‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 25 sur 70 · SUBSTITUTION DES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

SUBSTITUTION DES ÉMOTIONS

je Tai montré à propos de la contrariété et de la surprise. Dans ce cas, en effet, il peut n'y avoir aucune émotion, mais cela tient à la facilité avec laquelle le cerveau permettes changements de direction de Ténergie libérée, c'esl-à-dire à sa qualité d'émotivité, non au fait même du changement de direction.

Mais il n'y a pas toujours dérivation et extension de la façon que nous venons de voir. Il peut y avoir substitution ou contre-balancement dans les émotions, et ces deux circonstances ne p3uvent s'expliquer encore que par les lois mécaniques de Téquivalence des forces. La substitution peut se faire d'une façon brusque ou par oscillations alternantes. Ces oscillations, qu'on rencontre dans un si grand nombre de phénomènes psychologiques, ne sont en réalité que le résultat du fonctionnement physiologique du cerveau, et.montrent ainsi que la fonction psychique n'est qu'une simple fonction physiologique comme tous les autres modes d'aclivité cérébrale, laquelle se réduit à son tour, comme tous les phénomènes biologiques, aux lois physico-chimiques générales. Elles obéissent à un certain rythme, à une certaine périodicité comme la plupart des phénomènes physiologiques et biologiques.

Si la substitution se fait d'une façon brusque, il y a lieu de distinguer deux cas : ou les émotions sont de même genre — dynamogènes ou inhibitrices — , ou elles sont de genre opposé.

Dans le premier cas il faut qu'il y ait augmentation dans la tendance, soit au mouvement, soit à l'arrêt. Une émotion plus agréable se substitue à une moins agréable, une plus pénible à une moins pénible.

Le second cas, plus rare, tient à des causes diverses.

Tanlôt rémotivik' es! li'&s facile à metlre en ieu, la systématisation des étals moléculaires cérébraux correspondant à une émotion donnée est très faible, et se fait d'une fai,'on difTérenle avec la plus grande facilité.

C'est ce qui arrive principalement chez les sujets à personnalité peu formée, chez les enfants par exemple, qui passent facilement du rire aux larmes et réciproquement, che/ des faibles d'esprit ou d'une grande instabilité mentale, dans certains états nerveux où l'énergie s'écoulcd' une façon irrégulière, inéf^ale. para-coups, d'une fai^on incoordonnée par suite du fonctionnement inégal du cerveau ou de certaines défocluosités anatomiques, lésionnelles ou non.

Tantôt l'émotion agréable succède sans transition à l'émotion pénible (ou réciproquement) parce que la cause de lu première est complètement en opposition avec celle de la seconde. .Je consulte une liste où sont inscrits les candidats reçus à un concours. Je ne m'y vois pas et j'éprouve une émotion très pénible. Je m'aperçois alors que cette liste ne s'applique pas à moi cl qu'il y en a une autre me concernant. Je constate que j'y figure et que je suis reçu. Aussi tôt mon émotion pénible se change en émotion agréable. Mais il y a lieu de remarquer une chose : c'est qu'il faut que les deux émotions qui se succèdent ainsi brusquement se rapportent au même objel. Sinon il y a coexistence, et peutêtre prédominance d'une émotion sur l'autre, il n'y a pas substitution. Si je ne me vois pas sur la liste des reçus, l'émotion désagréable que j'en éprouve ne sera pas annihilée parce que j'apprendrai que j'ai gagné un gros lot. J'aurai à la fois de l'ennui ou du plaisir, suivant que je penserai à l'un ou l'autre événement.

Il convient de noter que la substitution se fait d'au-

tant plus facilement, I" que lYmolion à reni[ilaœr n'a pas encore atteint son dt^veloppement complet, et 2° que si ce développement maximum est déjà atteint, le début en est plus rapproché. Ces deux faits se conçoivent très bien au point de vue mécanique. 11 est évidemment plus facile d'enrayer la diiïusion de l'énergie avant qu'elle ait atteint son maximum d'écoulement et qu'elle ait mis en branle tous les centres cérébraux. La systématisation, dans l'un et l'aulre cas, est également moins solide, moins résistante à l'action d'une force opposante.

On ne saurait en réalité parler de substitution d'ômotions que lorsque cette substitution se fait dans un laps de temps tr^s court, quand il y a des causes différentes capables de déterminer des émotions successives de m<^me genre, ou un m?me objet auquel peuvent se rapporter des émotions de genre opposé. S'il existe des causes et des objets difTérents pour les émotions suceessiveset opposées, alorsil y a coexistence d'émotions, alternance par oscillations, se terminant par la prédominance définitive de Tune sur l'autre, ou par une sorte d'état neutre spécial.

La question de Va/lernance des émotions se rattache donc à celle de leur coexistence, sans se confondre cependant avec elle. Cette dernière a assez peu attirél'atlenlion des psychologues, qui n'ont guère étudié les émotions qu'à l'état d'isolement, indépendamment des états psychologiques divers qui pouvaient leur être associés. Ribot et Paulhan ont examiné cette question à des points de vue nn peu différents. Ribot considère que les émolions formées par combinaison ont pour base une association d'états intellectuels qui est, le plus SoLLiEn. — Émotions. 6

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