ANESTHÉSIE GÉNÉRALISÉE
c^xaorérée. Nous devons donc cmalvs^r'^ les faits d'une façon plus approfondie et voir à quoi tient cette différ'ence, sur un fond en apparence semblable.
Mais je citerai auparavant un cas personnel que j'ai €?ludié autrefois au point de vue qui nous intéresse*. Son observation avait été publiée antérieurement par 3i. Pronier dans la Revue de Médecine (1893, p. 588), sous le titre: Anesthésie géîieralisée: son influence sur la conscience et le mouvement. J'ai eu l'occasion de le voir dans le service du D' Déjerine a Bicêtre.
Il s'agit d'un homme de quarante-quatre ans, avec
tares héréditaires, nerveuses et mentales. Accidents né-
vx'opathiques dès Tenfance. A vingt-deux ans, à propos
d'^un vif chagrin, crise convulsive suivie d'agitation et
de délire. A vingt-cinq ans changement insensible du
c^i*Qictère, affaiblissement progressif des membres infé-
i*ioxirs, avec accès de tremblement provoqués par la
^^^c>iiidre émotion. Aggravation persistante pendant les
^ix: années suivantes. A trente-cinq ans, admission à
*^i Cintre, où l'on constate, outre la faiblesse générale,
<^*^'^ txemblementr intentionnel des membres et de Tem-
bîix*ï»as de la parole. A quarante et un ans, apparition de
Pl^-cjues d'anesthésie à la face antérieure des cuisses,
P^^s extension de cette anesthésie, qui envahit peu à
P^^^ toutes les parties du corps et tous les modes de
^^ï^^ibilité. Enfin, actuellement, parésie de l'appareil
^^^sculaire tout entier : la force est très diminuée, la
'^^i:*che est presque impossible, la physionomie n'a au-
^^e expression, la parole est lente et embarrassée. Le
^^^ tactile est totalement aboli, ainsi que là sensi-
^^ité à la pression; le sens thermique a disparu;
1 • Jlecherches sur les rapports de la sensibilité de l'émotion. Rev. Plii- ^ - > mars 1894.
SoLLiER. — Émotions. 9
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ANESTBÉSIE GÉNÉRALISÉE 131
jusqu'il voit aller et vcnii- autour de lui lui soûl absolument iudiffc^rents. Il ne se rend pas compte de ce qu'ils foui. 11 Des fois, dit-il, ils ont l'air d'hommes pas naturels, d'Iiommesmécaniqueso. Ces troubliis dans l'appréciation du monde ext<^rieur par la vue sont les mêmes pour l'ouïe. « Je n'entends plus de la même façon ; on dirait que ça résonne dans mon oreille, mais que ça n'entre pas dans ma tête. Ça n'y reste pas longtemps, u Son aprosexie est complète et il est incapable de s'intéresser à quoi que ce soit.
Rien ne lui fait plaisir. « Je suis insensible à toutes choses ; rien ne m'intéresse ; je n'aime personne, je ne déteste personne non plus. » 11 ne sait même pas si eela lui ferait plaisir de guérir, et l'affirmation que je lui fais que cela est possible ne détermine aucime réaction chez lui, pas môme de surprise onde doute. La seule chose qui paraisse l'émouvoir un peu c'est la visite de sa femme. Quand elle parait dans la salle, « ça me donne un coup dans l'estomac, dit-il, mais sitôt <|iie je la vois, je voudrais qu'elle soit partie. » Souvent ''a peur que sa fille soit morte. « Si elle mourait, je crois que je ne lui survivrais pas ; pourtant si je ne de- ^'ais pas la revoir, ça ne me ferait rien. »
Les repriïsenfalions mentales sont nulles, et il ne Paul se représenter m5me sa femme dès qu'elle n'est plus là. La faiblesse des sensations qui lui restent pro- ■^oque un état d'incertitude sur tout: «Je ne suis jamais Sûr de rien. » Rien ne le surprend, rien ne l'étonné, ^ulétatd'apathie, d'indifférence, d'inémotivité extrême, Sinon absolue, est survenu lentement et s'est déve- 'oppé parallèlement à l'anesthésie. Ce cas réalise donc ** Une façon aussi complète que possible l'expérience
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SENSIBILITÉ ET ËHOTION S lit;
A. l'époque OÙ j'écrivais core établi ma théorie de l'hystérie, considérée comme un état d'inhibition cérébrale se traduisant essentiellement, au point de vue somatique par des troubles de sensibilité et de motricité, viscéraux et vaso-motenrs, et psychologiquement par un vigilambulisme plus ou moins marqué, avec tous les troubles de conscience, de mémoire, d'attention, de volonté et de personnalité que cela comporte.
Depuis cet exemple j'ai rencontré bien d'autres cas danesthésie généralisée aussi marquée que dans celuici, et je me suis naturellement préoccupé de la lumière qu'ils pouvaient apporter à la question de la nature de l'émotion. Je dois dire que ces cas, qui, au premier abord, paraissent plaider en faveur de la théorie de \V. James, et qu'il a lui-même rapportés, ainsi que les expériences dont je parlerai tout à l'heure comme une confirmation de sa thèse', ne sauraient en réalité être utilisés, et ceci p^urla raison suivante.
Quand on considère l'anesthésiedes hystériques, et, d'une façon générale, de toutes les maladies par inhibition du système nerveux central, il ne faut pas oublier que cette anesthésie périphérique n'est que la projection de l'anesthésie corticale. On ne peut donc pas dire que, si le sujet a une moindre émotivilé, s'il n'est plus capable de certaines émotions, cela tient à ce qu'il n'a plusconscience des variations périphériques. Ces variations périphériques n'existent que peu ou point, et loin d'être la cause des états émotionnels, elles sont subordonnées à l'état d'inhibition cérébrale, et se produisent au prorata de cette inhibition, et par con-