I.G HtXAMSME DE LA VIE MODERNE
lie 1838 il 184G, Isaac Pereire les mel en pralique avec des facultés supérieures. Ses créamultiplca, son inJtialivG souvent heureuse lui assurent, malgré des revers éclatants, une place parmi les constructeurs de la France moderne. Un premier emprunt d'ËtaL, directement offert au publie, réussit en 1854 et l'on commence à appeler aux guichets les petites bourses, comme on avait appelé les petites gens au scrutin.
A ce moment tout est à créer pour profiter des découvertes de la science; tout se crée : clieiDins (le fer et paquebots à vapeur, gaz et eau, aciéries et houillères, manufactures de toute sorte et villes rebftties à neuf. De ces hommes d'imagination et d'argent beaucoup furent des joueurs, comme Mires, comme Pereire lui-même qui succomba, moins sous le coup droit d'un adversaire, que pour avoir spéculé sur les titres de sa propre société ; écueil fatal oij, plus tard encore, d'autres se briseront.
A câté d'ou.\, Rothschild, au cootralrc, valait surtout par sa prévoyance. Il ne happait pas tant les idées, il mûrissait davantage tes projets et, une fois en route, apportait à l'exécution une invincible ténacité. Toutes ses affaires n'ont pas été fructueuses, toutes ont été bien gérées. S'il réussissait, il 80 gardait de distribuer eu dividendes la totalité des gains ; Il accumulait des réserves. S'il échouait, il attendait avec patience que l'événement JustiriAt ses calcule). C'est ainsi qu'il soutint les chemina de
ftT <îe Saragosse ou les mines il'El Boleo, en leur avançant « à découvert. » dans les années critiques, un nombre rcspeclaSle de millions dont ces compagnies restèrent longtemps débitrices cliez lui.
Il est généralement admis que ces rois de finance, ehez lesquels la Bourse Tait anticliambre en la personne des agents et des remisiers, spéculent à coup sûr et accroissent aisément leur fortune. C'est exactement l'opposé de la vérité. Placés comme ils sont au sommet, ils ont tout à craindre du vertigo môme de leur grandeur — tl y a un vertige de» millions comme il y a un vertige des montagnes. — Sans cesse tentés de prendre part aux combinaisons les plus séduisantes, aux dessoins lea mieux concertés, cette sorte de gens côtoient sans Irêve le précipice. A toute minute l'occasion leur est offerte de commettre une sottise; c'est un rare mérite déjà que de n'en pas profiter.
L'extrême ricliesse mobilière, bien qu'elle ne soit grevée d'aucune de ces obligations politiques qui pesaient sur la ricliesse fonciJ're d'autrefois, s néanmoins la « cliargc du Roi », à la Bourse. Elle porte le fardeau de servitudes financiJres, inbérentes à sa conservation. Un banquier de Bucliarest, à qui l'on demandait pouriguoi il avait pris la résolution de quitter cette ville, répondait : o Ici je suis maintenant le plus riclie ; je ne puis donc
Ilu8 gagner sur personne et l'on gagne sur moi ! j La fin de la guerre de 1870 coïncida avec l'entrée
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aentnrits sVnIromirciiL tout d'atiord dans le lancement des cmpmnls de libération du territoire. Les (!;ros l)an({uiers qui cntouraienl M. de Bismarck demandaient i]u'une partie de la contribution de cinq milliards fut payée en litres de rentes plulât qu'en argent, lia voulaient persuader à M. Thiers qu'il était de notre intérêt de nous acquitter envers l'Allemagne avec des litres qu'elle se chargerait de réaliser ; ce qui la lierait au relèvement de notre crédit. Mais M. Pouyer-Quertier montra que, sans parler des commissions qu'exigeraient les banques allemandes, il était beaucoup plus sûr de vendre soi-même les titres que l'on crée et d'en employer le produit à payer ses dettes ; parce que les créanciers que l'on paie avec des titres ne se piquent jamais de ménager les finances ni le crédit de l'État débiteur.
Bien qu'émis par souscription publique les emprunts de guerre ne prétendaient, cependant, ni supprimer les intermédiaires, ni se passer de la spéculation. Pour écarter autant que possible les capitalistes uniquement soucieux d'encaisser, au plus vite, la prime qu'ils pensaient devoir s'établir sur Je nouveau litre, le gouvernement accordait une préfiTcnce aux souscriptions d'unités déclarées irréductibles. Mais, avec ce système, on présentait au trésor des listes fictives de noms qui, lus à la suite les uns des autres, rappelaient des fables de La Fontaine. Lorsqu'il s'agit d'emprunts considérables — etjamais jusqu'alors il ne s'en était vu de
tels — on ne peut guère csporti' qu'ils se « clas- 1 senL n (!Q totalité, du joui' au lenilcniaiu, dans le i portefeuille de ceux qui ont l'intenlion de les gar- I der comme placement définitif, La spéculation j infervient pour porter jusque-là une partie dos ] titres K flottants >:, dans l'espoîr d'un gain à réali- j ser sur le public. C'est ce que lïrent les Fraucfor- J lois de Paris, comme la plupart des anciennes I maisons de la place. Ils pousseri^nt h la hausse do ] la rente française, dont ils demeuraient acheteurs ] à des conditions avantageuses. I
Véritahles boursiers, 1res travailleurs et très audacieux, mais plus risqucurs en apparence qu'en ( réalité, car ils ne risquaient jamais leur situation, J ces étrangers, avides d'aflaires, avaient eu l'adresse dénouer une alliance entre le Comptoir d'Escompte, I inspiré par M, Pinard et le Crédit Foncier, gou- j verné par M. de Soubeyran, Ce dernier fut pour J eux le point d'appui, le levier puissant sans lequel 1 ils n'auraient rien fait. La Bourse s'engagea à leur 1 suite, dans les valeurs égyptiennes et turques; mais { ils savaient eux, se créditer « à la turque ii en se 1 débitant » à la franque », Ils prêtaient au kliédivo Isniaïl à 18 p. 100, contre du papier qu'ils réescomptaient à 4 p. 100, avec garantie des titres, au Crédit Foncier dont les 130 ou 200 millions de disponibilités se trouvîirent ainsi employées avantageusement, mais non sans danger.
Soubeyran, poète, illusionniste et mégalomane, 1 avait, lui, l'espritle moins francfortois qui pût être : 1
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il ne rL'jrarilait jamais la porte de sorlie. Il perdit et fit perdre beaucoup d'argeot dans des idées jiistea, pour le3 avoir eues trop tôt; parce qu'en lioursc il ne faut pas prévoir, mais voir. Lorsque arriva la faillite égyptienne, les banquiers do Francfort se retirèrent indemnes. Soubeyran seul tut compromis. Il démissionna, accablé sous la réprobation générale, en laissant à l'actif du Crédit Foncier des créances, devenues excellentes, qui firent la prospérité de cet établissement pendant quinze ans, sous un successeur plus heureux qu'liabile.
Deux types distincts de spéculateurs coexistent dans le monde de la finance : l'un exploite directement la Bourse, joue sur le papier créé et escompte les variations de cours qui résultent du progrès ou du malaise des Ltals. L'autre crée les valeurs d'État ou succédanées et, si ses moyens trop faibles lui interdisent d'agir par lui-mâmc, il met son génie invenlifau service de plus puissants dontil utilise les capitaux et l'intlueace.
Au Conseil de la Banque impériale ottomane, rue Mcyerbcer, siégeaient alors les plus vieux noms et les plus estimés de la place, ceux parmi lesquels la Banque de France recrute ses régents. Pourtant, le jour oii le gouvernement turc suspendit ses paiements, la Banque ottomane, désespérant de rentrer dans les 30 millions qui lui étaient dus, se mit à vendre ses créances avec 80 p. Il)0 de perte, Des banquiers de Galata s'empressaient
de les ratlicler, et les rcpiissaicut à la Turquie pour 1 leur valeur initiale dans des prêts nouveaux. Contre une obligalion de 107 francs, ils versaient 50 francs ; d'espèces et SO francs do papier déprécié qui leur coûtait 10 francs.
Tout à coup les cIiosgs, à Pari», cliangèreul de faco. Il survint un jeune courtier, fort inconnu, qui sut révéler à la liante banque sa puissance, dont , elle n'usait pas, et l'amena d'abord à croire ellemême aux valeurs turques qu'elle avait créées, et en qui elle n'avait plus foi. Son plan consistait à recouvrer directement certains imp()ts et revenus de l'Empire ottoman, et à donner solidité à la dette du gouvernement turc en se substituant à lui. L'opération ayant réussi, les perceptions ainsi faites donnant des excédents, il s'établit une atmosphère spéciale autour do ces fonds d'Orient, dont ' la capitalisation s'éleva à un taux supérieur puisqu'ils devenaient des fonda européens.
Sous le couvert des affaires turques se lirent aussi les premiers syndicats entre les iinancïers do . France et d'Allemagne, -a une époque où les deux ' ualions demeuraient encore très séparées. Ces placements internationaux, qui s'accroissent maintenant en Asie par la création des chemins de fer, emmêlent les intérêts des peuples et modJQent leurs ' sentiments. Si, là où est voire trésor là n'est f toujours votre cœur, il n'est pas moins vrai que, sous la Restauration, l'Europe était pour la Grèce Ire le Sultan, et qu'il y a neuf ans, malgré les i
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