Le hasard a fait tomber entre les mains de l'administration du montrdc-piété un document édîllant : c'est une circulaire, discrètement adressée à ces clients choisis, où se trouve exposée l'opération de p&rc de famille à laquelle les destinataires sont conviéy. La commandite sollicitéo consiste en bons de participation de mille francs, rapportant 240 francs par an, payables chaque mois par mandats-posle : « Mous ne sommes pas une banque, disent ces honnCtcs gens, nous ne jouons nullement avec les capitaux qui nous sont confiés, ni aux courses, ni à la Bourse, ii Et après avoir expliqué la sécurité parfaite dont jouissent les sommes ainsi engagées, garanties par des reconnaissances d'une valeur très supérieure, les rédacteurs de ce prospectus concluent, fort judicieusement, qu'un pareil intérfitde 2 pour 100 par mois « n'a jamais été donné jusqu'à ce jour par aucune spéculation commerciale ou industrielle». Ce qu'ils n'ajoutent pas, c'est qu'ils peuvent servir l'inlérôt promis d'autant plus aisément qu'ils prêtent eux-mêmes cet argent à des taux trois ou quatre fois supérieurs, allant jusqu'à 10 pour 100

LE PRÊT PUFULAIBB 371

• mois. Et à quelle clienlfele ! Le bénénco de ces humeurs de mansardes sort des poclics les plus misérables de Paris, des poches aliaientées souvent par le bureau de bicnfai sauce. Et le prt^judice causé aux malheureux esl beaucoup plus grand que le prollt des sangsues qui les sucent, parce qu'ils se trouvent dépossédés, pour quelques francs, d'un objet indispensable que, plus tard, s'ils sortent de la gôno, ils achiiterout de nouveau au prix fort. Peu importe alors que le mont-de-piété parisien

KB demande à tous qu'un intérêt faible, que le ïnouveilement des prêts y soit aisé ! Lorsqu'il n'a lus rien à engager, le pauvre engage ses recoonaissauces; il en possi;de en général une dizaine. Ses titres le quittent ainsi un par un; pendant plusieurs mois il se soumet aux conditions léonines qu'il a souscrites, puis il se lasse. 11 est alors déchu de son droit, le préteur devient propriétaire à sa place. Lors même qu'il se libëre du principal et des frais, il n'en a pas moins payé un intérêt effroyable.

Los commissaires-priseurs, aujourd'hui personnellement responsables, sont amenés, par la crainte d'éprouver des pertes, à priser les gages fort bas. 11 est facile de le constater par le prix qu'atteignent ces objets, lorsqu'ils sont livrés aux enchères publiques : les matelas et les Uts de plume ont été vendus, en 1899, avec un h boni » de 70 pour 100; représentant l'excédent de leur valeur marchande Hnur le pri^t consenti. A ce mal, le directeur du

LE MECÂKÏSMB DE 1..1 VIE MOOKnNE

mout-d(!-pi(5té, M. Edmond Duval, pliilaDtliropo et liomme de progrès, a proposé un rembdo fort simple : faire prêter par l'établissement, non plus le tiers ou la moitié, mais les neuf dixièmes do la valeur des objets présentés en nantissement. Ces rccoonaissances seraient déclarées inaliénables et nul n'aurait d'ailleurs avantage à s'en emparer. Un projet très approfondi, approuvé par le conseil de surveillance du mout-de-piété, puis par le conseil supérieur de l'Assistance publique et par le conseil municipal de Paris, fut soumis à la Chambre en 1893.

Quel accueil croit-on qu'une assemblée démocratique, préoccupée, dit-elle, de mettre le crédit à la portée des petites gens, ait fait à une proposition du gouvernement qui, remplaçant les courtages des commissaires-prisours par un traitement fixe, permettait de ruiner, dans sa base même, l'industrie malfaisante des brocanteurs? Elle l'a écartée, presque sans débats, grâce à la formule commode d'un « renvoi à la commission », Il n'y a pas lieu de recberclier ici les mobiles qui ont poussé à la tribune les adversaires de celte réforme, que de bas intérêts privés, embusqués sur son chemin comme sur celui de toutes les réformes, cherchent à arrêter.

Heureusement le palais législatif a ceci de commun avec celui de la Belle au Bois dormant, que les questions y peuvent sommeiller longtemps Bans vieillir. Je n'ai pas le pouvoir de secouer le

LE pniîT raprLAiRE

carloQ lélliargiijue où repose, depuis neuf ans, dossier de cette adaire; mais il est bon que l'opi nioD, l'impartiale opinion, soit dûment informéo, Le moment ne serait-il pas venu de bouclier les Qssures d'un règlement surannt^, ijui entretient, derrii're rinslitulion chargée de secourir les pauvres, une borde nttacbée à les dépouiller?

Depuis i802 une nouvelle sorte de gages a été admise au mont-de-piété ; les valeurs mobilières, contre le dépût desquelles il prête des sommes qui, par leur modicité et par la qualité des emprunteurs, rentrent essentiellement dans le crédit populaire. La presque totalité de cette clientèle se compose d'ouvriers (48 000), d'employés (33 000) pt de petits marchands ou fabricants (46 000). Un cinquième des avances demandées ne dépassent pas 100 francs et les deux tiers d'entre elles sont inférieures à 300 francs. L'administration s'occupe d'étendre son action bienfaisante au prêt sur titres de pensions civiles et militaires. Légalement, ces pensions sont « incessibles et insaisissables », mais la pratique ne suit pas toujours la théorie.

On se doute peu du nombre des malboureux retraités qui, poussés par la gêne, engagent leur titre de pension chez le changeur usurier. Pour un trimestre avancé, celui-ci leur en retieat deux, si ce n'est plus. On a cité le cas d'un pauvre diable qui avait ainsi obtenu 249 francs, et qui, aprt's -avoir versé par acomptes successifs plus de 2 000

. VIE HODGRNE francs H 8011 bienfaiteur se trouvait n'avoir pas encore remboursé un sou du prêt initial. La médaille militaire donne droit à une pension annuplle de 100 francs payable par semestre ; mais beaucoup de titulaires ne touchent jamais plus de 10 francs tous les six mois et laissent, à chaque renouvellement de l'emprunt, 10 francs entre les mains du prôleur.

Ce dernier est dans l'usage de faire contracter au client une assurance sur la vie à son profit ; mais il est toujours passible de poursuites correctionnelles. De plus le titulaire pourrait exiger la restitution de son brevet, ou s'en faire donner un double par l'État, ou encore refuser le certificat de vie sans lequel les arrérages ne peuvent ôtrc perçus. Les risques de l'opération retombent lourdement sur les débiteurs de cette catégorie, qui trouveraient à bon compte au mont de-piété les fonds dont ils ont besoin.

Les ventes k lempérament. — Piii du créilit pour los riches et pour los ponvres. — « Crépin, &lné, deVidouvilIe (Manche)."

— Ses débuU par la photographie. — Création des bons ; leur sacci'3. — Ils s'êlendent à lonijjs les marchandises. — G. Dutayel.

— 70 millions d'affaires. — Pourquoi l'industrie des ventes par abonnement s 6X6 jngiio avoc pon do faveur. — La h cameloWÔ u et la, s surhine d. — L'escamotage de la marque. — Les monti'es etics pianos vendus à terme. — Causes du succès de Crépin- DnTayel. — Alliance avec la Sajnarilaine. — Bênénco apparent, de 18 p. 100. — Frais généraux de li p. 100. — Les « abonneura u et receveurs. — Les feuilles flcl.ives. — 600000 abonnés.

— B francs par semnino. — Le syaU^me est morulisaleur mais Irop cher.

Le prêt d'un capital pour une année n'est autre chose que la venie d'une somme d'argent à un an de crédit ; de même la vente d'une armoire ou d'un costume, îi un an de crL'dit, est exactement semblable au prêt de la valeur do ce costume ou de cette armoire pendant un an. Les privilégiés de l'aisance se procurent aisément capitaux et marchandises ; ils trouvent de l'argent parce qu'ils inspirent de la confiance, ils inspirent confiance parce (lu'ils ont de Targent. Les personnes sans fortune

LE MKt;ANISME IlE lA VIE

ne IrouvaienL uaguèrc ni crédit, ni argent, préci- Eement parce qu'elles sont dépourvues de l'un cl de l'autre. Leur confier des fonds en échange d'un gage, esl déjà leur apporter un secours notable : c'est aussi rendre service à celte masse dénuée de ressources, que de lui livrer des objets nécessaires ou utiles, sans exiger d'elle ie débours immédiat de leur valeur.

A la condition toutefois de ne pas majorer le prix de ces objets au point que le délai concédé pour le paiement devienne malii:'re à usure. Dans tout commerce, dans toute industrie, le crédit impose au vendeur un surcroît de frais généraux ; il coûte quelque cliosc et ce quelque cliose est mis toujours à la charge de l'acheteur, qui l'acquitte sans trop l'apercevoir, les riches chez leur carrossier ou leur couturière, les pauvres chez leur boulanger, et ce n'est pas ici que le crédit est le moins cher. Il s'est fondé, depuis une quarantaine d'années, un certain nombre d'établissements ayant pour but la venteé crédit, aux classes laborieuses, des babits, des meubles cl en général de tout ce que détaillent, au comptant, les magasins ordinaires de nouveautés. La plupart ont disparu ou végîîtent ; un seul a prospéré — la maison Crépin- Dufayel; — son chiffre d'affaires atteint annuellement 70 millions de francs.

Libéré du service militaire comme caporal, Crépin qui, pour se distinguer d'un concurrent installé dans sa rue, adopta plus lard celte raison socj

s. Crépin aîné, de Vidouville (Manclie) », se soûlait peu de retourner au village tialal pousser la charrue aux cûLés de son pÎTO. Échoué à Paris, il ilébuta dans une imprimerie où il n'arrivait pas à gagner plus do 1 fr, 50 par jour. La photographie le tenta et, après avoir exercé quelque temps ce nouveau métier — il avait alors 37 ans — l'idée lui vint d'offrir, moyennant l franc versé comptant, 20 portraits photographiques dont le prix, fixé à 20 francs, devait Cire acquitté para-comptes longuement échelonnés. C'était en 1856, dans la primeur des inventions qui venaient de transformer le daguerréotype .

Les clients aflluèrenl; de l'aurore au coucher du soleil, Crépin photographiait sans trêve. Débordé par la besogne, il s'adjoignit des aides, devint patron et engagea un personnel de courtiers qui multipliaient les chalands. 11 songea aussitôt à leur vendre, dans les mûmes conditions de paiement, autre chose que leur image : du linge, des vêtements. Et, comme il n'avait pas le moyen d'acquérir lui-m&me ces marchandises pour les revendre, ils'enlendil avec certains commerçants qui prirent, pour espèces sonnantes, les «bons d'achat» émis par lui.

Le mécanisme de l'opération était fort simple et il a pou varié depuis l'origine : Crépin délivrait à ses « abonnés » — c'est le terme en usage — des « bons » de crédit d'une valeur cinq fois supérieure à la somme qui lui était versée en argent. Munis do ces titres les porteurs faisaient immédiatement

H^CAMSUP. DE L\ VIP. MODERNE

cmplcUo de. ce qu'ils d^siraïcnl, dans les magasins donl on leur remettait la liste et entre lesquels ils avaient le droit do choisir. Le montant des bons était ensuite soldé parCrépin, <i la maison qui les avait reçus en paiement, sous déduction d'une remise convenue.

L'allrail et, dans les milieux très modestes auxquels on s'adressait icr, le besoin du crédit est si grand que l'entreprise réussît à merveille. Les alFaircs augmentaient chaque année d'un million de francs ; le local des Batîg;nolles, devenu insuffisant, était abandonné pour un autre et, après plusieurs agrandissements successifs, à la boutique du début s'est substituée une administration pompeuse étalant boulevard Barht's, sur un terrain de 17000 mètres, des bâtisses à coupole ornées de statues de Falguitre et d'un fronton de Dalou, Il s'y trouve des écuries copieuses en marbre et une « harmonie n de 100 musiciens amateurs, employésauxrecouvremonts.

Le fondateur de cette vaste machine n'en a pas vu l'apothéose ; même il a maigrement joui de son succès. Sa raison s'était troublée ; il lui fallait, de temps à autre, s'enfermer de longs mois dans l'isolement; dix ans avant sa Un il avait dû abandonner la direction de sa maison et se retirer à la campagne. Dans sa famille, nul successeur capable; un Ois unique, mort ruiné à Londres, malgré les millions hérités par lui de son père. A ces médailles de chance, dont la foule ne voit que la face, il ne manque pas de tristes revers ! La veuve de

LE PRÊT POPII.AIIIK

M. Crépin, une lingJ,Te, lille du peuple comme luifl distingua dans le personnel des bureaux un jeu» Jiomme, entré on 1871, M. G. Dufayel, qu'elle s'aaJ socia. Kllc lui confia peu ù peu la direction de l'étaj Iilissement et finit par le lui vendre, avec la facuUfl de s'acquitter, lui aussi, par abonnement.

Quoique cette spéculation ait largement réussis ainsi qu'en témoigne le chiffre cité plus hautpi quoi(|ue ses effets semldent pieinemcnl louablesy i puisqu'elle met le crédit à la portée des plus humbles et développe les habitudes d'économie, en aidant le prolétaire à acquérir des objets durables — les consommations de bouche sont exclues de la liste — sans nuire à ses besoins journaliers, l'industrie des vente s » par abonnement » est en général jugée avec peu de faveur. La médiocre estime dont elle jouit dans l'opinion n'est pas sans causes : les inventeurs de celte combinaison n'étaient rien moins que des âmes charUables, poussées par le désir de rendre service à leur prochain. Ils n'éprouvaient d'autre ambition que celle de s'enrichir; ce qui, au demeurant, n'avait rien de criminel.

Mais, dénués de capital, sujets à des pertes nombreuses et grevés de frais énormes, pour faire suer goutte à goutte à ces innombrables débiteurs, qui presque tous vivent de leur travail, le montant des sommes avancées, les lanceurs de bons exigeaient une remise démesurée des marchands, auxquels ils envoyaient de la clientMe. Ces marchands à leur tour, pour s'indemniser des commissions de 40 et»

LE ÛÎCANISIIB DE LA. VIB HODEftHE

îjO p. 100 qu'ils avaient consenties, se rattrappaîenl sur le public on livrant do pure « caraclotte » ou en majorant effrontément leurs prix.

Dans li'l magasin, vendant à la fois au comptant cl à terme, les commis avaient l'ordre do dissimuler et, s'il le fallait, d'escamoter d'un coup dï ciseau, la marque apposée en chiffres connus, lorsqu'ils soupçonnaient avoir affaire à un « abonne >, auquel f^'tait nn5nagéc une forte « surbine )i. Les tours et les u trucs n de ce genre, bientôt révélés ou devinés, déconsidéraient et le régime des bons en lui-mCme et les négociants qui les acceptèrent et dont on se méfia. Quelques procès retentissants, à l'occasion de montres et de pianos ainsi écoulés, dont le tribunal de la Seine eut à connaître, prouvèrent que cette méfiance était fondée.

Aussi l'établissement Crépïn-Dufayel n'eut-il jamais pris son essor actuel, s'il n'avait rencontré un jeune couple — ■ Iq^ époux Cognacq — qui venaient de fonder en 1872, à l'enseigne de La Samaritaine, une maison de nouveautés dont j'ai naguère conté l'histoire'. M. Gognacq accueillit les « bons », parce qu'en augmentant le total do ses ventes, ils lui permettaient de s'approvisionner en gros, à meilleur marché ; ce dont il tirait uu bénéGce positif pour les marchandises débitées contre espèces. Espèces ou papier furent au reste traités chez lui sur un pied d'égalité parfaite. Salî&-

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