LE PRÊT POPULAIRE 3B
faits de la Samaritaine, le» abonaûs du Criîpm lui valurent une vogue rapide et, par là même, muiti-' plièrent l'émission des boas dont les trois quarts vont à ses comptoirs.
Présentés par le mag;asin dont il s'agit à la ' caisse Cri5pin-Dufayel, ces bons y sont immédiatement payés, avec une retenue de 18 p. lOt). Comment, dans le commerce des nouveautés, oii le pi'ofit net est Irfcs mince, a-t-il été possible d'accepter une charge aussi lourde, môme en économisant sur les autres frais g;énéraux et en réduisant les gains au minimum, c'est ce que je no me cbargerai pas d'expliquer. L'acheteur, toujours éveillé , sur ses intérêts, capable do comparer les prix i parmi les offres concurrentes qui lui sont faites, dans les différents catalogues et de discerner, par I l'usage, les qualités relatives des marchandises, ne 1 se porterait pas sans doute avec constance dans | un bazar où il serait trompé.
II n'en est pas moins vrai que les maisons qui] H travaillent » ainsi, ne reçoivent, pour 100 francs \ de bons, que 82 francs d'argent; qu'elles pourraient, en livrant les mômes articles au comptant, faire bénéficier leur clientMe de 18 p. 100 de rabais J autrement dit, que l'acheteur paie 18 p. tûO le 1 crédit qui lui est consenti, 11 le paie mémo davantage \ puisqu'il fait, àladélivrance des bons, un versement 1 immédiat en ?ï2o/i«ai'e, dont la quotité — Iccinquième / jusqu'à 50 francs — augmente progressivement \ au quart ou au tiers pour les sommes supérieures.
LE HKCANISHE IW. LA VIE HOt)F,H:ïK
Cependant celte part de 18 francs pour 100 francs, bénéficisl)rut ilurétablissfiraent Dufaycl, (|ul paraît lui réserver un întérOl formidable, oc laisse qu'un prolil assez mince, par suite des dépenses nécessaires pour assurer à des rouages aussi compliqués UQ foncLionnement sûr. En 1880, lorsque le ciiiQre d'alTaires était seulement de 5 millions, les frais généraux atteignaient 19 p. 100 et, si les remises des magasins n'eussent été beaucoup plus fortes, la maison eut <^lé en perle, même sans tenir compte du loyer des sommes qui lui étaient dues. Les frais, décroissant peu à peu, s'élèvent encore, paraît-il, à 14 p. 100, absorbés presque cxclusivemeut par le personnel administratif; caries pertes occasionnées par les mauvais payeurs, ne sont que de 1 à 2 p. 100.
Les « abonneurs » et receveurs, au nombre de 800, se partagent les divers quartiers de Paris, subdivisés en 17G sections. L' « abonneur « est le courtier, le recruteur de cette armée de clients dont l'effectif annuel, dans la capitale et sa grande banlieue, dépasse 600 000. Il touclie 5 p. 100 sur les engagements nouveaux qu'il apporte, et conserve indéfiniment la moitié de celte commission sur ses anciens clients qui prennent de nouveaux bons. Les contrats ne deviennent définitifs qu'après approbation du service des renseiguements. Celuici consulte d'abord ses archives où sont classé», au nom de leurs titulaires, tous tes livrets de bons émis depuis vingt-cinq ans ; précieux dossiers de
; pair populaire
l»olicc piiv^p, mais auxquels on ne pcul se fier tou! à fait parce que les liommcs et les situalions chai gcnt vite. Des inspecleurs août envoyés pour s'i (luérir de la moralité et des moyens d'existence l'abonné proposé. On leur remet chaque mati trente feuilles à remplir, dont une, fictive, pori un nom et une adresse de fantaisie ; cela pour con^' Irûler leur travail et s'assurer qu'ils prennent leurs infornialious en conscience.
Quant aux abonnés en cours, quinze omnibus partent chaque maliu à huit heures et transportent, dans les quartiers éloignés, les receveurs qui doivent extraire ! ou 2 francs par semaine, de poches trtîs diverses mais uniformément peu gà: nies. Ces recouvrements sont effectués à tour di rôle, chez le même abonné, par Irois receveui différents, dont l'alternance hebdomadaire aide vt5rifier la régularité des visites,
Grâce à cette organisation savante, aux employés choisi» dont il dispose et qui, tous, ont quinze et vingt ans d'expérience de leur besogne, l'établissement Crépin-Dufayel réduit au minimum le nombre des mauvaises créances, des bons falsifiés et des escroqueries multiples qui le menacent ; trois personnes composent à elles seules, tout son service du contentieux. Dans une opération qui comporte tant d'aléas, puisqu'elle ne s'adresse qu'à des individus sans surface, auxquels on ne demande aucun billet à ordre, un pareil résultat fait honneur à la irobité de la population parisienne.
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36i LB HÂCANlaMS DE LA VtK HODEBNE
11 csl clair pourlaiil qu'en cas de guerre, de panique ou de calamité nationale, toujours accompagnée d'an arrêt du travail, la plupart des abonnés se trouveraient incapables de tenir leurs engagements. Les contrats Dufayel prévoient ce cas extrême, ou ils se réservent de suspendre toute livraison à crédit ; mais, pour les livraisons déjà eirecluées, ils rencontreraient do grosses défections parmi leurs débiteurs, sans pouvoir faire attendre les créanciers : horlogers ou confectionneurs, marchands de meubles ou de bicyclettes.
Ce risque éventuel, non moins que l'intérêt du fond de roulement nécessaire — une vingtaine de millions do francs — sufTit-il à justifier les prolitft importants d'une industrie aussi vaste ; ces gains au contraire aeraienl-ila disproportionnés avec le service rendu? Peu importe. Seulement, par la force même des choses, par les frais généraux qui lui incombent, cet organisme est amené ^ vendre, bien que de îa.çoa détournée, au prix exorbitant de JS p. 100 le crédit de six mois qu'il procure. L'ouvrier ou l'employé, qui placerait à la caisse d'épargne l'argent nécessaire à ses acquisitions, s'éviterait une pareille surcharge; mais beaucoup n'auraient pas le courage d'économiser par avance pour acheter l'objet convoité et seront néanmoins capables, une fois rachat réaiisé, de s'acquitter peu à peu de leur dette. Le système a donc un côté moralisateur, mais il coûte trop cher.
Promi ères application B de la mulualitë aa CrMitToncier. anciens Monls-Cniinentaires. — Une banqoo populair second einpiro. — Lu n Snciétû du cnîilil an travail Caisao d'cBcoiuiilo liea associations populairea s. — Ella fait ' perJro ù. la Banque de Franco beaucoup d'argent. — La « Caisse ilosBSSOciBtionscoapiSrativeB». — Ellenopriîte rien. — La« Caisse renti'ale do l'épargne et du travail a. — Germe de mort de ces grosétablissemonts. — > BociéltS de crédit agricole «. — Les mutaalités de crédit cnSéos en Allemagne, par Schulze-Uelitsch et par Raiffoisen. — Lnizali en Italie. — Los banques populaires fcanfaises. — M. Eugène Rostand elle Centre /Vrfé/'aii/" du Crédit populaire. — M, Louis Durand et VVnion tUt Cai»»es raralei et ouvyiérea. — Pourquoi les banques populaii'es ne font qu'un petit chiffre d'affaires en Franco. — Les traites de 123 OOQ fr. des établis se monts allemands ou italiens. — Prêta sur l'honneur. — Argent sans emploi. — Résultats moraux. — Un peu do pain venu du
N'i!St-il pas possible de faire des avances d'argent à la niasse Lcsoigneuse à un taux moindre i 18 pour 100, ainsi (jue Crépin-Dufayel; moindre mÉme de 6,30 pour cent, ainsi que la moyenne des monts-de-piélé et sans exiger le dépôt d'un gage, dont la jouissance est enlevée à l'emprunteur? Telle est la question que s'efforce de résoudre une
386 LE MËCArnSliB DB hk VIE UODB&rfE ^
insltlulion, nouvelle encore dans nolropays: colle du prfit populaire coopi5ralif.
L'Allemagne, la Belgique, l'Ilalie, rAutrîclic, nous onl de beaucoup devancés sur ce terrain. II y a plus do cent ans la Prusse faisait les premières applications de la mutualité au crédit foncier, au moyen de ses landscJiaflen, pour les étendre en 1850, au crédit personnel urbain et agricole. Lt France devait rester longtemps étrangi-re à cette idée (jui se répandit dans l'Europe ccnlrale et jusqu'en Russie. Certaines de nos communes rurales avaient fondé, au xvni" siècle pour l'usage de leurs liabitants, des monls-de-r/rains , qui prêtaient i Noël la semence aux laboureurs, moyennant un inlérôt de îl pour 100, payable au mois de septembre en nature, au moment de la restitution du grain emprunté. Ces « monts-frumentaires u, administrés par le châtelain, le curé, les consuls élus cl les cultivateurs notables, avaient disparu, sans laisser môme le souvenir de leur existence, lorsque apparut , sous le second empire , la premit'K société de banque populaire.
Quelques ouvriers parisiens eurent l'idée de mettre en commun leurs économies, pour ae procurer mutuellement le crédit. Ils agissaient ea Becrct comme des conspirateurs. Les réunions, raconte l'un des fondateurs, « étaient difQciles el dangereuses. On ne pouvait choisir ni son endroit, ni son jour. Mais le besoin do montrer ce que peut l'initiative parlii-ulif're. les services que nous
lE PBfrr POPULAIHE allendions de celle commuaauU', nous Tiroiit nB", (|uer Doti'c tranquillitiS. On so groupa donc tlans les vignes de Monlreuil, au bois de Vincennes, dans les clainÎTCs, et, là assis on rond, les fcmmos cl les enfants autour, en veJeLLe, on disculalt le règlement, on votait les articles, on nommait les fonctionnaires, puis on enterrait les Liullelius. Joyeux de la besogne faite, cbaquc assemblée dans les cliamps ou dans les bois se terminait par un banquet modeste, mais qui nous procurait les jouissances qu'on goûte aux moments d'entliousiasme. »
Ainsi fui inauguré en France le crédit mutuel, S0U3 le nom do « Banque de solidarité commer*'^ cialc I', par neuf adbérenls qui se cotisèrent pourv la premil're fois le 2 juin 1857. Comment et pourquoi l'élan fut-il arrêté? Cette association prospéra d'abord ; 200 similaires furent fondées à son exemple; mais, déviant de leur principe originel el brûlant les étapes inévitables de toute innovation, I au lieu de développer le crédit, ce fut la productioQ ' coopérative qu'elles prétendirent du premier coup aborder. Les ouvriers, disait plus tard l'un d'eux, u ont mal compris leur affaire; ils ont cru (|ue le travail était tout et ont complètement oublié le capital, n
En 1863 le mouvement de l'Allemagne commence à ôtre connu; on ciierclie à le suivre : « Il faut, écrivait G. -P. Beluze, faire pour les travailleurs ce Hu'on a déjà fait poiir les propriétaires avec le ^^h
LE NËCAKISKE DE LA VIE UUDGRHE
crédit foncier et le crédit mobilier. » Là-dessus fut fondée une « SociiSté de crédit au Iravail », avec 400 francs d'espbces versées. Elle progressa rapidement; trois aaa après, en 1866, le nombre des sociétaires était de 1 200 et le capital souscrit de 200 000 francs. L'établissement, qui faisait déjà
10 millions d'affaires, périt cependant d'une fai;on misérable parce qu'il s'était engagé dans la voie périlleuse des avances aux associations ouvrières.
11 avait commencé par de faibles prêts; puis, les sociétés débitrices périclitant, pour ne pas perdre ses premiers sacrifices il en consentit de nouveaux, et Gnit par avoir à sa charge deux entreprises oii il était à découvert de 300 000 francs. Dès lors, incapable de marcher, faute d'argent, il dut confesser la vérité à ses commanditaires. La consternation fut générale; on voulut poser de nouvelles règles, revenir à la sagesse, mais trop tard. La eouliance était perdue ; il ne se trouva plus de souscripteurs et le Crédit au Iravail, mis en faillite en 1868, ne distribua pas plus de 18 pour 100 à ses créanciers.
Un second désastre, presque simultané, acheva de discréditer en France les banques populaires. M. Léon Say avait fondé avec M. Walras, eu 1865, la Caisse d'escompte des associaiions populaires. Quoique les instigateurs de cette affaire fussent des hommes d'expérience, elle s'exposa aux mêmus périls, commit les mômes fautes et eut le même sort. La Banque de France avait réescompté du papier à
LE PnÊT POPULAIRE
itle caisse et perdit avec elle beaucoup d'argent, les administrateurs, dont la bonne foi i^tait entière, furent dispensi^s, grâce à l' intervention de M. de Rotiiscbild, de rembourser personnellement.
L'espert-comptable judiciaire résumait ainsi lea fautes commises par le directeur avant de sombrer ; « Mode iltégal de réalisation des gages ; transformation dans les noms pour mieux dissimuler l'insolvabilité ; employés de la maison, titulaires complaisants de syndicats. Pour l'escompte, la caisse admet des repris de justice Hétris par des condamnations infamantes, un usurier cultivant l'abus de conQance, un marchand de vin taré en voie de devenir faussaire. Elle passe des remboursements fictifs au moyen de virements de comptes. Kn somme, concluait l'expert, tous les moyens ont été mis en œuvre pour faire croire à une entreprise sérieuse reposant sur des garanties de premier ordre et il résulte do mon travail que le tout a été purement chimérique a.
Si la Banque de France, aprba de pareilles fraudes, est devenue défiantâ à l'endroit des banques populaires, on ne saurait s'en étonner. Les organismes de ce genre doivent se constituer par en bas, c'est-à-dire par les intéressés eux-mômes, mettant en commun leurs moyens et leurs responsabilités; ce principe essentiel fut oublié. On imagina de créer un établissement central, avec des capitaux puissants : a L'Empereur, disait le Moniteur du janvier 1866, préoccupé de développer l'espritj
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d'union dans les classes laborieuses, a invité quelques personnes de bonne volonté à fonder une Caisse des associations coopératives, a
Elle commença avec un million dont Napoléon III avait fourni la moilié ; k sa télé étaient des liommes pratiques, dont la sagesse vît tout de suite l'extrême dang-er des opérations qu'on leur proposait de faire. Ces liommes, avaiil de prêter derargent, demandaient des garanties que les ouvriers ne purent pas leur donner. Aussi la caisse ne perdit rien, pour une raison bien simple, c'est qu'elle ne prêta jamais rien.
En 1880, M. Donon fonda la Caisse centrale de rÉpargne et dit Trarmil, avec l'intention de susciter, dans chaque arrondissement de Paris, une banque populaire qui s'appuierait sur la caisse centrale. La politique etl'agiotage se méUrenl à 1 liumanilarisme ; par le choix des membres qui composaient le conseil, le fondateur montrait qu'il comptait sur leurs noms pour décider le peuple & lui confier son argent. Faux calcul, les ouvriers ne vinrent qu'en petit nombre. Pour retenir ceux des sociétaires qui étaient de bons agents électoraux on leur accordait toute facilité d'accî'S aux coffres-forts. Telle de ces banques de quartier eut jusqu'à sept administrateurs mis successivement en faillite; aussi disparurent-elles lune après l'autre. La caisse centrale comprit qu'elle devait renoncer à une entreprise impossible et liquida avec do grandes avaries.
LB PRÊT tOPUtAIHE
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Tous ces gros iilablisspmenla portaient d'ailleurs eux un germe de mort ; sans contact avec les fasses urbaines ou rurales, parmi lesquelles ils ient censés devoir recruter leurs pratirjues, ils durent s'adonner, pour vivre, à de toutes autres occupations que celles de leur but initial. La « Société de crédit agricole » qui de toutes eut la plus longue existence, disparut en 1876, compromise dans des spéculations avec le gouvernement égyptien, compltïteraent étrangères au crédit de l'agriculture.
Mais ce qui peut surprendre davantage c'est que, chez certains esprits, les leçons du passé n'aient ,g semblé avoir laissé de traces. Sans parler des verses propositions de loi qui ont été déposées à la chambre, n'avons-nous pas vu, il y a quelques années, une nouvelle tentative faite par un Syndicat national du crédit agricole, qui a cherclié à se constituer au capital de 40 millions pour répandre de Paria le crédit par toute la France ? Le projet éclioua et fut abandonné six jours plus lard, La sagesse des populations rurales les avait Jétouroées de ce mirage.
Tandis qu'en France des projets mal conçus lyortaient ainsi l'un après l'autre, l'idée du crédit lutuel faisait son ciiemin il l'étranger. Raconter m prodigieux succts au delà de nos frontières t'entraînerait hors du cadre de cet ouvrage; bien 19 lecteurs sont édifiés déjà sur l'importance des isullals obtenus.
I.E HËCAHISNR DE LA Vît MODERNE 11 me suffit de rappeler ici que depuis un demi- Biècle, où, à quelques aunées d'intervalle, deux inconnus, sans appuis, sans forlune, sans expérience, mais (loués d'un cspril juste et d'un cœur passionné pour le bien du peuple, Herniann Schulzc, petit jugo de canton, Railfeisen, olïîcier d'artillerie démissionnaire, fondèrent, !'un à Dclitscli dans la Saxe prussienne, l'autre dans un coin du Palatinat à Heddersdorf-Neuwield, les premières mutualitt^s de crédit urbain ou rural, BOUS deux formes dilFérentes, l'Allemagne a vu se grouper 10000 sociétés populaires, autour d'un millier de bauques coopératives, où sont déposés 660 millions de francs et dont les opérations annuelles atteignent 2 milliards et demi. En Italie, les institutions analogues, dont la première fut inaugurée par Luzzati à Milan, en 1858, avec un capital de 700 francs, ont également prospéré puisqu'elles possèdentplus de 400 millions de francs de dépôts.
CheznouSgles premières manifestations sérieuses du crédit coopératif ne remontent pas au delà d'une quinzaine d'anuées ; c'est même seulement depuis sept à liuit ans que, sous l'effort parallèle ou combiné d'une élite d'apôtres du progrès social, parmi lesquels se rencontrent des gens de toutes professions et de toutes croyances, l'entreprise est parvenue à vaincre les difOcultés du début. Tous les essais nont pas également réussi ; dans le commerce de l'argent ilsuflit de l'imprudcuce d'unjour
; PBBTPWnLAlBK
[lour faire évanouir le fruil de nomlireuses années lie travail.
Fonder sans capital des ban(|ues populaires, oii les frais généraux dépassent pendant longtemps les bénéfices, paraît déjà assez malaisé; maia la plus grosso difficulté est de trouver de bons directeurs. Le Crédit multiel débutant à Paris rue de Valois ea 1882, après avoir duré douze ans et groupé de petits 4 patrons à qui il escomptait 2 millions de franesf d'effets, se vit forcé de liquider, parce que son président avait abusé de l'autorité qui lui était dévolue pour passer à l'établissement du papier de complaisance, revenu impayé. Au contraire, la banque coopérative de Menton a, depuis 1883, enfanté dai sa région le crédit agricole, et voit le total de se^ écritures atteindre aujourd'bui 69 millions de francs ' parce qu'elle est conduite avec sagacité par M. Rayneri l'un descliefsde ce mouvement contemporain.
De même la Société de crédit mutuel de Poligny a pu, depuis 1884, avancer 3 millions de francs aux agriculteurs do son entourage. Ces initiatives essaimîirent autour d'elles lentement. En 1889, ' l'on ne comptait pas plus d'une vingtaine d'associa-fJ lions analogues. A cette époque se réunit à Mar*l seille, sous la présidence d'un économiste dévouée il la doctrine coopérative, M. Eugène Rostand, URil congrès dont l'inlluence fut décisive. Les bommcdj s'y unirent et les idées s'y dégagi-rent.
Les résultats se chiffrent, à l'heure actuelle, p&) l'exislence d'environ 700 associations de créditl
populaire, urbain ou rural. Les premières sont au nombre d'une IrenLaiue seulement, dont les six plus importantes disposent d'un million de capital, versé par 2 300 associés. Parmi les sociétés agricoles, dont TeOcctif est vingt fois plus fort, 388 ont fourni ([uelques détails sur leur fonctionnement : elles se composent de 16000 membres et ont prêté en 1899, û millions et demi de francs.
Pécuniairement, le progrfes peutsembler mince; moralement il est considérable. Des cadres sont dressés, les esprits s'ouvrent à dos habitudes nouvelles ; le self help — l'aide-toî toi-môrac — s'implante parmi le peuple, surtout parmi le peuple des campagnes qui acquerra la notion de sa force en prenant conscience de sa richesse, plus grande que celle d'aucun banquier, et qui apprendra à s'en servir cheziui et pour lui. L'État, dans cette expaii — '• sion de la mutualité, n'a joué qu'un rdie tr^s efTacé. La loi du 5 novembre 1894 contient, au profil de? ces petites sociétés, des exemptions fiscales raisonnables et réduit à leur minimum les formalités Ae constitution. Elle no les autorise toutefois qu'entre personnes exerçant la profession d'agriculteur ou une profession connexe ; elle laisse en dehors tous les autres métiers ou commerces qui s'exercent dans les communes champêtres et qui ont aussi besoin de crédit. D'où, pour les caisses cantonales cette alternative : rester dans la légalité, en refusant leur concours à qui n'est pas cultivateur, ou l'accorder à cette catégorie de gens en vioh
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LE PRÊT FOPOLAIHE
loi, "A quoi, le plus souvent, les caissos se résolvenl sans peine.
Une autre loi (189o] a permis aux caisses d'épargne d'employer en prêts aux sociétés de crédit mutuel un cinquifime de leurs ressources. Mais, par la hrl'clie ainsi pratiquée dans noire vicu.x système centraliste, c'est à peine si trois ou quatre d'cntie nos caisses d'épargne ont songé à passer jusqu'à ce jour; tellement est grande la routine qui leur fait, en France, porter tous leurs fonds au Trésor; tandis qu'à l'étranger, — en Suisse ou en Allemagne — elles en usent avec une entière indépendance.
Au reste ce n'est pas l'argent qui fait défaut, puisque la Banque de France, lors du renouvellement de son privilège en 1897, a consenti au gouvernement une avance de 40 millions sans intérêts et une redevance annuelle proportionnée à ses Ijénéfices. Une somme de 53 827000 francs figure de ce clief, aujourd'hui, dans les comptes de notre grand établissement national, à la disposition de l'Iilat. Elle est destinée à subventionner les caisses régionales de crédit mutuel, intermédiaires naturels entre les caisses locales, dont elles escomptent le papier, et la Banque de France à qui elles le repassent. A cette subvention, qui peut égaler le inonlant du capital de cliaquo société, il n'a été que bien discrètement fait appel, depuis trois ans, pour un total de 604 000 francs, par ■ régionales, dont celle de la Beauee et du Perclie, ■
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celle lie la Marne, Aisne et Ardoiincs, ccll^ du Midi et celle de la Cliarenlc ODt pris la plus forte part.
Et non seulement l'argent ne manque pas, mais le plus grand nombre dus mutuelles, les te Caisses rurales » du type Raiffeisen refusent par principe d'user des largesses de l'État. Dans celles-là les associ<?s ne versent aucun capital fixe ; ils se constituent solidairement responsables de toutes les dettes de la société dont ils font partie et trouvent, dans la juste mesure et l'exacte surveillance des prSts accordés par leur collectivité, une limitatioa jtraliqiie de la garantie thêonqiiement illimitée ft laquelle ils s'engagent.
Si les nouvelles institutions de crédit coopératif ne sont pas arrôlées par le besoin de fonds, c'est donc que les emprunteurs ne se pressent pas do profiter des conditions favorables qui leur sont offertes ; puisque les opérations effectuées demeurent, on doit l'avouer, fort restreintes jusqu'à ce jour. On est donc tenté de conclure que le crédit mutuel n'a gui;re sa raison d'être dans un pays où, faute de clientèle, il est réduit à végéter. Ce serait une erreur ; la pénurie d'affaires, le cbiffre modeste de celles qui sont traitées, s'expliquent par le milieu économique dans lequel a surgi le crédit populaire en France.
Pliilantbropique et, dans certains cas, religieuse par son but, cette œuvre est, par sa nature môme, une entreprise financière ; En finance, il n'est pas
de crédit « populaire » ou impopulaiic ; on ignore lu crédit catholique, prolestanl ou juif : on ne connaît que le crédit tout court, personnel ou réel, fait aux gens ou aux choses. Les promoteurs du crédit coopératif ont dû, sous peine de compromettre leur tentative, s'inspirer dans leurs prêts des mêmes principes que les financiers ordinaires. Or, deux sortes de gens clierchent à emprunter ; les uns parce qu'ils veulent payer ou acheter — ils ont ou font des dettes — ; les autres parce qu'ils ont produit ou vendu — ils possèdent des créances et des marciiandiscs. Les premiers sont intéressants, les seconds sont solvables, Ceux-ci tirent, endossent, acceptent des effets de commerce, qu'escomptent, à des taux fort modérés, les banques locales et les innombrables agences que les établissements, dont j'ai naguère exposé les rouages^ — Crédit Lyonnais, Comptoir d'escompte, Société générale, etc., — multiphent à l'envi les uns des autres, pompant et distribuant, sur tout le territoire, les traites et la monnaie.
A l'époque où Schulze-Delitscli apparut en Allemagne et Luzzati en Italie, il n'e.\istait au delà du Rhin ni au delà des Alpes aucun organisme do co genre. Ils attirèrent naturellement à eux le petit commerce, voire le grand, et leurs banques florissantes ne sont pas plus essentiellement « populaires » que le Crédit « Lyonnais » n'est aHecté
e t!e la Vie Modei-iie,
MÉCAMSIIE
spécialempiil au Jypartemenl du Rliônp. La preuve c'est que, dans les statistiques aUemanrIos, figurent Dombre (VelFeta de 125000 francs cliaiiue ; qu'en Italie le compte rendu des opérations de la Uanque populaire de Milan, la plus célèbre de toutes, comprend une colonne assez bien remplie, réservée aux traites supérieures à 100 000 francs. II est très invraisemblable qu'un bomme du peuple soit engagé pour 100 000 francs dans une seule affaire.
A ce gros papier, qui gonlle les bilans des mutualités étrangÎTes et laisse dans leur bourse des profits abondants, nos associations françaises ne peuvent prétendre, parce qu'elles arrivent trop tard. Los banques ordinaires l'ont accaparé dansleurs succursales et le retiennent par un bon marcbé au-dessous duquel la banque populaire ne saurait dcsceadre ; d'autant plus que la force acquise, la notoriété, la ricbesso, leur confièrent une supériorit*.' invincible sur leurs nouveaux coucurreuts. Ellesmêmes, CCS maisons modernes de crédit, sont de fait a populaires », quoiqu'elles n'en prennent pas le titre ; elles recueillent et négocient énormément d'effets qui n'excèdent pas 50 francs, lorsqu'ils émanent de petits patrons honorables ; car « un bon
L débiteur, comme disait Marot, trouve toujours un bon prêteur. »
II se passe, en matière de banque, ce que j'ai eu précédemment occasion de signaler pour les assurances sur la vie : nombre de sociétés d'assurances par ac/io«s sont prospères ; les quatre plus ancipn-
LE PRIÏT PO^ULAIHE
nés (iistrihuent à lnurs aclionnaires, pour un capital origmairement vcrsii *lo i millions, un dividende annuel de 8 millions ; tandis qu'une Muluello-Vio très bien gérée, dont le but est do faire cmpoclied ces dividendes aux assurés eux-mêmes, languit daafl une obscurité relative ; parce que le public a, dbi longtemps, donné à d'autres sa faveur'.
Le eri^dit populaire ne trouve, lui, à glaner rfa/is ' /es vifles que des signatures rares et de second choix ; il doit s'armer de prudence vis-à-vis de la clientèle purement ouvrière, celle qui emprunte pour consommer, non pour produire, et ne présente pas do garantie. A celle-là on prête stir f/tonneur ; mais cette avance, qui ne peut se transformer en effet commercial, susceptible de circulation, immobilise les fonds jusqu'il un remboursement toujours problématique. Les institutions mutuelles, qui ont essayé le « prêt d'honneur » à l'étranger, ont éprouvé une perte d'environ 33 p. 100 de la portion de leur avoir qu'elles y avaient consacré. Ce déficit, rapproché des pertes minimes qu'accuse, pour des opérations presque analogues, l'établissement Crépin-Dufayel, ne laisse pas de surprendre. Il semble que les coopératives de crédit pourraient remplir, avec plus de succ!:s, cette partie si ardue mais si utile de leur dessein, soit en organisant le système des recouvrements partiels, soit en exigeantde cette
' de ta Vie moderne, les
catégorie d'emprunteurs la solidarilé de quelques parrains.
C'est à quoi s'appliquent déjà les Caisses rurales et ouvrières. N'ayant pour associés que des salariés, ces caisses ne peuvent, en aucun cas, arriver à un gros chill're d'alFaires ; mais les services qu'elles rendent sont bien plus considérables que ne pourrail le faire croire, à premièro vue, la modestie de leur mouvement de fonds. 11 faut avoir vécu dans les milieux manufacturiers, dans l'intimilé des iiumbles logis, pour comprendre l'importance pratique d'une avance de 50 francs, qui permet, au moment opportun, un achat de provisions à bon marché, facilite une location avantageuse par le paiement anticipé du ternie, aide à trouver l'emploi où un cautionnement est nécessaire, donne de ([uoi acquérir les outils et fournitures d'un travail exécuté k façon.
Dans une ville un peu importante, il est Impos^ sible d'établir solidement une caisse qui s'étende sur toute la population ouvrière; il faut chercher im milieu plus restreint, qui ait établi des relations plus fréquentes entre les futurs associés. Tantôt la caisse se limite à un seul quartier, tantôt c'est la paroisse qui sert de base; tantôt la caisse agrège les ouvriers de la même usine, ou les membres de la même profession qu'unit un syndicat, un cercle, une société de secours mutuels.
La caisse rurale, ayant dans sa sphère naturelle des clients plus faciles à surveiller, s'est déve-