I.E TK^ATRf
ï 11 est défendu d'écrire sur les dt'cors, » — A qui ' <Jionc peul s'adresser la défimse, demandai-jc ? — Aux pompiers, me Fut-il répondu ; et me retournaat, en effet, je vois que ces jeunes raililaîres ont, ifle-ci de-là, émaillé les murs de réflexions en creux en bosse. Je noie l'inscription suivante : a Encore 18 jours demain malin et puis la fuite ; soirée du octobre i9O0 : classe 1897. »
Isolé, inactif, en téte-à-tôte avec son éponge, ivec défense de s'asseoir et de fumer, le malheureux s'occupe comme il peut. Au temps où le service de nuit — la « permanence » — existait, les pompiers de l'Odéon charmaient leurs loisirs en se postant sur les toits en terrasse, d'où ils plongeaient, par les fenêtres éclairées, un œil sympathique dans les cbambres de bonnes avoisinantes, licences assez vénielles sans doute ; mais, à chaque léâtre, les pompiers changent chaque soir; ce tie sont jamais les mêmes que l'on envoie. Par suite, nul n'est familier avec les locaux où il se Irouvc ; il s'égare parfois dans te dédale des escaliers.
Une commission spéciale passe en revue des dispositions nouvelles contre l'incendie, s'en déclare enchantée et, son inspection finie, demande au pompier qu'elle rencontre par où l'on peut sortir : « Ma foi, je n'en sais rien, a répond imperturbablement celui-ci. Dans les autres capitales, l'officier de pompier est un ingénieur, et ses hommes sont des praticiens rompus à leur besogne, comme nos
gardes républicains, habiles à conleoir les foules sans les faire crier. A Paris, bien cjuil ait èlé souvent question de former un corps de pompiers de carrière, soldé par les loinpagnios d'assurances, nul édile ne s'en est encore avisé. Les théâtres enlretienuent seulement des veilleurs civils, dont le rôle commence à minuit et dure jusqu'au lever du rideau, le lendemain soir.
Depuis l'époque lointaine où il lui sufiisaît des simples tréteaux de bateleurs, le matériel du spectacle est allé se compliquant d'âge en âge jusqu'aux somptueux édifices contemporains : l'Opéra do Francfort a coulé 12 millions de francs, celui de Vienne IH millions, celui de Paris 36 millions. De celte cage en maçonnerie que représente la» scène», du haut en bas de laquelle se meut un peuple, une seule tranche est visible de la salle : le terrain où évoluent les acteurs, semblable à un damier mobile, dont chaque case porte un numéro et un nom. A gauche du spectateur est le k jardin », à sa droite la « cour » ; termes qui remplacèrent, au moment de la Révolution, ceux de " côté du roi » et de « côté de la reine » ; les deux loges souveraines étant, aux Tuileries, l'une du côté du jardin, l'autre du côté de la cour du Carrousel.
Le devant do la scène, c'est la « face », le fond s'appelle la n lointain », et la partie intermédiaire le « trumeau ». D'un exlrùme à l'aulre le sol se divise en un certain nombre do « plans »; une dizaine à l'Opéra, donnant une longueur de 28 mètres
jBur une largeur do 32. Celte auperficio énorme de ■flOOmèliTseslpIus vaste qu'aucuni' nuire îiu monde ; ■mais le public n'en aperçoit que la nioilié. Il n'em- HWassc que Id portion île la scène encadrijû par le KÎdflau, c'est-à-dire 10 mèlrea de largo; tout au Kilus son rogard plou^c-t-il obliquement jusqu'à la Kt butée o, où le dessous du parquet cesse d'èU'c IjDacliiné. Ce qu'il ne voit pas ce sont d'aLord, le F long des deux luurs latéraux, les magasins — les t« tas » où les ctiUssis de décors sont en réserve, ll^is un espace libre pour la circulation, les cou- Mijsses.
B Regardez à terre : de distance en dislance le Pplancher est gercé de longues fentes — les « cosptiferes. » — Ces interstices, ])Oucbés par les « trapil- Klens » dans tout le milieu du tliéâtre, demeurent lici ouverts pour les manœuvres. Ils sont séparés Mes uns des autres par les « ruen » ; lesquelles sont Mea successions de « trappes » carrées, posées bout B^bout, de mauil-re à s'enlever par morceaux, une ^Kuue, ou glisser ensemble dans les « tiroirs, » à Hroite et à gauelic, lorsiiu'une « rue « s'ouvre dans Hbute sa longueur.
V Cette disposition est uniforme sur toutes les
Bc&nes. Indispensable aux féeries, aux « pièces à
■Çroirs a suivant le terme en usage, elle se simpliQe
plioaucoup dans les spectacles de genre, où le décor
ne joue qu'un rôle secondaire. Cependant l'exi-
guité des coulisses est toujours une grande gène.
Au nouvel Opéra-Comique, que l'on s'est préoc-
LE MIXAMSJIK DE I.A VIF. llltnlîn
cupé du doter surtout d'escaliers, de corridors el de foyers de belle taille, il est resté si peu de place pour la scène que c'est un vérilahle tour de force d'y faire mouvoir les figurants. On en est réduit, dans Mireille, à faire passer la procession par le cabinet du directeur.
Non seulement il ne s'y peut exécuter aucuns changements à vue, puisque les décors sont logés dans une espèce d'armoire, dont l'accès ressemble à celui d'une tire-lire, mais celte resserre même est si étroite que les cUâssis de (|uatre ou cin(| actes suffisent à l'emplir el que, pour donner deux représentations le môme jour, il faut chaque fois faire venir à 6 heures le matériel de la soirée, dans des chariots qui emportent celui de la matinée au boulevard Berthier. C'est aux fortilicutions, à l'extrémité de Ciicliy, qu'est maintenant situé le magasin de décors commun aux théâtres subventionnés.
L'État a récemment vendu les locaux affectés à cet usage qu'il possédait place Louvois et rue Richer. Ce dernier bâtiment avait aussi abrité naguère le bagage des fôtes nationales, estrades, tribunes, échafaudages et statues allégoriques. Le citoyen Lachabeaussière, « ordonnateur en chef des cérémonies >} sous la Convention, y avait fait construire une remise monumentale pour conserver le char de l'Être suprême.
Ce qu'on appelle on o dûcor u ; e chils»i!i ». rideaux u. o pl&fonda a, a friises i, n Termes n et a praticables g. — Architecture de charpentes. — 300 ou 100 morceaui pour un acte. — Les ■ terrains ». — Roméo IV-3 V 4-R cour o. — Les o deasoaa g. — Le « gril ». — SO mètres de hauteur do scène. — Monvementa des n chlrlota » ; pose dos a mâts o. — n Appuyer n et « i^iiarger s en style de IhéÛrc. ~ Los n ànius u ; les « trapillons u. — Les « fils » et le mot fatal. — « Tanilioura ». contre-poids et o theminéos ». — Manœuvre dea cinlrea ; a bandos d'air a ot petits t panlalons ». — Le « premier service » et les n poignëos u. — Los coulisaea. — Gliangenient à vue eto gareurs n. — Les signaux an pistolet. — i'àû inacbinisLes à l'Opéra. — La (ahricalion dea ^■ddcora. — Les n plantations b auciennes ut inudernos. — L'ople point de vue; les n découvertes », — Los liconcos de Mrspective. — Les artistes peintres décorataurs et lear porson-
el : Ifoceurs, perspecleurt et colorislos. — Le prii dea décors.
- M. Jambon ut le tranaaibérien.
Quatre sorlos d'objets composait ce qu'on lappelle un « ili?cor » i les « cliàssis, u (|ui vionnt'ul (de la droite ou de la gauclic, plantés « de front » ba de biais, suivant qu'ils sont ou non parallèles au manteau d'Arlequin ; les n rideaux », « plafonds » ou M frises », (jui descendent des cintres; les « termes » qui montent des dessous et les « pra-
MK.CASISHF. DR I.A
ticables », ponts, oscaliers, balcons, maiaons eiUii'i"os, louto une arcliîlecluro de charpentes, que l'on npporlo ilu l'oiiil de la seîinc el dont k-s morceaux, parfois au nombre de 300 ou 400, doivent s'adapter en quelques minutes, assez solidement pour que des centaines de personnes les parcourent ou s'y établissent sans danger. Cette menuiserie est tantôt peinte, tantôt masquée par des feuilles de décors peu élevées : les « terrains. »
Pour que la pose de ce vaste jeu de patience s'effectue avec rapidité, les fragments de bois ou de toile portent tous l'indication précise de l'endroit oii ils doivent se caser ; « Itomro, IV-3 V i R-cour, » signifie que tel lambris occupera, depuis le devant du plan numéro 3 jusqu'au derrière du plan numéro 4, cùté de la cour, dans le 4'' acte de Roméo et Juliette. Tout objet est marqué do fai;on aussi précise, depuis les détails d'orncraentation, posés à la main, jusqu'aux a fermes » immenses qui sortent mécaniquement du sous-sol.
Ces «dessous» ont au moins trois étages; l'Opéra en a cinq. Pour les creuser, il a fallu canaliser la rivii're de la Grange-Batelière et bâtir en partie sur pilotis. Une nappe d'eau, profonde de 3 mètres en hiver, coule en contre-bas du cinquième dessous, lui-même inférieur de deux étages à la chaussée du boulevard Haussmann, De cette cave au niveau (le la scène il y a IG mètres, et 35 mètres de la scèno au « gril, u grenier à claire-voie sous les combles^ soit bû mètres do hauteur totale.
A chacune des rainures ou « cosLiJros », qui
Ecoupent le sol des coulisses, correspond, dans le
premier dessous, un bàli en fer appelé n chariot »,
mobile sur rails et porteur de solides ^tuîs. En ces
gaines le machiniste plante des poteaux de sapin
Kêarrés, de 3 à 10 mMrcs de hauteur, traversés par
^Hcs éclielons de fer. Il grimpe à ces « mâts a et y
■se les châssis de décor, qu'il pousse ensuite plus
1 moins avant sur le théâtre, selon que le tableau
ipil être resserré ou élargi. Il a soin, pour que les
liasBifi roulent aisément, de les attacher — « guin-
FÂer n en langage technique — en laissant un
■■centimîstre de jeu entre eux et le plancher. Le
mouvement des chariots, que les hommes de la
scîsne manœuvrent sans les voir, rend le séjour
du premier dessous assez périlleux pendant les
cntr' actes. Les mâts qui tombent lourdement dans
leurs fourreaux, les brusques allées et venues des
appareils, risqueraient do casser hras ou Jambe à
l'imprudent aventuré sans guide au milieu de
ces ferrures agitées.
Aux étages inférieurs, méthodiquement rangées à leur te plan », reposent les n fermes n. Toiles rigides, tendues sur de forts cadres de bois puisqu'eUes doivent se soutenir seules, elles montent I BU moyen de contre-poids dont quelques-uns, " comme celui qui sert à la nuit de Valpurgîs dans Faust, ont jusqu'à 3 000 kilos. Lorsqu'on veut « appuyer » une ferme — r appuyer », en style de théâtre, veut dire élever et « charger » signifie
UÉi^ANlSJIt: DE I.A VIE HODERIÏI
isur, le commandement île « chargez l'avantscfene » se traduit, en langue vulgaire, par « baissez le rideau » — lorsqu'on veut donc faire monter une ferme, on a soin de la ficeler à des montants do bois — les « âmes «, — eux-mCmes encastréa dans une armature de fer qui guide ce décor jusqu'au trapillon, où le plancher se crevasse tout exprès pour lui livrer passage.
Quatre ou cinq u fils a enlèvent la ferme ainsi te équipée, m Ce sont généralement de gros cordages que les « fiU », mais ce mot — csUce un vestige ultime des marionnettes d'antan? — demeure obligatoire dans les théâtres, sous peine d'une amende de quelques francs, infligée par les machinistes, à l'ignorant qui prononcerait le fatal vocable de corde ou tout autre également proscrit. Respectons cette tradition, vieille de plusieurs siècles. Les cinq fils vont se réunir en un seul cable, qui s'embobine sur un gros rouleau de bois — le « tambour », — tandis qu'un autre fil se dévide en sens inverse, entraîné par le contre-poids qui descend.
Les contre-poids sont logés dans des « cheminées », ou cages de bois, qui s'alignent contre les murs, de la « face » au k lointain ». Comme ces moteurs, auxiliaires indispensables de la machinerie, doivent être péniblement remontés à bras au moyeu d'un treuil, on économise leur usage dans quelques théâtres, en remplaçant parfois les pains de fonte par des hommes qui s'accrochent au fil et 5e laissent glisser dans la cheminée.
LE THEATRE lOS
' La maQœuvro des ciiilres ost la même que celle '3es dessous, à celle différence près que, les rideaux descendant seuls, les conlre-poids servent à remonter le décor qui doit disparaître, au lieu de faire sortir de terre celui qu'où veut offrir au public. De plus les toiles qui viennent des dessus sont flotlantes, lég;L'res par conséquent et de petite dimension. Ce sont pour la plupart des a ciels », des H Landes d'air », des rclombées de voûte, des petits (c pantalons », derrière lesquels se prépare un changement, ou le feuillage d'arbres séculaires qui retrouvent leurs troncs profilés sur les châssis de la scène. A l'exception de quelques Fonds de tableau, qui mesurent à l'Opéra près de GOO mètres carrés et se replient dans leur milieu, tous les rideaux s'élèvent et descendent debout dans leur entier développement. Une perche flexible les soutient, suspendue par 10 ou 12 lîls qui vont se joindre au « gril 11. Ce faîte solitaire du lliéâtre, avec l'emmClement de cordes qui traversent le plancher en treillage, s'entrecroisent, s'attirent et se tordent dans l'obscurilé autour d'énormes pelotons de bois, semble le métier féerique d'une fileuse géante.
A chacun des six étages qui séparent le gril du i( premier service », oo retrouve en descendant d'autres tambours et d'autres fils, mais ici régnent la vie et la lumière. Ce corridor du cintre, situé à dl mètres au-dessus de la scène, est relié du jardin à la cour par le « ponl du lointain ». C'est de là que sont mis en mouvement les fils isolés ou aqi
faisceaux — « coin mandes » ou « poignées » — donl les bouts altondpnt « on retraite, « c'est-à-dire amarrés à des chevilles de lioisj le moment de jouer leur rôle. Les machinistes aussi sont au repos, ou ahsorbés par une partie de cartes, tandis que les notes de passion ou les roulades aiguës des chanteuses montent en spirales vers les frises, et qu'on apcr<;oil, par rentrobâillemenl des châssis, le corps de ballet folâtrant et pirouettant sur Ica planches.
Le rideau tombe ; tout le monde aussitôt est sur pied ; c'est un tohu-bohu général. Les temples sont mis en piîîce, des cliaumifercs leur succèdent; les palais a'écarlî;lcnt, remplacés par des torrents impétueux; les frontons s'envolent, chassés par do gros nuages noirs. Et, pendant que les garçons d'accessoire ramassent dans des corbeilles les coupes éparses de l'orgie, les liommes de la « cour » entassent des rochers escarpés et ceux du " jardin » assujettissent une forCt vierge. Sur tout cela le flamboiement de la rampe opérera son miracle d'optique pour la salle ; ici c'est l'envers des choses, sombre et souvent malpropre, comme l'entrée des artistes derrière le théâtre, opposée à la façade illuminée.
Car les coulisses ne sont nulle part l'idéal de délices et de perdition qu'on se figure en des arrondissements éloignés. Elles ressemblent pluliH à un navire en branle-bas de combat. Les brigadjfirs-macbinistes ont chacun leur poste à la face
L,ou au trumeau, dans les dessous ou les cintres et
fleurs n plans u immuables à desservir. Pour main-
f tenir le l)On ordi'e parmi ceLLc foule grouillante,
(certains directeurs n'estiment pas inutile d'avoir en
permanence quelques gardiens de la paix sur la
ic^nc. Dans les chaugemeuLs à vue, où il faut un
laynclironisme parfait entre la parole de l'acteur et
■Vœuvre du macliiniste, ceux-ci arrivent, après
■quelques représentations d'une pièce, i connaître
Mes airs et les répliques qui leur servent de points de
f repîjro. Néanmoins, quelques minutes avant que la
■• manœuvre ne s'elfeclue, les chefs crient dans un
porte-voix : « Attention » et s'assurent qtie les
« gareurs n du cintre ont préparé le cliennn aux
rideaux, afin qu'ils glissent sans oscillation et ne
s'enchevêtrent point les uns dans les autres.
Un coup de sonnette, de timbre ou de tam-tam ■ ordonne le mouvemeuL d'ensemble, auquel collaborent parfois plus de cent hommes. Il est des féeries où les cuivres de l'orcheatre, le sou de ^ cloches battant à toute volée et les cris de la llgur ration produisent un tel tapage qu'aucun signal [connu ne pourrait se faire entendre. 11 faut tirer L deux coups de pistolet à la cour et au jardin pour [avertir le personnel des dessous. Quelques cïianrgcments ont lieu en pleine lumière, d'autres se font t au noir u, lorsqu'il est nécessaire d'apporter ou H'enlever quelques meubles sur la scène. Le public, aveuglé par une demi-douzaine de lueurs rouges à Ja rampe, ne voit rien.
LR HËCAMSHE DR LA ME HODenMl
Le nombre des machînîstf^s varie fort, non seulement suivant les Ihéâlres, mais selon la nature de la besogne. Le CliûleleL, où les spectacles se développent en 20 tableaux, occupe le soir 80 liommes ; il n'en a que 12 d'employés dia-aiit le jour, L'Opéra, où les changements et les trucs sont plus rares, a besoin dans la soirée de 100 à 130 machinistes, sur lesquels 7a forment la brigade appointée à la journée. C'est qu'au Cliàtelet, si la machincrîo est dure pendant la représentation et ne laisse guère de répit, la pièce, une fois montée, reste la même pendant plusieurs mois, et l'on reprend les fils, le lendemain, à la place oîi on les a laissés la veille, A l'Opéra il faut chaque fois démonter et préparer les morceaux d'un nouvel ouvrage et, oommc la Bcbne n'en loge qu'un petit nombre, il faut constamment évacuer et aller chercher aux fortifications des convois de décors.
Parmi les machinistes professionnels, dont le salaire minimum à l'Opéra est de S fr. 7o, un tiers environ sont des ouvriers de métier ; la brigade comprend 20 menuisiers, plus des serruriers, tapissiers et mécaniciens. Ils préparent la besogne au peintre-décorateup. Celui-ci est mis au courant par le directeur de tous tes détails nécessaires à la confection du tableau : pays, époque, année, heure du jour où se passe la scène. Après avoir combiné avec le régisseur, le maître de ballet, les acteurs, la place dos fenêtres et des portes, il découpe et peint à l'aquarelle la maquette du futur
décor, dressûc à IïtIipIIc do trois centimctros pour nièlrc.
JaiUs l'action se transportait, sans changement, iliins les lieux les plus divers : les personnages se bornaient à passer d'un point ii un autre. Le tliéâtre, à l'iiùtel de Bourgogne, représentait, « à gauche, un vaisseau d'oiiune femme iloit se jeter à la mer, plus loin l'entrée d'un palais, au fond une belle salle garnie d'un trône, à droite une chambre avec un lit... » Sur une scène de 7 mètres de large, ayant à peu près même hauteur, il fallait, pour Clitophon, réaliser le programme suivant : « Au milieu, nu temple fort superbe enrichi de termes et colonnes ; à droite, une tour ronde, laquelle soit fort grande pour voir trois prisonniers, et à côté un beau jardin spacieux, orné do fleurs et de palissades ; à gauche une montagne élancée, avec un tombeau, un autel bocager, un roelier sur lequel on puisse monter et auprès une mer, un vaisseau et un antre », etc. Les décors se présentaient invariablement de front et les monuments ou les arbres, ne dépassant jamais la hauteur des châssis, étaient d'une petitesse invrai- Bemblable. Servandoni imagina, sous Louis XV, de peindre des soubassements et des colonnades sur les décors inférieurs, et de continuer sur les frises et les rideaux la suite de son architecture, qu'achevait l'imagination du spectateur.
Aujourd'hui toutes les « plantations h sont oblii; c'est-à-dire que le « point de vue n choisi^
n'est jamais au milieu Ju-tliérltrc, mais sensiblement à droite ou à gauclie. Toulu la composition est harmonisée avec ce point dis vue uni(]m;, jusqu'aurideau de fond. Comme l'horizon est toujours placé très peu au-dessus du plancher de la scène, la perspective est parfaite pour les spectateurs du rez-de-chaussée ou du premier étage; à la dcuxil-me galerie elle est déjà très défectueuse; aux étages supérieurs elle n'existe plus.
Le décorateur doit tenir compte, dans sa maquette, des emplacements propres à placer les herses et portans de lumière ; sinon son décor, quelque heau qu'il fût, pourrait être « inéclairable. » Un plan imprimé lui indique le rayon visuel du spectateur placé au premier rang de l'orchestre, par des lignes partant de ce point, pour aboutir aux divers plans du cintre. Il sait ainsi à quelle hauteur doivent descendre ses « plafonds. « Il étudie également son décor pour éviter les « découvertes j> — la vue des murs latéraux et des corridors — aux dernières logea de côté. Il s'efibrcc en général de faire paraître la scène plus profonde qu'elle n'est réellement, parce qu'au théàti'e l'action so développe en largeur, et que, souvent, l'espace manque dans les derniers plans où d'autres décors doivent rester en place. Ou ne peut cependant user qu'avec réserve des moyens que donne la perspective, pour augmenter la profondeur apparente ; car lorsqu'un acteur s'éloigne, sa taille, qui no diminue pas, se trouverait en désaccord choquant avec la grandeur
LE THÉATRk
i objets rcpréseiitiïs. Aussi la partie inférieure 1 décors, ilout peuvent approcher les personnes, doit-ello ëlre figurée dans ses dimensions ^Ues; les « fuyanls » ne commencent qu'à l'en- "roit où la toile est inaccessible.
Il faut à l'artiste décorateur l'expérience de l'optique particulière du théâtre, pour savoir do quelles fçences, de quelles entorses aux règles géoméffîques il convient d'user, à quels expédients il wa sage de recourir : par exemple, si une fa{;.ado [gntinue était représentée sur diiï'ércnts châssis, parties ne paraîtraient concordantes qu'aux ^ectateurs voisins du a point de vue ». Pour éviter » grave inconvénient, on interrompt, à chaque bâssis, toutes les droites fuyantes par un objet pliant tel qu'un pilastre.
f^Cos châssis sont confectionnés par les soins du
icf machiniste, préoccupé surtout de silhouetter
Etir carcasse pour les rendre maniables, solides et
igers. Il fait tendre — h maroufler u, dit-on — une
►rte toile écrue sur cette boisure et l'envoie au
nmtre, ainsi que les rideaux cousus et les fdets
r lesquels s'appliqueront les feuillages ajourés.
bsqu'cn 182o, les rideaux, ébauchés à terre, étaient
Hrminés debout, dans la position qu'ils occupent
rla scène. De hautes et longues murailles étaient
lires pour les appuyer, ainsi qu'un système
compliqué de ponts et d'échafaudages, permettant
au peintre de se porter sur tous les points.
H Beaucoup plus rapide est le travail à plat, qui.
r.K HKCAMSHF, DE LA VIE M(H)RB?(E
depuis longtemps, a prévalu. Aussitôt sèche, la couche J'apprél au blanc de Mcudon, donnée par les gar(;ons d'atelier, le « traceur ». chaussé du savates légJ;rcs, armé d'un porte-fusain long comme une canne et d'une rtgle de deux mblres, emmanchée dans une tige à hauteur d'appui, reporte sur la toile, par la métiiodc mathématique du carré, les mesures, saillies et profils de la maquette. Chacun, ici, a sa spécialité : les uns sont « perspecteurs a ou dessinateurs, les autres coloristes. Quatre ateliers principaux fabriquent aujourd'hui presque tous les décors, tant pour Paris que pour la province, dont les directeurs se contentent de types généraux — paysages et places publiques, tableaux pittoresques et riciies salons — fonds de répertoire invariable, où les mélodrames pauvres logent en garni. Sur les scènes parisiennes, d'ailleurs, toutes les pièces ne sont pas mises dans leurs meubles; le môme décor est repeint et ravaudé plusieurs fois; sur bien des vieux châssis il a été barbouillé tour à tour de la nuit et du soleil.
Les outils sont en proportion des surfaces k couvrir : pour donner les « tons », les premiers " d'ensemble, ce sont des baquets que l'on videj Quand le détail s'accuse, les pinceaux sont de H balais », — brosses à minces hampes porniettai de travailler debout, - — la palette est une ranj de vases en poterie commune, que remplissent d] liquides de toutes nuances. Ces couleurs sont mélange de terre, de colle et d'eau. Pour les pari
les plus sujettes à la fatigue, la colle pure esl délayée à cliaud; point d'L^ssence ni de vernis. La pfiinlurc ît l'huile n'est, pour ainsi dire, jamais eniployûo. Outre qu'ello serait plus cliùre et que son poids alourdirait le décor, elle ofiFrirait par place des reflets lustr<!iâ, désagréables à l'œil. Avec elle aussi, il serait impossible de travailler en murchant sur les décors.
Celte oltligallon d'être en mouvement sans cesse, pour imbiber à nouveau son balai, rend le métier assez pénible. Les peintres en renom occupent une quaranlaine de praticiens, dontles salaires varient, suivant leur capacité, de 1 à 3 francs l'heure; les décors sont payés par les Ihéûlres, depuis 4 francs le mètre carré pour les vues de campagne, « avec ou sans habitation, » jusqu'à 8 et 12 francs pour les mannes, les palais ou les h architeclures fantastiques. » Aux aides de divers grades il suffit d'une habileté de main professionnelle. Ils devaient tenir compte autrefois de la lumière jaune du gaz, quij modifiait les couleurs; maintenant l'électricilé li altère k peine. Il suffit de donner les tons, à l'état frais, plus foncés qu'ils no devront être devant le public, parce que la peinture à la colle s'éclaircit en séchant.
Quant au maîlre-décorateur, c'est, de nos jours, un véritable artiste, épris de ses œuvres et ne reculant devant aucun elVort pour leur communiquer plus de vie. Nous sommes loin, maintenant, des maquettes dessinées de chic, aux ombres parfois
LE HECAHISSE DE LA VIE MODERNK
fausses et cliO({uai)te3. M. Ja.inItOD se transporte en Hollande, pour y copier les riioiilins de Dordreclit, et c'est sur le lac des Quatre-Cantons qu'il va dt^ssiner les rideaux de Guillaume Tell; comme, pour prendre ses croquis du panorama transsibérien, il fait le voyage de Pékin par terre.
Autour de lui, empilées dans des casiers, sont d'innombrables études d'après nature des sujets les plus divers : montaj^nes et monuments, coucliers do soleil et quartiers de viande crue. Pour composer des scènes liistoriques ou mythologiques c'est aux fresques et aux miniatures de tous pays que le peintre va demander son inspiration : à rOpéra-Comique, dans Orphée^ le séjour des ombres lieureuses, clief-d'œuvrc de grAce et de goût, était emprunté au Bois sacré de Puvis de Cba- ^L vannes et au Printemps de Botticelli.
Les trucs et l'éclairage
ilations n plus vrjioJ » que la réaliLi;, au MiûiUri!. ~ Lt'a 1 lainëes ot l'eau natui'jjlle. — Le n sang il'Abol » dans un sous Louis XIV. — Trouvailles dos riicrios. — < La o maison na mèra-grand n. — Plancliera roulants et panoramas lobiles. — 20() trucs dans uno Buule piÈee. — « AUei partout n. — ChangORients de costunios it vue. — Asconsiona des lions gënjea B.U cintre. — Lo n bi-igsnilin u. — La clievauetiéc des Valkyries surlea nuagoa, il l'Opdra. — DiScors ti-nqucs pour les incendlos.
— Lesflols et la tompi>te. — Tonnoire, vent, brisures. — La pluie battante, — L'oneens dans la salle. — Inventions du M. Gailbard.
— Le beuf en daube et le dégagement de la fumée. — Bourrasque d'une boite a sardine. — Les s aceoBsoire» » ot 1' o UBtensUier . — Les armures. — 27 cuirasses de hannetons à. réparer.
— Itdpas et comsstibles au thé^tri). — >• Des latnpions n. — 160 000 bougies à l'Opéra. — Faut-il plonger les spcclaleors dans l'obscnrilé? — Le « jou d'orgue u récent, à rôlectricilé.
— Les « effolE o de lumière. — Détail du programme lumineux d'un acte de Faust. —Réglage des feux d'une pièce nouvelle. — Rhéostats et « spires n. — Projections éloctriqueB. — Los spectres.
— Le chef artificier ; lycopode. — L'éclairage idéal.
Le décor actuel n'arrive pas seulement au maxi-
l-mum de ce qu'il est possible d'obtenir avec du bois,
B la toile... et beaucoup de talent; il donne à cer-
aOe LE UÉCANISME DE LÀ VIE HODERNB I
taiaos iniilalions un cachet de vérité que les objets réels eux-mêmes, avec l'optique du théâtre, ne posséderaient pas. Pour les effets aquatiques par exemple, les gazes lamées, striées de rubans d'étain rendent mieux l'aspect de la cascade ou du torrent que l'eau naturelle qui laisse passer les rayons lumineux et ne a'écluire pas. Aussi l'a-t-on partout abandonaéc.
C'est ici le domaine des « trucs » autant que , celui de l'art. Nous sommes devenus sur co chapitre plus raffinés que nos ancêtres : au début du règne de Louis XIV on jouait à Rouen une tragédie intitulée la Mort (TAbel. Un des acteurs faisait le personnage du « sang J'Abel »; enfermé dans un sac de salin rouge, il était roulé de derrière le Uiéâtre et criait : « Vengeance, vengeance ! » Ck procédé ingénieux nous paraîtrait trop simple. Les féeries nous ont blasés sur les efforts d'imagination déployés en ce siî;cie, pour renouveler périodiquement l'intérêt des aventures du roi Croquignolet XXXVill, par une succession de tableaux magiques fantasmagoriques et panachés de trucs inédits. Ces trouvailles sont la raison d'être d'un genre à qui nous (levons les Pilules du Diable, le Pied de Mouton ou la Biche au Bois.
Fidèle à de saines traditions, le Pi:£il Chaperon Rouge nous montrait tout récemment la « maison de maMîsre-Grand », montée sur galets excentriques avançant du fond de la scène vers le trou du souffleur : à mesure qu'elle approchait, clic s'oxhaus-
sait et s'élargissait de plus en plus. A l'acLc priicddcnt un groupe de voyageurs scmbkieiit parcourir des sites inliniment variés, en allant de droite à g'auclic du théâtre ; cependant leur marche ne les menait à rien, placés comme ils étaient sur une bande de pan|uet roulant en sens inverse ; tandis qu'un rideau tie fond, qui paraissait immobile, déroulait il côté d'eux un panorama de 250 niMres de long.
Dans une piîîco à spectacle on compte souvent jusqu'à 200 trucs, grands ou petits, tassés dans les dessous où leur multiplicité rend le travail difûcilc. Les acteurs jouent-ils une sctne d'ivresse et Qnissenl-ils par déclarer qu' « ils y \-oient double. » A ce mot le brigadier-maeliiniatc, l'oreille au guet, donne aux sixbommes qui l'entourent le commandement de « Allez partout ». Chacun d'eux tire ou lâche les fila qu'il tient en niaia, ctaussitôt surgissent du sol, à cûté des tables, chaises et autres meubles garnissant la scène, d'autres objets exactement semblables — leurs doubles — lesquels, un moment après, s'en retournent par le même chemin.
Les trappes, par où s'elFectuent les apparitions et les engloutissements, servent aussi aux prestigieux changements de costume : cette vieille en haillons, courbée en deux, n'est autre, vous le devinez, que la ravissante fée des eaux. Son vêtement n'est formé que de deux pil'ces, l'une devant, l'autre derrière, du haut en bas desquelles passent des cordelettes, pourvues d'un anneau à leur extrémité inférieure. Au moment où doit s'opérer sa
: SII^CAMSJIR DR I.A VIR MODETO
Iransfornmlion, l' actrice se place au point de reptre marqué à la craie, ol détache prestement la rosette qui retient les fils autour de son cou. Une trappe discrète a'entr'ou\Te, la main d'un madiinîsle saisit les anneaux el toute la défroque, entraînée par eux, est escamotée en une seconde. D'autres trappes, dites n à tampon », usitées dans les pantomimes, lancent, à deux mètres en l'air des clowns, qui retombent sur leurs pieds après quelques cabrioles. D'autres encore, composées de volets en lames d'acier flexible, permettent de s'engouffrer brusquement dans le sol ou de s'enfoncer dan.s un mur qui ne présente aucune fissure apparente.
Si les démons et les mauvais génies sortent des dessous et y rentrent, c'est du cintre que doivent descendre les sylphes, les anges et autres individualités sympathiques ; c'est là aussi qu'elles remontent après avoir rempli leur mission. Les ascensions de cette sorte étaient fréquentes dès le milieu du siècle dernier et les procédés ont peu varié 1 au corsage matelassé, garni de courroies et de boucles, que portent les figurantes chargées de l'emploi, sont accrocliés un et souvent deux fils d'acier — pour le cas où l'un des deux se romprait — et, si l'on souhaite qu'elles disparaissent par un vol oblique, un petit chariot, glissant sur des rails aériens — le « brigandin » — imprime une marche horizontale au fil qui les enlève verticalement.
Deux rails analogues, posés sur des plans inclinés comme ceux des montagnes russes, donnent
licence aux Yalhjries de chevauclier sans pûril à travers les nuages. Celles (|ui clievauelient ne sont pas celles qui chantent; celles-Iù sortent simplement de la coulisse. Elles n'auraient jamais le temps de dévaler de l'Eriipyrùe à l'avant-sctnc pour prendre part au chœur des mcssagî'res d'Odin. Les vierges cuirassées, qui fendent les airs, sont des demoiselles du corps de ballet ; cette promenade leur vautun cachet spécial. Elles sont 14 ijui grimpent, par une échelle de neuf mMres, au haut de ce praticable complitjué que les machinistes passent une demi-journée à établir. Leurs montures, fort nobles bettes du côté de la salle, sont creuses du côté opposé, comme tous les chevaux de théâtre, destinés à être vus de profil. Ce sont des cartonnages en demi-bosse, n'ayant qu'une moitié de tête et de corps.
Les décors aussi sontparfoîs truqués, comme des boîtes à double fond, pour produire des effets que les changements à vue, si rapides fussent-ils, ne sauraient rendre : l'incendie qui pénètre en un clin d'ceil dans la salle du festin, au cinquième acte du Prophète, consiste en cadres de toife peinte, subitement rabattus sur les châssis, que le feu semble ainsi lécher de toutes parts. Pour iigurer la transparence des eaux immobiles, on se sert do glaces posées à terre et légèrement inclinées. Des vitres, éclairées en dessous par des lampes, constituent un lac que la bonne fée pourra passer à pied sec. Le tissu argenté, que l'on agite mollement au bord
LE HECAniSA
d'une loile glauque, représente l'écume des vagues mourant aur le rivage,
L'Océan en courroux se laisse moins bien copier. On faisait naguère circuler, sous une éloUe couleur de mer, une vingtaine de gamins armés île baleines qu'ils agitaient de leur mieux. Ces acteurs, à 10 sous par tète, remplissaient leur rôle avec nonclialance et donnaientlicu ii d'intempestives accalmies; en ce cas le légendaire Uarel, directeur de la Porte-Saint- Martin, accourait et, de deux ou de ti'ois coups de pied adroitementdistnbués, ranimait la « fureur des Ilots 11. Les ondes marines en calicot sont mues aujourd'liui par des boisures sinueuses qui se bou- Itveiil et s'abaissent parallèlement. C'est plus sûr, mais plus monotone, et la lempâte manque un peu d'imprévu.
Pour la coutrefa<;on des bruits multiples de la nature, l'imagination des régisseurs, sans cesse en éveil, invente chaque année du nouveau. Les plaques do tôle secouées et les grosses caisses de deuxmfetresde long, frappées de baguettes, singent le tonnerre plutdt mal que bien ; mais la sirfene, sorte de pompe où l'air est refoulé avec violence, rappelle assez exactement les sifflements du vent. Une roue, à palettes de bois, rencontre en tournant des lames de fer et donne de loin le son d'une brisure, celui des arbres qui cassent et se rompent avec fracas. En frottant vigoureusement avec un gros clou une plaque de métal dentelé, on croit entendi'e verrouiller la porte du
LE TnÈATOE 21fl
jt OÙ liioguit un inallieureux prisonnier J^ crt-piLiîmenl de la pliiit; lialtaiite est simulé par un long; luyau du bois, doublé du zinc, à l'inlérieur diKiuel se superposi'ut, du place en place, des grillagea en fer àlargea maillus. Un amas de cailloux etdeharicols secs gît au foud de ce lube ; lorsqu'on le reLourne comme un sablier sur ses bases, cette iiiitruille se précipite el, frappant le métal à coups répétés, rappelle le gri^Billemenldc l'eau à terre. Au nombre des moyens artiUciels, par lesquels se crée rillusion, est l'idée réccnle de brûler de l'encens dans un coin du la salle, au moment ou sont agités en scfcne les encensoirs d'une cérémonie pieuse. Le public, dont l'odorat est Halte par le parfum religieux, en môme temps que ses yeux voient le geste s'unit plus intimement à la représentation. "
D'où viennent les trucs et quels eu sont les auteurs? Nullement des savants, souvent de simples inacliinistes. Certaines ti'ouvailles procèdent du hasard et la plupart de celles qui font le plus d'effet sont d'une naïveté enfantine. C'est d'ailleurs sur les lliéatres de Policliinelles, me disait M. Gailbard, que sont appliquées d'abord nombre des inventions les plus ingénieuses. Le directeur de l'Opéra a luîmâme transporté, dans lo ballet de la Tempête d'Ambroise Tbomas, un orage dont il avait appris le mécanisme à Naples sur un minuscule spectacle de foire : le bateau, au lieu d'aller classiquement de droite à gaucbe, tournait au milieu des vagues et se dirigeait vers le trou du souffleur. Les flots, si
HÉCANISHE
aisément fendus, consistaient en baleines revêtues de toile verte, qui s'ouvraient devant l'esquîf, le frôlaient à son passage et se refermaient derrière lui. Puis la mer et le bateau s'approchaient ensemble de l'avant-scene ; la toile verte étant simplement tirée par dessous, comme le tapis d'une table, et disparaissant dans une rainure au premier plan.
Dans la Valkyrie on voulait dégager sans bruit une grande masse do vapeur ; les chauditTCS la chassaient avec une espace d'éternuement fort peu mythologique. M, Gailhard se souvint que sa grand'rafcre, lorsqu'elle faisait cuire du bœuf en daube, recouvrait la casserole d'un feutre percé de trous, pour éviter que le couvercle de terre, soulevé par l'eau bouillante, ne dansât et ne se brisât en tombant. Il usa d'un feutre analogue pour que la fumée sortît avec mystfcre, violente et silencieuse, des flancs de l'Olympe Scandinave, Dana Othello il fallait que la flamme du phare, représenté par un pot à feu, vacciUàt sous l'elfort du vent; or, elle brûlait tranquille et trE^s droite, et la bourrasque, qui faisait tout trembler autour d'elle, la laissait parfaitement calme. On essaya d'envoyer de l'air sur la scîine, les chanteurs se plaignirent qu'on les enrhumait. Alors la direction imagina de placer, à côté du h phare », une sorte de boîte à sardines percée de trous, communiquant par un tube avec un soufflet qui faisait brusquement coucher la flamme.
^K Dépeni H« l'usten
LA PUBLICITÉ
Dépendant parfois du macïiinisto et parfois de f if l'ustensilier n, sont les mille objets qui doivent meubler la scène ; le char d'A'ida ou les stalles des ASaitres Chanteurs, le brûle-parfums de Salammbô et les deux pommes de Guillaume Tell : la preptnière, qui repose sur la tëlc de l'enfant au moment Poù le plTe bande son arc; la seconde, transpercée i'une tliïche, qui lui est substituée aussitôt après. ! ustensilier. i>, c'est le préposé aux « accessoires I), le conservateur do ce bric-à-brac où s'enlassenl pêle-mêle des articles si hétéroclites, qu'il Efi'est pas de magasin au monde qui les réunit 'jamais : épées se cassant par le milieu, roues dentelées avec manclie pour imiter le bruit d'une voiture, squelette et main de justice, serpent méca- Iaique, cercueil et boulets de canon fusionnent, iana les théâtres de mélodrame, avec des croix de divers ordres, des pendules, des pistolets, des pncriers, des médaillons et autres réalités bourgeoises.
' Puis un matériel de fiction : des faux billets de banque, des papillons en toile Iremblottant sur un fil do fer el un cœur factice dans son bocal. Rangerons-nous dans la catégorie des accessoires les animaux vivants que réquisitionne toute féerie : ce veau tenu en laisse ou ce cochon de lait que l'on pince pour le faire crier ; ou encore le chien dressé, par quinze jours d'étude, au rôle délicat de mordre les culottes d'un personnage comique sans lui faire ^e mal.
Une partie importante de ce département sont es cartonnages ; di;ux maisons parisiennes onl. le f monopole des imitations artistiques de tous les : instruments de musique de la Grèce, vaisselles de la Rome antique, armes des temps fi-odaux — tous les tliéàtrcs n'ont pas, comme i"Opéra, un musée d'armures véritables. —Puis les reproductions fant^aisistes d'animaux et les créations de I monstres cliimériques moulés en plâtre, sur lequel L Boat façonnées et coloriées les empreintes. ' La livrée de ces charançons, rayés d'or et de ' vert, de ces coccinelles, de ces libellules aux ailes , tendues sur des montures en laiton, coûte fort I cher et se détériore facilement. Quoiqu'on les ' enlève au personnel des deux sexes dès sa sortie ■ de scène, les avaries sont fréquentes : — « Aujourd'hui encore, rapporte dolemment l'ustensilier, I outré de l'incurie des figuranls, on a dû réparer I 6 tôtes et 27 cuirasses de hannetons, n Les femmes en pâte, à demi vêtues, qui garnissent les arrièreplans d'apothéose sont, grâce k une composition nouvelle, d'un saisissant réalisme; mSme prévenu et à quelques mètres de distance seulement, on les , jurerait en chair cl en os.
Dans le Ihédtre moderne, épris de couleur locale, les accessoires, représentés il y a deux siècles par une lettre et un fauteuil, ont pris un intérft grandissant; consoles, tables et sièges sont, pour de simples vaudevilles, commandés à des tapissiers I d'art. Les comestibles viennent du marché voisin;
les babas en tôle et les pâtés de carlon, pleins do biscuits que les acteurs dévoraieut avec un entrain médiocre, ne sont plus lie mise. Cependant les détails du repas, dans les pit-ces où l'on dîne, n'atlcîg'nent pas tous le mt^me degré de fini, parce qu'ils ne sont pas destinés à faire également illusion. Il s'observe une proportion constante, entre le soin que l'on prend de chaque partie du service, et son rapport avec le texte et les jeux de scène. Au premier acte de VAmi Fritz le dialogue exige que, d'une soupière nature, s'écliappe une fumée sincère; mais les autres plats, que ne souligne plus l'action théâtrale, peuvent être artiliciels. L'observation du temps exact n'est jamais nécessaire; le public en perd la notion, dès que son esprit se détourne vers un autre objet.
Aussi n'est-il pas trop choqué de voir la nuit et le jour se succéder, sur la scène, avec plus de rapidité (|ue dans la vie, lorsque les situations le commandent. Car, si l'on donne à l'électricien ua délai suffisant, il est à môme aujourd'hui, grâce aux appareils en usage, de faire lever ou coucher le soleil sur son horizon de toile peinte, avec une gradation aussi douce que celle de l'astre dans le ciel.
Les théâtres, jusqu'à la Régence du duc d'Orléans, s'éclairèrent avec des chandelles ou lampions posés le long de la rampe, n Des lampions » il ne reste d'autre souvenir que le rythme monotone sur lequel les spectateurs impatientés frappent
LE MECAMSME DE I.A VIE MOBEHNE
le sol pour requérir l'allumage, c'est-à-dire le commencement de la représentation. Le financier Law, à ses frais, substitua la bougie de cire aux chandelles de suif à l'Opi-ra et, seule de toutes ses entreprises, celle-là lui survécut. Soixante ans plus tard, sous Louis XVI, ce fut aux Français que le quinquet d'Argant fil son apparition première; les journaux louèrent sans réserve le nouveau système et déclarèrent unanimement qu'on avait atteint la perfection ',
Lorsque l'éclairage au ga.7. eut échoué à Paris, en 1820, Louis XVIII, qui l'avait apprécié en Angleterre, envoya M, de La Ferlé, l'intendant des Menus, étudier son fonctionnement dans les théâtres de Londres. La Ferté fit, à son retour, installer à l'Opéra le gazque, pour la première fois, les Parisiens admirèrent ilans A/adin ou la lampe merveilleuse ; ii A la lueur rouge et funeste pour la vue que produisaient les quinquets, dit le rapport enthousiaste de l'organisateur, succ&do une lumière douce semblable aux plus pures clartés du jour. » Et il disait vrai... relativement. Nous avons éprouvé la môme sensation, relative aussi au coloris antérieur, lorsqu'il y a quinze ans l'électricité remplaça le gaz. La qualité de l'éclairage n'était pas modifiée seule, mais aussi son intensité. Avec les 65 000 francs que l'huile, avant 1820, coûtait à l'Opéra, on avait une clarté trois fois moindre que
!i vie modrrnr. t. II, p. 78, la
1 procui . Aujourdliu
, le
gaz poi
L' Véh
francs ] leclriuiLé soit beaucoup '
I, quoique moins clitTC que le gaz de la Rcsiauration, les frais lie lumifcrc de l'Opéra montent à 162 000 francs. Mais ils correspondent à une puissance qui eût fait rCver nos pîircs : IGO 000 bougies, distribuées ea" des appareils de modèles variiîs. Les autres' IhéÂlresont suivi une marciie identique: à l'Opéra- Comiquc ce chapitre s'élève à 108 000 francs, à 103 000 francs aux Français, et à peu près autant au Cbàtelet, pour un service do 3 000 li
De ces lampes une partie illuminent les escaliers, les foyers, la salle ; le lustre de l'Opéra équivaut S 000 bougies et les girandoles du grand foyi à 9 600. C'est une question controversée de savoi s'il convient, aussitôt que le rideau se lève, dtf! plonger le public dans l'obscurité. Les partisans dfl cet usage, adopté en Allemagne et en Autriclie, estiment qu'ainsi l'attention se concentre plus aisi ment sur la scène, et il en résulte d'ailleurs uj économie notable que le directeur de l'opén impérial de Vienne cbifFre à aO 000 francs par an..:
Les adversaires de cette innovation, qui fait ressembler le théâtre à une lanterne magique, pré-: tendent que les spectateurs s'ennuient quand ib participent pas eux-mâmes à la lumière; qu'ils ni sont portés ni à pleurer ni à rire; le lluidc, qi fait l'applaudissement et le succès, ne se communiquant pas de l'un à l'autre. Wagner, l'un di
isligateurs de celte méthode, désirait que l'om
ri
^Stlg
n'applaudit pas avant la fin des actes; et l'on rcmar(]ue on effet, sur nos propres sctnes, que les duos cL les ensembles qui st.' chantent dans la nuit sont beaucoup moins applaudis que les autres. Puis, ot cette considcration teciinique a son importance, lorsque Taction elle-même se passe dans les téniîbres — ténfebres do UiéAtrc, forcément mitigées ' et conventionnelles — les personnages, s'ils ne sont pas un peu éclairés par la salle, doivent l'être par la rampe et projettent sur les décors des ombres glg;antesqufs.
Enfin l'on peut se demander si l'illusion, contrairement à ce que l'on suppose, n'est pas plus grande pour le public lorsqu'il voit le jour se lever ou décroître autour de lui, dans la salle en même temps que sur la scîîne; s'il ne prend pas davantage sa pari du drame qui se déroule devant lui, quand il baigne dans une clarté toute égale k celle des acteurs qu'il écoute, passant avec eux par dos alternatives d'ombre et do lumière.
Pour se plier aux variations fréquentes d'éclairage qu'exige une représentation, les anciens becs de gaz élaient tous reliés à un appareil contrai, auquel la multiplicilé de ses tuyaux avait fait donner le nom do «jeu d'orgues ». Le lampiste GUVTait ou fermait do son mieux les robinets, pour modérer, supprimer ou acliver la fiamnie sur les divers poinis on il était nécessaire ; mais quelle que fût sa dextérité, il ne procédait jamais assez vite, ni surtout assez lentement pour que l'œil ne fût
p;is surpris de ces hrusquos cliangcmonts il'inlcn- J site ou de couleur. Les uouveaux n jeux d'or; éleclriijues, inaugurés en 1898 à l'Opûra-Comiquc el au Cliâtelct, perfeclionnéa l'année suivanle à l'Académie nationale de musique, ont transformé C'îtte parlie de l'art théâtral. Le service de l'éclai-^J rage comprend à, l'Opéra une cinquanlaine deï personnes, dont les unes surveillent les dynamos, , qu'aclionnc dans les sous-sols la force expédiée da'l Saint-Denis, tandis que d'aulres s'occupent del&l scène ou sont cliargés des projections du cintre.
Dix-huit hommes, silôL la fin de l'acte, se préci- 1 pitent sur leurs « portants u respectifs, les décrochent des châssis el vont les garer à la face ou au lointain ; d'où ils les rapporteront, sitât la beso des machinistes terminée, pour les fixer à de r veaux décors. Ces portants, au nombre de 60, sont J l)rnnchés sur des fils qui aboutissent, ainsi que le J lustre et la rampe d'avant-scene, les 27 herses qui I «Jclairenl les plafonds et les « traînées » qui i dissimulent à terre — 4 000 lampes en tout oui 6i 000 bougies — à un local contigu au trou du 1 souffleur.
Là se trouvent, devant trois tableaux, blanc, ' rouge et bleu, dont chacun commande isolément sa couleur dans tous les appareils, trois électriciens attentifs au programme qu'ils doivent remplir. Nous sommes au tableau du jardin de Marguerite, dans Faîtst, et son ordonnance lumineuse, dépliée sur un pupitre, est ainsi détaillée : «Au lever du rideau,