‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 13 sur 70 · LOIS PHYSIQUES DE L'ESPRIT SS · texte numérisé non relu

LOIS PHYSIQUES DE L'ESPRIT SS

une influence extt^rienre. » Il en est de m(*nie ponr le cerveau. Retenons ce fait.

Après la loi d'inertie vient la loi de réaction, qui a pour la matière organique la même valeur que pour la matière inorganique. Il existe une élasticité très différente suivant les corps bruts. II en est de même pour les cerveaux qui réagissent très différemment aux excitations. Retenons encore cette constatation.

La périodirilé « cal une troisième loi des fonctions psyctiiques comme des fonctions vitaleït ; elle constitue le rythme des fonctions, n Exemples ; veille et sommeil ; fonctions digeslives ; rytlimes respiratoire, cardiaque, etc. Mais elle n'intervient que peu dans les émotions pi-opreraent dites. Elle s'y montre cependant, mais d'une façon irrégulière, et surtout chez les personnes très émotives. On voit alors des périodes de gatté faire place fi des périodes de dépression sinon de tristesse, et inversement. L'inverse est plus rare et BOUS verrons pourquoi plus tard. Chez les enfants, on voit d'une façon très marquée cette alternance du rire et des larmes, mais on ne saurait y reconnaître un rythme quelconque. Il faut d'ailleurs remarquer que le rythme Dormal des fonctions organiques influence singulièrement les étals émotionnels, et que le sommeil, par exemple, permet au cerveau de retrouver au réveil un équilibre, et par suite un état mental, différent de celui qu'il avait auparavant.

11 est cependant des cas oii ce rythme s'observe d'une fa»;on n-marquable, mais ce sont des caspathologiques. C'est dans la folie circulaire ou dans certaines formes de neurasthénie circulaire qui sont, sous une forme atténuée, plus communes qu'on ne croit, les sujets qui présentent ces états d'humeur alternants ou pi^riodiques

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n'étant pas obligés de cesser leurs occupatiocs, qu'ils accomplissent sciilemt'iit avec' plus ou nioini^ do facilité ou d'effort.

Sergi cite encore la loi d' anlagonisme et la loi de cohésion. A la vérité, l'antagonisme n'est pas une loi ni une explication. C'est uo fait que certaines excitations, certaines représentations, sont antagonistes les unes des autres. Mais tout phénomène n'a pas forcément son autagoniste. L'antagonisme ne saurait ?lre érigé en loi, pas plus dans le monde organique, en physiologie et en biologie, que dans le monde inorganique.

La loi de cohésion a plus de raison d'Otre. La cohésion est plus évidente, en verlu même des associations anatomiques du cerveau. Tel est le seul essai pour ramener les phénomènes émotionnels aux lois physiques générales, essai ébauché, indiqué seulement, et que Sergi abandonne malheureusement trop vite.

Paulhan ', toutefois, a insisté lui aussi sur le caractère dynamique du phénomène afTectif. Après avoir reconuu à la production des émotions deux caractères principaux : l'arrêt des tendances et la multiplicité des phénomènes, il montre qu'ils sont insuffisants, quoique nécessaires, et qu'on doit envisager d'autres caractères secondaires. On les trouve : 1" dans la force et la persistance de l'impulsion arrêtée; 2° l'apparition brusque et l'incoordination relative des phénomènes, et enfin, 3° dans la tendance à envahir tout le champ de la conscience. Si la force de l'impulsion arrêtée est faible, il n'y a pas d'émotion; si elle est heurtée de front, il y a émotion, au contraire; si elle est dérivée il n'y a pas d'émotion. Mais pour les deux autres

t« PhéaQoAnea affectifs, Paris, F. Alcon.

caractères, il ne les explique pas au point de vue mécanique et dynamique ; il ne montre pas pourquoi il y a incoordination et multiplicité des phénomènes, ni envahissement de tont le champ de la conscience.

Sa définition vaut cependant d'être citée : le phénomÈne affectif est l'expression d'un trouble plus ou moins profond de l'organisme, dû à ce qu'une quan- \\\é relativement considérable de force nerveuse est mise en activité sans pouvoir être employée d'une manière systématique. Il se produit alors un arrêt des tendances mises en jeu, el une quantité plus ou moins considérable de phénomènes physiques ou psychiques variés; en môme temps se présentent toujours, soit les phénomènes suivants, soit simplement un ou plusieurs d'entre eux : persistance des tendances, incoordination relative et apparition brusque des phénomènes suscités, tendance de l'impulsion éveillée à envahir presque entièrement le champ de la conscience.

Essayons donc de reprendre cette question en partant, non pas de lois générales physiques et mécaniques que nous chercherions à appliquer ensuite aux fonctions cérébrales, mais du cerveau lui-même en état de fonctionnement. Nous verrons ainsi, au fur et à mesure, quelles sont les lois physiques qu'il y a lieu de faire intervenir. En procédant ainsi, nous étudierons, non pas l'émotion, qui n'est qu'une manifestation spéciale du fonctionnement cérébral, maisl'émolui est le fonctionnement même du cerveau.

ftCoinparons donc le cerveau avec une machine quelnque qui reçoit de l'énergie de l'extérieur et, après Htvoir transformée, la restitue au moyen d'organes di- , et voyons ce qui se passe.

La machinp est «Mmentt^e en ^niTgie par unesourco quelconque — solide, liquide, gazeuse, électrique. Le cerveau est alimenté en énergie par des sources solides et liquides [ingesta alimentairps), gazeuse (air), et peutôtre bien aussi électrique, ou par d'autres formes d'énergie, comme permettent de le supposer les récentes découvertes des nouvelles radiations, communes à la matière vivante et à la matière inorganique. Au point de vue donc de la source de l'énergie à Iransformor, analogie, identité m?me complète entre ia machine et le cerveau.

Pour pouvoir agir utilement il faut que la machine transforme d'abord une certaine quantité de l'énergie qui lui est fournie, et l'emmagasine. Elle n'a plus alors qu'à utiliser le surplus de ce qui lui est nécessaire pour sa propre mise en marche, au fur et à mesure que l'énergie continue à se dégager de la source qui lui est fournie. Il en est absolument de même pour le cerveau. Pour produire du travail utile, il faut que d'abord son fonctionnement vital soit assuré. Si une machine dépense son énergie au fur et à mesure qu'elle se produit, elle ne fournit jamais qu'un travail très inférieur à celui qu'elle pourrait donner, si elle accumulait de l'énergie en réserve suffisante pour n'être jamais réduite au minimum nécessaire k son propre fonctionnement.

Le cerveau se comporte exactement de la même façon. Le travail dont il est capable, lorsqu'il est en partie épuisé, lorsqu'il est fatigué, est très faible comparativement à celui qu'il fournît lorsqu'il est reposé, c'est-à-dire lorsqu'il a reconstitué ses réserves. Nous en avons une démonstration très nette dans certains cas pathologiques. Chez les malades atteints d'idées

Il CERVEAC ET MACHINE a»

fixes, d'obsessions, où le cerveau esl sans cesse eu acli- I viliî.où le sommeil lui-mi^me est troublé parcesobses- I sions, nous voyons les idées se transformer 1res rarement L enactes. Le sujet a une, incaparJté quolqucfois absolue ^L d'agir, «le réaliser ses conceptions, ses désirs. Avant ^H qu'une représentation ait eu le temps de se transformer, ^H ou, pour mieux dire, de se continuer par un acte, une ^^H nouvel le représentation a déjà sur^i, et ainsi de suite. ^r LV'nergie libérée par ces cerveaux l'est au fur et à mesure de sa production. Aussi sont-ils toujours fatigués, toujours épuisés, et cela explique que les sujets atteints de ces idées fixes, de cesobsessions,elc., puissentallier une intelligence souvent très vive et très grande à une incapacité de l'utiliser eificacement.

D'autre part, en vertu de la prédominance de l'émolivitd sur certains points du cerveau, rien n'est plus fi-équent que de voir des hommes atteints de délire émotif circonscritfairc cependant des travaux dénotent une puissance inleliectuello considérable. Toute la psychologie des délirants émotifs — obsédés, phobiques, douleurs, etc. — serait à reprendre du point de vue de la mécanique cérébrale.

Dans les machines en général, l'énergie libérée de sa souree extérieure ne reste pas longtemps emmagasinée, accumulée, Elle est employée presque au fur et à mesure de sa production. Il est cependant des appareils dans lesquels, non seulement celte énergie reste presque indéfiniment emmagasinée, mais encore où elle laisse, quand elle a été utilisée, une trace indélébile de son passage et de son action. Les appareils de la première sorte sont les accumulateurs électriques, les machines à air comprimé ou à compression d'un gaz l^uclconquc ; ceux de la seconde sorte sont le phono-

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graphe et surtout le télégraphone. Ce dernier reproduiO

en effet la plus grande parlie des phénomènes cérébraux.

Il ne s'agil pas bien entendu d'idemifier le cerveau avec telle ou telle machine, ni l'énergie nerveuse avec telle ou telle forme d'énergie, comme on me l'a fait direct reproché. Ce que je prétends simplement, c'est que le mécanisme des fonctions cérébrales obéit aux lois générales de la dynamique et de la physique, et que l'on peut trouver dans le fonctionnement d'appareils physiques l'analogie et m^mc l'identité do telle ou telle fonction cérébrale. Je n'ai jamais voulu prétendre autre chose, et cela me parall suifisant pour dire que le mécanisme cérébral ne diffère en aucun point essentiel des mécanismes physiques, cl que le cerveau doit être considéré, lui et ses fonctions — y compris les fonctions psychiques — comme toute autre machine destinée à transformer l'énergie qui lui est fournie du dehors et àla restituer sous forme d'un travail quelconque. Que cette machine cérébrale soit d'un genre spécial, d'une complexité particulière, qu'elle transforme d'une manière comparable à aucune autre l'énergie qui lui est fournie, voilfi de quoi n'être pas surpris puisqu'elle est faite d'une substance spéciale, et est agencée d'une façon qu'on ne rencontre pas ailleurs, ce qui est du reste le fait de tous les autres corps organisés et de tous les appareils différents composant un organisme vivant.

Ce qui parait incompréhensible, c'est qu'on puisse admettre que ces divers appareils obéissent dans leur fonctionnement aux lois physiques générales, comprenant les lois chimiques, mécaniques cl énergétiques, qu'on l'admette encore pour les fonctions motrices du cerveau, mais qu'on cesse de le faire dès qu'il s'agit

des phénomènes de sensibilit(5 et des fonctions psychiques, Le cerveau, qui est identique dans- sa constitution, dont toutes les parties sont étroitement solidaires l'une I de l'autre, fonctionnerait suivant les lois générales qui ^L gouvernent le monde physique dans certaines de ses ^B régions et ne leur obéirait plus dans d'autres ! L'éncr- ^^ gie, transformée à son niveau, serait comparable à toutes les formes d'énergie physique connues quand elle se traduirait par des mouvements, mais elle cesserait d'être comparable à ces formes quand elle se traduirait par des représentations et par ce qu'on désigne d'une façon générale du nom de phénomènes psychologiques I N'est-il pas temps d'en linir avec ce dualisme, que le parallélisme philosophique n'a fait que consolider. sous prétexte de le détruire et de rester neutre entre les dualistes et les monistes? Les barrières entre le physique et le physiologique sont tombées aujourd'hui ; celles entre le physiologique et le psychique se sont déplacées au profit du physiologique. Un jour viendra 011 l'on sera obligé de reconnaître qu'elles n'existent pas plus entre le psychique et le physique qu'entre le psychique et le physiologique. Plaçons-nous donc résolument sur le terrain de la physique et de la dynamique, oii nous pouvons être guidés par des lois générales applicables à tous les phénomènes naturels.

Revenons maintenant à notre comparaison entre une machine et le cerveau. L'énergie transformée dans une machine se dépense de deux façons ; d'une part, pour vaincre la force d'inertie de la machine ello-môme, — frottements, déplacements des organes de la machine, etc., — laquelle se rencontre dans tous les cas: passage d'un liquide ou d'un gaz contre des parois, ou L^ écoulement de l'énergie sous forme d'un courant

comme le courant électrique, ce qui constitue la self induction ; cette partie de l'énergie se convertit en chaleur et est perdue au point de vue de l'effet utile, du travail proprement dit ; d'autre part, l'énergie libérée agit sur le monde extérieur par l'intermédiaire des organes moteurs de la machine, c'est elle qui produit le travail véritable ; enfin une partie de l'énergie transformée est encore employée à vaincre la force d'inertie de l'obstacle opposé au mouvement. 11 y a donc une grande partie de l'énergie contenue dans la source fournie à une machine qui est absorbée par la machine elle-même, et qui se retrouve sous forme de chaleur.

Il en est de même dans le cerveau. Prenons un cas simple, celui d'un mot à apprendre, à retenir. Cela ne se fait pas du premier coup ; l'impression a besoin d'ôlre renouvelée un nombre plus ou moins grand de fois suivant les individus, pour rester enfin fixée dans le cerveau, et pouvoir être évoquée plus tard. La force d'inertie du cerveau au point de vue psychologique se manifeste déjà là d'une façon nette. Elle apparaît encore d'une façon évidente quand il s'agit de faire pénétrer dans le cerveau une idée, c'est-à-dire, en somme, un ensemble de représentations, ayant elles-mêmes leur fondement dans des sensations passées ; et cette force d'inertie se manifeste encore plus énergiquement, lorsque l'idée qu'on veut faire admettre est en contradiction avec les idées habituelles, les tendances naturelles du sujet. C'est pour cela que les idées nouvelles, les progrès, ont tant de peine à se faire jour, par suite de l'opposition, toute organique, que leur font les cerveaux habitués à fonctionner dans un certain sens, et non adaptables à d'autres actes, à d'autres directions.

Dans l'ordre des sentiments, la force d'inertie du

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