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CHAPITRE XVII

L'agencement des salles.

Les pièces classiques et les arts de l'antiquité. — Effectif des théâtres parisiens. — Musics-halls et a bottes à chansons ». — Genres abandonnés. — Les anciennes salles de spectacles. — Les types modernes ; la forme actuellement adoptée. — Le proscenium et les inconvénients des loges sur la scène. — Le feu au théâtre. — Incompétence des pompiers. — Paris n*a pas de pompiers professionnels. — La scène et la salle. — Terrain mobile ou évoluent les acteurs. — La « cour » et le a jardin ». •— Les « plans ». — La « face », lo a trumeau » et le « lointain ». 900 mètres de superficie. — La « butée » et les « tas ». — « Gostières » et <c rues » ; trappes et a tiroirs ». — Les magasins de décors dos théâtres do l'Etat.

Pensez-vous que si Sophocle ou Euripide, pensezvous même que si Corneille ou Racine venaient aujourd'hui déposer, comme de jeunes inconnus, chez le concierge de quelque théâtre, le manuscrit

dea pièces qui onLimmorUlisé leur nom, il se Itou-

verait un liirecU-ur pour U's jouer ? Supposez-vous ([ue, s'il se reiiconlniil un directeur pour Ifiiler l'aventure, le public viendrait assiéger son bureau de locatiou pour applaudir Œdipe ou Atkatie î El croyez-vous enfin que ces pièces, si elles voyaient la rampe demain pour la première fois, auraient, à défaut d'un succès d'argent, le sufi"rage de l'élita, que les spécialistes y verraient des ouvrages dramatiques du premier ordre? Tous ceux à qui j'ai posé la question ont opiné pour la nf'galive.

Mais comment admirons-nous pieusement des choses faites par des anciens qui, si elles étaient faites par des contemporains, nous laisseraient froids? Ne sont-cc donc pas ces choses en ellesmêmes que nous admirons ? Est-ce kur intérêt historique, leur ci^lé documentaire fjui nous attaclieut à elles î Leur beauté se serail-ollc évaporée avec l'âge î N'était-elle donc pas éternelle 1 Cependant si Rembrandtou Vélasquez, si Titien ou Raphaël apportaient au prochain salon leurs meilleures toiles, nul doute qu'ils n'oljlinssent d'emblée les premières médailles, (juo leur nom ne devint aussitôt célèbre. On eu dirait autant des marbres et des bronzes. Les statues de l'antiquité ou de la Renaissance soulèveraient un enthousiasme aussi sincère, à l'Exposition de sculpture des Cliaraps-Elysées, sur un piédestal de lustrine, qu'aux musées du Louvre ou du Vatican, dans leur cadre de gloire. Les arts plastiques possèdent-Us

LE THÉATKE

[ Seuls le privilège de uc pas vieillir, de ne pas ( daler n ? Et les plus belles pensées humaines, ï prose ou en vers, se déniodenl-elles comme une plaire de bottes ou un chapeau?

II est vrai ([ue le succîis des pièces où la foule se

jpresse est éphémère. Parmi le petit nombre des

Spectacles bien venus qui, durant de lon^s mois,

Ssnt fait salle comble, dans la Heur de leur nou-

.uté, un nombre beaucoup plus petit reparaît

"après quelques années sur l'alfiehe, et toute la

production d'un siècle se réduit finalement à une

vingtaine de drames ou de coniéiJies(]ue l'on réédite

et dont la plupart seraient incapables de produire

les receltes. Pour les cent années les plus réceutes,

ioiiibiea subsislenl encore au répertoire des compo-

ïftions dramatiques qui ont réussi de 1800 à ISbOÎ

Faisons-nous aujourd'hui de meilleures pièces

[UO nos pères?je ne sais; il semble que noire fécon-

jÉlilé n'est pas en décroissance, puisque les auteurs

ïrançais ont donné l'an dernier 700 ouvrages iné-

Uts, en un ou plusieurs actes, représentés à Paris,

province ou à l'étranger. En tout cas, le public

[est raullipiié. La comparaison du nombre des

néâtres parisiens, avec ce qu'il était naguère, ne

ifGrait pas à nous l'apprendre ; parce qu'on appe-

|ît volontiers théâtre, il y a cent ans, des établis-

, .'Benients qui rentreraient dans la catégorie aetuelki

des « cafés-concerts », tels que le Boudoir des

., au Marais, le Vaushall d'élé, prés li Temple, ou la salie des Troubadours.

porte

[ECANISIIB DR LA \1E MODEhSe

C'est ainsi que l'on arrivait à compter 62 II théâtres » tians la capitale de 17i)l, qui ne contenait pas le quart de sa population présente. Napoléon supprima d'un trait de plume, co 1807, la plupart de ces présomptueuses baraques cl n'admit à vivre que 8 scbnes importantes, dont 4 subventionnées. Ouverts de nouveau sous la Restauration, plusieurs sombrèpent encore : les « Associés », le Lazari, les « jeunes Elèves », rue Dauphinc, et les n jeunes Artistes », faubourg Saintr-Harlin. Paris possède aujourd'hui, depuis l'Opéra jusqu'au Grand-Guijnol, vingt théâtres adonnés, qui à faire rire, qui à faire pleurer, qui à réjouir les youx, qui ù cliarmer les oreilles, à remuer des idées ou des jambes, audacieuses les unes et les autres s'il se peut.

Ajoutez-y 8 théâtres des faubourgs, sans spécialité, 3 cirques, une dizaine de music-halls et autres exhibitions-promenades, plus 5ti cafés à musique, JiOÎIcs à chanson, et « cabarets » méritoires, où so vendent 1 fr. SO des consommations qui valent 13 centimes, jointes à des couplets qui, pour la plupart, ne valent rien. On dit que la vogue de ces bouges séducteurs dont la promiscuité délectable entasse, autour de soucoupes en pyramides, des mondains et des souteneurs, porte préjudice aux théâtres. On disait la mOme chose, sous le second Empire, des Alcazars où Ilorissaient les émules de Thérésa, et « la plupart des femmes courent avec fureur aux spectacles de la foire, écrivait Le Sage

lU XVIII* sifeclc; je suis ravi du les voir dans le goiît leurs cochers el laquais ». Mais les grandes dames et leurs courtisans — " boscars » ditl'argot du jour — qui se plaisent au parfum de la vieille pipe, des haleines fermentées et de la hière aigrie, imbibée dans le sol, ne forment jamais qu'un petit groupe,

La preuve, c'est que, depuis cinquante ans, les recettes des spectacles parisiens ont quintuplé, tandis que le prix des places ne s'est élevé en moyenne que d'un tiers. De 5 millions de francs en 1848, il est passé à 10 millions en 1854, à 1S millions en 1869, à 20 millions en 1879. Il est prtisentement d'environ 25 millions. Dans cet intervalle certains genres ont été délaissés pour d'autres : le mimo-drame militaire remplacé par la féerie, le raudeville à couplets par l'opérette, l'opéra-comique isr le drame lyrique; comme avaient été abannos précédemment d'anciens moules vieillis : la ■médie-ballet ou la tragédie aux trois unités. Partout a progressé l'appareil ihéàtral, l'ensemble moyens propres à traduire la pensée de l'auteur transformer un manuscrit ou une partition en ine action capable d'illusionner le spectateur. Celui-ci éprouvc-t-ii une Jouissance plus vive ? C'est peu probable. En art, on ne s'aperçoit d'un vide que lorsqu'il est rempli et d'un défaut que lorsqu'il est corrigé.

On construisait autrefois les salles en forme d'U ouvert, auquel fut substitué la courbe ovoïde ou

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tSS LE UËCAnlSNB DE U. VIE HODBBNR

en fer à cheval, avec rétrècissenieDt sur l'avant- Bcî-ne. L'architecte Louis remplaça le premier, à Bordeaux (1733), l'ellipse profonde de l'Italie par le cercle diminué d'un segment; mais les places de côté étaient légèrement plus cnfoucécs que dans le modMe de la Scala ot la saillie des balcons en corhoille produisait des résonances. Gabriel, à Versailles, Souiïlot, à Lyon, préoccupés de l'acoustique, ouvrirent la scfene sur une section trop petite qui rendait les loges de côté détcatahles pour la vue. De nouveaux types furent essayés au théâtre Montansier, place Louvois, et au Théâtre- Français (nW"). Sans parler de diverses autres dispositions, et de quelques fantaisies comme l'imitation, au nouvel Hofburgtheatcr de Vienne, de l'amphitiiédtre antique, il fut adopté, dans toutes les salles bâties depuis 1860, un tracé presque rniifornie, avantageux pour l'œil et pour l'audition : un demi-cercle au fond, raccordé avec le cadre du rideau par deux courbes concaves.

Cette soudure de l'assistance aux acteurs est si arducj elle doit satisfaire à tant d'exigences contradictoires ! A l'Opéra, par la présence d'un rang de loges sur le tbéiïlre, la salle entre dans la scène et la BCt'ne dans la salle. Lorsqu'il s'avance au premier plan, le chanteur cesse d'ôtre dans son décor ; qu'importe alors que la décoration soit saisissante de vérité, puis([ue l'acteur en sort. A Bayreuth, avec des décors niiséraliles l'eifet est meilleur, parce qu'il n'y a pas de proscenium.

LE TOËA.TBE

1- Les exigences do rimluslrie privt^e ont souvent 'obligé les arcliitectesii utiliacr des terrains presque impossibles, irréguliers et d'accès bizarre sur la voit^ publique, aboutissant à rijpartir fort inégalemeril la foule dans des couloirs étroits. Ces salles de spéculation, (édifiées en vue de faire beaucoup de recettes avec peu do dépenses et d'introduire le plus grand nombre possible de spectateurs dans If plus petit espace, négligeaient également l'esthétique et le confort. L'intervention du budget municipal fit faire dus progrès à la construction des tbéàtres de second ordre; la crainte des incendies améliora quelque peu les dégagements.

Le feu a, depuis cent quarante ans, dévoré une douzaine de salles parisiennes : celles de l'Opéra au Palais Royal (1763), puis à la place Louvois (1781) ; celles de Feydeau en Tan IV" et de l'Odéon en 1797. En 1826 fut brûlé le Cirque-Olympique; en 1827 l'Ambigu, où l'on venait de répéter pour juger l'effet d'un feu d'artifice; en 1833 la Gaité, fondée par le fameux Nicolet sous le nom de ^Ê* théâtre des Grands Danseurs du Roi >< ; en 1836 ^H||r Vaudeville, place de la Bourse; en 1873 l'Opéra ^Hi) la rue Lepelletier ; enfui l'Opéra Comique en ^H^7, et l'an dernier, le Théâtre Fran^'ais.

^Hpf areils sinistres, dont les autres nations n'ont ■ ipas été exemptes — témoin celui du Ring-lhéAtre, h Vienne, où périrent 380 personnes — pourraientils être évités? L'évacuation normale ne durant . jamais plus de cinq minutes, les spectateurs auraient

loujours le temps d'écliapper, si la paiiii|uc ne clouait les uns à leur place, tandis que les autres, 86 ruant aiïolûs sur les issues et s'y lîcrasanl avec rago, ne les obstruaient par leur effort même. Quant à éteimlre l'incendie, il n'y faut pas songer ; pompiers en vigie dans les coulisses, tuyaux de secours, réservoirs dans les cintres, cola n'a jamais sauvé aucun théâtre ; une fois le feu pris dans ces niatii^res combustibles, tout est perdu. L'électricité supprime certains dangers — fuites de gaz amoncelé dans les combles, inflammation d'une « bande d'air » par la herse qui l'avoisine ; — mais elle en crt^e d'autres : les courts-circuits, impossibles à éviter.

La surveillance est seule capable de prévenir les désastres : y a-t-il un bout de toile qui brûle, lu machiniste nussilôl l'éteint, car le pompier ne sait jamais où est la bouche d'eau. Les administrations tliéâtrales se plais;nent toutes de la façon dont le corps des pompiers est organisé, mais les pouvoirs publics n'en ont cure. Le pompier de Paris est un soldat accomplissant ses trois années de présence BOUS les drapeaux : c'est un brave qui risquera sa vie avec héroïsme, ce n'est pas un professionnel dressé à sa fonction. Lorsqu'il commence à savoir son métier, il est libéré du service. Moment impatiemment attendu : en me promenant dans les dessous d'une de nos scènes principales, je m'étonno de trouver en ces lieux déserts, habités seulement par des peintures, une pancarte ainsi conçue :

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