‹ Le mécanisme des allures du chevalChapitre 7 sur 15 · GALOP · texte numérisé non relu

GALOP

LE GALOP

La suspension va prendre fin et l’animal va retomber sur le postérieur droit dont le sabot qui est le plus près de terre, marquera la première battue du galop à gauche ; la deuxième sera marquée par le diagonal droit, dont les deux pieds qui doivent frapper le sol simultanément sont figurés à la même hauteur; et le troisième temps sera marqué par le pied gauche de devant, pied sur lequel le cheval galope.

Enfin, comme pour porter une sorte de défi à la convention et à l’erreur accréditée et imposée à notre œil depuis des siècles, M. Aimé Morot, dans sa Charge des cuirassiers à Rezonville ( Proj. n° 40) qui se trouve au Luxembourg, a choisi pour le cheval du cuirassier hlanc du centre du tableau l’attitude la plus propre à choquer les idées reçues, bien qu’elle soit absolument conforme aux données certaines fournies par la photographie. Le cheval, complètement séparé du sol, est projeté par le dernier appui du membre antérieur droit sur lequel il galope ; il parcourt l’espace les quatre sabots presque réunis sous le ventre. L’aspect véritablement étrange de cette attitude a longtemps étonné le public plus qu’elle ne l’a charmé. Mais peu à peu, l’œil s’est familiarisé avec les images révélées par la photographie instantanée ; ces images ont appris à trouver dans la nature des attitudes qu’on ne savait pas voir, et le jour n’est peut-être pas éloigné où le public, appréciant et recherchant l’exactitude et la conscience artistiques, sera froissé par une incorrection même légère dans la représentation du cheval en mouvement. Je vous rappelais tout à l’heure la résistance que rencontra Meissonier lorsqu’il représenta le cheval de Napoléon à l’allure juste du pas que le public n’était pas accoutumé à voir. Le génie de Meissonier triompha de cette résistance et sut imposer cette attitude du pas que tous les artistes reproduisent couramment aujourd’hui sans choquer personne. Nous assistons de nos jours à une évolution analogue relativement à la figuration du galop, évolution dont le mérite revient principalement aux peintres Édouard Détaillé et Aimé Morot.

Jusqu’où ira cette éducation de l’œil? Quelle influence aura-telle sur l’art ? La photographie qui a apporté aux sciences un concours aussi merveilleux qu’inattendu : à l’astronomie, notamment, en lui permettant de constituer une carte complète du ciel, carte

sur laquelle viennent s’enregistrer les étoiles même invisibles, la photographie qui a permis à la balistique de prendre l’image d’un projectile au sortir, d’une arme à feu avec le cône d’air en vibration derrière lui, la photographie va-t-elle révolutionner les beaux-arts ? Je craindrais, dit modestement M. Marey, de m’exposer en insistant à l’avertissement. : « Ne sutor ultra crepidam ». Je me garderai donc bien d’insister; mais laissez-moi vous signaler combien l’éducation de l’œil se fait rapidement. Je ne serais pas surpris que quelques-uns d’entre vous qui tout à l’heure étaient médiocrement choqués par l’attitude des chevaux nageurs que je signalais à votre indignation, dans la projection 31 notamment, ne retrouvent plus du tout en les regardant l'illusion du mouvement at se soient quelque peu convertis à ma manière de voir.

Je vous ai dit que les artistes modernes n’avaient pas été les premiers à rechercher la vérité dans la représentation des attitudes du cheval. En voici'la preuve :

Il y a plus de vingt siècles, Phidias, par une intuition véritablement géniale, Phidias reproduisait sur le fragment de l’immortelle frise du Parlhénon que vous avez sous les yeux ( Proj. n° 41),

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les temps du galop tels qu’ils sont enregistrés aujourd’hui par laphotographie instantanée. L’œil exercé de l’immortel statuaire, l'y\ avait décomposé du premier coup les mouvements du galop dont ' . -V le mécanisme ignoré ou repoussé par tous les artistes qui l’ont précédé ou suivi, ne fut retrouvé qu’au siècle dernier par Yincent et Goiffon. Dans le fragment que voici, l’allure cadencée des chevaux, semble réglée sur la lente progression des théories sacrées : le cheval de droite est figuré au premier temps du galop très ralenti à gauche ; le postérieur droit à l’appui marque ce premier temps; le deuxième sera marqué par le diagonal droit; et le troisième par l’antérieur gauche. Gomme pour accuser davantage son intention, Phidias a représenté le cheval de gauche à ce troisième temps du même galop à gauche dont il ne manque ainsi que la phase intermédiaire.

Cet exemple ne fournit-il pas une réponse péremptoire aux artistes qui, refusant le concours que leur apporte aujourd’hui la photographie, persistent à s’en tenir, pour la représentation des allures, aux formules conventionnelles qui ont prévalu depuis des siècles? En présence de cette frise du Parthénon et de tant d’œuvres modernes, peut-on prétendre que dans l’infinie variété des attitudes fournies par la nature, aucune ne répond aux nécessités esthétiques des compositions et à l’harmonie nécessaire des silhouettes ? Peut-on prétendre que la vérité et la vraisemblance ne se rencontrent nulle part, et que seule l’imagination des artistes pourra trouver en dehors du vrai les éléments nécessaires pour donner l’illusion du vrai ? Phidias et un grand nombre d’artistes modernes auraient droit de protester contre ce sophisme.

Mais j’ai hâte de quitter les régions élevées de l’art et de l’esthétique où je ne m’aventure qu’avec une appréhension légitime et je reviens au terre-à-terre de mon modeste début.

La décomposition du mécanisme du galop nous a fait saisir la différence entre le galop à droite et le galop à gauche; elle nous fait comprendre également pourquoi il est nécessaire d’embarquer son cheval sur le pied droit quand on doit tourner à droite et inversement.

La jambe sur laquelle le cheval galope est celle qui lui permet

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