‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 10 sur 70 · DEGRÉS DE L'ÉMOTIVITÉ · texte numérisé non relu

DEGRÉS DE L'ÉMOTIVITÉ

cunc résistance dans les voies (l'association qui r<5unissent le centre excité aux autres centres de IVcorce, Elle va diffuser dans toutes les directions et exciter ces différents centres, qui vont répondre par des effets conformes à leur fonction spéciale.

Nous avons là les trois degrtîs des effets d'une excitation sur un centre cérébral : I" mouvement adapté ; 2° mouvement exagéré; 3" mouvements surajoutés inutiles. Dans le premier cas c'est le mouvement normal sans Ion affectif; dans le second ce n'est plus seulement du mouvement, c'est déjà de l'émotion au sens étymologique du mot; dans le troisième c'est l'émotion complète. Ces deux derniers cas constituent les deux degrés de l'éraotivilé.

La faijon dont les différents centres cérébraux sont associés ensemble nous importe relativement très peu. Mais ce qui nous intéresse, c'est de savoir que ces associations existent et que, ces centres ayant des fonctions diverses, nous devons nous attendre k voir les effets les plus disparates résulter d'une excilation quelconque lorsqu'elle se diffuse dans tout le cerveau. De sorte qu'en fin de compte la question capitale est celle de la résistance qu'opposent les voies nerveuses d'association à l'énergie libérée sur un point quelconque du cerveau 80U9 forme d'une décharge.

Examinons donc les rapports de cette 'décharge avec l'excitation qui la provoque. Elle produit des effets différents suivant l'intemi/é, l'origine de l'excitation, et son çïo^K point d'application.

^m\a.niV intensité de t excitation, il y a, conformément auï lois des réflexes, diffusion plus ou moins grande des réactions, et l'on comprend que cette diffusion

MOTIVITE ET EMOTiON se fsiaaat dans le cerveau sur des centres très différent^ fonctionnellement, mais voisins anatomiquement, ilen * résulte une grande variété d'efTets, dont on ne peut saisir souvent le lien logique. Ce lien n'existe d'ailleurs pas, tous les phénomènes successifs ou concomitants ne se produisant qu'en vertu des relations physiologiques et anatomiques des centres ébranlt^s.

L'inÛuence de l'origine des excitations a une plus grande importance pour les émotions. Les excitations d'origin'e externe provoquent, si elles sont modérées, un mouvement ou une sécrétion, ou une représentation, plus ou moins nets, circonscrits, localisés. Intenses, elles peuvent déterminer des phénomènes plus diffus, généralisés même. Dans le premier cas il n'y a pas d'émotion, dans le second il y en a une, accompagnée de plaisir ou de douleur. Dans les excitations externes, ce qui amène la dilîusion c'est donc surtout leur intensité. En est-il de môme des excitations d'origine interne? Non.

Autant les excitations externes ont de tendance à produire des effets localisés, élant elles-mêmes localisées, autant les excitations internes ont de tendance à produire des effets diffus, généralisés même, étant elles-mêmes diffuses, et cela indépendamment de toute intensité excessive. De sorte que les effets des excitations internes, môme modérées, sont sensiblement les mômes que ceux des excitations externes intenses. Par le fait mi^me qu'elles ont une action diffuse sur le cerveau, et qu'un nombre beaucoup plus grand de centres cérébraux sont ainsi atteints, les modifications moléculaires cérébrales sont plus ou moins généralisées. Or, les excitations internes s'accompagnent ordinairementd'émolion, ou tout au moins d'un ton affectif ou émotionnel plus ou moins marqué.

EXCITATION ET DÉCHARGE TtERVEUSE Nous sommes donc amenés à cette constatation que chaque fois qu'il y a dilTusion des excitations, et par suite difTusion des modifications moléculaires cére'kalos, il y a production d'un ton émotionnel ou d'une émotion véritable. Nous verrons si nous ne devons pas en conclure que c'est à la diflusion des modilications moléculaires cérébrales qu'est !i(!e l'émotion.

Ifi autre fait, se rapportant aux effets différents produits par une excitation suivant le point d'application (le sa décharge, vient à l'appui de cette manière de voir. J'enlends par point d'application l'organe où se manifeste l'effet de la décharge nerveuse produite par cette excitation.

Dans le cas d'une excitation externe, la décharge s'applique à un groupe musculaire, ou à un groupe glandulaire, ou à un groupe de neurones corticaux, et y produit un mouvement, une sécrétion, une représenlalton. Si la sensation originelle n'avait aucun ton affectifou émotionnel, la représentation n'en a pas davantage, à l'état normal du moins, car nous verrons plus tard qu'il n'en est pas toujours ainsi. Dans ces trois modes de réponse à l'excitation externe presque toute l'énergie dégagée est utilisée à la production de l'effet à obtenir, et il ne s'en dissipe pas sur le reste du cerveau quin'a pas à entrer en jeu.

Quand l'excitation externe est intense, l'énergie libérée produit d'abord des effets localises en rapport avec l'origine de l'excitation et les neurones mis en action par elle, puis des effets ditl'usplus ou moins en rapport avec les premiers, enfin des effets différents de nature avec les précédents, soit à la périphérie, soit dans le cerveau .

mple, une excitation douloureuse déterminera .LIEU. — ÉmotionB. a

tu ÉMOTHITÉ ET ÉMOTION

un mouvement de défense el un retrait de la partie atteinte ; si elle est intense, elle provoquera en outre des réactions motrices complexes de fuite de l'individu ; si elle est plus intense encore, ce seront des cris, des troubles sécrétoires, etc., qui n'ont plus rien à voir avec les mouvements primitifs de dt^'fense ou de fuite. Ces phénomènes diffus constituent Vémolioti corporelle.

En même temps apparaîtront des sentiments de peine qui sont la manifestation cérébrale de l'excitation diffuse — et qui constituent Y émotion pnychiqtte ou morale.

Plus l'énergie s'écoule par des voies diverses, plus l'émotion est grande. Mais il faut que l'origine de l'excitation soit unique pour que ce principe soit exact. Si, en effet, on fait en miîme temps plusieurs excitations sur divers points, chaque excitation amènera la décharge d'énergie qu'elle doit provoquer dans le centre cérébral correspondant. Il y aura coexistence de plusieurs décharges produisant plusieurs effets; il n'y aura pas diffusion d'énergie à parlir d'un même point. Aussi, malgré cette coexistence, il n'y aura pas d'émotion ; elle se produira dès qu'il y aura diffusion des modifications moléculaires cérébrales.

Quand il s'agit d'excitations internes, la décharge ne s'applique plus b un point localisé de l'organisme. Elle a une origine diffuse — comme le sympathique — ' et produit ainsi forcément une décharge d'énergie dont le point d'application est plus ou moins étendu, quelquefois même généralisé: quand la circulation tout entière se trouve troublée sous rinilucnce de modifications vaso-raoLrices, par exemple. Ces excitations internes sont donc essentiellement diffuses par leurnature même, et nous les voyons précisément s'accompagner, de préférence aux autres, d'émotion.

DÉCHABGE CÉRÉBRALE DIFFUSE 19

Ce n'est donc pas le fait que Ttînergie s'écoule par

(les voies plus ou moins nombreuses qui fait qu'il y a

on non émotion. C'est surtout qu'elle se diil'use par des

voies qu'elle ne doit pas suivre.

Mais ce n'est pas tout, il y a une chose plus importante encore, c'est le poiut d'applîcatioa de cette énergie. Si elle s'emploie uniquement à provoquer des mouvements ou des sécrétions, elle ne produit pas grande émotion. Si elle ne produit que peu de raouvenienls ou lie sécrétions et est dérivée surtout sur le cerveau, en y provoquant des représentations multiples et surtout inc-ohérenles et confuses, alors l'émotion est à sou comble. On peut s'en rendre compte par certains cas où nous voyons les «émotions les plus fortes, entraînant les effets les plus graves, coïncider avec une absence presque complète de manifestations motrices, sécrétoires et vaso-motrices. Nous voyons déjà par là ce qu'il faut penser de la théorie vaso-motrice ou périphérique.

Mais dans ces cas nous voyons par contre les manifestations psychiques, cérébrales pour mieux dire, dominer la scène. Il faut donc ajouter au principe précédent de la diffusion de l'énergie cérébrale, que plus cette énergie s'applique au cerveau lui-nii>me plus l'émotion est intense.

En résumé, nous constatons que ce n'est pas la multiplicité des voies par où l'énergie, libérée sous l'influence d'une excitation, s'écoule, qui amène l'émotion, mais surtout et peut-être exclusivement l'application de cette énergie au cerveau luî-niémo, plutôt qu'à la périphérie, et qu'ainsi ce sont sans doute les réactions cérébrales proprement dites qui constituent les éléments fondamentaux de l'émotion.

e pense que

uvements dilfus, vaso-uioteùrs,

ÉMOTirrrÉ et émotion

ux, s(;tTétoires, conslituent les phénomf-ues de l'émolion corporelle, lesquels peuvent être très variables et n'ont qu'un rapport secondaire avec l'émotion sentiment. Celle-ci est Auo aux modili cation s moléculaires ct^rébvales diiïuses, et constitue ce que psychologiquement on désigne sous le nom d'émotion.

Mais si l'émotion est liée ili la diffusion de l'énergie dans le cerveau et à son application au cerveau luimême, au lieu de provoquer une réaction déterminée sur un organe ou un groupe d'organes, en vue d'un but précis et voulu, il faut se demander pourquoi celte diffusion peut se produire chez certains individus et pas cbez d'autres, dans de certaines circonstances et pas dans d'autres, sous certaines influences plus que sous d'aulros. C'est ici que nous devons reprendre la question de l'émotivité dont j'ai déjà dit quelques mots.

L'émotion est à l'émotivité ce que le mouvement est à la motricité, la volition à la volonté, la sensalion à la sensibilité, — émotivilé, motricité, volonté, sensibilité n'étant pas, bien entendu, des facultés au sens des spirilualistes, mais de simples propriétés physiologiques.

L'émotivité conditionne donc l'émotion et on ne saurait bien comprendre la seconde sans connaître la première. Elle consiste essentiellement dans la facilité avec laquelle le cerveau réagit par dill'usion aux excitations venant soit de l'organisme ou du monde extérieur, soit du cerveau lui-môme.

Dès que sous l'influence d'une excitation quelconque un centre cérébral, au lieu de répondre par une réaction adéquate, a une réaction exagérée, soit comme intensité, soit comme durée, ily a émotivité. Il va de

CONDITIONS DE L'ÉMOTlVlTfi soi que celle manière excessive de rt^'agir ne bo limite pas à un seul ou à quelques centres seulement du cerveau. Elle est commune à tout le cerveau, de sorte que l'on voit la réaction piïripherique locale exagérée s'accompagoer de réactions périphériques ou cérébrales plus ou moins diffuses, l'ébranlement d'un centre se propageant trop facilement aux autres, et amenant dès lors des réactions surajoutées, inutiles pour l'effet que devait amener l'excitation.

En d'autres termes, la vibration qui sa produit sous l'influence d'une excitation dans un centre du cerveau peut être anormalement exagérée et prolongée ; elle peut d'autre part se propager aux autres centres du cerveau qui réagiront à leur tour. D'où disproportion entre les effets à obtenir et les effets obtenus.

Cette émolivité tient à la constitution même du cerveau. Normalement, en effet, il peut y avoir répercussion de la vibration moléculaire d'un centre excité aux autres centres grâce, d'une part, aux voies d'association multiples qui les relient et, d'autre part, à l'énergie cérébrale qui suit ces voies d'association. C'est grâce à cela que peuvent s'accomplir des actes complexes, nécessitant l'emploi de mouvements variés, de représentations diverses. Mais, pour que l'acte soit normal, il faut que seuls les centres qui ont à intervenir soient intéressés, qu'à eux seuls la vibration partie du centre primitivement excité soit transmise ; il faut encore que l'énergie libérée sous l'influence de celte excitation soit proportionnée au travail à produire, qu'elle se répartisse dans les divers centres au prorata do ce qui leur est demandé comme travail, et qu'elle ne prenne pas d'autres voies que celles qui conduisent aux centres à mettre enjeu.

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durée, — lionl, ai-je dit. à la consliliifion nii'medij cerveau.

Cette conslitution peut fttre originelle, ce qui est le cas le plus fréquent. Mais elle peut aussi Être acquise, et cette possibilité de voir survenir l'émotivilé dans certaines conditions, montrant qu'il s'agit bien d'un état purement pliysique, i^st d'autant plus intéressante qu'on voit en môme temps apparaître des émotions quî ne se produisaient jamais auparavant. C'est ce qui arrive par exemple chez les malades atteints de phobies. Le conditionnement de l'émoLion par l'émotivité apparaît ainsi d'une fagon évidente.

Les circonstances qui mettent en jeu l'éraotivitô; constitutionnelle étant les mOmcs que celles qui produisent l'émotivité acquise, nous les examinerons ensemble.

Notre cerveau est soumis à trois sortes d'excitations capables de l'ébranler : 1" excitations venues du monde extérieur agissant localement ou d'une manière générale sur l'organisme tout entier ; telles sont les excitations des différents appareils sensoriels, ou les chocs, les déplacements en masse du corps. Les premières n'agissent que sur un point limité du cerveau, lequel réagit sous une forme déterminée, sans émotion ni ton affectif. S'il y a diffusion de l'excitation dans le cerveau et production de phénomènes moteurs, vaso-moteurs, sécrétoires, psychiques, n'ayant pas de rapport direct avec l'excitation primitive, ni d'utilité pour le but à atteindre, il y a au contraire émotion, ou ton affectif tout au moins. Les secondes, c'est-à-dire les chocs, les ébranlements, les déplacements généraux du corps, ne produisent qu'une émotion très passagère et aboutissent

EXi;iTANTS DK L'ÈMOTIVITÈ

ordinairement 5 un arrîfl, ou, dans ccrlains cas, à des ^uubles très profonds de l'éraotivilé. C't;slparexemple ce qui survient dans les grands Iraumatismes, dans les collisions de chemins de fer, etc., qui à eux seuls pcu- I vent provoquer une émotivité d(?nnitive.

2'Acôtédes excitations externes prennent place les

Ieicitalions internes, toutes les impressions cénesthésiques. Celles-ci ne déferminent aucun ton affectif ou émotionnel tant qu'elles ne dépassent pas la moyenne du fonctionnement normal des organes. Dès qu'elles âtlPignent une intensité anormale, dès que le fonctionnement organique est troublé, elles produisent, au contraire, un étal de g?ne, de douleur, d'inquiétude, d'angoisse m?me, état précieux, car il nous averlit du mandais fonctionnement de notre organisme. Elles agissent irincipalement sur le caractère, le dépriment ou l'irriit, souvent longtemps avant que la douleur locale 3e, donnant la clef des modifications morales iservées. C'est ce qu'on remarque très fréquemment enfants, et même chez beaucoup d'adultes, à la friode prodromique de certaines maladies. Dans un irlain nombre de cas on les voit devenir le point de jMIépart de représentations ordinairement pénibles, toiles B^^u'on les rencontre dans les états hypocbondriaques et ^Paélancoliques où elles sont souvent la trame du délire. Les excilations internes, physiologiques, cénesthésiques mettent donc en jeu, bien plus souvent que les premières, l'émolivilé. Elles sont aussi une cause très fréquente de l'émotivité acquise.

3" Enfin, le cerveau est soumis à des excilations d'un ordre spécial, les excitations psychiques, c'est-à-dire les représentations, qu'elles soient évoquées par des sensations externes, ou par le langage, ou par associa-

tion d'idées, ou par une activité anormale du cerveau, comme dans certains états de sommeil, d'intoxication, de fièvre, etc. Plus que toutes les autres, ces excitations psychiques sont capables d'engendrer des émotions. On le comprend facilement quand on considère les associations sans nombre qui s'établissent entre les idées et les sensations, et que certaines idées ou sensations dénuées de ton affectif peuvent être associées à d'autres semblables qui en sont douées. Ziehen* a fort justement insisté sur ce point et bien montré comment réagissent les unes sur les autres, au point de vue affectif et émotionnel, les sensations et les idées. Par le grand nombre de centres de représentations mis en jeu par le fait des associations d'idées sous l'influence d'une seule représentation, il est évident que les excitations psychiques sont les principaux facteurs des émotions, en môme temps que les plus propres à déterminer un ébranlement diffus du cerveau.

Les causes les plus variées peuvent donc mettre en jeu Témotivité ou la développer d'une façon exagérée chez des individus qui en étaient relativement dépourvus, depuis le choc physique brutal jusqu'à la représentation la plus délicate. Ce n'est donc pas dans la nature des excitations qu'il faut chercher la cause de l'émotivité, mais dans le mode de réaction du cerveau.

Or, nous voyons ce dernier acquérir de l'émotivité dans les mêmes conditions qu'une machine se disloque : soit sous un choc très violent, soit sous des chocs répétés. Un choc physique intense, une émotion profonde, peuvent d'un seul coup détruire l'équilibre moral d'un individu et déterminer des troubles émotionnels, non

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