L-ANG01SSE
L'auffoisse représente un t'iat (■motiDnnE'l qui ne correspond à aucune émotion particulière, et qui participe à la fois do tous les états émotionnels: d'où le caractère vague, indéterminé, diffus de ses manifestations, et le sentiment incomparable et inexprimable qui en résulte. C'est de l'émotivilé pure, pouvant présenter tous les degrés, depuis une simple g^ne plus ou moins prédominante dans un point du corps, jusqu'à lYtat de malaise général le plus pénible, avec agitation violente, el douleur morale indicible qui pousse souvent au suicide pour y échapper. Le rôle des représentations y est IrÈs secondaire : c'est presque toujours comme explication, interprétation de son angoisse que le sujet en a. Et à partir du moment où elles sont apparues, tout .vite autour d'elles, et elles paraissent ainsi quelquelis occuper la première place dans l'ordre des maniitations émotives. Elles peuvent cependant être cause l'angoisse, qui prend alors le nom d'anxiété, comme dans le dernier cas où elles dominent là scène. C'est ce qui se produit dans l'appréhension. Il est facile de se rendre compte, en analysant ce phénomène, que les iprésentations qui l'accompagnept sont vagues, indé- 'minées, conlradicloires souvent. Il est donc naturel qu'elles donnent lieu dans le cerveau à des modiKcations très ditTuses, peu caractérisées, et qu'il n'en résulte |u'un état mixte ne correspondant à aucun genre spécial 'émotion. C'est là le propre de l'angoisse et de l'anxiété. Les étals d'inquiétude et d'angoisse, qui peuvent apparaître comme conséquence de tous les épuisements nerveux permettent l'éclosion de toutes les émotions morbides. C'est ainsi que les phobies se développent sur ce fond d'émolivîté générale, prenant (elle ou telle torme suivant une circonstance banale ; les doutes, les
^^Jorme suiva
lOTION sKins, les manies, les conceptions hypoehondriaques, ne sont que des orienlalions diverses données à l'éiuotivilé mise en jeu d'une fa(;on permanente. C'est tantiM une occasion qui donne au sujet l'explîcation apparente de son t-tat, tantôt une interprétation qu'il cherche lui-mOme. Un jeune homme, à la suite d'une maladie qui l'a fatigué et beaucoup préoccupé, présente un état permanent d'émolivité indéterminée. Il tombe un jour sur un article de journal parlant d'un homme mordu par un chien enragé. Lui qui a jusqu'alors aimé les chiens et en a toujours eu près de lui, se sent troublé à l'idée que pareille chose pourrait lui advenir. A partir de ce moment il a la phobie des chiens et de la rage, et toute une folie du doute et du toucher se développe autour de cette phobie.
L'éreutopliobic qu'on a cru pouvoir servir de type à l'interprétation de l'émotion suivant la théorie périphérique, ne se développe pas autrement. Ce que le sujet craint, ce n'est pas de rougir, c'est l'interprétation qu'on donnerait de sa rougeur. Et s'il a rougi la première fois, ce n'est pas spontanément, c'est qu'il avait une raison pour dissimuler sa pensée ou pour craindre qu'on ne lui attribuât une pensée différenle de la sienne. Une fois orienté dans cette direction, il se passe pour la crainte de rougir ce qui se passe pour toute autre phobie. La représentation de la possibilité de la chose redoutée suffit à créer l'émotion. Morel avait absolument raison de caractériser tous ces états émotifs — obsessions, doutes, manies, scrupules, phobies — par le nom de délires émotifs. L'appellation de psychasthénie, que P. Janet a cherché à lui substituer, fait trop table rase du côté physiologique, qui est l'émotivité, pour ne tenir compte que du côté psychologique.
DÈURES ÉMOTIFS 33
Mais s'il est un phénomène où le physique et le moral apparaissent tellemenl unis que leurs manifestations se rQonlrent comme issues d'une même cause, c'est bien r^motion. Il me semhie que ce n'est pas en l'étudiant au point de vue d'un dualisme spiritualiste qui a fait son temps, mais au point de vue moniste, ou tout au moins parallëlîste, qu'il y a quelque chance d'y apporter un peu de clarté. Ce n'est pas l'esprit qui est faible, c'est le cerveau qui fonctionne insuflisamment, dont les réactions sont irrégulièrea, ou insullisantes, ou disproportionnées à l'excitant. Et toutes les oscillations d'un ni veau nienlid, ni déterminé, ni mesurable d'ailleurs, toutes les variations de tension psychologique imaginables — encore que ces termes mécaniques soient en contradiction avec la conception purement psychologique de la psychasthénie, et ne puissent être l'objet d'aucune définition — ne sauraient expliquer ni l'émotivité des sujets atteints de ces troubles — phobies, manies, obsessions, etc. — , ni les différentes formes qu'ils prennent chez les différents sujets, ou chez le même Bujet à différentes époques.
L'émotivité, propriété du cerveau originelle ou acquise, — avec ses variétés individuelles, son orientation particulière sous une influence extérieure quelconque, sa prédominance dans telle ou telle sphfre de l'orgaganisme, ses manifestations tantôt corporelles, tantôt psychiques, tantôt les deux, ses rapports avec la quantité d'énergie emmagasinée dans le cerveau, laquelle dépend en partie de l'étal général du sujet, avec la façon dont cette énergie se libère sous l'inlluencedes diverses excitations du cerveau — , nous permet au contraire de comprendre l'infinie variété des délires émotifs, et la manière dont ils apparaissent.
SoLLiER. — Emotions. 3
ÉMOTIVITÉ ET ÈMOTIOV
Le phénomène émotionnel iloil i>tri! envisagé dans son ensemble, et non pas seulement sous sa face psyeliologiqui' ou physiologique. Le plus gros reprociie qu'on puisse adresser aux diverses théories est d'avoir voulu subordonner l'une ù l'autre. M. Ribot s'est cependant, et presque seul, placé sur le terrain unitaire.
En considérant le fonctionnement eérébral au point de vue mécanique et dynamique général, on a l'avantage de faire rentrer les phénomènes cérébraux, psychologiques ou physiologiques, dans ceux de la biologie, soumis eux-mêmes aux lois physiques générales,
Sergi est peut-ôlre le seul qui ait envisagé à ce point de vue le mécanisme des émotions, et quoiqu'il applique les lois physiques à l'esprit au lieu de les appliquer au cerveau, il lui faut savoir gré de celle tentative. Il dit textuellement : u Mes observations sur la production des diverses émotions m'ont montré certaines conditions fondamentales par lesquelles se développent toutes les émotions, conditions d'un caractère psychique môle à un caractère organique, en tant que chaque centre psychique est encore et nécessairement organique. On peut considérer ces conditions comme des lois des étals psychiques en général, car on peut les rapporter principalement à beaucoup de manifestations émotionnelles, et l'on peut les retrouver encore dans les phénomènes de l'intelligence. »
Et il cite la ioi d'inertie, qui se retrouve non seulement dans le monde inorganique, mais aussi dans le monde organique. Il rappelle la définition de cette loi formulée par Secchi : « La matière n'est pas spontanément apte à changer d'état ; elle change d'état sous l'action d'une force extrinsèque qui puisse agir sur elle ; et ce même changement ne cesse pas, si ce n'est sous