ÉVOLUTION I
souvent, par contrasle. Elles supposent une fusion, on proportions variables, d'états agréables et désagréables, ce i]ui les a fait appeler à juste tilre des émotions mixtes, Le tout diffère de la somme de ses éléments coiislituants. Il distingue la composition par mélange cl la composition par combinaison. L'émotion résultant de cette dernii're diffère, parsa nature, de ses éléments constituants, iM apparaît dans lu cunscience comme un produit nouveau, une unité irn^duclible. Pour Paulhan, qui se place à un point de vue plus voisin du nôtre, l'état de conscience total résultant d'éléments contraires est une synthèse imparfaite. Il n'y a pas de soustraction mathématique du plaisir et de la peine coexistants, ce qui est aussi difficile à prouver que la thèse contraire, qui est cependant plus logique, selon moi. Il aboutit à la loi suivante : La séparation des tendances et Tabsence de eonilil entre elles, voilà la condition pour que deux phénomènes affectifs soient présents à la conscience sans qu'un troisième phénomène affectif se produise. Au contraire, des tendances appartenant à des systèmes séparés, mais qui entrent en conffit produisent un nouveau phénomène uS'eclif, qui vient se surajouter aux premiers et augmenter encore la complexité de l'étal de conscience.
Il faut distinguer, selon moi, la coexistence, la composition et la complexité des émotions:
La coexistence des émotions soulève différents problèmes et permet d'arriver à certaines lois générales de l'émotion. Elle comporte, en eft'et, l'examen de nombreux points concernant la nature, la quantité, le degré d'uni pari , l'alternance, la prédominance, l'interférence, la neutralisafion, l'addition, d'autre part, des émotions en jeu.
COEXISTENCE DES ËUOTtONS El d'abord, })eul-il y avoir non seuleniont cooxîstpnci', aais simultanéité de dpux émotions? Cela me paraît hors (le doute. On peut èlre en même temps poussé par le désir et la crainte, par l'amour et la haine, par la pitié et la colère. Mais, contrairement à ce que nous avons vu pour la subslilulion, il n'est pas m^cessaire qu'nn même objet soit en cause, il peut exisliT plusieurs objets amenant chacun une émotion particulière. Je pourrai, par exemple, au milieu d'un comltal, avoir en même temps de la crainte pour un des adversaires, de la haine pour un autre, de la pitié pour un camarade blessé, de la colère pour un autre qui fuiia lâchement, sans compter le senliment de conseivation, qui rae fait lutter, et tes émotions de joie el de Iristesee, que me donnent les alternatives du combat.
Il est évident que dans ce cas il y ii simultanéité d'émotion. Et nous constatons en même temps que le nombre des émotions concomitantes ne saurait être limité, que la variété de leurs genres est également indéterminée, et que l'intensité des diverses émotions doive entrer en ligne de compte. Le sujet réagit suivant son émotivité propre, fortement ou faiblement, peu importe. L'ensemble de ces émotions composantes qui s'enlre-choquent, dont les unes sont dynamogènps, les autres inhîbitrices, donne lieu à une résultante. Cette résultante n'est pas une émotion proprement dite, analogue même à certaines émotions complexes. C'est un simple état émotionnelquine se trahit plus guère que par les réactions motrices ou d'arrél, suivant la prédominance des forces dans un sens ou dans l'autre. Ces émotions diverses restent assez confuses au moment même où elles se produisent, et sont souvent assez difficiles à se représenter une fois que la
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cause qui les a provoquées a cessé d'agir. II est permis de se demander s'il y a réellement des émotions composées au sens où on les entend généralement.
La simultanéité des émotions n'sulle dans ces cas de la concomitance de circonstances diverses capables de les produire. Elle peut, dans d'autres cas, provenir d'une seule circonstance déterminant des émotions différentes suivant la façon dont on l'envisage, ou encore de plusieurs circonstances successives classez rapprochées pour que l'émotion provoquée par l'une ne soît pas éteinte quand en apparaît une nouvelle. Ges deux cas se réduisent en somme à un seul : la différence est simplement que, dans l'un, ce sont des représentations, et dans l'autre, des sensalions, qui successivement amènent les émotions diverses.
Pour analyser ce qui se passe dans la coexistence des émotions, il ne faut pas prendre des cas trop complexes. Deux émotions contraires, ou de genre tout à fait différent su fusent.
Si les denx t'motions coexistantes et de genre différent ne se rapportent pas au même objet, elles peuvent continuer à coexister indéfiniment, sans réagir Tune sur l'autre, de même que nous avons en nous à l'état latent une foule de sentiments coexistants, diversifiés suivant leurs objets.
Sites deux émotions coexistantes se rapportant au môme objet sont de sens contraire et divergent — comme l'amour et la haine, la pitié et la colère, qui peuvent se manifester au môme moment pour la même personne — il se produit alors des oscillations entre les réactions de l'une et de l'autre. Ces oscillations peuvent se montrer sous les différents modes qu'on rencontre dans les oscillations d'ordre physique ; c'est