La théorie de Ceinoliort.Trad, G. Dumas. Paris, F. AIca
INIilBlTIOÎi CÉRÉBRALE ET ÉMOTIVITÈ 133
séquent de rémotivîté, c'est-à-dire de l'excitabilité dont est encore susceptible l'écorce cért^brale. L'anesthésie généralisée des névroses ou des psycho-névroses n'est en aucune façon comparable à celle produite par la section des nerfs ou de la moelle. Or, nous avons vu que celle-ci n'amène nullement de modilications dans les émotions, le cerveau n'étant pas touché. Dans les cas d'ancsihésie par inhibition cérébrale, au contraire, l'émotivitéest modifiée, diminm^e, certaines émotions peuvent disparaître. Mais ce n'est pas parce les variations périphériques émotionnelles ne sont plus perçues par le cerveau ; ces variations ne se produisent plus, montrant ainsi qu'elles sont sous la dépendance des modîâcattons corticales, et non les modifications corticales sous leur dépendance. Il n'y a plus d'émolion dans ces cas, parce qu'il n'y a plus d'émotivité, plus d'excitabilité de l'éi^orce cérébrale. Car il est prouvé surabondamment aujourd'hui que toutes les impressions dans ces cas parviennent en réalité au cerveau, mais qu'elles sont incapables d'y produire des phénomènes réactionnels, soit moteurs, soit de représentation consciente. L'excitation portée sur un sens qui, à l'état normal, atteint le centre cortical, et y détermine un état émotionnel, se traduisant à la périphérie par tous les symptômes ordinaires des émotions, atteint bien toujours le centre cortical quand il y a inhibition cérébrale, car les voies centripètes nerveuses et médullaires sont indemnes ; mais l'inhibition cérébrale empoche l'irradialion dans le cerveau de l'excitation transmise. Dès lors, pas d'émotion constatée, ni moralement ni physiquement. Qu'en conclure, sinon que c'est au niveau même de l'écorce cérébrale que se produit le phénomène émotion.
Quand je dis qu'il n'y a aucune manifestation so^ ^mj tique des émotions, ce n'est pas tout à fait exact. Il-B^l \ toujours une certaine réaction corporelle, aui^se f^ pi duit par les voies réflexes sous-corticales, indemr ,^ni l'excitation quelle qu'elle soit amenant forcément ^ n^ décharge motrice. Mais cette décharge motrice ne f^ s a( compagne nullement d'émotion. C'est un simple^^s j^^ flexe, qui peut même quelquefois être perçu p^^sr/^ sujet, mais qui ne revêt aucun caractère émoti^ï=2j5e/. C'était le cas de notre sujet qui, à la vue de sa îenz-^we éprouvait au premier moment une sensation de choc dans l'estomac. C'est ce qu'on observe dans bien d'au /res cas, et qui apparaît nettement dans les expériences que je rapporterai tout à l'heure.
Si intense que fût l'anesthésie dans les cas où elle était le plus généralisée, je n'ai jamais observé d'abolition complète de l'émotivité. Par contre, j'ai rencontré fréquemment des cas dans lesquels l'anesthésie était moins profonde et moins généralisée, et où l'émotilivité était très diminuée. A quoi tenaient ces différences ?
11 y a lieu, tout d'abord, de considérer à quoi se rapportent les émotions subsistantes. Toutes les circonstances qui ont provoqué des troubles hystériques plus accentués, ou déterminé pour la première fois ces phénomènes chez un sujet, ont toujours un caractère émotionnel plus ou moins marqué. Or, le sujet conserve toujours le souvenir plus ou moins net de ces émotions. Ce sont même elles qui donnent lieu à ce qu'on a appelé les idées fixes, lesquelles ne sont que des états émotionnels fixes. Dans ce cas, le sujet, tout en devenant, par le fait de son inhibition cérébrale, incapable d'éprouver de nouvelles émotions susceptibles de modi-
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lier l'iîlat cérébral anciec persislaiit, reste toujours capable de ressentir les émolions du genre de colle qui est restée à l'état tise, ou ayant un rapport quelconque avec elle. C'est là un fait bien connu sur lequel je n'ai pas besoin d'insister. Il suffit de parler d'un accident analogue à celui qui a déterminé une crise ou un trouble quelconque chez un sujet pour voir la crise ou le trouble se reproduire immédiatement. Par contre, l'évocation d'émotions qui n'ont pas déterminé chez lui d'accidents hystériques est devenue incapable de le troubler.
Autre fait. Vous entende/, fréquemment des hystériques profondément atteintes vous dire, comme j'en ai cité des exemples ' : « Vous pouvez bien me dire si ma grand'mère est morte, ça m'est égal », alors qu'en autre temps elles auraient été bouleversées par une nouvelle de ce genre, touchant une personne qu'elles -aimaient. C'est là un phénomène tr(>s fréquent, et qui s'observe dans des cas où il ne semble pas cependant y avoir une anesthésie très profonde, ni absolument généralisée, et où on observe, par contre, des émotions diverses, assez vives même quelquefois, à propos des circonstances actuelles.
On voit ordinairement s'associer ces deux faits en apparence contradictoires : conservation de certaines émotions à propos de faits passes, porte de certaines émotions à propos de certaines personnes. J'ajoute, pour préciser les conditions, que l'on observe celte particularité chez des sujets éloignés pour une raison ou une autre des personnes au sujet desquelles l'émotion ne se produit plus, et particulièrement chez des malades soumis à l'isolement thérapeutique.
t. Voir Geiièie et aatnre de Vk'jslérU. t. H.. Paria, F. Alcan.
Or. que eonstate-t-on dans ce cas ? l'n phénomène fort important, et qui éclaire singulière ment la question qui nous occupe, à savoir la perte de la ropn'sentation mentale. Les centres corticaux, atteints d'une inhibition qui permet encore de percevoir les sensations présentes, sont devenus incapaltles de se les représenter dès qu'elles cessent de venir les exciter. Il se produit pour la repi'ésentalion ce qui se produit pour le mouvement. Dès qu'on immobilise un membre chez un sujet atteint d'hystérie, c'est-à-dire d'inhibition cérébrale, le centre de ce membre cesse de représenter le mouvement et par conséquent de permetlre de l'accomplir, et la perle de la repri^'sen tation motrice survient au m&me titre, et pour la même cause, que la perte du mouvement.
Dans le premier cas, le sujet, étant ci'réhralement fixé dans l'état où il a été mis par l'émotion qui a déterminé ses accidents hysti'riques, reste toujours susceptible de percevoiret de se représenterdes événements et des impressions semblables à ceux qui sont toujours présents dans sa pensée, au point qu'il se croit souvent au moment même où ils se sont produits. Par contre, il a perdu le pouvoir de se représenter les personnes, les faits d'un autre ordre. Il perd habituellement le souvenir des traits des personnes qu'il aimait le mieux, il va jusqu'à ne plus pouvoir se représenter sa maison, son intérieur, sa ville. Dans ces conditions, l'idée qu'une personne qu'il aimait est morte ne lui représente rien, car il ne peut ni se représenter la personne, ni les sentiments qu'il avait pour elle. Cela lui est dès lors aussi indifférent que si on lui annonçait la mort du grand lama, et il n'est pas rare de le voir se reprocher cette indifférence, qu'il sait être anormale, anti-
naturelle, mais qu'il ne peut vaincre parce qu'il ne se représente plusïcs conililions cxlernes et internes qui poun'uient l'en tirer.
Cette perte du pouvoir de repri-sciilation mentale se rencontre à tous les degr(?s, et peut s'accompagner d'une amnésie rétro-antérograde plus ou moins marquée, sans qiie pour cela il y ait une aneslh^sie des organes périphériques très marquée. Et ce contraste nous permet de préciser encore davantage le rôle essentiel de la repi-ésenlation dans le mécanisme de l'émotion. Dans les cas, en effet, où II y a à la fois aneslhésie périphérique et viscérale, parésie musculaire, affaiblissements sensoriels, la perte de représentation peut tenir à ce que les centres à mettre en jeu, sou.s l'inQuence d'une excitation psychique ordinairement évocalrice, ne fonctionnant plus, la réponse a cette excitation ne se fait pas et la représenlalion n'a pas lieu, la représentation se produisant, ainsi que je me suis efforcé de le démontrer', dans les mêmes centres que la sensation elle-même.
Mais elle peut provenir aussi de ce que le centre d'aperceplion, le centre psychique proprement dit, le lobe frontal, étant inhibé, il n'envoie plus d'excitation aux centres de perception et de représentation. Ceux-ci ont beau être en état de fonctionner, ils ne sauraient donc le faire, sans recevoird'incilation du centre psychique. Or, c'est ce qui se passe dans les cas où l'on voit des sensations périphériques presque normales coïncider avec la perte de représentation. Celte dernière peut Ctre telle qu'il y a une amnésie rétro-antérograde trta marquée. J'en ai rapporté autrefois" cinq cas, dont
quatre personnels et un dû uu D' Comar, et j'en ai signalé depuis, à la SocitMé M(''dico-Psj-(;hologir[uc', un nouvel exemple, où on voyait nettement la perte de représentation et de mémoire liée au fonctionnement insuffisant du centre psychique, insuflisance qui se traduisait objectivement par de l'anesLhésie frontale, alors que le reste du crâne, correspondant aux régions de l'encéphale où sont r(5parii8 les difTérents centres sensitivo-moleurs et sensoriels, centres de perception et de représentation, était redevenu parfaitement normal au point de vue de la sensibilité. Dès qu'on réveillait l'activité de ce centre psychique, la mémoire et le pouvoir de représentation reparaissaient.
Or, dans tous les cas, les sujets pouvaient présenter des émotions à l'occasion des faits actuels, des sensations présentes, mais aucune lorsqu'on leur parlait de faits se rapportant fi ceux dont ils avaient perdu la représentation, et qui avaient été capables autrefois d'éveiller chez eux des émotions.
Depuis lors, j'en ai rencontré bien des exemples nouveaux. Je n'en citerai que deux. Dans le premier il s'agissait d'un homme de 48 ans, présentant une anesthésie et une analgésie généralisées, à la suite de chagrins, et ayant des crises d'étoufTement, et de nombreuses manifestations hystériques, telles qu'anorexie, insomnie, etc. Il était devenu indifférent à tout et ne trouvait plus d'intérêt que dans une seule chose, le jeu, auquel il se livrait d'une façon impulsive, automatique, presque inconsciente, et sans y éprouver d'ailleurs aucune émotion quand il perdait ou gagnait. Isolé et traité par la mécanoihérapie, sa sensibilité reparut assez vite,
. AnnateaMMtco-Psgc/iotoyiqHUi, 1903.
REPaÉSENTATION ET ÉMOTION {3»
ses fonctions générales se rétahlirenl, mais il conserva une perte de représciilation trJ>s i5lendue pour (ous le& siens et pour tout ce qui le louchait antérieurement. La nouvelle que sa sœur, qu'il aimait beaucoup, était malade le laissa absolument indifférent, alors que le départ d'un des malades qu'il avait connus au sanatorium l'émotionnait comme s'il se fût agi d'un ami d'enfance. Toutes les impressions actuelles étaient capablesde l'émouvoir ; tout ce qui était antérieur à sa cure, et dont il avait perdu la représentation, non en tant quefait, mais en tant que sentiment, le laissait au contraire absolument indifférent. Cette indifférence disparut dès qu'il recouvra son pouvoir de représentation, en même temps que son éniotivîtc, exagérée sous l'influence desmoindres incidents actuels, diminuait en proportion.
Dana le aeeond cas, il s'agit d'un homme atteint d'hystérie trauraatique à un degré d'une intensité extrême avec anesthésie généralisée, superficielle et profonde, ralentissement du cœur, anorexie complète, contracture des membres inférieurs, tremblement du bras droit, attaques violentes dans lesquelles il revoit l'accident dont il a été victime, ischurie extrême, troubles respiratoires avec arrêts de respiration durant jusqu'à 4 minutes, amnésie aniérograde complète, et perte de représentation de tout ce qui se rapporte à lui depuis son accident, ne sachant que parce qu'on le lui a dit qu'il est marié, qu'il a une fille, mais ne sachant ni leur nom, ni leur âge, ne pouvant se rappeler leurs traits, ni ceux de ses amis et parents. Comme il arrive ordinairement dans ces cas, pour des raisons sur lesquelles je ne veux pas m'étendre ici, la perte de représentation ne porte absolument que sur les choses etles^ gens qui sont directement reliés à sa personnalité. C'est
ainsi qu'il ae rappelle tous les pays où il a voyagé, lous les incidents du sa vie anlcrieurs à son accident, mais ne peut se rappeler, ni se représenler son mariage, sa femme, sa fille, ses amis, son médecin, sa maison, sa ville, quoique tout cela lui ait été connu avant sa maladie. Au début de son traitement il était dans un (?tat de vigilambulisme complet et ne se souvenait de rien d'un moment i l'autre. Rien ne l'émouvait, sauf les bruits qui le surprenaient brusquement, et qui lui produisaient unecommotion toute physique. Sous l'influence du réveil cérébral par la mélbode que j'ai indiquée, son obnubilation intellectuelle s'effaça peu i\ peu, il fit sa régression de personnalité jusqu'au moment de son accident, puis redescendit le cours de son existence, comme cela se passe ordinairement. En même temps il devenait beaucoup plus émotif, et même quelquefois d'une émotivilé exagéri^e à la lecture ou au récit «le quelque événement triste ou passionnant, à propos d'un incident quelconque dont il était témoin. Par contre, il n'avait aucune émotion quand il s'agissait des personnes doni il avait perdu la représention, tout en sachant qu'elles existaient. Au moment où il était dans cet état il vit son beau-frère, ne le reconnut pas, et quand l'autre se fut nommé, il lui dit simplement: « Ah ! c'est toi ! commcnt,vas-tu? » comme s'il l'avait vu la veille. Une seule chose l'attristait, ^ mais c'était une chose actuelle, — de ne plus pouvoir se rappeler !c nom de sa femme et de sa fille, parce qu'il lui semblait que c'était de sa part un manque de cœur.
Je lui demandai ce qu'il aurait ressenti si son beaufrère lui avait annoncé de mauvaises nouvelles concer-
iL l'Hystèfie el «on trailemenl.
ACTIVITÉ CÉRÉBRALE ET ÈMOTIVITÉ nant sa femme ou sa fille qu'il adorait, n C'esf cupIluix, me dit-il, ça ne m'aurait rien fait du tout.; je ne comprends pas ça, mais c'est pourtant la vérité. » A quelque temps de là, le réveil céri?bral s'accentuant, il lit dans un journal qu'une enfant a été enlevée par des bohémiens. Gela l'émeut, et par association d'idées il se dit que cela pourrait arriver à sa fille, et il se met à pleurer à cette idée. 11 pense également à sa femme, et se demande avec inquiétude si elle ne serait pas malade. Quoiqu'il ne puisse encore se les représenter réellement, son sentiment pour elles revient, et la seule supposition qu'il peut leur arriver quelque chose de fâcheux sutBl à l'émouvoir.
L'émotivité s'est donc développée chez ce malade parallèlement au réveil de ses fonctions cérébrales, d'abord dans le domaine physique, puis intellectuel. et enfin dans celui de la personnalité morale, le plus profond, le plus intime. Dès qu'il a recouvré de la lucidité intellectuelle, dès que ses sens se sont éclaircÎH, il a cîOmmoncé par éprouver de l'émotion à l'occasion des impressions actuelles, présentes. Il en était également capable au souvenir des événements de son existence dont il avait la représentation. Par contre, tout cèdent il avait perdu la représentation mentale, alors môme qu'il en connût l'existence et les rapports avec lui-même, lo laissait inémolif. Dès que, cependant, un commencement de représentation apparaît en lui à cet égard, noua^le voyons immédiatement devenir susceptible d'émolion.
Le réveil cérébral s'étant produit, la sensibilité crânienne reparut et en même temps la mémoire et k' pouvoir de représentation. Mais, parallèlement aussi l'émotion se montra à l'occasion de toutes les personnes,
lit SEXSIBlLITc: ET ÉMOTiOX
de tous les souvenirs qu'il peut se représenter enGn. Et il remarquait lui-m >me la chose en me disant, comme le malade de M. Pronier : « C'est singulier, je me faisais quelquefois du mauvais sang en m^imaginant que ma femme ou ma fille étaient malades, et si vous me l'aviez réellement annoncé, ça ne m*aurait presque rien, fait. » C'est qu*en effet quand il s'imaginait leur maladie à tort, il avait spontanément un certain état de repré — sentation mentale, tandis que si je le lui avais annonce je n'aurais pas pu éveiller chez lui une représentati analogue en raison de son état d'inhibition cérébral Etaot, à la suite de son premier réveil cérébral, retond, sous un certain degré d'iohibition cérébrale avec di nution notable de la sensibilité crânienne et surto^ut frontale, son pouvoir de représentation s'affaiblit considérablement et il en fut de même de son émotivité.
Il est, de plus, à remarquer que si la sensibilité étstît revenue au front et au crâne par le réveil cérébrstl? accompagné du retour de la mémoire et de la représ^n.^ talion mentale, les membres et les viscères n'avaie rit
recouvré que très imparfaitement leur sensibilité, do ti^ Tétat rudimentaire contrastait singulièrement avr^^ celle du crâne. Or, malgré cela, Témotivité était ti*^^ grande, et les émotions S3 produiraient normalemeO-^: - Pouvoir de représentation, sensibilité cérébrale et ém^^^" tivilé se sont donc montrés parallèlement chez ce iri^^' lade, comme chez tous ceux, d'ailleurs, du mêmeget:»-^^ •que j'ai pu observer; et, en même temps, absence rapport entre le retour de Témotivité et celui de la s^ sibilité et des fonctions périphériques.
Ces faits nous démontrent plusieurs choses. Tc^ ^^ d'abord, nous voyons que, malgré la conduction c^ impressions, des excitations aux centres nerveux
ACTIVITE CEREBRALE ET EHOflVITE qui, bieo qu'inconscienle, existe récllemcDt ^ Tiimotion ne se produit pas, si ctiux-cî ne sont pas capables <le nîagir. 11 y a liien un choc, une réaction à l'excilaiion, par simple voie réflexe, vraisemblablement sous-corticale, mais il n'y a ni les rûaclions variées et spéciales aux diverses i5raot!ons, ni le sentiment qui accompagne les émotions, II y a, et il ne peut pas en être autrement, une décharge nerveuse à la périphérie, mais rien d'autre, rien qui ressemble à une émotion an sens réel du mot. Ce qui fait l'émotion, c'est donc uniquement la cerveau, et, pour préciser, Técorce cérébrale. C'est à son niveau que se fait la diffusion de l'exci talion, diffusion qui explique précisément la multiplicité dis phénomènes de l'éinolion. C'est son excitabilité qui permet cette diffusion, et c'est la ce qu'au point de vue psychologique on appelle l'émolivité. Ce n'est donc pas la perception des variations péi'iphériques qui produit l'émotion. Ces variations périphériques ne peuvent exister que si l'écorce cérébrale présentii l'excitabilité, l'émolivité voulue, pour que l'excitation qui l'atteint produise une décharge diffuse et amène ainsi ces variations périphériques.
Une seconde déduction me paraît s'imposer : nous voyons l'émotion reparaître avec le retour de l'activité cérébrale, avec la disparition de son inhibition, mais il y a autre chose. Nous constatons, en effet, que la cause des émotions, leur objet pour mieux dire, varie suivant les régions de l'écorce cérébrale qui sont en état d'activité ou d'inhibition: lorsque les régionsdes centres sensilivo-moteui's, sensoriels, vaso-moteurs, lorsque toute cette portion de l'écorce, que j'ai appelée le « cerveau organique » parce qu'elle contient tous les centres des fonctions organiques, est seule en activité, alors que le
lU SENSIBILITE ET EMOTION
« cerveau psychîquo », la région antérieure du lobf frontal, est encore inhibé, les émotions ne sf produisent qu'à l'occasion des faits actuels, c'est-à-dire, en somme, des impressions présentes. Toutes celles qui auraient pour objet des événements ou des personnes dont la représentation mentale est perdue, alors même que lo souvenir abstrait, pur, en est conservé — efj'enlends par ià qu'on sait les choses, mais qu'on ne les sent pas, qu'on ne se les représente pas par rapport à soi — toutes ces émotions, dis-je, ne peuvent plus se manifester. Elles reparaissent, au contraire, dès que la représentation mentale est recouvrée. Cette différence correspond à celle qui existe entre ce que j'ai appelé la personnalité actuelle et la "personnalité totale '. Quand le cerveau organique fonctionne seul, nous n'avons de nous-mêmes, de notre personnalité, que le sentiment de notre existence et de notre fonctionnement actuels; lorsque le cerveau psychique est i^ son tour en activité, nous avons à la fois le sentiment de cette personnalité actuelle, mais encore celui de notre personnalité passée qui lui est reliée, de notre personnalité totale par conséquent. C'est par les sensations que nous avons le sentiment de la première, c'est par les représentations que nous avons celui de la seconde.
Les émotions, nous le voyons, se comportent de même, et évoluent parallèlement h la sensibilité et à la personnalité. Lorsque le cerveau organique est s activité, c'est-à-dire que son écorce est seule excitable, autrement dit émotive, les sensations sont perçues, tantôt comme sensations, tantôt comme émotions, suivant les lois générales que nous avons examinées dans le