LE PAS
difficulté du problème, soit que l’attitude du cheval au pas ne répondît pas à leur conception esthétique, on rencontre fort peu de chevaux au pas dans les œuvres de peinture ou de sculpture anté-
Proj. no 10.
Le pas. — Bas-relief assyrien.
rieures à Carie Vernet et à Géricault. Et dans les rares exemplès qu’on en trouve, les attitudes sont généralement fausses.
Aussi lorsqu’en 1864 le grand et consciencieux artiste Meissonier osa, dans son 1814, représenter la monture impériale (Proj. n° 11) à l’allure calme du pas, ce fut dans la presse et dans le public un toile général. A ce moment, artistes, critiques et public étaient tellement désaccoutumés de voir la représentation juste de cette allure et tellement habitués au contraire à la voir remplacée par une attitude conventionnelle et bizarre qui participait à la fois du trot, du piaffer et du harper particulier à l'éparvin, mais qui n’empruntait rien à la nature, que chacun cria à l’invraisemblance. C’est le cas de nous rappeler que le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. De nos jours, grâce à l’accoutumance de notre œil, grâce aux données indiscutables que nous a apportées la photographie, nous goûtons pleinement le calme et la justesse de l’attitude que Meissonier a donnée au cheval blanc de Napoléon, attitude si bien en harmonie avec la morne impression qui se dégage du tableau.
Mistigris, que les lauriers du cheval de Napoléon empêchent de dormir, a.pris dans un des instantanés de M. Marey la même attitude que la monture impériale ( Proj. n° 4). De même que dans le tableau du maître, que Mistigris a certainement voulu copier, l’antérieur gauche est levé, le poids du corps repose sur le diagonal droit et le postérieur droit va quitter le sol pour se porter en avaut. Cette chronophotographie nous permet de contrôler une fois de plus la justesse de vue de Meissonier et l’exactitude de son dessin.
Dans le premier état de son œuvre si justement célèbre et qui date de 1864, Meissonier avait cependant laissé passer une inexactitude que je vous signale avec d’autant moins de scrupule, que le grand artiste l’a rectifiée de lui-même dans la répétition de 1888 qui figura à la vente Porto-Riche.
L’équilibre du cheval de gauche est dans le premier tableau visiblement défectueux, ainsi que vous pouvez en juger par ce facsimilé (Proj. n° 12). Le cheval dont le cavalier semble à moitié endormi est à l’appui sur l’antérieur gauche et ne pourrait sans
LIS TROT
danger porter la tête et l’encolure à droite ainsi qu’il est figuré. L’équilibre est d’autant plus instable que le cavalier somnolent s’abandonne à droite également. La même remarque en sens inverse s’applique au cavalier voisin monté sur un cheval gris. Rationnellement, ce cheval devrait incliner la tête à droite.
Dans la répétition de 1888, Meissonier a rectifié ces deux attitudes ainsi que vous pouvez en juger ( Proj. n° 13) : le poids du cavalier de l’extrême gauche et du corps du cheval se trouvent reportés franchement sur le diagonal à l’appui ; mais on peut regretter encore que la tête du cheval gris ne soit pas davantage à droite, déchargeant ainsi nettement l’antérieur gauche qui est au soutien.
Le rapprochement des deux fac-similé, dus à M. le colonel Duhousset, nous montre l’importance de la rectification que Meissonier avait reconnue indispensable.