‹ Le mécanisme de la vie moderneChapitre 8 sur 25 · LE H£C\MSIIP. DE I.A VIE MODERNE · texte numérisé non relu

LE H£C\MSIIP. DE I.A VIE MODERNE

prôlaiont^ luur tour ces fomU, partie à k-ur industrie nationale, partie aux Ëlals-Unis où ils rcmpla- SaienU'ar^ent anglais, que la guerre du Transvaal faisait refluer en Europe. A la lin de 1002, les préteurs français, inquiets de la crise industrielle qui sévissait au delà du Ithin, retirèrent brusquement leurs fonds d'Allemagne et celle-ci, réaclionnant

r l'Ami^rique, retira les siens de New-York et y détermina une panique et une gfino de plusieurs mois.

Si la France n'est pas le pays le plus riulio du monde, c'est celui de tous où le vieux refrain d'opéra : ^^^

L'or est une chimère, ^^^|

Sachons nous en servir... ^^^H

est le mieux en situation. Un emprutiL d'un milliard est aujourd'hui, cliez nous, l'équivalent d'un emprunt de 100 millions il y a cinquante ans. Ne noua en félicitons pas trop. L'Angleterre et l'Allemagne ont moins d'économie mais plus de production. Lequel vaut mieux d'avoir, comme les Américains, toujours plus d'affaires que d'argent, ou comme les Français, plus d'argent que d'alTaires? De quel côté est la supériorité? Un peuple économe n'est pas un peuple risqueur ; l'Américain, l'Anglais, dont les salaires sont plus liants que les nôtres, vivent mieux et dépensent plus. Le Français préffere épargner: que la récolte soit bonne ou mauvaise, que l'usine et l'atelier soit ou non pros-

pères, il « mclde cûté » près de deux milliards par an. Ilncs'atlachcplus à acheter un champ, k moins de pouvoir le cultiver par ses mains; il va vers la forUinc mobilière.

Mais il a vile manqué de placemenis chez lui parce que lélendue reslreinte de son paj'a ne lui fournissait pas une matière indéfinie aux affaires, el parce que l'indigence de son sous-sol, son man que de houille et de fer n'étaient pas propices au développement de la grosse industrie. Casanier pour son compte personnel, il se voit contraint d'expatrier ses capitaux afin d'en tirer parti.

C'est une seconde armée nationale que l'armée des capitaux français. Un gouvernement moins exclusivement préoccupé des ciioses surnaturelles et do l'ûme des citoyens, mais plus avisé et attentif aux intérêts temporels de notre république, pourrait se servir intelligemment de la puissance d'économie de la France. Il pourrait, dans ses rapports avec l'étranger, peser sur la politique douanière de nos clients, proches ou lointains, imposer ou favoriser l'usage de nos outils et de nos marciiandises.

Les banquiers créateurs d* affaires.

La Bourse, vue sous l'angle de Péchellier et du vendeur de primes. — La Bourse vue sous la perspective économique ou sociale. — Elle accointe les capitaux et les entreprises. — Télégraphe, trop lent, délaissé pour le téléphone. — Période de 1815 à 1850 : haute banque d'ancien type, issue de la Suisse protestante. — De 1850 à 1870 : Pereire et Rothschild. — Leurs caractéristiques. — On appelle les petites bourses aux guichets. — Entrée en scène de l'école francfortoise. — Les emprunts de guerre de 1871. — Souscriptions publiques. — M. de Soubeyran et les affaires égyptiennes. — L'esprit francfortois. — Le conseil de la banque impériale ottomane. — Là où est votre trésor, là est presque toujours votre cœur. — La fièvre de 1881. — Les Compagnies éruptives. — M. Bontoux et l'Union générale. — Causes du succès et de l'échec. — La légende et les responsabilités. — Période des établissements de crédit. — Henri Germain. — Un catholique régit en maître le marché de l'argent.

Vue du petit côté, sous l'angle de V « échellier», du remisier, du « margoulin », brocanteur de valeurs mortes, ou du vendeur de « primes dont deux sous », la Bourse est une halle bruvante, grouillante, pittoresque, où des gogos agités s'épuisent à nourrir des intermédiaires prudents. Massif et tassé, sans élan de clocher, de dôme ni de tour, ce monument d'un culte ancien, toujours sincère-

1^ fiOUHSF.

iiienl praliqut', couvre 3 580 mètres Je terrain qui rapportent à la ville de Pnris quelque 2S0 000 francs par -an, payés partie par les agents <le change, partie par les buffets, vestiaires et autres services annexes.

Point lie femmes ; 2 ou 3 000 liommes y viennent chaque jour. Beaucoup entrent et sortent en courant, dans toutes les directions, avec l'air d'aller chercher du secours. Du fond de la salle partent des cris do sauvages autour du butin. Une foule compacte, houleuse, se presse contre la balustrade circulaire où, sur un plancher un peu ^minent, stationnent et déambulent sans hâte les titulaires des charges, qui seuls ont le privilège de piétiner le (I parquet». Adossés à cette « corbeille u leurs commis des groupes du Comptant, de la Rente, de l'Extérieure espagnole ou des valeurs « à turban » — lisez ottomanes — communiquent avec les habitués grâce à une pantomime conventionnelle, au milieu d'un vacarme qui fait substituer les signes à la voix. Sept » coteurs » officiels, employés de la Chambre syndicale, sont installés à de petits pupitres et dressent, comme des météorologistes, la courbe do variations des cours. Au dehors la bousculade recommence dans le couloir des téléphones, et, tandis qu'on lulte autour dL-s cabines, la salle du télégraplie demeure presque vide ; quelques personnes y viennent lire leurs journaux ou faire leur correspondance. Trop lent jlÉsormais, ce mode de communication est délaissé.

1% l,K MKCAMSJIK DR LA VIE MODEHNE

Vue dfi plus haut, tin plus loin, sous la [n-Tspective {îcoiiomi(jue ou sociale, la Bourse esl le lieu tic rendez-vous des capitaux el des entreprises. Elle ne criic ni les premiers, ni les secondes, mais elle les accointe et les adapte les uns aux autres. Par cette machine h placement l'argent se transforme perpétuellement en affaires, les alTaires se transforment perpétuellement en argent. L'argent en quête d'emploi et les affaires en quête de fonds viennent ici de tous les points de la planMe; des parcelles d'économie s'amalgament pour fournir à des besoins gigantesques ; des prolétaires y deviennent créanciers de souverains et employeurs d'ouvriers et les riches, avec leur lingot fractionné, se procurent des morceaux de vingt propriétés différentes.

Tout cela d'ailleurs est inapparent. Bien que lo grand public collabore de plus en plus au mouvement dos capitaux en bourse, la Bourse esl de plus en plus abandonnée aux professionnels. Ce double fait, contradictoire, s'explique : les cours des valeurs sont maintenant gouvernés par des raillions d'hommes qui ne viennent jamais à la Bourse : ce n'est donc plus de la Bourse que l'on peut provoquer ou diriger les mouvements. Le xix° sifecle a vu naître et grandir la fortune mobilière. Le xx' siècle voit se transformer les spéculalions dont elle est l'objet.

La période embryonnaire, de 1813 à 18S0, appartient à la haute banque d'ancien type, issue en majorité de la Suisse proteRtante; gens de

Page 1