EXTENSION DES EMOTIONS
une eauso quelconque — ce qui conslilue ia tristesse, ainsi que nous le verrons plus loin — non seulement cette cause nous parait triste, mais bientôt tout nous parait également triste, et, lorsque la tristesse va jusqu'à la mélancolie, on voit le sujet ne plus tenir compte de la cause primitive de sa tristesse et attribuer la même valeur à toutes les circonstances passées ou présentes, ayant ou n'ayant pas de rapport avec elle. Une femme est devenue mélancolique à la suite de la mort de son mari. Ce n'est pas la perte de son mari qui l'afflige au bout de quelque temps, ou, du moins, à quoi elle attribue sa peine. C'est parce qu'elle est paresseuse, incapable de rien faire de bien, qu'elle n'a jamais été qu'une égoïste, n'aimant personne, qu'elle a mal géré les intérêts de sa famille, a rendu son mari malheureux, etc. Il y a dérivation du sentiment sur toutes sortes d'autres objets que l'objet n'cllement cause de l'émotion primilive.
Mais il faut remarquer que dans ces cas ce n'est pas seulement dérivation qu'il y a, c'est encore extension de l'émotioD. On ne comprend pas bien par des associations d'idées, ou par des déductions logiques seulement, que l'on trouve tout agréable ou tout pénible suivant que l'on a une cause de joie ou de tristesse, et que des événements, pénibles ou agréables en temps ordinaire et n'ayant aucun rappori; avec cette cause de joie ou de tristesse, cessent de nous être pénibles ou agréables maintenant. Cela s'impose d'ailleurs à nous sans que nous le remarquions, ni le recherchions, ni y réfléchissions. Or, cela provient de ce que, dans un cas comme dans l'autre, il y a diffusion du phénomène émotionnel. Dans la joie il y a din"usion de l'énergie libérée, propagation dans toutes les directions du mouvement pro-
ÈvoLurroN de l-éhotiûn duil par cette lîWralion d'énergie; dans la tristesse il ya propagation (lu mouvement inverse, c'est-à-dire que, d'une façon diiïuso aussi, l'activité diminue et lend à s'arrt^ler, r<?nergie lend h cesser de se décharger: lemdance au mouvement dans un cas, tendance à l'arrêt dans l'autre, se propageant de proche en proche d'une manière dilTuse, et amenant ainsi dans toutes les directions, el par conséquent dans toutes les manifestations de l'activité CL^rébrale, ou une augmentation ou une diminution.
Cette Lcndanee à l'extension des émotions et des sentiments qui en dt'rivcnt, soit dans le sens de l'augmentation, soit dans celui de la diminution d'activité, constitue une véritable loi de l'évolution des émotions, et tient easontiellemenf à une propriété du cerveau, à sa manii*re de fonctionner constitutionnelle, et il n'y a pas lieu d'en chercher la cause dans de soi-disant lois purement psychologiques.
Paulhan' admet, comme nous l'avons vu, que lorsqu'il y a dérivation de la force de l'impulsion arrêtée, il n'y a pas d'émotion. Mais ce n'est pas la force de l'impulsion qui est dérivée. Celle-là est annihilée par l'énergie libérée en plus grande quantité dans une autre direction, c'est le surplus de cette dernière qui amène les phénomènes émotionnels par suite du choc brusque qui se produit, lequel entraine à la fuis un changement de direction des forces vives du cerveau, et la diffusion de ces forces d'une façon plus ou moins accentuée. Dans le sens ou Paulhan entend la dérivation, c'est en réalité de changement de direction do l'application de la force cérébrale qu'il s'agit, comme