CHAPITRE II
Le trot.
Le trot est des deux allures vives celle que le cheval peut supporter le plus longtemps. Sauf les cas impérieux, c’est le trot qu’il
Le trot. - Chronoph. Marey.
faut employer, lorsqu’il s’agit de fournir rapidement une course un peu longue. Outre que la dureté du sol permet rarement de ga-
ALLEEES DU CHEVAL.
loper sur les routes sans danger de fourbure, il y a fort peu de chevaux qui puissent supporter habituellement de longues courses au galop.
Le trot, qui est une allure à deux temps, s’opère, comme vous le voyez, de tout autre manière que le pas. Au trot normal, les membres agissent par bipèdes diagonaux. Dans l’exemple que nous avons sous les yeux ( Proj. n° 14), la battue diagonale a été marquée par le poser simultané de l’antérieur gauche et du postérieur droit, et le cheval est à l’avant-dernière phase de cet appui : la masse, qui a pivoté sur l’antérieur gauche et le postérieur droit comme sur deux pendules renversés, est projetée en avant par la détente des muscles et la lancée acquise ; elle va quitter cet appui, elle entrera en suspension et retombera sur le diagonal opposé. Remarquons que dans le présent exemple le cavalier est au fond de la selle.
Le trot. — Chronoph. Marey.
Projection n° 15. — Le cliché que voici nous montre le cheval au moment où il se reçoit sur le diagonal droit et le cavalier détaché de la selle par le contre-coup. L’assiette du cavalier va s’élever et le corps du cheval va basculer d’arrière en avant sur le diagonal à l’appui comme il l’a fait tout à l’heure sur l’autre.
Projection n° 16. — Ce cliché nous fait voir le développement de ce double mouvement du cheval et du cavalier. Parvenu à la
LE TROT
Proj. no 16.
Le trot. — Chronoph. Marey.
et retomber sur l’appui diagonal gauche que nous avons examiné en premier.
Proj. n u 17.
Le trot. — Suspension. Chronoph. Marey.
Projection n“ 17. — La suspension que nous montre le clichésuivant ne se produit pas dans le petit trot. Mais dans le trot ordinaire ou dans le trot allongé, la détente alternative des bipèdes diagonaux lance le corps avec assez de force pour qu’il reste un instant suspendu à chaque impulsion nouvelle. Ici, bien que Mis-
tigris ne fût pas poussé à une allure vive, la suspension est assez nette et la distance qui sépare les pieds du sol est appréciable.
Au trot normal, la cadence doit être régulière d’une battue diagonale à l’autre, c’est-à-dire que les deux battues doivent être égales comme rythme et comme intensité. Lorsqu’une battue de trot fait entendre un double bruit résultant d’un intervalle dans le poser des deux pieds d’un bipède diagonal, on le dit décousu 5 le trot décousu est un indice de gêne, de souffrance ou d usure, ou tout au moins de défaut momentané d’équilibre.
Vous remarquerez que dans le trot à l’anglaise bien pris, le cavalier échappe à une réaction sur deux, c’est-à-dire qu’il ne s’enlève et ne retombe sur sa selle qu’une fois pendant la succession
Le trot. — Henri IV, sur le Pont-Neuf. Phot. Boyer.
des deux battues diagonales. Il peut à son gré retomber sur sa selle au moment de l’appui d’un bipède diagonal ou de 1 autre, mais tant qu’il ne rompt pas volontairement ou accidentellement la cadence, il retombe toujours sur le bipède initial, c’est-à-dire sur le bipède diagonal qui lui a servi de base au point de départ.
LE TROT
Il en résulte pour le bipède que le cavalier a adopté comme support une fatigue plus grande que pour l’autre diagonal qui retombe à terre lorsque l’assiette du cavalier est hors de la selle. Il importe donc au cavalier attentif de ne pas s’enlever toujours sur le même bipède, comme il arrive fréquemment sans qu’on s’en rende compte, et de songer au contraire à en changer en marquant deux temps de trot à la française sur sa selle. Ce changement aura pour avantage de le soulager lui-même et surtout de soulager sa monture dans une course un peu longue.
Le trot, qui est fii souvent représenté dans les œuvres modernes, est plus rarement figuré dans les anciennes.
Toutefois, le cheval classique de Henri IV, sur le Pont-Neuf ( Proj. n° 18), est resté le type de l’exactitude de cette représentation.
Voici encore un spécimen de trot très juste dans le bas-relief du tombeau de François 1 er , de Jean Goujon, qui est à Saint-Denis (Proj. n° 19).
Ce cheval, ainsi que celui de Henri IV, est à l’appui sur le diagonal droit.
Le Cheval de la Mort, par Albert Durer.
Albert Dürer nous a fourni, dans son Cheval de la Mort ( Proj. n° 20 ), un type de cheval au trot légèrement désuni : le posté¬
rieur gauche est sensiblement en avance sur l’antérieur droit et
LE TROT
frappera le sol avant lui ; les battues, pour employer l’expression technique, ne sont pas synchrones.
Mistigris, qui ne veut décidément être en reste avec personne,
nous a fourni également un spécimen caractéristique du trot désuni ( Proj. n° 21). L’antérieur gauche, qui normalement aurait dû se lever en même temps que le postérieur droit, a quitté le sol avant lui.
Dans la Promenade des chevaux, de Géricault (Proj. n° 21 bis), nous voyons deux chevaux lancés au grand trot et figurés pendant la suspension dans une attitude qui serait irréprochable 6i la hauteur au-dessus du sol n’était quelque peu exagérée.
De nos jours, l’allure du trot est reproduite couramment par nos peintres et nos sculpteurs. Vous connaissez notamment, en peinture, le parfait modèle d’exactitude que nous a donné M. le capitaine Saffroy ', dans le gracieux portrait équestre de M 1Ie Elvira Guerra (Proj. n° 22). L’élégante silhouette de l’amazone, faisant cadencer son cheval qui se trouve à l’appui sur le diagonal gauche, est d’une justesse accomplie.