‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 23 sur 70 · DÉRIVATION DES ÉMOTIONS 7Î · texte numérisé non relu

DÉRIVATION DES ÉMOTIONS 7Î

au moment même où sa cause existe. La décharge, pour être contenue et retardée, n'en est que plus violente après, comme il arrive pour toutes les forces qui sont comprimées.

Mais rinertie cérébrale qui se développe dans certains cas n'est pas tout encore. Il y a lieu de tenir compte, en cela comme dans toutes les manifestations humaines, de la constitution individuelle, de l'émolivité des sujets, d'un des éléments de cette émotivité en particulier, à savoir la résistance cérébrale elle-même au passage du courant d'énergie. De par cette constitution même nous voyons des sujets présenter la même lenteur dans les réactions émotionnelles que dans les mouvements volontaires, et avoir une lenteur extrême dans leurs associations d'idées. Les représentations des conséquences d'un événement se faisant surtout par association d'idées, il en résulte tout naturellement que ces sujets, ne se représentant ces conséquences que peu à peu, ne peuvent à aucun moment ressentir d'émotion vive et profonde. Elle se trouve divisée, étalée sur un espace de temps plus ou moins long, et elle perd en intensité tout ce qu'elle gagne en progression et en durée. Plus les représentations des conséquences de l'événement se montrent dans leur ensemble, plus la diffusion de l'énergie cérébrale est grande par conséquent, plus l'émotion est intense au contraire.

La dérivation des émotions est encore un fait sur lequel on a peu attiré l'attention, et que les théories actuelles ne sauraient guère expliquer. Il y a là une simple application de lois toutes mécaniques et, en somme, très simples. Que se passe-t-il, en effet? Nous en avons un exemple frappant dans la colère, où le lan-

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gage populaire ie dt^fînit Irt's neltemcnl dans l'expression: détourner la Lolère de quelqu'un. Nous voyons constamment des cas dans lesquels celte dérivation se fait, soil involontairement, soil d'une manii^re provoquée. Deux individus se prennent de querelle et en vienneni aux coups dans leur fureur. Survient un troisième qui veut les st^parer. Ils tombent dessus ensemble, déchargeant contre lui foule l'énergie libérée dans leur colère primitive. Quelqu'un vient d'avoir une violente coI<^re au cours d'une de ses occupations qui a été suspendue. La cause de sa colère cesse, la colère subsiste, ot comme il n'a plus d'objet sur quoi appliquer l'excès d'énergie mise en liberté pour elle, il s'en prend à ^^a. première personne venue, quelquefois mi'me à des objets inanimés, pour !a dépenser. Aussi, se gare-t-on généralement des gens qu'on voit en colère, sachant qu'ils vous cbercheront querelle sans motif, uniquement pour se soulager, de même que dans certains cas on saisit ie premier prétexte pour se soustraire à leur colère quand elle s'exerce contre soi, sachant bien que le mouvement commencé va s'appliquer ailleurs aussitôt, sans autre motif que la nécessité de dépenser l'énergie libérée dans le cerceau.

Cette dérivation qui s'observe d'une fai^'on si nette pour la colère se rencontre dans toutes les émotions. Elle ne se produit pas seulement, en etret, dans les émotions où il y a libération d'énergie, mais encore dans celles où il y a arrêt ou tendance à l'arrêt. Lorsque nous sommes joyeux, que nous sentons en nous une capacité d'énergie disponible considérable, noHS nous dépensons sans compter, tout nous est occasion dp plaisir et d'activité. Il en est de même lorsque nous sommes tristes. Si noire aclivilé est enrayée par

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