‹ Le mécanisme de la vie moderneChapitre 16 sur 25 · I.E HliCANISUE DE LA VIE HOUEBNË · texte numérisé non relu

I.E HliCANISUE DE LA VIE HOUEBNË

^^Ê laissé libre, au milieu de la chaussée, par les ran- ^^Ê gée» do voilures qui borâcnl le trottoir. Une prime ^^t spéciale est donnée aux cochers r|ui n'ont pas eu ^^M d'accident, pendant le mois ou le trimestre. Tous ^^B doivent, au reste, à la fin de l'apprentissage, subir ^^Ê plusieurs épreuves délicates : avant d'être admis à ^^P conduire au dehors, on les fait promener dans la ^^K cour des dépôts, où se trouvent exprès amoncelés ^^B dea obstacles de dilTérentes natures. Lt^s tramways ^^V à chevaux, n'ayant de roues à boudin que d'un ^^P seul câté, sont, paraîl-il, aussi difOciles k mener ^^1 que les omnibus ; au lieu do bien ménager son pas- ^^1 sage, il faut prendre garde de dérailler. ^^M Un syndicat d'employés a vitupéré la Compa-

^^^ gnie sur ce qu'elle recrutait surtout son personne! ^^P en province ; les demandes des postulants, quelle que soit leur provenance, se comptent en tout cas par milliers. Des receveurs chargés d'opérer, par fractions do 15 et 30 centimes, uue recette de

IB7 millions, la première qualité requise est la probité. Les fraudes sont fort rares. Un corps d'inspection secrète, qui coûte 86 000 francs par an, est chargé de les découvrir. Tantôt ces conlrôleors occultes, cheminant au long des rues, prêtent l'oreille à la sonnerie des voyageurs qui monleatj tantôt, nonchalamment installés sur les banquettes de l'omnibus en marche, ils suivent de l'œil les

I agissements du conducteur, soupçonné de « distractions » trop fréquentes.

La comparaison du rendement moyen des voî-

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tures d'une même ligne dL'cèlo assez vile les indélicatesses : omission volontaire dans l'usage du cadran indicatif; emploi de fausses clefs pour tourner ce cadran en sens inverse, avant le dernier bureau, afin de réduire le chiflfre des voyageurs inscrits ; surcharges, à l'aide de poinçons simulés, sur les feuilles où se défalquent les correspondances; ces ruses malhonnêtes ne sont pas très longues à découvrir.

La Compagnie est garantie contre tout préjudice de la part de ses agents, responsables de leur^ recettes, mais ceux-ci, dans leur encaissement bâlif, sont sujets à des pertes minimes, qui risqueraient, en se répétant, de rogner leurs salaires, Il se trouve, parmi les voyageurs, des âmes généreuses pour gratifier les conducteurs de légers pourboires; il se trouve aussi des êtres assez vils pour profiter de leurs erreurs.

Un observateur misanthrope s'est plu à faire maintes fois l'expérience de cette ignominie, au temps des anciens omnibus, où les voyageurs se passaient leur argent et se repassaient leur monnaie les uns aux autres. Assis à mi-distance entre le marchepied et le fond de la voiture, au voisin qui lui avait confié une pièce de fr. 50 pour payer sa place, il rendait fr. 30 de gros sous, au lieu des fr. 20 qui lui revenaient, en y ajoutant, sans être vu, l'r. iO de sa poche. Il était, paraît-il, très rare que le destinataire signalât cette méprise, u'il devait croire imputable au conducteur. Le

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quil

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plus aouveul, îU'appropriaiL Itis deux sous, rendus CD trop, sans mot dire.

Dans les Faux Bonshommes de Théodore BarriJu'P, lu fille aînée d'uo agent de change, qui prétendait épouser, contre le gré de sa famille, un artiste sans fortune dont elle était amoureuse, cMe enfin aux représentations do son entourage, et sa cadette, moins romanesque, s'écrie, triomphante, en apprenant la rupture de ce mariage : Au moins, ma sœur n'ira pas en omnibus ! »

Naturelle en 48G8, oùc'tStailuae sorlodo déchéance, une humiliation intime, en certains milieux, que : d'aller en omnibus » celte exclamation n'aurait plus de sens aujourd'hui, où des duchesses et des arclii- millionnaires coudoient, sur les coussins démocratiques des tramways, des clercs d'huissier et des cuisinières, tandis qu'on voit souvent des maçons revenir de leur journée en fiacre.

Les mœurs ont changé, et aussi les omnibus, plus vastes, plus propres, chaulTés, munis de platesformes et d'escaliers praticables pour accéder à I" leurs impériales, — lesquelles sont couvertes et, sur

les tramways, abritées, — toutes différentes de celles d'il y a vingt ans, réservées aux seuls individus mâles et agiles, capables d'y grimper et d'en dévaler par une gymnastique de singes.

Et pourtant l'exploitation de nos omnibus étaîl hier, est encore, sur certains points, très défectueuse. Nos fils la jugeront grotesque et barbare.

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fraîchement débarqué, à l'aspect d'un attrouperaeut liouitsux, se ruant, le dimanche, sur ia voilure qui stalionoc devant un bureau? Est-ce une émeute? — Non, répond le Parisien, ces gens attendentromnibus. » A peine a-t-ii stoppé, que les voyageurs, déambulant avec patience ou rivés au sol comme des bornes kilométi'iqucs, se forment derrière lui en colonne serrée et frémissante.

Cette masse liumainc, où chacun agite un bout de carton indicatif de son numéro, est uniquement occupée de monter dans ce véhicule qu'elle espère devoir être sien. Elle y met toute la passion, toute la force de volonté et d'énergie dont elle est capable. Le conducteur, impassible devant cette bousculade, étudie sa feuille ou, debout sur sa plate-forme, comme un homme prêt à repousser un sifcge fait par des forces supérieures et décidé à vendie chtremeut sa vie, s'oppose à l'envaiiissement. « Minute, minute, les numéros! » Et les plaisanteries, les quolibets, de pleuvoir sur ce malheureux; chacun forraulaut son exaspération de manières différeutes. ii Si j'étais conseiller municipal, ce que je le ferais danser le monopole ! — Attendez, le contrôleur va venir, je no peux pas vous laisser monter avant, a

Le couti'ôleur arrive enfin, se fraie un passage à travers la cohue compacte, pour aborder la plateforme. Orgueilleusement il s'y carre, et promîjno son regard sur la foule avec satisfaction. Cette foolc est à lui, ce sont des « administrés » ; il est

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fonctionnaire en face du peuple. Suivant 8on terapéramenl, il souritd'un air dédaigneux ou paterne, comme s'il allait donner une bénédiction. » Commencez, appelé;: les numéros. — Bien ; où en êtes- V0U3 resté? interroge le conducteur. Y a-t-il des numéros avant le 21)4 V « Ce cliilïre n'cat pas plutôt proféré, que surgissent de toutes parts des réclamations, des hurlements. Une tempête éclate; vingt numéros sont criés sur tous les tons. Le conducteur gesticule, essaie de dominer le bruît. X Silence, on n'entend rien 1 162. — Non, 150, j'ai le 150, — Oli! là, là, il y a longtemps qu'il est

ssé ! — Allons donc I — "Ne poussez pas ! — Taisez-vous donc! — Plus haut! » Le conducteur e croise les hras, fait comprendre qu'on ne montera pas avant que le calme soit rétabli. « Ne vous gênez pas, je ne suis pas pressé. — Commencez au 180, dit un Monsieur décoré, d'une voix autoritaire. — Pourquoi Monsieur veut-il m'empêcher de monter? — Commencez par le numéro que vousvoudrez. — Eh bien ! tonnerre de Dieu, appelez donc les numéros, conducteur. — - Appelez le 140, dit le contrôleur, impérativement, ii

Tout à coup la voiture s'ébranle, pour aller occuper la place de la précédente, qui s'est mise en route. Affreuse mêlée, dans l'empressement de la foule à la suivre par bonds rapides, pour ne pas perdre sa position ou, au besoin, pour l'améliorer. Des familles, bien groupées tout à l'heure, sont maintenant séparées et se dépensent en ellbrls pour se

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Faites place. Madame, vous n'avez que i 193, et moi, j'ai le 170. — A quoi sert d'encombrer? » Ceux qui ont des numéros assez bas pour partir donnent tort au dernier interlocuteur. Les autres, sûrs d'aLlendre le prochain omnibus, s'amusent de la scfenc ; diversion agréable, niaise et gaie. Le contrôleur recueille les correspondances, en haut, en bas, fait sonner tous les voyageurs, vérifie le marqueur, vise la feuille, fait arborer le « complet », et s'élance, aussitôt suivi de la foule, à l'assaut d'une autre voiture.

Nous sommes ici perdus, noyés, sous un attirail de visas, de timbre, de papiers, de carions à promener. Quelle perfection de formalités pour s'asseoir sur ces bancs et faire deux kilomttresl Autant prendre un billet pour Marseille ; et, de fait, il faut moins do complications pour monter dans le rapide, de Marseille que dans beaucoup d'omnibus. Eti combien lentement s'accomplit ce court trajet tf Chevaux, employés et clientèle agissent commd s'ils avaient devant eux l'éternité ; c'est la diligend inlra mieros : la somnolence s'empare des voyaiV geurs; leurs paupières s'abaissent, se séparent, sflg rejoignent encore ; leurs têtes dodelinent toute» ensemble sous l'inlluence des cahots; plusieurn s'affalent en des attitudes comiques et lasses.

Un omnibus ne devrait jamais Être « complet x que d'une fa<;on tout exceptionnelle. A moins que l'on ne soil conseiller municipal et, comme tel, autorisé à monter « en surcharge », par décision du

LR MÉCANISME DR I.A VIT. HODERKE

préfet de police, un omnibus complpt, c'est un omniltus qui n'existe pas, pour In piéton qui veut s'en servir. En vaiu celui-ci, apr^s une course audacieuse dans la boue, se juclic-t-il, essoufflé, sur le marchepied, une voix séviïre prononce le fatal :

Complet partout h, qui l'oblige à redescendre. S'y ^fuse-t-il, deux agents, requis à cet effet, l'appréhenderont et le conduiront au poste. Et si la Compagnie fermait les yeux et prenail plus de voyageurs que la voiture n'est censée en contenir, la régie des contributions indirectes lui dresserait à elle-même un procE-s- verbal.

Un pareil système est simplement ridicule. Lorsque, sur une moitié de leur parcours, durant un tiers de la journée, certaines lignes régulièrement hondées repoussaient tout client qui ee présentait, — témoin l' « Hôtol-de-Ville-Porte-Maillot », jusqu'à i'avi;nement du Métropolitain, - — c'est comme si l'on avait décidé que le service de cette ligne serait suspendu de telle k telle heure dans telle ou telle direction.

A quoi l'on répond que les transporta à Paris sont trop onéreux pour permettre de marcher autrement qu'à voitures pleines; que certaines lignes mêmes pourraient ôtre perpétuellement complètes et néanmoins peu rémunératrices, si les voyageurs ne so renouvelaient pas plusieurs fois durant le trajet; que la faute de cet état de cJioses incombe au Conseil municipal, qui tient la Compagnie comme un enfant dans des langes; qu'elle est

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impuissante devant des édiles aussi incompétontg . qu'exigeants, qui en arrivent à l'administrer eux- ' raOmeg, par-dessus la t6te de son directeur, encourir aucune responsabilité.

Or, il est clair, pour un observateur sans parti pris, que la Compagnie des Omnibus est trfes Fondée à se plaindre du Conseil municipal, cl que la population n'est pas moins en droit de critiquer la nonchalance routinière delà Compagnie des Omnibus, autant que l'entêtement étroit des pouvoirs publics. Il apparaît : que beaucoup de tracés anciens, traditionnellement conservés, sont très mal conçus; que la vitesse commerciale, — c'est-à-dire la longueur du parcours divisée par sa durée, — est abusivement réduite ; et que l'exploitation est beaucoup trop chère pour la Compagnie, sans être avantageuse pour le public, parce qu'elle manque lotaleraenl d'élasticité. Cependant rien ne serait plus aisé que de remédier à ces multiples défauts.

L'idéal des transports en commun ne doit pas Être de déposer exactement les citoyens devant leur porto et, lorsqu'on l'oblige à articuler ses lignes de manière à desservir le plus de voies possible, la Compagnie pourrait répondre, comme ce conducteur à une dame qui lui jetait négligemment cet ordre : « Vous m'arrâlerez telle rue, tel numéro. — Et h quel étage, Madame? n II convient que chaque omnibus aille directement d'un point terminus à l'autre, par le plus courl chemin, sans aucune inQexion.

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Tous les écarts, tous les crochets sont du temps ^crdu pour le voyageur, et aussi pour la Compagnie, qui le promène à ses frais, inutilement. La moitié des omnibus actuels font l'école buissonnière, comme soucieux de se montrer dans un plus grand nombre de rues ; ils zigzaguent en quête de bureaux, où ils s'amassent, se gênent, s'attendent et s'éternisent. On gagnerait près du tiers de la durée du trajet, en supprimant à la fois ces arrfits et les détours qu'ils motivent. La Compagnie éco- ^^^ nomiserail en ouLre une bonne part des deux mil- ^^M lions que lui coûtent la solde de ses contrôleurs et ^^B-la location de ses bureaux, qui ne servent nullement ^^" à abriter les voyageurs, puisque ceux-ci se tiennent généralement sur le trottoir.

Elle pourrait à son choix supprimer, comme elle le projette aujourd'liuj, ses « correspondances », — Londres et Berlin n'en ont pas, — ou les maintenir en les simplifiant, sur le modèle de plusieurs villes étrangères : à New-York, on délivre indéfiniment la correspondance à tout voyageur qui la désire, et, comme les « cars » marchent nuit et ta jour, sans interruption, un gentleman moyennant Iles 25 centimes du prix: initial de sa place, peut, [ comme le Juif Errant, marcher gratis jusqu'à sa I mort, à la condition de descendre à certains coins I de rues pour changer de « car » et de ne pas s'éloi- I gner.

A Paris, l'usage, l'octroi, la comptabilité de ces llîckets, qui coûtent 113 000 francs à établir, sont

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traités avec une bureaucratie savanle, d'abord entre le public et les Compagnies, puis entre les Compagnies elles-mêmea. Omnibus, Tramways-Nord et Sud additionnent cbacun ceux qu'ils ont reçus et se les repassent, les premiers pour 16 centimes, les seconds pour 14 centimes; échange qui procure aux omnibus un bénéflcc de 150 000 francs. Un quart environ des voyageurs d'intérieurs usent de la correspondance, qui, pour eux seuls, est gratuite. Ceux de l'impériale, représentant à peu près 50 p. iOO de la clientEile, n'ont guère d'avantage à la payer. Do sorte que sa suppression ou son maintien n'offre d'inlérôl que pour un huitième seulement du total des personnes transportées.

La Compagnie avait remarqué que, sur les iO millions de correspondances, un certain nombre étaient utilisées par des personnes qui proûtaient du changement de voitures pour faire à pied une course ou une visite dans le voisinage du bureau, avant de prendre place dans un nouvel omnibus ; ou qui môme, leur affaire terminée, se faisaient rapatrier, par uue ligne à peu pri^s parallèle à la première, vers un quartier voisin de leur point de départ. Elle a, pour déjouer ce qu'elle estimait, — à tort ou à raison, — une fraude à son préjudice, multiplié les formalités en timbrant soigneusement, sur les tickets, l'heure approximative de leur émission. Peut-être eût-il été plus adroit de faire tout le contraire et d'assimiler la correspondance à un billet de retour facultatif. Mais cette administration.

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