‹ Le mécanisme de la vie moderne (volume 2)Chapitre 4 sur 20 · I. KABILLEMENT FÉMIMN · texte numérisé non relu

I. KABILLEMENT FÉMIMN

innovations réunies ont fait faire à celte Industrie beaucoup Je progrès. Dans de vastes élalilissements l'attention se disperserait forcément sur une foule d'objets; des difficultés mattîrielles s'opposeraient h ce qu'on introduisit dans la miiin-d'œuvre les mille changements imperceptibles qu'on y apporte au jour le jour. Ce perpétuel renouvellement est impraticable par exemple dans les usines florifères d'Allemagne.

Le soin qu'exige la fleur de tout premier ordre est d'ailleurs incroyable : les nervures s'y tracent h la main, avec un fer ou une plume d'oie qui donne le ton plus clair ou plus foncé. S'agil-il de copier une grappe de lilas naturel composé d'environ 200 pétales on en prendra, pour faire la grappe artiiiciellc, 400 que l'on collera deux par deux l'un sur l'autrej de sorte que dans la Heur apocryphe, comme dans le lilas authentique, chaque pétale a sa face et son revers différent, qui ne risquent pas de s'imprégner des nuances l'un de l'autre ii la teinture.

La coloration à l'alcool, transparente, fragile, do ces produits de grand luxe, exige des précautions minutieuses; entre Paris et Londres, des liserons ou « belles de jour » passèrent du bleu au vert par suite d'un emballage défectueux. Des roses du plus beau rouge deviennent blanches en quelques heures, dans un local fraîchement peint, par la seule évaporation de la térébenthine,

,MÔme l'ouvrière affligée d'une mauvaise haleine.

LB UKCANISUË DE LA VIB HODERNE OU (jui mangerait habituellement Je l'ail, aurait une inlIuoQce nf'faste sur la Lonalilé des parures ou des guirlandes qu'elle doit manipuler. De ces fleura aristocraliques, à l'cnfanlement desquelles préside une telle soUicilude, au peuple des humbles fleurs qu'engendre un machinisme économique, il y a tout l'écart de la rose des riches à la rose des pauvres, de la rose de 10 francs a la rose de fr. 25. Mais ce sont toujours des roses, et ces simulacres de fleurs, qui vont et viennent au long des rues, Buflisent à égayer le regard. On n'en peut dire autant des chapeaux du sexo mâle qui, par leur imitation des noirs conduits de fumée en tôle, ont mérité du vulgaire le nom de « tuyaux Je poêle. » C'est à coup sûr l'une des inventions les moins heureuses au point de vue esthétique, et il est à prévoir que les siècles futurs ne nous loueront point en cela.

Qu'une section géométrique de cylindre, circonscrite h sa base, à angle droit, par un rebord de médiocre dimension, ait été imaginée par l'élite des peuples civilisés comme la plus congruento chose à porter sur la tète; qu'elle soit le signe indélébile de la dignité bourgeoise et de la bonne tenue, dans les deux villes les plus avancées de l'occideat : Paris et Londres; qu'en ces deux villcset en toutes les autres, les personnes mêmes qui ne font pas un constant usage de ce couvre-chef, ne manquent jamais de l'arborer lors des cérémonies importantes ^Icur vie, ut qu'une pareille coutume se soit pu

l'iiadillemekt fj-^hinin mainU'iiir depuis cent ans, voilà qui doit à jamais nous empocher do sourire des modes les plus burlesques du pass^.

Le chapeau de peluche de soie, d'origine italienne apparut vers 1820, monti5 sur carton. L'Angleterre le perfectionna ; mais ce fut la France qui eut la gloire d'inventer, en 1834, la carcasse, — la « galette », en langue tecluiiquc, — de toile, apprêtée à la gomme laque, quo nous possédons aujourd'hui. Fièro de ses succès et consciente do sa valeur, la corporation cliapelière déploya des prétentions grandissantes, qui aboutirent à une grève mémorable vers la fin du second empire. Vainqueur, le syndicat ouvrier, imposa aux patrons battus des lois sous lesquelles il les lient encore,

ois calquées sur celles de l'ancien régime, étrange résurrection du passé : nul maître n'a le droit de brmer plus d'un apprenti tous les trois ans et ne peut lui faire enseigner son métier que par un

omrae travaillantaux pièces et payé par l'apprentî. Seulemcntles salariés, par leur triomphe, ruintrent

lors leur industrie au profit de l'étranger.

Il se manifeste d'ailleurs à l'égard du chapeau

e soie certains symptômes de désaffection. Sa consommation est positivement en décroissance. Quatre fabriques de peluche suffisent depuis quelques années à alimenter l'univers. Serions-nous, liommesd'un siècle nouveau, à la veille Je cbauger

Les Fourrures.

Le lupin ûm fournirea urtlflclâlleâ. — ■ Loutru belge ■ et ■ vison du Bosphore n. — Chats, renards et putois. ~ L'imilation loutre. — Luutro k i QD francs, à 6D0 tiaacs et à S OOQ fraoca. — 600 espèces de fourrures. — Los peaux du moyen flge. — TraEc actuel de la pelleterie. — La aompugnio de k baie d'IIudson. — Lob chasses de Sibérie. ^ Los phoques à fourrures. — Un million de peani d'uslrakan. — Lo marché de Londros. — Lu préparar lion dos peaux.

Le lapin dont le poil, après avoir remplacé celui du castor, ost à son tour, comme je l'ai dit au commencement do ce cliapître, concurrencé dans les chapeaux communs par les laines du Nouveau Monde, a trouvé récemment un domaine oii il rfegne sans conteste : celui des fourrures arlificîelles.

Sous les noms fantaisistes et euplioniques do « loutre belge » ou de « castor d'Australie », do « chinchilla de Mongolie » et de « vison du Bosphore », huit millions de lapins français donnent chaque année aux petites bourses la jouissance enviée de se couvrir du pelage des hiîles aepten-

Vhabiu.ejif,nt F^:HmiN' Irionalcs. Ces imitations représentent à peu pn>: les quatre cinquii;mos des fourrures que nous voyons passer sur les épaules do nos concitoyens et vont en outre, dans le nord de l'Europe, récliauITer les habilanls des contrées qui nous fournissent, en écliange, les peaux authentiques de leur pays. L'exportation des lapins ainsi transformés atteint en effet une valeur annuelle de plusieurs millions de francs. Les clials, que les gargotiers ont servi en gibelottes a leur clientj^le, et dont la dépouille se vend pour quelques sous, sont employés aussi au nombre d'environ 80 000, et aussi les renards, les putois et les sconses ou '< puans, » dont la peau s'acIiMe 4 ou 3 francs. Mais ce ne sont que d'insignifiants appoints auprès des soixante avatars différenls que subissent avec succès les toisons moelleuses de nos lapins domestiques.

L'hiver est la morte saison de cette industrie, centralisée dans des usines où la préparation des peaux s'exécuto au moyen de vingt-cinq types do machines successives. Cela tient à ce que le poil d'été, au moment où l'animal fait 8.a mue, ne vaut rien. Le bon lapin doit ûlre tué en janvier, février ou mars, et la marchandise est mise en rruvre durant la belle saison. A l'arrivée, après rarracliage iht gros poil ou a jar », les peaux passent à l'atelier des « cliiqucleuses », qui coupent tftles, pattes et queues. Les tètes sont vendues 13 francs les 100 kilos aux fabricants de colle; les pattes, les

(léclicta et balayures, ijui renfermeni 12 pour 100 d'azote, sont expédiés dans le Midi, où ils servent d'en^ais pour la vigne. L'épiderme intérieur est ensuite coupé au couteau chez les sujets mâles, et^ chez les femelles, arraché à la main

Un tiers dl.^3 peaux, plus ou moins détériorées» doivent être l'ohjet d'un raccommodage préalable on leur remetdes morceaux, cousus à la mécanique; une bonne ouvritre en rapièce ainsi près de 500 par jour. Puis viennent une série d'apprôls compliqués; le foulage, à l'Ituilc de colza, qui assouplit le cuir comme un gant; le « parage » qui le blaDcliitj le « baUage n qui décolle le poil, le pcignage, le dégraissage, dans une mixture de plâtre et de sciure d'acajou, achetée aux fabricants de meubles el reclierchée pour son grain sec qui absorbe lo! corps gras.

Tous CCS procédés sont dans le domaine public; ceux de teinture au contraire constituent pour chaque maison un secret particulier. Le pelletier doit, en teignant le poil avec des mordants, ménager le cuir qui ne supporterait pas une trop hauto chaleur. Aussi ne dépasse-t-on guère 30 degréi dans ce travail de « lustrage, u II y a vingt an! les teintes claires étaient seules réussies; par suiU des progrès réalisés, 1' « imitation loutre », naguère Inconnue ou médiocre, est devenue le triomphe du métier. On y réserve le pur dos du lapin, plus lïi que les côtés, dont l'extrémité du poil est coupée, « arasée n, puis, coloré à la brosse. Pour faire 1<

l'hASIUEUENT FÉMINIS $■

chinchilla, où les pointes seules doivent êtr^a teintes, on se sert de la plume, et, pour simuleiia certains pointillés naturels, on s^mu à l'aiguilln des poils do blaireau parmi ceux du lapin. CCH ensemble d'opérations, qui reviennent en moyena^a à fr. SO, pour des peaux vendues, suivant leun (lualité, de 12 k 30 francs la douzaine, se termiau par le « détirage », dont lo but est do restituer atu cuir sa longueur et largeur première. I

Lu plus beau collet de « loutre, u à la confecttoil^ duquel participent une vingtaine do peaux do lapin, doublées do bougran et do ouaté, est oÛertau public pour 100 francs; en vraie loutre de Beiiring il coûterait 600 francs, et en loutre du Kamla^ cUatka, 7 000 à 8 000 francs. Celle-ci provient d'ani^ maux capturés dansles mers de Chine et du Japon^ ■ dont le poil serré, pressé, plus fin que la soie, a 4 centimètres de hauteur ; tandis que celui des loutres do Behring ou d'Alaska est, au maximum, do 13 millimètres. A l'état brut, la peau des premières se vend jusqu'à 1200 francs! celle des secondes ne passe pas 130 francs. Leur taillo, vrai, est beaucoup moindre, — r",20 de longueur au lieu de 2 mètres. — Quant à la loutre frani^aiso de rivière, ayant O^SO de long, elle ne vaut pi plus de 12 à 13 francs.

Les fourreui's actuels utilisent le pelage d'uni faune extrêmement varii5e; elle comprend 600 espèces, depuis la vulgaire peau de brebis, qui garnit la pelisse du paysan, jusqu'aux zibelines valant

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52 1.1! MèCANISHE D« LA TIB MODEREE

leur poids d'or. Au moyen tige les classes aisées portaienl, huaucoup plus qu'aujourd'liui, des vêtements chauds; parce qu'à l'intérieur môme des maisons elles souffraient du froid. On no connaissait cependant que la sauvagine autochtone; sous les Donis de a gris » et de o menu vair », ce cjui doublait les cotardies et les houppelandes était simplcmenL le dos dea écureuils do France ou d'Allemagne, toujours de petite valeur. La seule peau chère était l'hermine, que les marchands de Conatuntinople tiraient des montagnes d'Arménie et de Crimée.

Le trafic dea fourrures, à partir du xvi° aièclc, accompagna la conquête cL la civilisation des terres nouvellua. Maintenant les deux régions qui fouruisaeut presque toute la pelleterie employée dans le monde entier, sont le nord de l'Amérique et la Russie, surtout la Russie d'Asie.

Pour l'Amérique, le commerce de la pelleterie est en partie aux mains de la compagnie anglaise de la Laie d'Hudson, fondée au commencement du xviii" sit'de. Attachés à son service, un nombre conaidérahie de trappeurs indiens partent, comme dans les romans de Fenimore Cooper, au début de l'hiver sur des traîneaux, pourvus de munitions et de vivres que leur fournil la Compagnie, et passent plusieurs mois à chasser dans les forCls et les déserts neigeux. La plupart des animaux qu'ils recherchent fuient en effet le voisinage de l'homme et se retirent dans les régions inhabitées.

\ De nombreux particuliers du Canada et de la ^rlie nord des Ltala-Unis entreprennent aussi des chasses, concurremment avec la Compagnie, h leurs risques et périls. Les frais de ces expéditions sont très élevés, et malgré l'énorme quantité de peaux récollée cliaque année, los bénéfices ne sont relativement pas trfes considérables.

Toutes ces peaux sont envoytk's à Londres, qui est le grand centre de la vente en gros et oîi les fourreurs de l'univers viennent s'approvisionner, dans les onclières publiques qui ont lieu tous les trois mois. La Compagnie de la Baie d'Hudaon expédie en moyenne cbaque année plus de 600000 peaux, valant pri'S do 10 millions de francs, dont les castors et les martres du Canada, à 33 et 40 francs l'une, forment le plus gros lot. Les chasseurs indépendants atteignent un chiffre d'exportation de 13 millions. Presque seuls ils fournissent le skung (800 000 peaux) et la marmotte. De la loutre, il fut beaucoup parlé, voici quelques années, lors de l'arbitrage sur les pêcheries de Behring. Pour empêcher la destruction compR'le de ces phoques à fourrures dans la région, le gouvernement des États-Unis dut limiter à 20 000 peaux la chasse annuellement permise à la compagnie privilégiée. Une compagnie russe continua de récolter, surles îles de Cuivre, environ 30 000 peaux par an. Mais la mesure restrictive prise par les Étals-Unis, détermina une hausse importante du ela loutre de première qualité. La consom-

LE UÉCAMBUR DE LA VtF. MODEtlNE

malioii resta la môme : à peu prc-s 200 000 peaux ; mais le déficit de l'Alaska Fut comblé par une produclion plus ubondanle de peaux inférieures venaut des îles Lobos, des caps Ilorn et de Bonne-Espérance.

L'Australie et l'Amérique du Sud produisent aussi une petite quantité de fourrures : le chinchilla notamment, qui est un petit écureuil, vient de Bolivie et de la Plata. Quant à la Russie, ses grands marchés sont Wbit, au-delà de l'Oural, où l'on arrive par un voyage de huit jours en traîneau, et Nijni-Novgorod, dont la grande foire a lieu au mois d'août. Ses principaux articles sont la zibeline, dont certains types se vendent jusqu'à ! 000 francs; le renard, qui atteint parfois 1 500 francs, lorsque son poil est complètement noir sans aucune trace d'argent, enfin et surtout l'astrakan, dont le chiQre annuel est de 15 millions de francs pour 1 million de peaux. Détail curieux, presque tous les troupeaux d'astrakan appartiennent à l'émir de Bokhara.

Lorsque toutes ces marchandises arriventà Paris, les chasseurs se sont contentés de les faire sécher; elles doivent subir une préparation assez longue. Le fabricant, qui les a achetées, les confie aux oppréteurs pour les rendre souples et brillantes, souvent pour les teindre. C'est lo cas de la loutre qui, à l'état naturel, est jaune. Et non seulement la loutre, telle qu'on la porte est teinte ; mais ce n'est que le duvet de l'animal d'où il a fallu arra-

l'habillement féminin 55

cher les longs poils gris, durs et piquants, qui le recouvraient. Cette préparation, autrefois l'apanage de l'Angleterre, se fait maintenant en France.

La peau, dûment conditionnée, revient chez le pelletier où elle passe encore par les mains des assortisseurs, coupeurs et cloueurs, qui la fixent sur des formes en bois, enfin des ouvrières chargées de la couture.

Du prix qu'atteignent alors, chez les fournisseurs à la mode, sous Taspect de blouses ou d'étoles, de c{ nuiteuses », de douillettes ou de polonaises, ces dépouilles des solitudes glacées, on peut inférer que la peau des bêtes sauvages, cette couverture des hommes primitifs, est devenue désormais un vêtement fort onéreux pour les peuples civilisés.

: qui lus belles roliâd pleurent.

a te inotlra n. — Dùmarcation moilomo des tuiletles muacaliBa et fûminine. — Itobes de cliavaliers, de marmitons, do bourgeoises et de magistrats au inoyon flgc . — Robes de 13 500 francs. — Les robeade luxe, aux deuï derniers siècles, — Variatiuos rnSipientes des modes nncionnes. — L'abdication du luxe m&le.

Déformations successives des carpe fashionables. — Diïplacome:it de la taille. — Le corset, pièce génératrice do t'ftjuslenienL — Les corps piquiis » do la Renaissance. — Le n tuur do taille » moyen des diverses nations d'Europe, — DilTêrents types de corsets, en Fuseau ou en corbeille, — Passage de l'amphora antique au verre de lampe. — s Docteur, failes-raoi maigrir, u — Les hanches ne se n portent u plus, — Les usines à corseU. — Machines â poser les isillcls, — Dangers de la suppression dos coraela.

Il est des" femmes laides sur qui les belles robes pleurent, et de jolies personnes h qui la nalure laisse tout porter avec charme, jusqu'à des oripeaux ou des guenilles. II est de petites bourgeoises qui ont, pour u se mettre », un goût inné; il est aussi des grandes dames faites a comme quatre œufs » — ainsi que disaient nos p^rea, là où nous disons aujourd'hui « faites comme quatre sous », pour désigner celles qui s'Iiabillent mal. —

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11 est, dans tous IcB pays et à toua les ûges, dos corps auxquels nulle mode ne semble convenir; d'auLres, au contraire, sur qui les tons violenta s'associent sans dureté et les nuances pâles sons fadeur, que les tissus moulent sans indécence ou drapent sans banalité. Mais, jeunes ou vieilles, cal* mantes ou désirables, vicieuses ou cbastes, ou simplement platoniques et ne laissant toucbcr qu'à leur ûine, les créatures féminines demeurent toutes plus ou moins coquettes; en vraies filles de cette Eve qui demanda un costume dî?s qu'elle eut perdu son ingénuité et pris conscience de son sexe.

Ce sexe, que nous appelons « beau », l'est surtout par sa parure, tandis que le mitre, par ses vêtements, est considérablement enlaidi. Phénomène tout spécial à la race humaine : parmi les tètes, qu'elles vivent sur terre, dans les airs ou jBUS l'eau, s'il y a quelque différence sensible ^Irc la femelle et le mâle, c'est toujours à l'avanigo du dernier, orné d'un plumage plus riche, bn poil mieux fourni, remarquable par des coufcurs plus voyantes ou des attributs plus élégants. Entre hommes et femmes d'ailleurs la démarcation extérieure par la toilette est assez moderne : la robe d'une vierge grecque ou romaine no différait guère, soit comme forme, soit comme tissu, de celle de son frère. De même en France durant

Kt le moyen âge, la cotte hardie, le i/ipon ou le set, n'étaient pas, au temps de saint Louis, plus linina que masculins ; la robe d'un marmiton

^L dont ^Ê ou (la ^L duché

i^tait plus commune et coûtait moins clior que celle d'un chevalier; mais la coupe était la mt>mo pour une servante ou pour un maçon, pour une bourgeoise ou pour un archer. Lorsque, vers la On du xv' siècle, le sexe fort, dans son ensemble, adopta le vêtement ajusté et que la jupe flottante demeura seulement le signe distinctif de quelques catégories — les « gens de robe longue » — magistrats, docteurs ou prêtres, les seigneurs et les dames opulentes continuèrent à rivaliser de luxe bien que BOUS des accoutrements différents.

Pour les uns comme pour les autres, ce chapitre de dépense ne paraît pas avoir augmenté depuis les temps féodaux jusqu'aux derniers règnes de la monarchie. La France des derniers Valois ou des Bourbons n'eut rien à envier, pour la pompe des atours à celle des liges antérieurs; mais elle ne les surpassa pas comme on serait tenté de le croire. En 1328, une robe de drap doublée de soie noire, destinée à la Reine, coûtait, en monnaie de nos jours ainsi que les cbirTres suivants, 1900 francs. Une autre, de velours cendré, montait à 4 000 francs et une de velours violet, doublée de menu vair, à i)000 francs. C'est là-dedans que les princesses étaient vraiment « parées comme des ciiÂsses, » semblables à celles des contes de fées. Il y avait mieux encore : ces étoffes d'or et d'argent lin, dont notre xx' siècle ne voit plus, au théâtre ou dans les églises, que de pâles imitations. La duchesse de Bourgogne se commandait, en 137S,

tHABILUEUI^KT FÉJIININ

une robe de drap d'or de Chypre, seniéiî lic paons, (|u'elle payait 123U0 francs.

Jc! n'ai renconlrô nul cliiffre aussi ^Icvé do Henri IV à Louis XVI : en 1740, une robe do velours ciselé de fleurs naturelles, d'où sortaient dca flours d'or et d'argent, se vend 5 700 francs ; une autre toilette de cérémonie, en IGHS, atteint 6500 francs. C'est le maximum des prix qui me sont passés sous les yeux. Mais, durant la mdnie période, la facture détaillée d'un costume de seigneur exceptionnellement fastueux arrive au total de 6 200 francs.

Et si, laissant de côté ces types extraordinaires, nous considérons les liabillements de gala de la haute société depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution, nous les trouverons de valeur à peu pris analogue pour les femmes de qualité et pour lesgentilsliommcsdc cour, c'eat-à-dire variant entre 1000 et iSOO francs. Mille francs seront payés, au xvi" siècle, aussi bien pour un « corset » d'homme, en velours, avec bordures et franges d'or, que pour une robe de femme en taffetas de GOnes avec cotte de satin bleu. Sous Louis XIV, les toilettes de K présentation, « en satin brodé ou en peluciie couleur de feu, que M"' de Mainlenon offre à sa belle-sœur d'Aubigné, valent environ 1 200 francs ; cl c'est aussi 1 200 francs que paie le duc de Nemours pour ses habits complets. Encore faul-il ne a prendre du galoo )> qu'avec discrétion ; car les galons d'argent qui câtoient le bord du vêtement.

Ll! MKCAKISMF, DK LA VIR

silloDiieut le dos, en encadrent les poches ou les peuvent èlro, à eux seuls, tarifes jusqu'à niUlû francs.

De ces atours somptueux, les riches d'autrefois n'en avaient pas sans doute un grand nombre; leur budget no l'eût pas permis : l'entretien annuel d'une Glle de France, sœur de Louis XIII, figurait pour 40O0IJ francs d'aujourd'hui dans les comptes de la maison rojale; mais une très grande dame comme la vicomtesse de Kohan ne disposait, pour sa toilette et celle de sa fille, au siècle précédent, que d'une pension de 11 000 francs.

Les modes étaient d'ailleurs très changeantes, presque autant que de nos jours. A distance, l'œil ne perçoit que faiblement ces mutations; ce qui nous fait à peine l'effet d'une nuance dans l'aspect d'un surcot ou d'une tunique, d'un pourpoint ou d'un justaucorps, constituait une révolution pour les intéressés. Même l'on peut dire que, depuis quatre-vingts ans, la mode, pour les hommes, a varié moins que jadis : il y a beaucoup plus do dissemblance entre un contemporain de Charles VII et un contemporain de Louis XII, ou entre le sujet de Henri IV et celui de Louis XIV, qu'il n'y en a entre deux bourgeois de 18â5 et do 1902. Le citoyen du xix° siècle ne connaît d'autre magnificence, d'autre recherche d'étiquette, que l'uniforme habit noir. Il a fallu, pour en venir là, que les armures tombasseut pièce à pièce et les broderies fleur à fleur ; « c'est, disait un poète, la raison

L HABILLEKENT rÈUlNI»

liumatno qui a perdu toutes ses illusions et (]ui en porte ellû-raême le deuil afin qu'on la console. »

D'illusions, les dames n'en ont perdu aucune; elles n'ont pas besoin d'ôLre consolées. Pendant que s'accomplissait, chez les hommes, ce sacrifice à l'économie et à l'égalité, qui remplaçait les iiroderics, les dentelles et les plumes, les culottes courtes et les étoffes claires, les boucles et les bijoux, par un frac abordable pour toutes les silualious et toutes les fortunes, pendant le développement de cette longue série d'abnégations masculines, nos moitiés intraitables n'ont cessé de s'attifer à la grt'cque, à la turque, à la clnnoise, à la Marie-Sluart, à la Médicis, de se costumer en bergère Walteau ou en marquise Louis XV. Si bien que, dans le ménage actuel, l'épouse fleurie, enrubannée, constellée, U'iomphante, enveloppée d'une atmosplièrc invisible de vénusté qui s'évapore autour d'elle, apparaît à câté du mari résigné, sombre, éteint et plat.

Félicitons les femmes de n'avoir fait aucune concession à la tendance uiveleuse des toilettes, de n'avoir point entendu raison sur ce qui touchait à leur beauté ; mais reconnaissons qu'elles obéissent elles-mêmes, en esclaves, à la tyrannie de modes qui souvent furent absurdes et, ce qui est plus grave, parfois hideuses. Ces modes, nul ne sait qui les ordonne ; les couturiers, qui sont censés les diriger, avouent n'avoir sur elles presque aucune influence. C'est un soufllc qui passe, mystérieux et irréslslililp : quelque cliose comme le vent qui sou-

^^B' «2 LE HÈCANISUE DE LA VIE UODBBNE:

^M l!;vo, à certaines lieuros, les peuples, ou upporlc les

^K épidémies; bien qu'avec moins de dommages,

^B( puisque le résultat est, au pis-aller, d'obliger pour

^H quelque temps à des d<^format!ons artificielles, des

^M êtres que la nature avait harmonieusement bàtîs. ^M Le siècle qui vient de linir en a connu d'assez

^M mémorables : la taille, remontée jusque sous les

^M bras ou descendue jusque sur les reins; les .han-

^M elles, démesurément élargies par les paniers em-

^B pruntés à l'ancien régime; le,.., comment dirais-

^1 je..., follement ampliOé par des « tournures »

^B postiches, puis dissimulé, escamoté par de labo-

■^ rieux déplacements; les jambes, tantôt perdues au centre de cages ovoïdes — les crinolines — que soutenaient des cerceaux d'acier, tantôt Bcelées en

boudins dans des fourreaux qui paralysaient tout

^B mouvement; les bras, un moment ballonnés sous

^H des manches dont l'ample boufflssure rappelait !o

^V pantalon d'un zouave et réduits peu après, en tenue

^B de soirée, à une épaulette de ruban, si étroite,

^H qu'elle ne permettait plus de porter la main à ses

^V cheveux sans immodestie.

^B De ces modes, les moins gracieuses ont même

^H SUCCÈS et souvent môme durée que les plus seyantes;

^1 l'élite élégante y répugne peut-être au fond de soi,

^K mais elle avale tout de même. Si le bon ton vou-

^B laitunjour queles femmes s'appliquassent, au haut

^V du dos ou au bas du ventre, la bosse de Polîchi-

^1 nelle, sans nul doute elle se la mettraient. Elles se

^B la mettraient dans toutes les contrées policées sans

L HABILLEMENT FÉUINItf

xceplion, et il n» faudi'ait pas plus de six mois iour universaliser cette gibbosilé; car ce domaine mie l'habillement féminin ne connaît nulle frontière Bet les décrets intornationaux et anonymes, par qui la matière est réglée, bien différenta on cela des protocoles de conférences diplomatiques, ne souffrent aucun retard.

Le corset, soit ([u'il épouse du plus près possible les contours réels, soit qu'il les corrige dans une vue esthétique, soit qu'il les rcpétrisso au gré d'engouements passagers, est la pièce essentielle et génératrice de l'ajustement moderne. Lui-même est assez récent. Du moins tel qu'il apparaît aujourd'hui; le moi de corset, aussi vieux que notre langue, signiGail naguère une sorte de corsage et Vidée est bien plus vieille encore ; les femmes de l'antiquité se servaient de bandelettes, disposées les unes sur les autres, pour serrer leur taille, effacer leurs épaules, soutenir leurs seins, et en augmenter l'importance. Les dames du xv' siècle obtenaient certains des effets que produit le corset actuel — cet « instrument de gène et de mensonge », comme l'ont nommé ses adversaires — au moyen de poches rembourrées, cousues au bon endroit de la chemise.

Le « corps piqué », inventé sous Catherine do Médicis et mis par elle en grande vogue, était une terrible armature de bois, d'ivoire ou de métal, inflexible et inextensible. Ambroise Paré rapporte avoir vu sur sa table de dissection de jolies femmes

; DE LA VIE MODRBrili à laillo fine, '< leurs cotes chevaucliant les unes pardessus les autres ». Pour faire « un corps bien espagnole, disait Montaigne, quelle géhenne ne souffrcnt-clk'S pas, guindées et sanglées avec do grosses cloclies jusqucs à la cliair vive. Oui, quet- ({ucfois k CQ mourir! » Allez au musée do Cluny voir le corset do fer de cotte époque, l'asserlion de Montaigne ne vous semblera pas exagérée.

« Ëspagnoler » un corps, c'était lui donner la taille dont les lieautés de la péninsule voisine ont le privilège. Chacun sait — mais les fabricants de corsets le savent mieux que personne — combien sont différemment construites les femmes des divers pays de l'Europe : il faut, pour chaque nation, des modules tout différents. L'espagnole a beaucoup de hanches et peu de ventre; sa taille courte et cambrée, laisse épanouir librement les protubérances natives du buste; l'anglaise au contraire est droite et tient à être droite; il lui faut un corset lacé et serré de haut en bas ; la russe et la Scandinave ont la taille longue avec des lignes peu saillantes; à l'allemande, à la hollandaise, volontiers massives, il faut des corsets emboîtant et fortement charpentés.

Le tour de [aille, dont le minimum, en Espagne, est de 40 centimètres, varie en Franco de 48 à 70 centimètres; il mesure de S6 à 58 en moyenne, sauf à Paris, où les femmes sont, parait-il, plus minces ((u'ailleurs. Ces différences d'une raco à l'autre, bien connues dans les industries de l'habil-

lerncnt, s'étendent à toutes les parties du corps : depuis le mollet par exemple, plus ImuL placé chez les sujettes britanniques que chez nos compatriotes, jusqu'à la gorge, située plus bas en général outre- Manche que (le ce cùté-cî de l'Océan.

La forme extérieure des corps fashionablcs change d'ailleurs tous les quatre ou cinq ans, suivant les bienséances que les couturiers imposent. Le corset se fait tantôt en fuseau et tantôt en corbeille ; parfois il enveloppe les hanches en laissant ressortir la croupe que l'on capitonne ; parfois il donne plus de largeur à l'éplgastre et l'on fait descendre les « goussets u jusqu'au nombril. La mode, suivant ses caprices, encliante successivement et les grasses et les maigres. Ce fut récemment au tour de ces dernières de se réjouir ; la silhouette féminine passa brusquement de l'imago lidèle d'une amphore antique, à l'aspect d'un verre de lampe, puis d'une bougie, puis d'un simple crayon.

Les médecins voyaient arriver à leurs consultations des dames éplorées qui leur disaient : « Docleur, donnez-moi ce que vous voudrez, empoisonnez-moi mais faites-moi maigrir. » Et comme le simple massage n'opérait pas assez vite, ces clientes ordonnaient à la corsetibre, confidente des opulences de leur personne, de te leur rentrer immédiatement lotet ça », comme si elles avaient affaire à un prestidigitateur. Ces artistes dociles inventèrent des harnachements secrets et extraordinaires pour obtenir une minceur artiflcielle ; à qui se

jugeait trop forte encore ila répondaient, en manifcre de consolation : « Il est vrai, Madame, qu'on ne porte plus ni hanche, ni poitrine ; mais Irha probablement tout cela se parlera do nouveau l'an prochain. »

L(! corset sur, ou mieux contre lequel hygiénistes et moralistes ont, depuis deux siècles, écrit nombre de pages, eat ainsi, suivantles variations du goût, suivant qu'il retranclie ou qu'il multiplie, parfois malsain et parfois inolTcnsif. Â cette innocente catégorie appartient une création contemporaine : le plastron haleine, qui supprime les seina d'étoupe ou de caoutchouc et qui, moyennant une boucle intérieure, serrée à volonté, avantage ou diminue le volume do la gorge, la faitparaître abondante ou réservée, et simule à ravir la fermeté moelleuse de la chair vivante. A travers mille viclasitudes le corset, de Charles IX à Louis XV avait néanmoins progressé ; de nos jours il s'est transformé tout à fait : le corset « à combinaisons » de 1770, avec son buse épais descendant le long du torse comme une barre do fer ; le corset « à poulies 1) de la Restauration, sont des machines indignes d'être comparées au corset moderne, souple comme un gant, contourné dans ses coutures pour s'adapter à tous les mouvements et pesant 200 grammes à peine.

Les perfectionnements introduits, la création do grandes « usines à corsets », d'où sortent tous les types imaginables, depuis ceux de gros coutil pour

Ida paysannes, jusqu'à ceux de batiste moirée, de "âamas de soie, de satin brofilié — les tissus varient de fr. 75 à 20 francs le inèlrc et il en faut GO cenLiinètres carrés — ont révolulionntî eetle industrie depuis untî trentaine d'années. On calculait en 1870 qu'il existait à Paria 4 000 corse ti ère s environ, établissant en moyenne un eorsct tous les deux jours ; ce qui, d'après le nombre des ouvrières dans les autres villes de France, donnait un total do 1 300 000 corsets, Depuis cette époque, le cbiffrc d'affaires a triplé, le nombre des articles est quatre l'ois plus considérable et, tandis que le prix do cliacun, considéré isolément s'abaissait, la façon, la substance s'amélioraient.

Notre production annuelle peut Être estimée à 5S millions de francs, dont un quart seulement pour le corset sur mesure ; Paris fabrique à lui seul autant que la province, Ue cette somme, la maind'œuvre absorbe 2b pour !00 représentée par environ 20 000 ouvrières ot un millier d'ouvriers mAIes. Les salaires varient de G et 8 francs par jour, pour quelques privilégiées, employées chez les grandes faiseuses, jusqu'à i fr. SO pour les femmes qui travaillent cbez elles en soignant leur ménage, ou pour les prisonnières des « maisons centrales u à qui les manufactures confient nombre de travaux. L'on m'a fait admirer do jolis petits corsets roses sortant des mains d'une jeune tlemoiselle, détenue à Clermoot pour avoir étranglé ses deux enfants.

L'une des grandes entreprises dont je viens do

LiA

parler iîvrc au cornmerco, à elle seule, 900 000 corsels par an, couples, cousus, plissés, (rillelt'S cl apprêtés h la vapeur. Les scies tournantes découpent 36 pil'ces à la fois, eu suivant le dessin tracé au crayon sur les tissus. Les divers morceaux, réunis en paquets par douzaines, sont portés aussitôt & la couture. L'ouvrage, si simple autrefois, est divisé en une foule d'opérations; au point qu'un corset, avant d'ôfre fini, passe entre plus de vingtcinq mains différentes. Maia il s'exécute aussi beaucoup plus vite : la macliine à i ou & aiguilles fait 4 ou 5 coulures à la fois.

Nous devons constater ici que, sur le terrain des inventions mécaniques, qui presque toutes vion — : nent des États-Unis, la supériorité des Américaint est écrasante et s'affirme en mille détails. Ainsi ur appareil, imaginé par cu.v, avait permis de poseï les œillets de laçage dix fois plus vite qu'on m pouvait faire auparavant; un effort tout récent i pour résultat d'accélérer cinq fois encore la rapidité de celte besogne. Au lieu d'incruster un pi un les 15 ou 18 œillets de chaque corset, la nou; vclle maciiine, d'un seul coup, perce tous les trot» et y loge en même temps les petits anneaux Scuivre. On donne un apprêt spécial au corset pe» l'injection de vapeur d'ainidou, ce qui le rend pli:» Bolido et presque indéformable. Le garnissage J ajoute les dentelles ou les broderies. Enfin il esl repassé sur des moules de cuivre cbaud, nommés j« ne sais pourquoi des « potence» », qui coiMttffri

HABILLEMENT FKUIMN

■ nïquenLaux « goussets » leur rondeur, aux bal<;ioes I leur courbure déliujUve.

Le corset u'a plus alors qu'à être mis en carlon ou en caisse, suivant sa (((.'sLiualion plus ou moÎDS loinlainc : en Voici d'alignés sur des bustesannonces, du galbe le plus s)nipatIiii[uo, en partance pour l'Australie et le Canada ; d'autres salles font uniquemeiit consacrées aux coinniaiides des tagasins de nouveautés. Le corset eu gros traverse les jours diflîciles : telle fabrique de premier ordre, qui gagnait il y a vingt ans 13 pour 1 OU sur un chilfre d'affaires de 4 millions de francs, voit ses affaires décroître à l'étranger et ne réalise plus qu'un profit

^*le 5 pour 100. 11 faut beaucoup de capitaux, énor- •ci^ment de marcliaudises en magasin, des relations ^fi tous pajSj un personnel uniquement occupé à fréer sans cesse des modèles : le « mignon » ou ' V aurore n, le « siamois » ou 1' « impérial », le " pbœbus » ou le « trianou ». Sans parler des ''^légories intimes : du corset « tuteur », pour les 'ailles déviées, du n dorsal » pour les épaules à ■^^ illies non symétriques, de 1' « abdominal » qui 'Srafe le ventre, de la « brassière " qui le ramène '■ *^> l'air, des corsets « grossesse » ou « maternel », ' *^8 derniers munis d'un boutonnage automatique l*Qiu' les mères qui allaitent.

Tous les articles bon marclié sont vendus îi peu \*''i's au pri.\ de revient ; mais aussi la plus liumble ^'Ourgeoise, l'ouvrière même, satisfait en quelque Tiesure désormais celte volupté discrète des des-

SOUS soignés. Le commerce de délail réalise d'ailleurs d'assez foiU bénéfices : les articles payés par le niarcliand 13 cl 28 francs, en gros,- sont roveiitlus 18 et 49 francs au public.

Le corset, dangereux pour qui en abuse el se serre à l'cxcî'S, pourrait Cire abandonné sans inconvénient par des nymphes aux formes sans reprocbe; mais ne songe-t-on pas avec effroi à ce qu'il adviendrait de sa suppression générale? Pour un petit nombre do « gorges sociables », suivant l'expression du xvn' siècle, combien de poitrines ujanquent de conviction; combien d' « appas » se raiïalent d'année en année, quand vient l'âgo où les belles d'anlan aperçoivent déjà leur fantâme dans le miroir? Combien déjeunes aussi, diversement mal faites, des voûtées, des pansues, deft

ieuscs, qu'il ne faudrait pas voir déplumées 1

Un miinoD de itcrsonnos dans l'industrie du vËtoment. — Deiu 'iiilli&nis de dépenses. — 1700 caulurièros à Paris. — Les maisons "otoires. — J. Doncct, Fiilîi, Worlh; les diSbuLs et lo lancement 't'wa couturier en vogue. — Travailler le plus près possible de 'a. nature. — Les « Irauscj'ip lions s du dessin et tenrs de'ceptiona.

— La blanchissBuao do village et la Victoire de Samothrace. — l'a- rùpercussion des modes sur le travail des campagnes. — (^cvKGileacos d'un homme qui a n'a plus la foi n. — Modèles et ' nnuinequins n à I 9D0 francs par an. — Les salons d'essayage.

• KouB ne voyons jamais le corset nentda Votre Majostâ ■ —

^ a-domoiselle Louise et Madame Henriette. — 290 ODO francs de '^hcscn douze mois. ~- Cou[ieuses, apprfleuses, manchiéres. — Proportion (les matières promiéroa. — Chiffres d'airalres et liûnâ- ^'^*«. — La fl lislo noire s ; la mutualité des reneeignenienU. — ^»îce63iUiB ol r^BuIlals du criidit.

Jje « plumage n, la toilelte des Français de l'un '-'■ l'autre aexe, représente aunuellement une dél'^^nse de doux milliards et occupe environ un '"'Uion de pcrsonncB, tant ouvriers que patrons. ^ ces derniers, Paris en compte 2 000 pour le '^'^stume féminin — 1 700 eouturiiîres et 300 mai- ^■^Hs de confection — d'importance IrJes inégale ï'^Ur lesquels travaillent au moins 80000 individus.

La concurrence des magasins de Douveaulés ne semble pas avoir préjudiciù depuis trente ans aux vêtements sur mesure., puisque le nombre des couturières parisiennes n'a cessé do s'accroître i il était do 700 seulement on 1872. La plupart sont à la lôte d'uno quinzaine d'ouvrières; une centaine d'ateliers atteignent ou dépassent l'effeclif do 50 personnes ; enfin six couturiers de premier ordre - commandent un bataillon eujupouné de 400 à 600 employées, hiérarciiisées en « grandes premii>res », preraiferes « de parties » et « de tables », appréteuses, garnisseuses, corsagiferes et « associées », manchières ou mancholtes, jupières, « bonnes mains », mécaniciennes, collaborant toutes à divers litres aux atours signés du nom cél^bre.

Celui qui porte ce nom est tantôt un enfant du métier, comme M. J. Doucet, dont les grandsparenls vendaient en ISlo des bonnets sous une porte cochfere, avant de s'établir marcKands de vraies dentelles boulevard Saint-Martin ; la seconde génération se fit une spécialité des points anciens.et rares ; la troisième passa sous la Itépublique* actuelle, de la lingerie aux costumes, où son suc — ■ cfca lui permit d'élargir le tbéàlre de ses opérations,-. devenu trop étroit pour contenir sa gloire. D'un^ simple boutique de coitfeur sortit un autre établis — sèment de couture, dont le fondateur, M. Féii.:^ Poussineau, prend une part active et intelligente au~ œuvres pliilantliropiques d'aujourd'hui. Au

L BABILLEHEKT FÂNININ

"C coiffure avait été annexé d'abord un rayon de ?"apeaux; après le chapeau vinrent nalurellcmeal '^^ manteaux et les robes; puis, par la liaison •Ja-turfiii,. des h trousseaux de mariées n, ce fut le tour de la lingerie.

IjC couturier actuel, renouvelé du moyen âge, P^ les tailleurs avaient le monopole d'iiabillei" les f^Oimes de la noblesse et do la riche bourgeoisie, "^ remonte pas au delà du second Empire. Sous ^Onis-Pbilippe les clientes apportaient leurs étoffes •^ «les couturières, qui travaillaient uniquement à '^Ç-on. Une d'elles, dans le Botlin de 1830, ajouta 'a- jiremifire, à ses nom et adresse, cette formule ; " Confections pour liâmes. Seule maison dans "aris où l'ou ti'ouve tout fait robes de femmes et * enfants en tous genres. » Voyant que les coulu- ''^'îires se mettaient k fournir des tissus, qu'elles '*-^lirtaient au fur et à mesure de leurs besoins, un J^une commis du principal marcliand de soieries de •^ rue du Sentier convamquît son patron qu'il '*-'^rait avantage à créer de son cOté un atelier de foulure.

C'était un anglais, nommé Worth, qui avait •^-^îiuté k Londres, dès l'âge de treize ans, dans le '^'^'iimcrce des cliàles, avant de venir diercher for- ^"o à Paris. Rebuté d'abord par ses chefs, dont la ^**nité regardait ce métier d' « artisan a comme ^'ïe déchéance, il oblinl, à force d'insistance, l'au- 5*'''Kation de préparer quelques modèles à chacun ■quels il donnait une forme spéciale, les variant

LE HiCANISHB SB LA VIK KODEHNE

sans cesse dans le goût Je l'étoffe, les appropriant aux diversea circonstances de la vie journalière. La taille féminine, dégagée, par l'adjonclion des manches, du cachemire et du mantelet, qui la cachaient ilepuia longtemps, so fit voir au long^ des rues, d'abord indiquiîe, dessinée plus nettement ensuite, au grand scandale des personnes timides. L'instigateur de cette réforme, étahli pour son, propre compte (!8o8) passait peu h peu autocrate du goût, oracle et directeur do conscience sur les matières d'ajustement, aussi bien pour l'aristocratie du vieux continent que pour la ploutocratie du nouveau monde. Son nom britannique, naturalisé par la prononciation, devînt celui d'une personnalité « éminemment parisienne, » et du reste son initiative avait été heureuse pour notre industrie.

Beaucoup d'autres ont suivi ses traces ; plusieurs l'ont égalé, surpassé même. De ces renommées, quelques-unes furent éphémères : la grande couture a ses favoris d'un jour, qui surgissent et dis-< paraissent sans que l'on sache trop pourquoi. Lesuccès est souvent Irfes rapide; l'un des plus récemment parvenus à l'apogée de celte profession, gJl l'on commence par chiffonner des flots de rubansi et oij l'on finit par en garder un brin i la boutontonnière, fit la première année 375 000 francs d'affaires, la deuxième 750000, la troisième 1 50000» et la quatrième près de 3 millions de francs. Una publicité intelligente dans les Iiôtels lui valut de*

l'hABILIRMEWT PÉMINIIf 78

F^'enles étrangères ; il en recruta parmi la haute ''Société française, en écrivant aux dûmes, dont il ^'^'levait les adresses dans quelque annuaire, des 'eltres confidentielles uù il leur offrait des toilettes superbes à bas prix. St^-duites par les chiffres, ''Gaucoup vinrent, trî'S intriguées de savoir qui ••Vait donné leurs noms? — On leur ri^pondit que ^ *5tait une amie, désireuse de garder l'incognito. — ~ Elles lirent une premiîire commande, non renou- ^'Gl^e^ parce que dans l'intervalle les prix hauss*^r-ent; la maison était lancée.

Mais le sacriQce de plusieurs centaines de cos- 'Urnes ne suffit point à amener ce résultat sans lliïlque besogne d'esprit, sans le don inné pour le "Tk^lier d'hahillcur. C'est ce don qui a permis à l*ille patronne âgée de dix-neuf ans, récemment ^**anée à un jeune employé de banque, de faire en P^u de mois ronfler la réputation, de se créer un ^om, une marque. Le a novateur dans l'art du ^'ôlenoent de la femme " suivant la qualité poni-

[j Peuse que prend certain couturier, sur ses cartes

^^^^^ visite, est eSectivement un homme notable et ^^H^ prix, plus prJ!S que l'on ne pense du statuaire : ^^P Pour un tailleur qui sent, interprète et rectifie la I ttature, disait bravement Michoiet, je donnerais ''"ois sculpteurs classiques. »

Pour attirer l'attention d'une clii^ntèle blasée, il

"^ suffit pas d'apporter du neuf et de l'extraordi-

"ttire, d'avoir de l'inouï plein ses poches, il faut

^^— découvrir au niomeiit psychologique le modble

LE AIl!:CA.MSHS DE LA V

dont les lignes originales se substituent à la silhouette dont l'œil était las. Le croquis d'un pas dansé aux Folies-Bergère est apportû à tel grand faiseur, qui y puise son suircès de l'hiver. Le crayon pourtant est source de déceptions fréquentes ; on se passionne pour une image que l'étoffe reproduit mal, que l'on ne parvient pas à « transcrire » dans la réalité. Un dessinateur renommé de nos principaux théâtres, établi couturier à sou compte, mangea 600 000 francs en un an. 11 faut, pour bien atteindre le but, travailler le plus près possible de la nature, sur le corps féminin, à la fois élastique et rigide, vibrant tour à, tour ou langoureux, pâte unique d'une plasticité mouvante.

A ceux qu'anime cette préoccupation constante, un détail, inaperçu pour d'autres, donne des idées' de loiletles nouvelles. La robe à tunique, qui fit; fureur sous Napoléon III, fut suggérée à VVorth par la vue d'une blancliisseuse de village, accroupie ■ au bord de la rivière. Pour ne pas mouiller sa jupe; elle avait pris soin de la relever sur son jupon. Ainsi troussée, la paysanne n'était guère séduisante ; mais la draperie de ces cotillons repliés liU imaginer une superposition gracieuse de deux tissua» dont la contexture, les dessins, les coloris et lesi garnitures pouvaient être variés à l'infini. Un autres couturier réussit plus tard en s'inspirant uniquement du xviii" siècle et des coupes Louis XV qu'iS remit en honneur. Un autre, plus près de.jj

dâ ja^|B

icope, remonta jusqu'à l'aiititiuilé, rêvant pour rpe de pfs'dileclion la statue de la victoire do Samotliracp, poitrine bombée, ventre absent, envoloppi'i; simplement plutôl que vC'lue. Il reproduisit s* hicn ce gaibc que ses fanatiques affirmaient pouvoir reconnaître, enlre vine-t autres, la femme hEil)il|,;eciiezlui.

X<orsqu'une mode nouvelle réussit, c'est chaque

ic»îs une brancbe industrielle qui se crée ou qui

''^issuscite. La mousseline de l'Inde, dont Beroar-

"■>ri de Saint-Pierre avait vôtu sa Virginie, reprit

''■'usi faveur au milieu de ce siècle; mousseline si

^^^ageuse que la pièce passait par une bague d'en-

'^nt, si lé^tTc qu'il en fallait cent mètres pour peser

'*<ïu.v li\Tes. Puis, après une longue ('■clipae aussi,

'"*^ parurent les lampas, les velours ciselés, malgré

l^s répugnances des belles dames qui ne voulaient

P îls, disaient-elles, être vCtues comme des meubles.

'— e fut, pour la fabrication lyonnaise qui languis-

^^t, le point de départ d'initiatives bardies. La

'^icardie trouvait, il y a quelques annéc'S, dans le

^■Uccès des jupes « cloclie », dont cbacune exigeait

•-■'^nq mètres de crin, l'emploi rémunérateur d'une

'^^asse de bras ruraux à la mise en œuvre de ce

Pï'oduit précédemment oublié. Le public souvent

""^siste : contre le goût du drap, de la tenue anglaise

^^ delà cliemisette économique, très préjudiciable

^W luxe, de grandes maisons ont sourden^ent fait

■^^ïtipagne, jusque dans la presse quotidienne ; mais

^^Qs résultat.

LE MÉCAMSIIE DK LA VIE BIOÔI

« L'art du costume, me disait un couturier plein de son sujet, est n'gi par deux sortes de lois également impérieuses, les lois générales de l'eslliétique et les lois particuliJ'res du v<5tcment. Lonr ensemble constitue une tliéorie compliquée, dont l'homme qui connaît son métier à fond se péiil'tro avec un soin spécial. La part de l'innovation doit y être en parfait équilibre avec la part de la tradition, pour offrir quelque attrait imprévu qui pique et charme le regard. La revue des modes du passé est pour nous ce qu'est, pour le peintre, l'examen de l'œuvre des maîtres disparus; elle fait revivre h nos yeux une foule de formes et de combinaisons oubliées; elle nous révîile le secret de mille,,] raffinements qui ont servi à embellir les femmes J des autres siècles, vivifie notre invention pcrson- ' nelle et nous empoche de nous engourdir dans les t formules du présent. i

B C'est aussi une mine de renseignements oùj l'on puise des idées à pleines mains. L'imagina- 1 lion, la mémoire, ne fournissent pas toujours àj point nommé ce qu'on désire. Alors les documents! nous viennent on aide, on y trouve presque à coup! sûr un ajustement, un ornement analogue h. cclul| qu'on rûvc et qu'il nous suffit d'adapter. , !

« Malgré tout, ajoute mon interlocuteur, il neà faudrait pas exercer trop longtemps notre profes-^ sion. Nous sommes, comme les romanciers et lo^ auteurs dramatiques, épuisés au bout d'une vîng-ii taine d'années. Nous n'avons plus d'idées.

1 une ving-ri dées. Poai^l

^o\ipe, le maximum de son éclat, en faisant tomber ^ui' lui la lumière dans le mciltour sens; ju suis parvenu, par la multiplicatiou des coulures du corsage et par l'emploi do pièces symétriquement ''sséea, droite et gauche, à Taire profiter la taille "•t* la femme des fleura et des dessins du damas; .|3i employé tous les tissus imaginables, avec ar- "•^'Hr, avec foi. Maintenant, concluait-il, non sans 'JUtilqiie mélancolie, je n'ai plus la foi. »

ïj'on combinait naguère une robe pour cbaquc L'ISente ; maintenant les modèles sont confectionnés ^l'avance pour la saison et montrés sur do belles lîUes — les « mannequins » — qui les font valoir, 'jp petit truc est utile à la vente ; en voyant un costume sur le dos de ces « mannequins n à tournure élégante, à taille do guôpe, la personne qui Lgossède une taille d'éléphant est portée à croire ^■Aae l'elTet, sur elle-mémo, sera identique. Et l'idole ^Hplie, tout au long du jour parée, passe sur sa robe ^^^6 soie mince les riches toilettes, l'une après l'au- 'ft, suivant que ces dames les souhaitent voir, Puis, le soir venu, elle rentre, si elle est vertueuse, 'Ws sa condition d'employée à 150 francs, comme '3 reine de théâtre dépose sa couronne ou le garçon ''b recettes la sacoche aux millions.

(Celles-là ne sont en effet que des figurantes. Dans '^'^8 salons d'essayage où gisent les costumes en 'urmalion, oîi chaque visiteuse laisse son parfui

intime; derriÎTC ces portos d'où parlent impalienls, (les appels de voix flût^ea : — On demande Je corsage de M"" X.,. La sorlie de bal do M""' Z... estelle prôte ? — le long; dos corridors où frou-froutent lesjupea soyeuses, triomplialement portées à bout de bras ; dans cps lemplea de la coquetterie internationale — carbuaucoiip d■(?^^ang^^e3 ne viennent à Paris que pour s'JiabiUer — les grands rûles sont tenus par les n premiî^res vendeuses ». « Mademoiselle Henriette « ou « Madame Louise » sont là des personnages, largement appointés par le patron et recevant en outre, de la part des clientes satisfaites, des cadeaux de prix, bibelots, bijoux, de l'argent même. Telle américaine les gratifie, à son départ de Paris, de toute sa monnaie française dont le stock atteint jusqu'à un millier de francs.

Les longues séances d'essayage prêtent à la causerie; il se crée, entre la femme qui habille et celle qui est habillée, un semblant d'intimité qui permet d'aborder toutes les questions. Entre la pose d& deux épingles ces demoiselles péntHrent bien de3 secrets, se chargent de bien des sortes de messages; elles ébauchent et négocient parfois des mariages véritables. Le chiffon abolit si bien les distances et autorise tant de familiarités ! A la reine d'un pays voisin, dont les dessous étaient quelque peu négligés, une i( premibre » qu'elle affectionne particulièrement ne se gOna pas pour dire, un jour qu'elle lui enlevait sa robe : « On n'imaginerait pas qu'une reine a un corset si sale ! — C'est le vieux, répoafai

L'HABILLEMENT FËHINIIT

la Bouveraine, donnez-moi vile un cache-corset. — Voire MajcsL(5 nous dîl loujours que c'est le vieux, ''''pli([iie imperlurbablpmenl la demoîselie, mais "fus ne voyons jamais le neuf, a

Ce sont les vendeuses qui Iracent le plan de la

™I>e future et en font le prix, par un rapide calcul

"'entai de l'ëtoHe et des accessoires, doublure, gar-

iiilure, fleura et broderieB. Elles doivent, autant que

possible, pour guider les choix, se rappeler ou voir

'''^ Suite à qui elles ont alfaire, connaître Tentourage

'■'^ Ica parentés de la dame, surtout le cliiflïe qu'elle

"(^ dépassera pas; à celle-là il ne faut point mou-

'""t^T tout d'abord un tissu trop riche, parce qu'en-

^''ile elle ne voudrait plus en agréer de moindres.

t)evine-t-on au contraire, dans la nouvelle venue,

'lUelquc sujet opulent mais timide, ou bien une do

*E;a hystériques de parure, comme Paris en voit

''"^■barquer chaque printemps, les vendeuses habiles

^ ^a emparent, l'entreprennent et, a telle cliente

''Hnsfoiméc par l'ajustement, heureuse do se voir

'iiibellio au delii de ses espérances, elles n arrivent

■^ taire dépenser n — c'est leur terme — 50 000 francs

''itis une saison. Pour élevé qu'il soit, ce dernier

''liiffre n'a rien d'insolite. En l'espace de douze

"lois une vieille américaine, cétthre par son luxe,

l'sya pour 290 000 francs de factures k son coulu-

'iw. De pareilles notes représenteraient un nom-

'"'»' iuouï de robes moyennes, à 1 et 800 francs

^m^ae ; mais quelques articles exceptionnels suf-

t à grossir rapidement le total : telle lille de

brasserie anglaise, épousée pour sa beauté par un jeune clcrck de la Gîté, qui fil plus lard au Transvaal une rare fortune dans les spéculalions minières, comiiiaudail à la fois une pèlerine de 70 000 francs en zibeline el un voile d'Alençon destiné à orner son manteau de cour, lors de sa. présentation à la reine Victoria.

L'élégance masculine ne saurait de nos jours, atteindre de semblables taux, quelque prodigua qu'on la suppose. D'aprts les confidences du lailleui' le plus renommé, son meilleur client détenait le « record » en ce genre avec une dépense annuelle; d'environ 20 000 francs.

L'atelier oii se préparent les robes comprend deux sortes d'ouvrières : les coupeuses qui débitent l'étoiTe, les appréteuses qui rassemblent au moyen d'un bâti. Après un ou plusieurs essais, suivis des rectifications nécessaires, le travail se divise eulre l'atelier des corsages et celui des jupes. Dans le premier les » mécaniciennes » piquent les coutures, que rabattent ensuite les u petites mains * auxquelles est dévolu le finissage intérieur et li pose des baleines, noires, grises ou blondes. Gef dernières beaucoup plus recherchées et coûtant^ lorsque la pèclie des fanons a été médiocre, jusqu'È 160 francs le kilo. Le corsage est alors remis manchiéres, puis aux ijarnisseiises, si spécialiséei que les unes font presque exclusivement les boutonnières ou les bas de taille, d'autres les DceudE ou les liorilures légères. Coraagières ou jupièreSi

L HABILLEMENT Fti:«rM\

Bticrs de manteaux, de boléros ou de jtiquetlcs, I ^Bà leur tète uae sorte d'entre preneuse respoQ- J ^He à qui le patron paye h forfail les fàçous derv ^Bque objet. V

^Kn ce qui concerne plus particulièrement l'indus^l ^K parisienne, les marchandises employées clio^n ^Hgrand couturier se composent d'abord de Eoic-9 ^K, dans la proportion do 46 pour lOO.iIcdonlellegl ^vp. 100 et du passementeries 11 p. 100. Lea,l ^Bp. 100 qui restent se répartissent entre les four-tfl nires (8 p. 100), les broderies (7 1/2 p. lÛO), 1»! juponnage {4 1/2 p. 100), le lainage {3 1/2 p. 100)îJ Its plumes (2 p. 100), les Heurs (1,13 p. 100), li^M lialeines de corsage (0,83 p. 100) ; enfui les menues <l fournitures de lingerie, mercerie, étoffes de crin, I 'li'ssous de bras, etc., atteignent ensemble 2 1/2 I p. 100. 1

Au point de vue de la cUenlMe, les fortes mai-. 1 "OIS de la rue de la Paix ont calculé que les expé- ' ''ilions à l'étranger s'élevaient à 1" p. 100 du cliiflro 'liiHaires; les livraisons aux commissionnaires, i couturières américaines et allemandes qui klnent au mois d'août cueillir de porte en porte ftsiodes de ia saison prochaine, représentent p 100; les ventes faites à Paris il des étrangers,! pibeut 38 p. lUO; ijuant h la consomniatioa''T proprement dite elle ne constitue quoi '■ 100 du total, pe total varie, suivant rinipurlance relative de ] e établissement, de .j à 8 millions de fraXiCB,

divisés cnire 3000 comptes environ, dont 7 1 800 nouveaux chaque anni^e. Les titulaires de cei comptes sont de (]ualité tri^s inégale sous le rap' port de la fortune : nombre de dames riches, ei France, ne se font pas liabiller ciièremcnt, tandii que beaucoup d'autres, médiocreraont aisées, s'en' dettcut pour se vêtir. S'assurer que ces dettes sero» payi^es est une grosse préoccupation des fourni» seurs. L'un d'eux eut nagut're l'idée ingénieuse d( coucher sur une « liste noire » lea noms des însol vables convaincus. Le malheur voulut que cetl( liste secrMe, imprimée à l'usage exclusif des membres de la corporation, tombât sous les yeux d( l'un des débiteurs qui y figurait et qui mena, dadi les journaux, un terrible tapage contre une entre prise si indiscrète.

Les commer^;ants renoncèrent à ce procédé, maif perfectionnèrent leurs moyens d'investigation, Lorsqu'une inconnue se présente ils profitent dl délai demandé pour l'essayage et, avant de donnei un coup de ciseau dans le tissu, se procurent, su) le genre de vie de cette cliente nouvelle, des détail! qui leur permettent d'évaluer le « découvert » qu'eJll comporte. Ils n'ont pas toujours besoin de s'adrea Bcr à cet effet aux agences; on se prête entre eon îrbrcs une assistance mutuelle sur ce cliapiti'e; 1 mode aussi renseigne la couture et aussi les bijO'V tiers ou autres négoces analogues, à charge «3 revanche. L'acheteuse de passage, logée à riidto est tenue de payer d'avance.

Les aigreGns du monde cnlier ont l'œil sur cette proio qu'est lo quartier de l'Optira pour les objets de luxe, du luxe qu'ils veulent obtenir gratis. Tous les jours et particulièrement dans le plein de la saison, à l'époiiuo du Grand prix, arrivent, soit une ilébutanlc de la galanterie qui espère trouver, grâce iius robes qu'elle commande et qu'elle portera si gracieusement, le gentleman capable d'en acquitter 'l' montant; soit des messieurs, de noms connus 'Inns l'aristocratie européenne, qui sollicitent du '^'■«dil pour d'aimables compagnes, mais dont la Sarfinlio personnelle est Irop mince en faveur do '•^'Urs protégées ; leurs promesses, ou même leurs '"Uets, ne pouvant être acceptés nulle part.

Malgré les efforts de précaution du vendeur, ses

i'^^rtes sont nombreuses. La délicatesse n'est pas

'Oujours en honneur dans les couches sociulea les

i'I-Ua élevées ; il se trouve souvent des altesses qui

l'aient mal ou qui ne paient pas. L'histoire de Itt

(''■incesso do Saxe-Cobourg-Gotha a récemment

''éfrayé la presse ; mais il est, au compte de familles

Souveraines, beaucoup d'autres créances îrrécou-

^ral)les que le public ne connaît pas. Le crédit,

vi8-à-vis des clientes qui, plus ou moins exacte-

'l'eul, finissent par s'acquitter, est une lourde cliai-ge

triiez les couturières, mCme les plus modestes. Un

P''édicaleur influent a trouvé la question assez im-

i'ortatilc pour la traiter en chaire, dans des retraites

' oisacrées aux femmes du monde. Il leur a fait un

i^'^3a de conscience du relard qu'elles apportaient k^

D? llfiCANISME DE I

régler leurs noies ; il a cité l'exemplo d'une petite j patronne récemment établie, malade de la fièvre typlioïde et n'ayant pas un sou à la maison pour acheter dos ^cm^(les, tandis qu'on lui devait, par i fractions de IKO à 700 francs, une somme assez i notable qu'elle n'osait pas réclamer, crainte de i déplaire.

Mais les femmes ne commanderaient pas si elles i savaient qu'on apportera la facture avec la robe; 1 pénétrées de ce principe, les grosses maisons con- 1 sentent des crédits dont l'ensemble monte, chez J l'une d'elles, jusqu'à 6 ou 7 millions. Le capital I flottant n'est pas sans réduire leur bénéfice net, j dont l'importance est assez difficile à préciser àl cause de la manière dont elles le calculent. Ici on j l'estime h 30 p. 100, tandis qu'ailleurs on aflîrnte 1 qu'il n'excède pas 10 p. 100 du cliiffre d'affaires. '' L'expert, commis par le tribunal de la Seine pour* examiner les livres d'une couturière, dont les fac-dj tures étaient taxées d'exagération par sa cliente, ] exposa, dans son rapport, que le prix de revient| des marchandises ressortait à 43 p. 100 seulement^ du prix de vente ; et l'avocat de la plaignante fliei remarquer que, dans ces livres môme, le priidj d'achat des étoffes était déjà majoré, suivant uni usage d'ailleurs général, pour parer à la déprécia-é lion que subissent, d'une année à l'autre, les cou-« pons invendus. i

De ces soldes, quelques-uns sont uliliaés, d'aprferi leur nature et leur dimension, sous forme

l'habillement F^.MININ 87

brelles, de jupons, de sachets ou de boîtes à gants. Mais le commerce des toilettes de luxe, offre, par certains côtés, tant d'aléas qu'un ordre plus ou ïïîoins strict dans la gestion, une prudence plus ou .'ïîoîns sévère dans l'acceptation des commandes, fait varier singulièrement le profit définitif.

Les confectionneurs.

Un million île dobviiIIbb marliines à condre par glohe. — S 000 pointa par minute. — Diversité de leur besogne . oUos featonnont, soutactieot. brodent, piquent, fauOleDtot assâmbient. — Machines o a tracer a anr le tissu, à l'onore. — Le» « matelas » d'étoOea superposées. — DiSconpagc avec la a scie à rnban. o — Eattapcentiuru dos grands magasins. — Economie de Ha niatif m. — Les n uamplols » pnur humnies à IS fr. 50. — Les « emiochenrs d ; la mËme laine rachetée 10 fois de suite par le même fabricant, — Dépossesalon des petils taillears. — La dtspariHon du fripier. — Concurrence allemande. — Les onrrlâreg de l'aigaUle et lears salairuB. — Budgets vraisembloblei. — La morte-saison. — Le remède. — Les fabrications en gros. — Influence de la première communion sur le commorce. — Lea (i petites mains u. ~ Défaut d'apprentissage et d'babileté. — La concurrence des prit de fai;oa sur la surface du monde. — La vente des modales à l'étranger.

Tous autres, dans ce domaine du vêLcment, sont le but, les moyens d'action, les chances de succës , ou de perte du <' confectionneur. » Sa clientèle, peuple et petite bourgeoisie, est immense mais peu fortunée. Cependant elle est sensible a l'élégance. Pour obtenir sa faveur il lui faut donc offrir un costume dont la tournure attrayante séduise à petits

L HABILLEMENT FEHININ

1. L'émulation des fal)ricanL3 d'ôloffes, les pro- ] 8 du machinisme dans la coupe cl la coulure i fet permis de réaliser des économies incroyables. i [pliaque année, sur la surface du globe, plus d'un 1 llion de nouvelles machines à coudre vîeancHtf fcroitro ou remplacer le stock précédemment e , D'une seule maison il en sorl deux milliers' f jour. Construites en vue de besognes très jferses, capables de Faire ea certaines spécialités u'à 2 OOU points par minute, à « navette » ou à Jhaîuette, u à jour ou en zigzag, elles festonnent, J Btachent, brodent, piquent, faufilent ou asscm-^l ait avec une précision mathématiciue et une rapï- Bvertigineu^e.

£ travail leur arrive tout préparé par des appa- 9, dont le public a pu suivre en 1900 la marche llliîire dans les galeries de l'IilxposiLion univeri au Cbamp-do-Mars, Avec la « machine à 1 suffit d'appliquer des clichés reprodui- |l en relief un groupement de patrons et de tour- |unc manivelle ; en quelques secondes, le clielié I i et SCS lignes s'impriment sur le tissu avec | ï netteté parfaite. Une autre machine superpose I PÉtoffes, pour en former des» matelas » destinéail ^Ire tranchés en bloc. Elle saisit automatique- "'L'nt le bout de la piE^ce, transporte le pli à la Ion- , KUpur désirée, toujours dans le môme sens, le jux- "pose et le marge exactement, le coupe, puis '*prend d'elle-même le pli suivant.

moyenne de 5 centimètres ainsi obte-

nue, sur laquelle on place lo morceau où les contours (lu palron ont élé reproduUa, est portée à un établi que traverse la « scie à ruban. » Cette mince lame d'acier, tournant à grande vitesse, a vile fait de dér.ouper l'empilage de drap, d'aprl's les sinuosités que l'ouvrier l'oblige à suivre. Un dernier outil perce et marque les pocbes aux dimensions voulues. L'ensemble de ces procédas réduisent au minimum les frais de fabrication et les décfiets inutilisables qui vont s'émîettant sur le parquet. Or l'habile emploi de la matière entre pour beaucoup dans la science d'un coupeur : les économies que réalisent sur ce cliapilre les entrepreneuses des grands magasins sont le plus clair do leur bénéfice. Si elles acceptent des façons à trfes bon marché, c'est parce qu'elles gagnent, sur S ou 6 costumes, que fournit une pil'ce, 3 ou 4 mîitres d'étoffe que leur adresse personnelle leur permet d'épargner. La plupai't des maisons de détail mettent en vente des « complets » pour liommes à partir de SO francs. Quelques-unes commencent à 25 francs, d'autres k 13 fr. 73 et Ion peut aller plus bas encore. Le costume, offert au public pour 13 fr. 7S, est schetari au fabricant i2 fr. 50. Les 3 mètres de drap, 2 fr. 30 chaque, qu'il absorbe communément n sont pas, on le devine, une substance bien prt cieuse. Cependant la solidité est assez grande, teint seul en est fragile. Ce genre de tissu, inven. à Lîsieux, a été imité et perfectionné à Vienne, ■ Autriche.

l-'HABtLLEMBKT FEMININ »1il

rie le nom de b renaissance », sans etouto qu'il sf oninposp de vieux draps effiloclu'a, TiiL'Iangés en Irame à du colon qui augmente leur Li^nue, Le toul, Fouli5 forlemeni, reçoit après lissagi l'impression d'un dessin flalteur. Dans sa vieillesse, le vêlement, mis au rebut, retourne par une pent& fatale aux effiloclieurs. u 11 y a telles laines, disait un confectionneur de Lille, que j'ai peut-être rachetées dix fois ou davantage, sans le savoir, à' ropfiure qu'elles me reviennent, sous l'aspect li'éfoffes neuves, de cliez le fabricant qui les resauBpile.

Sur ce gepTc de vêtements, non seulement le il^'aillant ne gagne rien, mais le modeste écart qui S'^pare le prix de vente du prix d'achat est loin de '^'tuvrir SCS frais généraux: d'autant mieux que ''Psi souvent sur ces sortes au rabais que porte le P''i[icipal effort de sa réclame : l'affiche sensation- "c!!o représentera un voyageur dans l'attitude de '^liahissement, proférant les paroles suivantes : " J(i viens de faire le tour du monde; rien ne m'a plus étonné que les prix exceptionnels des vBte- "lents do la maison X... ! » Ou bien encore un placard monstre posera cette question : « Trouvez "' superbe jaquette, haute nouveauté d'Elbeuf, à '' fr, 93? » — A quoi un second placard, deux jours après, répondra : n On trouve la superbe i Hueiic à H fr. 93 aux magasins de... »

I Mais le client, une fois altiré, acbèle autre chose *' peut-être une qualité supérieure, où le marchand

trouve son eompto. Au ilemeuranl, l'ouYTÎer actuel se procure un costume « bourgeois »; un costume neuf, c'est quelque chose ; nul ne Ta endossé avatil lui ; tandis que son grand-ptrc se fournissait chez Is fripier i-X portait de vieilles hardes, souvent nuancées de pil'ces de rapport. « Les pol'tcs, disait Régnier, s'en vont l'Iialiit cicatrisé, courtisant les grands seigneurs, » Les seuls vOtements que l'on eût naguÎTe le. droit de vendre tout faits étaient le( vêtements d'occasion.

Depuis un dumi-siècle qu'elle existe, l'industrie des confectionneurs n'a cessé de grandir. Elle fl d'abord conquis la masse populaire, puis elle a dépossédé les petits tailleurs qui travaillaient pou^ la bourgeoisie. Dès 1867, ceux-ci voyaient dïmï-i nuer de moitié leur clilffre d'affaires; depuis lors, ils ont à peu près dispai'ii et les patrons de seconij ordre sont menacés de les suivre. Avec une clientèle toute locale, des frais proportionnellement lourds, Tobligation de se procurer, à prix peu avantageux parce qu'il aciifcte par petites quantités, un assortiment de marchandises supérieur à son débit, — ce qui l'expose à des pertes sensibles — le tailleur doit supporter une morte-saison de quatre à cinq mois. Il est condamné à payer trfeg haut la main-d'cBuvre et à consentir des crédits très longai aux acheteurs.

La maison de confection au contraire travaille au comptant, profite du cliômage pour renouveler ses collections, utilise toutes ses matières

natieres nrfty

JE

L HABILLICHEnT riÏHtNIM

miiTes. les i^coule en tout lieu et jouit des avaiilaget^ Je celui qui acliète, produit et vend par masses. ' Seuls les grands tailleurs n'ont pas à redouter celte concurrence, parce que, pour leur public fortuné, la question d'arycnl n'existe pas

Elablis dans le nord pour les qualités communcaf,! il Lyon ou à Paris pour les articles moyens ol soi"* gniSs, de vastes ateliers centralisent l'haltillemcnt <li< plus des deux tiers di; la population masculine. Quelques maisons unissent à l'industrie le commerce : la Belle Jardinière vend, par les mains de ws 2S00 employés, les lainages acUettïs à des '^cataiaes de fabriques, que 7 000 ouvriers des deux sexes exécutent pour elle. Dans ces usines à vûtîr, 'i division du travail est poussée au point que '^lles boutonnières sortent exclusivement de cer- 'ïines localités et qu'il n'est pas de costumu qui •iii passe avant d'ûtrc livré, par les mains de 30 per- "ûimes.

La confection féminine, plus jeune de vingt ans,'] "est organisée sur les mêmes bases, bien que'l ''une manière un peu différente, pour répondre 'ii'x mêmes besoins. Kilo faisait déjà, il y a trente ■l'is, moitié plus d'affaires que toutes les conturit'rcs "*-■ la capitale réunies et ses articles étaient demaa^J ''"S au deliors de préférence à tous autres. DuraaM "'S six ou sept mois que durèrent le siège et I^fl '^>'iiirnuiie, les étrangers, dans l'impossibilité A.^M 'Communiquer avec Paris, portèrent leurs dcraandeçl ^ Bpi-lin qui, depuis quelque temps, s'était outillas

pour produire le vêtement de femme à bas prix, La guerre Lerniinée, on s'attendait à voir revenir , cette clientfelo; elle ne revint pas. Oii pensa que les marchands de Londres et de New- York s'iHaîenl laissés momentanément séduire par le bon marché des produits allemands, maïs que cet engouement serait éphémère; on fut promptement détrompé. Il arriva, sur le marclié même do Paris, des articles berlinois d'un prix tellement intérieur que plusieurs do nos industriels, n'osant soutenir la lutte, se découragtTent et fermèrent leurs établîssenients. Le mal empira d'année en année; à l'extérieur, nos anciens débouchés nous furent enlevés un par un ; en France de nouvelles maisons disparurent et l'importation allemande s'accrut dans des proportions elTrayantes. Non seulement nous avions perdu notre primauté d'autrefois, mais nous étions menacés d'un anéantissement complet. Cela dura jusqu'en 1880.

Aco moment, des liommes d'initiative tentèrent de restaurer la fabrication parisienne et d'écraser la concurrence allemande en produisant meilleur marché qu'elle-même. La première chose à faire était d'économiser les frais de main-d'œuvre. A cet effet, ils s'entendirent avec nombre d'entrepreneurs qui prennent ît forfait la coulure et le ûnissage (luvf'temeut de série. Ils leur fournirentles moytms d'organiser dans les quartiers populeux, comme Belluville, Montmartre, les UatignuUes, de vastes ateliers. Lesprocédés de travail améliorés, on obtint

L HABILLEMENT FÉUIM.N 95

ilo nos tisseurs des iStofTcs à meilleur marché. EuGu l'on créa au fond des campugnes des manufactures qui livrîirent certains matériaux, commo les broderies, à des conililions tout à fait économiques.

Ces efforts furent couronnés d'un plein succès. Dès miZ, la marche ascendante de l'importation allemande s'arrêta, puis commença à décroître et n'a pas cessé depuis lors de décliner. Nos fabricants, après avoir reconquis le mai"ché français, ont repris pied en Angleterre et en Amérique, d'où on les avait complî-tement délogés, et l'étranger revint elioz nous. Sauf le vêtement d'Iiiver, que l'Allemagne établit encore à des prix plus avantageux que nous-mCmes, nos compatriotes remportent sur leurs rivaux des avantages marqués

Mais l'àprcté de la lutte, où faillît se tarir une des sources les plus abondantes du travail national, montre à quel point les patrons sont peu maîtres de Gxer à leur gré le taux des salaires qu'ils distribuent; et l'on ne doit pas maniiuer de s'en souvenir lorsqu'on s'intéresse aux classes laborieuses et que Ton recherche les moyens pratiques d'améliorer leur sort.

Ûe nobles et généreux esprits ont attiré l'attentioii publique sur la situation précaire des ouvrières "«l'aiguille; ils ont dressé des budgets de coutu- "■i^res i-t de lingères, dont beaucoup se réglaient ''" fltlicit. Fait iinprobahle d'ailleurs, puisque celui H"' n'a ni capital ù dissiper, ui crédit à atlendi'e, l'sl forcé toujours de subordonner sa dépense à sa

recette. Après eux, et dénaturant leur pensée, quelques déiracteurs superlîciels du temps présent ont impuli^ au macliinismc la responsahilité de ces misîres ; empruntant à la poésie de quoi émouvoir l'Ame du leeLeur, ils ont cité à titre d'argument, la H Glianson de la chemise » ; sans prendre garde que Thomas Hood, l'auteur de cette douloureuse complainte, The song of the shirt, était mort en 1845 !

Il semble, par un contraste facile à évoquer, que, dans le monde où se portent les toilettes, la femme, avec son luxe incomparablement plus grand que celui de l'homme, est la privilégiée; tandis que, dans le monde où les toilettes se font, elle est, avec son gain minime, la plus infortunée des créatures. Et comme personne plus que les intéressées n'est appelé à souffrir de ce contraste, il est clair que, pour CCS ouvrières frôlant tout le jour lo luxe et faisant de leurs mains la beauté des clientes, peu douces souvent du côté de la nature mais qui veulent être jolies quand môme, la rancu'ur de leur condition devient plus amère. La tentation d'en sortir doit être terriblement aiguë, lorsqu'une ' ancienne camarade d'atelier, une chanceuse, depuis peu « arrivée, » leur envoie un bonjour amical du haut de sa calèche rangée le long du trottoir.

Comparé pourtant à l'ensemble de la corporation„ le personnel des grandes maisons peut passer poud favorisé au point de vue du salaire! Il gagne moyenne 4 fr, 50. Les salles oîi travaillent en conLJ mun les demoiselles de la couture

p.ucune mélancolie; le bavardage s terrompu, semblable au bourdonnemenl d'une uche d'abeilles, témoigne qu'à défauL d'aliments plus subslanliels ces jeunes personnes n'aiment s avaler leur langue; et les fusées de gaîlé, qui partent d'un coin ou de l'autre, confirment la sagesse i ce dicton antique que « rire est ce qui contente i plus et ce qui coûte le moins. »

Mais nous sommes au moment de la presse; P^vicnne l'heure du cliômage , beaucoup do ces chaises seront vides et comment vivront alors celles qui les occupent aujourd'hui ? D'autant plus lue les licenciées sont les moins capables, par conséquent les moins payées durant les mois de forle besogne. Comment supprimer ces alternatives pro- '''gieuses?Le iS février, cliez telle faiseuse connue, '* Ji'avait été commandé encore que deux ou trois ""^i lies. Il y a des époques où les patrons n'ont pour **nsi dire rien à faire, bien qu'ils n'aiment pas * Vouer ces mortes-saisons. L'un d' eux availTamour- F*ï"opre de tenir éclairées jusqu'au milieu de la nuit '^s fenêtres de ses ateliers vides, afin de se donner, *tix yeux des passants, l'air de veiller. Le fait a =t.é constaté par un inspecteur.

^» Cette veillée, dont le législateur a prononcé la HftUppression, les ouvrières lui sont unaiiimement ^^^Torables, tant que la loi ne pourra abolir le chô- 1 ^*age périodique de quatre ou cinq mois par an. Ce '**<il, contre lequel la force publique est impuis- ^«Qte, la charité tente vainement d'v remédier :

LE MÉCANISME «K l-A VIE UODEHNE:

philanthropes ou religieux, tous ceux qui ont formé les oeuvres de patronage et d'assistance sur lesquelles a été appelée l'attention du public, reconnaissent les premiers que ce sont là des palliatifs tout à faits insufQsants et presque chiniériqucs. Une immense corporation de travailleurs ne peut I normalement Ctre à l'aumône, et uul ne concevrait qu'il en fût ainsi en un temps oii io salaire s'est partout accru, du haut en bas de l'échelle, pour la moitié féminine du genre humain, depuis i'ouvrifire de manufacture jusqu'à la simple o bonne à tout faire ii, laquelle gagne cing fois plus anjotird'hïti qu'il y a cent ans.

II est vrai que, pour rien au monde, la plupart des ouvrières de l'aiguille ne consentiraient à « se nietlrc en service », à moins d'entrer, avec des gages de 100 francs par mois, dans des intérieurs opulents où elles s'occuperaient uniquement è. coudre pour leurs maîtresses. Aux autres métiers d'appoint, aux tâches transitoires que leur offrent des institutions bienfaisantes, elles répugnent manifestement, Sur SO qui viennent solIiciLer un jour ces ouvrages un peu vulgaires, 25 ne se présenteat même pas le lendemain au poste indiqué, et, parmi les âS qui sont venues une fois, le plus grand, nombre n'y retourne pas les jouis suivants.

Un puissant correctif à cette inaction désastreuse serait d'engager les dames, sensibles aux questions sociales, à ne pas se donner le mot pour commander toutes au même moment, comme elles loa^

L HABILLEMENT FF.HIMN

ts objets de toilette qu'elles exigcnl sans aucuu ^tard; mais personne no peut sérit'useraenl avoir une pensée aussi singulière, Et qui ne se révolle à l'idée qu'un pareil système exposerait infailliblement quelques-unes de nos contemporaines à porter la mode d'il y a trois mois !

Ce que ni l'Étal, ni l'Église, no sauraient améliorer avec des menaces ou des prières, l'inlérôl privé, le brutal et sagace intérêt, maître du monde économiquGj se chargera de le réformer. Les maisons de confection, qui produisent en grand, font faire, par « séries » do tailles différentes, 500 ou 600 costumes du même modèle, aussi tien d'hommes fjue de femmes, tant d'hiver que d'été. Elles fabriquent à peu près tous les genres ; peignoirs ou jupes, corsages ou matinées, manteaux ou pèlerines, tabliers ou sorties de bal. Elles parcourent toute la gamme pour chaque nature d'objets, depuis l'extrême distinction jusqu'à l'extrômc médiocrité.

1 Je visitais l'une d'elles au moment des premières

^^^mmunions. Cet acte religieux est source d'af-

^^Bîres împortanlcs, parce qu'il occasionne d'assez

^^prtes dépenses, même dans les milieux anticlérî-

■ eaux — surtout dans ceux-là, m'a dit le chef d'un

S^and magasin populaire de Paris ; la France ne

''*'nferme-t-ellc pas nombre de pieux sceptiques ?

^^ barbier libre-penseur do mon voisinage, le

'''^tïn de la première communion de sa fille, afflr-

Jt que c'était binn là n lt> plus l)i>au jour de sa

rUÊCAMSME; DE LA VIE aUDBlR

vie B — Tout cf! que porte la famille ce jour-là doit être neuf; lo père, la mère s'habillent du neuf; la mère surtout, occasion favorable d'oblenii- de son époux une toilette fraîche, alliance du profane et du sacré. Le confoctionneur a prévu, pour toutes les bourses, un assortiment complet : aux fillettes pauvres il offre, pour 3 fr. To, la robe, le corsage et le voile, avec un bonnet de fr. 83 ; aux plus cossues, le bonnet de 13 francs, avec le costume de 130 francs, composé de deux jupes de mousseline étoffées d'un dessous en soie. La ceinture débute à t fr, 45 et s'élève jusqu'à 40 francs.

Môme variété pour les deux sexes, môme échelle ' de prix pour les adultes que pour les enfants. Les stocks de vêtements de toutes sortes, accumulés sans relâche, aident à régulariser le travail dont les femmes vivent toute l'année. Par sa prévoyance et ses capitaux, cette industrie conjure les conséquences de la saison morte, en compensant la « mesure u par la a série n, l'atelier des commandes par les ateliers d'approvisionnement.

Mais, dit-on, lu salaire distribué par ces derniers est d'une insuffisance notoire. Les entrepreneuses, avec qui traite le confectionneur et qui occupent cliacuno un certain nombre d'ouvrières, passent pour dévorer le profit des malheureuses qu'elles emploient, en leur payant des prix dérisoires de fa(;ou. L'imagination, riuteliigcnce tt aussi cette sortu de bon jugement appliqué à la prolession manuelle que l'on nomme le « goût », crée, parmi

Fil

la classe laborieuse, unp arislocratie, une bourgeoisie ot un bas-peuple, bref uni' hiil^rarchie, où quelques-unes sont traitées Irts bien, d'autres assez bien, d'autres très mal; parce qu'on en a toujours assez de celli's qui n'ont qu'une aiguille au bout des doigts et point d'idées dans les mains ni dans les yeux.

Or les trois quarts des te petites mains a ne connaissent pas leur métier; elles peuvent coudre, voilà tout. On no veut plus faire d'apprentissage, c'est un trop gros sacrifice et les enfants, casés trop jeunes paries parents, tant bien que mal, pour réaliser un gain immédiat, ne savent rien, pas .SiËme soutenir leurs points aux endroits où il est iécessaire. On ne peut pas so fier à elles et, si l'entrepreneuse n'existait pas, ces incapables mourraient de faim. Il est indispensable do les guider, de repasser le travail aprîss elles pour obvier à la mauvaise Fabrication. Si d'ailleurs on approfondit la moyenne des risques et des bénéfices de ces intermédiaires, le nombre de ceux qui s'enrichiaaent et de ceux qui se ruinent, on apprécie ce que vaut, dans un prix de revient, leur activité et leurs eflorts.

Encore faudrait-il, observe-t-on, que les plus déshéritées des ouvrières eussent de quoi vivre; et l'on s'indigne contre ce que l'on a lot fait d'appeler le H sweating système, » l'exploitation de la sueur, N'empedie que le bourgeois qui parle ainsi s'applique, quand il achîîte quelque chose, à payer

LR Mécanisme; dr i.^ vie moderne le moins cher possible. Or les tarifs de façon rivalisent, les uas avec les autres, sur toute la surface du mondu civilisé. Nécessairement les plus bas font la loi aux autres et il existe des hameaux en Europe ou les femmes gagnent six sous par jour.

Sans sortir de France, beaucoup d'entreprises installées en province, en Bretagne, à Nancy, à Châleauroux, font travailler autour d'elles des paysannes qui acceptent en hiver — jamais en été — des salaires trl'S modestes. Toute l'année fonctionnent, auprès des centres miniers, des forges, des grandes usines où les hommes sont occupés, des ateliers analogues. C'est un bienfait pour ces ménages d'ouvriers et de cultivateurs. A Paris même, la femme mariée, la jeune fille vivant sous le toit paternel, sont heureuses d'un gain modique,

Iqui augmente le bien-fitro du foyer et avec lequel la célibataire, isolée dans sa mansarde, consume ses forces sans « joindre les deux bouts », suivant l'expression vulgaire.

Qu'en conclure sinon que, pour les capacités médiocres ou ordinaires, la couture n'est uo métier possible dans la capitale qu'à la condition d'habiter en famille. Il n'y a là rien d'injuste ni d'immoral, rien dont on puisse faire un crime à la société ; d'autant qu'il existe, pour les femmes seules et indépendantes une inQnité d'autres emplois — et le nombre en augmente tous les jours — où les autres femmes, attachées au logis d'un mari ou d'uu pfere ne peuvent souvent lutter avec elles.

Au vêtement confectionné se rattache une Industrie toute spéciale, celle des » modMes. » De nomhreuses maisons, à Paris, ne s'occupent pas d'autre chose; les plus importantes vendent à l'Amt^riiiue et à l'Angleterre, Si j'en crois une tradition dont jene garantis pas l'exactitude, la vente des modules outre-manche daterait de loin : dt^-s la fin du dernier sifecle, on expi^diait chaqui; semaine à Londres, paraîL-il, une poupée de grande taille qui portait les modes de Paris. L'envoi se fit régulitrement, même pendant la Révolution et aux jours les plus sombres de la Terreur; une seule fois il manqua d'arriver à la date ordinaire; ce fut au mois d'octobre 1793, lorsque Marie-Antoinette venait d'être ê'uillotinée. Les fabricants de modîiles n'emploient qu'un personnel de choix, créateurs plutôt qu'ouvriers. Quelques-uns envoient encore des poupées, 'labdlées de papiers dont la disposition reproduit l-i'î.'s cxaclenient la forme d'un costume que l'on peut, d'aprîîs elles, copier aisément. Sur ce terrain, 1 Allemagne nous suit de prts et exporte des " njodèlea français », exéculéa à Berlin d'après les louvcautés parisiennes.

Les chaussures et les ^ants.

^L propn ^§ que le

Les peaux des abattoirs rte Paris. — Les laladeros de TA rique du Sud. — Moutons dos Indes. — Chèvres et chevreaux do Turquie el des Balkans. — Antilope ; poulain de Russie. — Talons en bois de Romorantin. — La mégiBserie ; la n chair ■ el la u fleur u. — Bottines jaunes et blanches. — b Efflorures n sur caclon. — Les cordonniers de l' ancien lype. — La fabrication mécanique. — L'élévatioa des salaires enf^endranl., aux Etats- Unis, le bon marclié do la main-d'ceuvre. — La location des mai'hinos, payâo au millo de pointa. — Les n godillots ». — La inina, suivant les paya. — La cordonnerie

et de laboureurs au moyen Age, — Les érique. pour les ouvriers. — Gants fran- — Les Wai' glove». — liO manipulations

avant d'être porté. — Pe eu do -gants de « chamoia» et de n chien s.

— Gants de Suède. — Le fromage de Roquefort et la peau de

gant. — Les ingrédients de la teinture. — 30 millions do paires

de ganta.

« Si les bottes pont trop étroites, dit un proverbe Kirghise, que t'importe que le monde soit vaste ; m maxime pleine de saveur par où nous apprenons, "^ ne prendre cet r-' -■ *•-"' --•--

longueur des pieds lu de luxe.

Les gants de maço:

ganta de travail en A

is retour de Lonilre

___ ^. ipliorisme barbare qu'au sens

propre, en laissant de côté sa haute portée morale, que les descendants des Mongols, errants dans les

l'habillement féminin 103

sieppes de l'Asie, sùnt sensibles, ainsi que nousmêmes, aux înlluences d'une chaussure défectueuse sur la santé et mfirae sur l'humeur. En fixant à 20 francs par personne, en moyenne, la part Je la cordonnerie dans la dépense de cliacun d'entre nous, on peut évaluer la production nationale à 800 millions de francs, auxquels il faut ajouter 100 millions d'exportation; soit 900 millions dont le tiers est absorbé par la main-d'œuvre.

Quand aux matières premières, une petite partie

seulement est d'origine française. Les meilleures

peaux de bœuf ou de vache sortent des abattoirs do

Paris, mais le second choix, les a saladeros »,

'■'ennent de l'Amérique du Sud et des Antilles;

Scande quantité de veaux s'achètent en Allemagne,

■*HtricIie et Hollande. Les moulons nous arrivent

^ plus loin : on les importe tout tannés des Indes.

^■-ïant aux chèvres et chevreaux, dont les grands

"I* arches sont Londres et Marseille, c'est par la

*-*rquie, l'Egypte, les Balkans qu'ils nous sont

Virnis. Les plus chers sont ceux de Kasan. La

.'-^ xdonnerie de luxe joint aux cuirs ordinaires l'an-

**^pe, le kangourou, le marsouin, au grain parti-

*-*hJ>rement lisse, le poulain, plus souple que tout

*~>.lre, plus coûteux aussi, parce qu'on n'emploie

" ^'une partie prise sous la croupe, traitée suivant

j*>e méthode dont les Russes gardèrent longtemps

^ secret.

^ A ces dépouilles animales se marient parfois ■ autres substances ; Romorantin eut, pendant

LK MÉCANISME DK LA VIF. UODF.RMi:

vin^t années, le monopole du façonnage des talons en Lois pour bottines genre. Louis XV ; nulle part, comme en Autriche, on ne sait tirer parti du carton pour donner de l'apparence aux semelles des chaussures bon marché; enfin les vieux souliers, lorsqu'apr&s avoir passé de pieds en pieds, ils terminent, au sein des choses innomables, leur laborieuse et kilométrique cam!:re, ne sont pas encore tout à fait perdus. Tantôt on les met en pâte pour former un cuir factice, qui se dissimulera en certains coins invisibles des souliers neufs ; tantôt, aprës les avoir assouplis dans l'eau et dépouillés de leurs clous qui se vendent à part, on y taille k l'emporte-piêco des empeignes de souliers d'enfanta. Avant d'tMre mises en œuvre, les peaux sont ^L traitées de bien des manières, tannées ou « mégis- ^B aées. Ces derniîjres, trempées avec leur poil dans ^B un bain de chauA:, puis enduites d'une pHte sèche, ^B d'un « habillage » fait avec des blancs d'œufs, de ^B l'alun et de la farine, dont elles s'imprègnent et se ^H «nourrissent, tf Pour certaines préparations, comme ^^m celle du chevreau, les Ëtats-Unis rivab'aent aujour- ^^P d'hui avec la France qui en avait naguère la spécia- ^H lité. La nature et le travail créent, dans chaque ^H sorte, des qualités multiples, dont les unes, creuses ^H ou veineuses, valent moitié h peine des meilleures, ^V sans défaut.

^M L'homme du métier reconnaît, à l'aspect du plus

^B petit morceau de cuir, de quel membre de l'animal

il est tiré. Du reste, les diverses portions d'une ni(>mp peau servent à divers usag;es : les semelles par exemple, se Fonlen vaciie, sauf pour les très g:i'Qsscs chaussures ; mais la partie exléritjure vient du « croupon )) etla partie intérieure du ventre. Celle-ci est généralement du cuir « scié », divisé en plusieurs épaisseurs, dont la carrosserie aclii;tti }a. -ï fleur n, c'est-à-dire l'épiderme; tandis que les irdonniers se contentent du dessous appelé chair. » S'agit-il d'établir ces bottines jaunes, dont la mode s'est introduite depuis une dizaine d'années, il suffit do présenter le cuir à l'envers. En veut-on de blanches pour les enfants, on utilise le jeune veau, dit « mort-né » dont le poil est rasé (le prts. Le mouton sert aux contreforts et aux iloublurcs: quant aux pantoufles ou aux souliers 4^lu plus bas prix, on les obtient en collant une « efllorure » de peau sur du carton ou sur du îeulre.

Quoique le pied passe, dans la personne humaine, pour l'organe le moins înlelligent — on ne sait pourquoi, peut-être par son éloignement de la tête — tellement que c'était il y a deux ceuts ans une iocmion courante de dire d'un sot « qu'il avait peu •l'esprit hors des talons, » d'où sans doute l'oxprea- 8'On moderne de <t béte comme ses pieds «, l'habil- IsTOent de ces extrémités inférieures n'en constitue pas moins un art très délicat parce qu'il est sans rclouche possible.

Ni le cordonnier qui prend méticuleusement les

LE MÉCANISME DE LA. Vil! MODEÎ

largeurs de doigts et les saîllics de cheville, aprî^s avoir tracé les contours de plante sur une feuille de papier, ni son client qui, pendant ces pr<^liminaires, multiplie les avis et les conseils afin do n'Ctre ni trop à l'étroit, ni trop au large, n'eussent imaginé, il y a trente ans, qu'un individu soucieux de sa toilette pût s'introduire sans déchéance dans des souliers fabriqués à la grosse par une usine,

C'est la botte

Oui dénote

L'hornme yraimenl ôlégant,

formulait excellemment le bottier fasliionablè la Vie parisienne. Ambitieux de créer plus tard pareilles bottes, le jeune « bœuf a — ainsi désignet-on l'apprenti — commençait par poisser les fils et ajuster des soies de porc. Le grand jour venu oïl son patron lui mettait l'altne en mains, il était admis à une initiation dont la durée, avant de passer compagnon, était de cinq ou six années. Sous 'ancien régime, c'était plus grave encore : à. voir es cérémonies, les sermenls et les onctions laïques qu'il fallait pour affilier à Paris un cordonnier aspirant à la maîtrise, on eût dit qu'il s'agissait de 'aduer un docteur ou do consacrer un prêtre.

Le plus grand nombre, parmi ces « disciples de saint Crépin », ont déjà disparu devant le magasin de chaussures fabriquées à la mécanique. Le savetier seul résiste, le savetier chanteur de La Fon-

ITHABILLEUENT FEMININ

taine, confioé dans son Iravail de rùfection «conomiquc. Le commerce des souliers loul faits débuta en 1820, pur des cxportaLlons fh « pacotilles u aux colonies. Maïs le promier essai de division du travail ne s'affirma (juc vers 1833, après ladécouverti) des appareils qui devaient déposséder la piqueuse du bollinos de son intéressant ouvrage. Jusqu'en 1880, ces produits, le plus souvent cloués ou vissés, grossiers étuis de cuir, étaient demeurés trfcs inférieurs au « cousu-main. » Mais l'invention de machines, imitant exactement le travail de l'homme et adaptées aux besognes les plus complexes, accomplit alors une révolution rapide de la cordonnerie.

Les Américains en furent les auteurs. Il s'est produit chez eux, pour cette industrie où ils sont passés maîtres, comme pour beaucoup d'autres où ils réalisent chaque jour des progrès inouïs, ce phénomène paradoxal : rélévadon des salaires y a engendré le bon marché de la main-d'œuvre : l'économie obtenue par une machine est d'autant plus annsible et, par suite, l'intérêt que l'on trouve à l'employer est d'autant plus grand, que le travail ' manuel à qui elle se substitue coûtait plus cher. I! y apar conséquent beaucoup de profit à imaginer des appareils nouveaux, parce que la vente en est tuornie et assurée. Ces appareils, une fois ti-ouvés, ■iljaissentfort le prix de façon, maia non pas la paie fil'oaviier — les ouvriers américains en ont fait 'épreuve, ils aiment les machines; — seulement

la prodticlion augmenlc, en excilant le consommatour par l'appât (lu bon marché.

L'émulation à combiner, dans toutes les branches imaginables, des mécaniques ingénieuses, n'est pas récompensée chez tous. Bien des capitalistes ont englouti des millions en tentatives infructueuses. Un "seul crée le type parfait; la fortune le récompense largement, mais la nation cllom6me s'enrichit de son succiis. La machine à coudre les semelles n'est vendue à nos industriels, par la compagnie Goodyear, que moyennant le paiemciil, en sus du prix principal, d'une redevance proportionnelle aux services qu'elle rend. Un cadran la surmonte et marque automatiquement le nombre do mille points — celle que j'ai vue en était à 377 millions — pour lesquels la vieille Europe doit, à la fin de chaque mois, payer le tribut à la jeune pupille transatlantique qu'elle émancipait hier.

Nombre d'outils américains ont marché longtemps, ou marchent encore dans nos usines, à des conditions identiques, rapportant à leurs inventeurs lointains 400 ou 500 francs par mois. Ils servent à piquer les tiges, ù monter, estamper et ^t fraiser, « déformer » — c'est-à-dire k polir — les

^M talons au moyen du mouvement alternatif d'un fer ^K chaulTé par un jet de gaz ; ils servent aussi à percer ^B et à coudre les boutonnières : un petit chariot, ^^' muni de tous ses organes actionnés par l'électri- ^K cité, s'approche de l'étoffe fixée sur la table ; il la

croi

lBILLEUENT FblMIMN

troufi, tandis que deux aiguilles, l'une droite, l'autre croche, formant et serrant tour à tour les boucles G\, font en quelques secondes le tour du la te, en y appliquant le garnissage de milanaise qui donne du relief. Le fonclionnenient, malgré sa complication, est irréprochable et la mécanicienne qui y préside fait 3aO boutonnières à l'heure, autant que i8 ouvritres de jadis.

L'Etat français, qui chauffe ses bureaux au bois elles éclaire iL l'huile, exige que le brodequin militaire, pour lequel il paie 13 à 14 francs, et dont il fixe le nombre de clous sur les talons et les semcllos, soit cousu et piqué à la main. La longueur des poinls est prévue par arrêté ministériel. N'empôcbe que le « godillot » est inférieur aux chaussures civiles et ne se recommande que par sa substance : d'épais « croupon » de bœuf.

Depuis ((ue les fabricants ont dressé une échelle rationnelle et matliématique , comportant, pour chaque modèle, 130 à 300 pointures différentes, à moins d'avoir le pied difforme on peut se chausser tout fait. L'étal)lissement des formes, me dit un iianufaelurier qui fait annuellement 3 millions ■l'alfaires, est l'alcliimie de notre métier. Ces morceaux de charme ou de hèlre, taillés suivant des patrons étudiés avec soin, varient en longueur depuis 0"'520 de long pour les femmes du Pérou — les plus petits pieds du monde — jusqu'à 0°',31 |iimr les négresses. Ce dernier chiffre correspond m maximum du pied d'homme, en France, tandis

LE UËCANtSMË DE LA VIE HODËIINE

que les extrémités fémiaincs de nos compatriotes sont en moyenne île 0°',2d.

Alîairc de régime non moins que de race ; habitués à marcher pieds nus, les nëgres ont des doigts développés en éventail, qui refusent d'entrer dans aucune cliaussurc, tandis que dans les pays où les dames marclient à peine, le pied se ramasse et s'accourcit. Celle exiguïté n'est-elle pas payée trop cher? SeiioriLas luspano-américaines, beautés des harems orientaux, no plaindrons-nous pas celles à qui le climat ou la coutume interdit de faire usage de leurs jambes, nous autres dont l'œil est réjoui sans cesse parla Parisienne eu mouvement? Spectacle pédestre infiniment délicat, depuis le glissement cadencé et ondulatoire jusqu'au trollinement ailé, qui bat le sol à coups menus et légers.

L'assemblée îles notables do 1È197, gémissant sur l'excès dus iniporlalions anglaises, aflirmait que nos voisins d'ouLi-e-manclie remplissent le royaume d'articles do toutes sortes, « jusqu'à de vieilles bottes et savates, qu'ils font porter à pleins vaisseaux en Normandie ! » Plaintes difliciles à admettre, semble-t-il, du moins pour les cliaus* sures, étant donné leur bas prix liabiLuel aux si&cles passés. Les campagnards ne payaient leurs souliers que û fr. 90 sous Louis XI, soit, d'après la valeur relative de l'argent, 3 fr. 40 en monnaie de nos jours. Évalués aussi en monnaie contemporaine, des souliers à courroie pour la reine (13I3V reviennent à 9 fr. 50 ; ceux du sire de la Trémoii

L HABILLEMENT FÉMlNm U3

;4400) OQÙlent 8 francs, les « escarpins » des gens de guerre sont vendus 4 francs au xvi" sîî?cle et l'on se procurait des « houseaux » en cuir de Gordoue ■ — lo liouseau coavrail, on Ifl sait, la moilié do la cuisse — pour 36 francs. Même bon [arche aux temps modernes,

• Cet article n'était vraiment onéreux rjue pour les 'raffinés, qui poussaient la profusion jusqu'à la démence, comme Cinq-Mara à {|uî Louis XIII reprochait d'avoir 300 paires do boites. Los souliers à talons rouges des gentilshommes montaient à 2i francs sous Louis XV; les mules mignonnes de toile d'argent à mouches d'or allaient encore plus haut; maïs la masse de la population se procurait une paire de chaussures communes pour 6 ou T francs — 3 livres 10 sous — jusqu'à la Révolution.

La hausse des matit-res p^emi^^es et des salaires avait enchéri jusqu'à nos jours, dans une proportion trJis forte, cette partie de l'habillement. La transformation récente l'a ramenée à des chiffres plus abordables. II existe aujourd'hui, dans les bazars, des bottines de femmes depuis S francs; le détaillant les achète en fabrique 4 francs, somme qui, chez le manufacturier, se compose de 2fr. 50 de matière premii-ro — « croûte » de vache pour les campagnes, mouton pour les sortes urbaines — I franc de façon et 50 centimes de frais généraux ''t de bénéfice. De nombreux spécialistes d'une i^slégorie plus relevée offrent, pour un prix uni-

forme de 12 fr. 50, des cliaussures qu'ils achfelenl, les unes 7 francs, les autres 11 francs, aux usines. La cordonnerie mécanique fournil, pour un prix réduit de moitié, des marchandises identiques à celles que confectionnaient péniblement les artisans ordinaires ; elle ne prétend pas remplacer les produits de grand luxe, la tenue de citasse des Bportsmen ou les souliers de ihéâlre des actrices en vedette, copiés sur des tableaux du Louvre. D'abord elle ne suit la mode que de loin. Le bon ton ordonne-t-il maintenant de « porter n des pieds longs et minces, elle en est encore aux bouts carrés, « Carnot » ou « sénateur ».

Puis l'artiste qui exige 53 francs pour une paire de bottines leur donne un degré de perfection, qu'apprécient eux-mêmes de riches fabricants de chaussures toutes faites, en s' adressant à lui pour leur consommation personnelle. Le bottier en renom met ses cuirs en magasin un an d'avance ; comme il n'emploie que les morceaux de choix, une peau, qui rapporte six paires à la confection, ne lui en rendra pas plus de deux; ses « joigneurs », mon- . teurs et finisseurs sont des ouvriers du premier ordre. Ils savent, par de minutieux battages ou « étirages m, augmenter la fermeté de la substance et lui retirer tout son o prêtant », afin de la rendre indéformable. Mais aussi la façon des tiges lui

L revient à 6 francs, celle des pieds à 12 francs, autant que la matière elle-même. Avec des frais

le profit net ne dépasse pas 16 p, 100; chiffre d'ailleurs respectable lorsqu'on alleint, comme la Diaison la plus en vogue, 730 000 francs do venlos annuelles.

Un penseur avisé qui se refuse à admettre, pour les ouvriers de l'Europe, le daugor imminent de la concurrence des races jaunes ounoires, prétend que dans les contrées où le salaire est Irî'S bas, l'absence besoins vient uniquement de l'impossibilité de satisfaire ; que la civilisation, partout où elle pénètre, accroît en tnëme temps et les ressources et les désirs. Et, symbolîsaat son idée avec liumour, l'observateur dont je parle répondait finement à qui lui objectait qu'un sauvage de l'Afrique, le jour où il aurait tout au plus une chemise à se mettre sur le corps, ne souhaiterait rien de plus : « Le jour où il aura une chemise, cK bien ! il ambitionnera de faire faire sa photographie. »

Les faits, de par te monde, semblont confirmer celte opinion. Le fellah d'Egypte qui, depuis les Pharaons, n'était vêtu que d'une longue blouse, commence, depuis qu'il est plus fortuné, à porter des caleçons. Le n^gre du Brésil, occupé sous un soleil torride à la récolte du caoutchouc, sitôt qu'il a réalisé quelque économie s'achète un chapeau haut de forme, une redingote noire et un gilet blanc; puis se rend à la ville voisine, s'y grise jusqu'à rouler par terre, gâte ses habits et retourne les poches vides à sa plantation. Il n'est pas jusqu'à ceux qui semblent le plus réfraetaires à nos

inveotions occidentales, comme les Célosles, que l'on ne voyait — avanl. la crise actuelle — se précipiter à l'envi dans les wagons des chemins de fer récemment mis en service.

J'ai constaté les mêmes pliénomènes dans le temps passé : les classes ouvriJ-res, aux sn^et xv" siècles, lorsque le bétail était à vil prix par rapport à la paie du manœuvre et que la valeur d'un mouton équivalait à trois ou quatre iournées de moissonneur', la clîisse ouvrière mangeait de la viande et mettait des gants. Les gants de maçon, de laboureur, de servante, sont un article fréquent dans les comptes jusqu'à Louis XII et qui disparut ensuite, sans doute parce qu'il était devenu trop cher.

Si personne ne marche aujourd'hui pieds nus, le terme injurieux de « va-nu-pieds m n'étant plus gutîre qu'une ligure ; si même, dans noire république, ceux qui vont chercher fortune hors de leur village ne le quittent plus « en sabots u — suivant une expression devenue, elle aussi, allégorique — mais bien dans la troisième classe d'un train omnibus, le pcolélaire actuel demeure les mains nues, du moins dans le sexe fort. Sur 100 paires de gants sortant des fabriques, les deux tiers sont à usage do femme. Mais rien n'empêche d'augurer que l'artisan se gantera, même pour effectuer sou labeur. Il se fait déjà en Amérique des sleel pro~ teclel gloves à 2 fr. 50 la paire ; ce sont des gants

-, Voyez mon ouvrage Paysans el Ouvriera depuis 700 an*, pagoB ISi et SÏ3.

très forts, mais doux et souples, recouverts à l'inl^rieur de petites lamelles de métal pour éviter l'usure, employés par les ouvriers de la pierre, du l'or, de la brique et aulres mi^tiors do fatigue.

La « main calleuse du travailleur » est-elle donc un cliché menacé de disparaître de la vie réelle, pour se confiner dans la rhétorique électorale ? Sans être aussi proches que les États-Unis de l'heure où tout ouvrier sera, par sa mise, un gentleman, les gants, dont la fabrication occupe 150 000 personnes, deviennent de plus en plus chez nous un objet de nécessité. La France en exporte, il est vrai bon nombre à l'étranger et nos industriels déploient, dans la recherche des débouchés, une ingéniosité louable : les « gants de guerre « — war glovcs — gants patriotiques pour dames, qui firent fureur à New- York il y quatre ans, au moment de la campagne de Cuba, parce que leur couleur bleue, leurs crispins et leur boutonnage doré, rappelaient fidèlement la tenue militaire des troupes fédérales, venaient d'une maison l'ran(;aiBe qui s'était procuré en Amérique une capote d'uniforme pour en mieux reproduire la nuance et les attributs.

Parmi les gants exportés au dehors, quelquesuns nous reviennent sous une nationalité d'emprunt. Le duc d'Aumalo, un jour de chasse à Chantilly, vit arriver au rendez-vous certain cavalier ijui, par une élude approfondie, était parvenu à se donner, jusque dans les plus minutieux détails de sa tenue, un aspect rigoureusement britannique :

HbXA.MSUE DE LA VIE JIQDF.nXC ^^M

" Qui est ce monsieur, interrogea le prince, c'est un Anglais? — Non, Monseigneur. — Ali ! reprit-il avec un sourire, alors c'est un imbécile n, L« snobisme mérite des égards ; nombre de gants fabriqués à Millau, dans le Rouergue, vont recevoir leurs boutons à Londi'cs, d'où ils sont réexpédiés à Paria. Millau doit au fromage de Roquefort, issu du lait do ses brebis, d'filrc devenu un centre important de production des agneaux. Or la peau de gant vient exclusivement de l'agneau et du chevreau de lait, qui n'ont pas encore brouté d'herbe. La Toscane fournit des sortes fines, connues sous le nom do « gants de Turin a ; mais les peaux étrangères, surtout celles de chèvres, souvent plates, maigres, nerveuses, sont d'une qualité inférieure. Les meilleurs chevreaux sont originaires de Tours et de Poitiers, où l'on pratiquait, il y a trois siècles, l'art « d'accommoder les peaux de bœufs et autres eu façon de buffle et chamois, qui sont, disait-on, de très bon service ». Celte industrie a disparu du Poitou ; mais Annonay, Grcnoldc, Saint-Julien (Haute-Vienne), principaux centres de mégisseries, tirent indifl'écemmcnt de l'agneau et du chevreau, suivant leur préparation, des gants de « Suëde a, de « chamois », de « daim », de a castor « ou de « chien » .

Il no s'est jamais fait de gants en peau de chien ; elle serait trop dure. Quant au poétique chamois du Tyrol qui, dans le Tartaiiii d'Alphonse Daudet, va boire le vin chaud chez l'aubergiste, il prèle

L HABILLEMENT FtMI?i

neulement soo nom au gant d'ordonnance, que Eiournil la peau d'agneau, d'abord imbibt-e d'huile autant qu'elle en peut contenir, puis sécliéc et blanchie par une exposition plus ou moins long;ue au soleil et à la rosée. Le castor n'est autre chose qu'un nchamoisagc» de premier choix, Le« Sutde» s'obtient en mettant à l'envers les peaux qui n'ont pas assez de « fleur » pour être glacées, et en lissant leur « chair » par un ponçage à la meule. Un gant, avant d'ètro porté, subit plus de

Ii40 manipulations, y compris le cousagu et la teinture, où il entre parfois des ingrédients bizarres : ^ns les teintes foncées, données à la brosse, l'u- IJne fut longtemps utilisée pour iixer les couleurs, ^elle usine de l'Ësl avait passé marché avec un IguarLier de cavalerie de son voisinage, d'où elle tirait quotidiennement des barriques remplies par la troupe, moyennant une indemnité, d'ailleurs minime, qui servait à améliorer l'ordinaire des soldats. Les gants, classés avant la teinture, suivant la couleur qui leur sera propice, d'après leur grain ou leur brillant, arrivent à Paris découpés en trois morceaux : la main, le pouce et les fourchettes ; ils vont alors se faire coudre et piquer eu Norman- ^^die, en Bretagne ou dans les Vosges.

^^B La coupe n'était autrefois soumise à aucune ^^nfegle lîxe^ on déterminait à peu près exactement ^^la largeur, mais l'usage seul Gxait la longueur des doigts ; de sorte que deux ouvriers différents ne donnaient pas les mêmes dimensions aux gants

^m^ qui avaici ^p duisit dos

LE UliCAISISHE DE LA \IV. HODEHKE

qui avaient la même pointure. Xavier Jouvin introduisit dos proportions qui ont servi de base à un numérotage par letlres et par chiffres et à une collection de calibres, perfectionnés et simplifiés depuis cinquante ans que cette invention est lom- ^H bée dans le domaine public.

^H 11 ne se fait plus de gants brodés d'or, où les ^f perles et les pierreries se relevaient en bosse, tels qu'en portaient les Florentines au temps de Laurent le Magnifique ; il ne s'en fait plus ornés de peinture à la gouache, comme sous la Régence ; disparus sont les gants parfumés « à la Néroli », te à la Frangipane », et aussi les gants empoisonnés de sinistre mémoire. Les ganls ne servent plus de cadeaux diplomatiques et le gantelet de fer du chevalier est devenu le gant de coton du fantassin; H mais les gants contemporains sont sans doulfi ^v mieux ajustés et il est certain que leur nombre ^B augmente: en France, de 1830 à nos jours, la ^B production annuelle s'est élevée de 10 à 30 rail- ^V lions de paires.

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