‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 21 sur 70 · RETARD DES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

RETARD DES ÉMOTIONS

L'ébranlement provoqué par Tincident a cessé dès

que cet incident a pris fin lui-même. Ce qui produit

ensuite Témotion, ce n'est pas la représentation brute de

cet incident, c'est la représentation des conséquences

qu'il aurait pu avoir.

Nous voyons cela se produire d'une façon très fréquente chez certains sujets, comme les hystériques, et dans certains cas d'accidents qui auraient pu être extrêmement graves et n'ont en réalité produit que des blessures insignifiantes. Le sujet- ainsi frappé paraît se remettre tout d'abord très bien de la commotion physique, s'il y a eu traumatisme, chute, choc, ou de la commotion morale, s'il y a eu seulement brusque possibilité d'un danger auquel on a pu échapper. 11 paraît enchanté d'en être quitte à si bon compte et est même étonné d'avoir eu une conscience aussi nette, un sang-froid aussi grand, si peu d'émotion en somme. Mais peu à peu il s'assombrit, devient émotif, et on voit un jour apparaître des troubles nerveux graves, des paralysies, des contractures, des phénomènes émotionnels, comme si l'accident Tavait réellement atteint. C'est ce que Charcot appelait la phase de méditation dans l'hystérie ou la neurasténie traumaliques, où il est en effet constant de voir un intervalle plus ou moins long séparer le traumatisme des troubles nerveux qui semblaient devoirenêtre la conséquence immédiate, si le traumatisme avait été ce qu'il aurait pu être. C'est que, dans ce. cas comme dans les précédents, c'est la représentation des conséquences possibles du fait qui provoque l'émotion, et que cette représentation ne se produit qu'à la réflexion.

Voici encore un autre exemple : Le fils préféré dans une famille est militaire et fait partie d'une expédition.

M KVOLLTIÛN UK 1,'ÉMOTIÛX

On n'a pas reçu de nouvelles depuis assez longtemps, et on a toutes les erainles possibles pour sa vie. Un jour, on reçoit une dt^p^che annonçant qu'il est mort à l'hôpital de "**. Le pi^rv, les frtres, toute la familli présente manifeslcnl leiTT- désespoir. La mère ne paraît rien éprouver, va de l'un à l'aulre, les console, donne les ordres nécessaires, agit avec iino lucidité extraordinaire, sans une larme, sans une manireslatîon d'émotion quelconque. Ce n'est que deux jours après que sa douleur éclate, afTreuse. La nouvelle brutale de la mort de ce fils qu'elle adorait l'avait sidérée et rendi incapable d'aucune représentation. Ca; n'est qu'une fois !e premier choc passé qu'elle s'était rendu compte de la réalité et c'est cette représentation qui avait déterminé les phénomènes de l'émotion.

Il y a dans ces différents cas deux [loinls de vue à considérer; l°pourquoi l'impressinn première ne détermine pas d'émotion, iilors que "sa représentai ion en provoque ; 2° pourquoi il y a relard dans la production de cette représentation.

Le fait que la représentation d'un événement peut amener une réaction émotionnelle que la perception même de cet événement n'a pas amenée, ne peut se comprendre qu'avec ce que j'ai établi dans le chapitre précédent sur la diffusion de l'énergie cérébrale comme condition essentielle de l'émotion. La perception de ces divers événements que je viens de rapporter peut bien par la surprise qu'elle comporte, parla brusquerie avec laquelle elle interrompt le cours des tendances actuelles, amener un certain trouble émotionnel tout physique, tout mécanique. En elle-même celle perception n'est ni pénible, ni agréable. C'est une simple constatation d'un fait qui ne modifie pas notre personnalité. Si la

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