I. Voir Genétt et nature de l'hystirit
ACTIVITÉ GÈSÈBRALE ET ÉMOTTVITÉ liS
chapitre précédent, en môme temps que cet ensemble de sensations et d'émotions nous donne le senliment de notre personnalité physique et morale actuelle.
Lorsque le cerveau psychique recouvre à son tour son activité, les représentations reprennent leur cours et s'accompagnent, comme les sensations elles-mêmes, tantôt d'émotions, tantôt non, en môme temps que le sentiment de notre personnalité complète se constitue.
Toute région cérébrale ayant perdu son excitabilité, son émotivité par conséquent, cesse donc d'être susceptible de donner naissance à des émotions ayant pour objet des excitations dont elle est l'aboutissant normal. Il est évident que les composantes d'une émotion sont trop nombreuses en général pour qu'on puisse facilement constater l'atténuation ou la disparition d'une d'entre elles dans ces conditions. Et il faut ajouter qu'en outre il n'est pas très fréquent d'avoir afïaire à une inhibition localisée du cerveau, et que, lors même qu'elle existe, il est assez dîtEcile de pouvoir lui attribuer le rôle qu'elle joue dans telle ou telle émotion. Gela se peut cependant, pour la pudeur par exemple, et dans d'autres cas, sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir à propos des lois de la localisation des émotions.
Mais, du moins, avons-nous des cas pathologiques qui nous permettent de différencier nettement les émotions, suivant que l'inhibition atteint le cerveau organique ou le cerveau psychique. Nous pouvons prévoir, dès maintenant, qu'il n'y a pas de siège des émotions, pas plus dans l'écorce cérébrale qu'au-dessous. Toute portion active de l'écorce est susceptible d'émotion, comme de sensation et de représentation. C'est Texcitabilité, c'est-à-dire l'émotivité, qui subordonne, qui conditionne l'émotion, comme je l'ai déjà établi.
Mais ce n'est pas tout encore. Nous pouvons pousse l'analyse plus loin, et nous demander quelles sont parmi les formes d'anesthésie, celles qui, parleur sièg ou par leur nature, sont le plus capables de s'accompagner d'inémotivité. Nous avons vu, en effet, pourquo^^^^; certains sujets anesthésiques, en apparence de la mêm ^e façon, étaient tantôt émotifs, tantôt non, ou émotifs soi^^s certains rapports et pas sous d'autres, en raison de ^Ba fixation de leur état émotionnel au moment de Tinh ibition cérébrale, ou en conséquence de la perte âM^u pouvoir de représentation.
Mais, parmi les malades anesthésiques, il y a li^u d'établir des distinctions suivant le siège et la natim de leur anesthésie. 11 va sans dire que lorsque je pa du siège de leur anesthésie, ce n'est pas sa localisât! périphérique qu'il faut avoir en vue, mais le cen"t: cortical qui tient sous sa dépendance la région péripti. rique anesthésiée, car cette anesthésie n'est que le signe objectif du défaut de fonctionnement normal du centre cortical. Parmi les malades atteints d'inémo'fcî' vite plus ou moins marquée, il en est deux genres qm.x ^ il faut signaler d'une manière particulière: lespremi^^*^ sont atteints à'analgésie, les seconds à'anesthésie vis^^ ^' raie.
L'analgésie avec conservation de la sensibilité tai^tî 3^ se rencontre dans un certain nombre de psychoses ^ ** particulièrement chez des mélancoliques avec tendait ^'^ à la stupeur. Chez tous les mélancoliques, d'ailleii*^^? la tendance à l'inémotivité est manifeste, et c'est m&tT^^ là-dessus qu'ils se basent fréquemment pour vous J^' montrer qu'ils n'aiment plus personne, qu'ils sont in^^ pables de compatir aux maux des autres, qu'ils sont p^^ conséquent indignes, etc. Dans les cas de stupeur c>^ ^
ANAÎ.GÉSIE ET ÉMOTION 147
, par le récit des malades eux-mêmes après leur rison que, contrairement à leur apparence, ils ^nt et comprennent tout ce qui se passe autour [''^iLax et s'en souviennent parfaitement. Mais ils sont pables d'y réagir, non seulement par des mouvexits, mais par la parole, et même enfin par ce mou- /^^m^Kient intérieur qui constitue Témotion physique. Lj^x:i.r inhibition cérébrale, au moins dans les régions q[\a i gouvernent Forganisme, est beaucoup trop consid érable. Ils sont figés dans leur attitude mentale, morale, comme dans leur altitude physique. Dès qii'îls commencent à aller mieux, Témotivité reparaît, c'est-à-dire dès que le fonctiennement cérébral commence à revenir, ce dont on a la preuve dans le rétablissement des diverses fonctions organiques, et particulièrement des fonctions vaso-motrices et sécrétoires, qui sont si fortement atteintes dans les états mélancoliques.
Or, cette analgésie peut persister dans des cas de mé-
'ancolie chronique, alors que le fonctionnement orga-
'^ïîue se rétablit d'une façon normale, que le sommeil,
'^ nutrition générale, la circulation reprennent leur
cours normal, sans que Tétat mental se modifie. Ce
jui caractérise alors particulièrement cet état mental,
^^t l'insensibilité morale, Tinémotivité, Tindifférence
'"^^plète. Et nous la voyons précisément coïncider
^^ la persistance d'une analgésie quelquefois si mar-
^^ que les malades se livrent à des auto-mutilations
^Gs. Or, cette analgésie est manifestement d'origine
't^rale, et nous voyons ainsi que les excitations, ca-
^s en temps ordinaire de déterminer des réactions
^ionnelles, doivent atteindre le cerveau pour pro-
Grles modifications périphériques, et que celles-ci
ta SENSIBILITE: KT KMOTIOK
ne se produisent pas par voio riiflexe sous-corticale. Car elles pourraienl se produire dans ces cas de mélancolie avec stupeur où la perception des événements est conservée. Contrairement à la théorie de W. James, que les changements corporels suivent immédiatement la perception du t'ait existant, cette perception n'est donc pas suffisante pour déterminer ces changements corporels, — ou, avec Lange, des phénomènes vasomoteurs, — dont le sentiment conscient que nous en avons constitue, pour ces auteurs, l'émolion. Nous voyons, en elTet, que, malgré la connaissance que le sujet a du fait excitant, il ne se produit aucun changement corporel, aucune réaction vaso-motrice.
Un pourrait dire, dans le cas de mélancolie avec stupeur, que tous les centres vaso-moteurs capables de réagir étant inhibés eux aussi, il est naturel que l'on n'observe pas d'émotion, puisqu'ils ne fonctionnent pas. Mais il n'en Qst plus de même dans les cas de mélancolie chronique oîi la perception est conservée, et oii les centres vaso-moteurs et organiques ont repris leur fonctionnement normal. Toutes les conditions paraissent donc réunies, et cependant l'émotion ne se produit pas. Or, nous constatons en même temps qu'il y a un élément qui persiste, et qui est l'analgésie. Cette analgésie n'est que l'indice d'un trouble fonctionnel spécial — non encore déterminé sans doute, mais qui n'en est pas moins réel — de l'écorce cérébrale. Nous sommes ainsi amenés à considérer l'émotion comme conditionnée uniquement par le fonctionnement de l'écorce cérébrale.
Lorsqu'on parle d'analgésie dans ces cas, ce n'est pas le terme exact qui conviendrait. Il n'y a pas seulement insensibilité à la douleur, il y a aussi insensibi-
ANALGÉSIE ET ÉMOTION 149
lité au plaisir. 11 y a, comme l'a dit Ribot, auhédonie. Aussi les sujets ne sont-ils pas plus capables d'émotions agréables que d'émotions pénibles. Ils sont dans un état d'indifférence absolue, plus même que d'indifférence, de négation de la peine et du plaisir. Et comme ces sentiments de douleur et de jouissance, de plaisir et de peine, sont les éléments les plus importants du sentiment de notre personnalité physique et morale, nous voyons ces malades arriver facilement aux idées dites de négation, où ils nient leur propre existence, tout en continuant à parler et à agir.
Nous voici par conséquent conduits à un nouveau point de vue, et amenés à conclure que, pour que la perception provoque des réactions émotionnelles, il est nécessaire que cette perception soit intégrée dans le sentiment de notre personnalité. Autrement, elle reste un fait de pure connaissance, incapable de modifier notre affectivité.
Si nous continuons l'analyse de ces cas de mélancoliques négateurs avec analgésie, nous voyons que les malades considèrent leurs membres et les différentes parties de leur corps comme étrangers à eux, comme faisant partie du monde extérieur, comme des objets qu'ils perçoivent en tant qu'objets, mais qu'ils ne rapportent pas à leur personnalité. Le sentiment de notre personnalité est essentiellement constitué par la synthèse des sensations organiques, principalement viscérales, et des sensations cérébrales, par notre cénesthésie générale en un mot.
Or, nous voyons que toutes les sensations organiques, à l'état subconscient tout au moins quelquefois, sont conservées : les sujets éprouvent et accomplissent leurs besoins naturels, font les mouvements volontai-
190 SEXSrBILITfi ET KMOTtOS
res adaptés h leur but, elc. — mais ne se les altribuf^n^ pas comme en étant la cause. Ce ne sont donc pas les" sensations parties desorganes et des membresqui nous donnent le sentiment de notre personnalité, ce sont les sensations cérébrales elles-mêmes, c'est-à-dire le sentiment que nous avons du fonctionnement de noire cerveau, tant dans ses centres sensitivo-moteurs que dans ses centres sensoriels, viscéraux et vaso-motturs. Supprimez le sentiment de ce fonctionnement, les fonctions n'en continuent pas moins îi s'accomplir, les perceptioiiset les sensations à se produire, tes mouvements à se faire en rapport avec leur cause incitatrice. Mais tout cela se fait comme en tïehors de nous, d'une façon indépendante dans l'espace, sans rapport enlrc les différentes parties entrant en jeu. La personnalité, c'esl-à dire la synthèse de toutes ces actions et réactions, ne se constitue pas. Tout se réduit âde simples réllexes. Le sentiment d'unité fonctionnelle qui est le sentiment de persormalité ne se produit pas, et, s'il ne se produit pas, c'est que la cénesthésie cérébrale est atteinte. C'est au niveau du cerveau seulement que le groupement des sensations diverses peut se faire.
Mais il n'y a pas que les sensations qui proviennent de la périphérie, les phénomènes centripètes, qu'il faille considérer, ce sont môme les moins importants relativement dans la constitution du moi. 11 y a les sensations qui tiennent au fonctionnement même du cerveau; les phénomènes centrifuges n'ont pas moins de valeur et nous donnent m^me un sentiment plus profond, plus réel, de notre existence, de notre moi.
Nous devons donc conclure que l'émotion n'est pas seulement liée d'une façon générale au fonctionnement de l'écorce cérébrale, à l'excitabilité, à l'émotivUé de
PERSONSALITJÏ ET ÉMOTION 151
cotte écorce, mais encore à la céneslht-'aic c<5rébrale, c'est-à-dire au senlinienl que nous avons du fonclionment de notre cerveau. Nous reviendrons plus loin sur cette queslion de la eénestiiësie cértibrale, dont IVxistence, contestée, nous paraît cependant évidenle et démonlrable, et dont les conséquences, au point de vue de la psychologie gi5nérale, sont considérables.
L'analgésie n'esl que la marque de la perle de cette céncsthésie cérébrale, ef nous avons vu quel rapport elle avait avec la personnalîlé. Les rapports do rémotion avec la personnalité sont très importants à établir, car nous y trouvons en quelque sorte la clef des raisons pour lesquelles tels excitants sont ou non capables de déterminer en nous une émotion. Quoique nous ayons à y revenir plus tard , je dois en parler dès maintenant, car cela se rattache directement à ce que noua vfnons de voir.
J'ai dit dans le premierchapilre que c'étaient les modiflcations viscérales qui étaient le plus capables de déterminer des émotions, et que c'était également par des changementii viscéraux que se manifestaient surtout les émotions, sans préjuger alors en rien de l'ordre de fréquence des phénomènes dans le mécanisme des émotions. Le rôle que j'ai été amené à attribuer au sentiment de la personnalité, son interposition entre la perception et la réaction émotionnelle pour que celle-ci puisse se produire, m'obligent à reparler de la place que tiennent les sensations viscérales dans la constitution de la personnalité. C'est un point admis, je crois, d'une façon générale que ce sont elles qui y jouent b plus grand rôle. Or, ce sont elles aussi qui, comme j'ai cherché h l'établir précédemment, sont susceptibles de
la plus grande diffusion dans k' cerveau, en même temps I que les émotions cérébrales diffuses nmèneni le plus facilement les réaclions viscérales et vaso-motrices, et cela par le fait de la constitution et de la répartition du syslème nervenx de la vie organique.
Xouïen avons une eonlirmation dans les l'ails cliniques, et, après avoir montré que la forme d'anesthésie qui s'accompagnait le plus d'inémoiivité était l'analgésie, il me reste k montrer ijne c'est, au point de vue de la topographie de l'anesthésie, l'anesthéste viscérale qui est la plus capable de supprimer l'émotivité, ou plus exactement celle à qui correspond le plus l'inémotivité. D'après ce que nous venons de dire, cette constatation était logique et nécessaire. Mais les faits sont préférables à toutes les déductions, si logiques i]u'elles soient.
Or, les cas d'anesthésie viscérale ne sont pas rares. Il en est un type qu'on rencontre fréquemment chez les jeunes tilles. C'est l'anorexie, allant quelquefois jusqu'aux degrés les plus extrêmes de l'émaciation et de l'inanition. Si l'anorexie est le phénomène dominant, qui attire l'attention, il est loind'iHre le seul, et même ■ l'essentiel. 1
En réalité, les anorexiques sont des malades chez legquel il y a un arrêt complet dans l'évolution, arrêt non seulement physique, mais moral. Toutes les fonctions sont diminuées ou enrayées, fonctions de nutrition d'abord, fonctions intellectuelles ensuite, fonctions de relation enfin. C'est un état d'inertie générale de tous les organes et de toutes les fonctions, y compris le cerveau. A moins d'avoir affaire à l'anoresie secondaire des hystériques, avec troubles variés de la sensibilité, on n'observe pas dans les anorexies primitives
ANESTHfeSlE VISCÉRALE 133
de véritable anesthésie, sauf au niveau de l'estoniac, mais il y a toujours un certain affaiblissement de la sensibilité générale et particulièrement un peu d'analgésie. Psycbiquement, il y a de la perte de la mémoire, apioscxie quelquefois énorme, apathie et indifférence à tout, choses et gens, dégoût de la vie, absence complète d'appétit, absence d'ailleurs complète de tout désir, de tout besoin, sauf de l'ambulation automatique jusqu'au jour où les forces s'y refusent. En debors des mélancoliques à tendances stupides, il est peu de sujets ayant a un plus haut degré une pareille indifférence, une pareille inémoiivité. Celle-ci disparaît d'ailleurs au fur et à mesure que la nutrition se rétablit, que le fonctionnement organique reprend son ac II vile. Mais, longtemps encore après que la restauration organique a eu lieu, on constate de l'apathie morale. Celle-ci ne cesse réellement qu'avec le retour des autres fonctions cérébrales — mémoire, attention, association des idées, compréhension plus vive el plus rapide, besoin d'activité dans différentes directions, caractère ancien, etc.
Il suffit donc, chez ces sujets, d'une inhibition des fonctions viscérales pour voir survenir un état d'indilférence, d'anesthésie morale, d'inémotivité extrême, alors que la sensibilité générale et les sens spéciaux ne sont que peu ou pas atteints, non plus que la motilité et le sens musculaire.
Chez les grandes hystérii^ues, nous voyons de même
ijoe celles qui présentent des degrés profonds d'anes-
^ésie viscérale sont beaucoup moins émotives que les
lutres- Elles ont en même temps des troubles de leur
personnalité incomparablement plus marqués, et c'est
■tdiez elles qu'on observe avec le plus de netteté ces
jBhénomènes de régression de la personnalité, sur les-
tSi SKNSmiLITÈ ET ÉMOTIOX
quels j'ai particulièrement attirû l'altention et que l'on^ peul délerminer d'une fat^on très simple et pr&tiqiie, par les proci^dés que j'ai indiqués'. Nous voyons là une nouvelle preuve des rapports id(3 la personnalité avec r^motivil^.
Mais, il y a lieu de faire dans ces cas une distinction inti^ressante au jioinl de vue qui nous occupe, et qui vient corroborer ce que nous avons dit pins haut de l'analgésie.
Suivant que l'anesthésie généralisée s'accompagne ou non de douleur, snil spontanément, soit par la pression de certains points, nous voyons une différence considérable exister au point de vue de l'émolivité. Dans le premier cas, qui est celui de ce malade de Bicètre que je signalais plus haut, il n'y avait pas de points hystérogènes ou douloureux. Sous l'inlluence d'une impression inattendue il avait seulement une sensation de choc à l'estomac. Sa personnalité était presque abolie ainsi que son émotivité.
Dans le second cas, celui d'hystérie traumalique que j'ai rapporté tout à l'heure, il y a au contraire des points douloureux extrêmement marqués. Spontanément il soutfre du cœur d'une façon très aiguë, et î] sulEt de ie toucher dans cette région, ou de tiraillef' seulement ses deux derniers doigts de la main gauche, pour provoquer une crise violente de douleur cardiaque et de pseudo-angine de poitrine, Or, chez ce nialade,t malgré des troubles de mémoire considérables, puisqu'il a une amnésie rétro-an lé rograde très marquée, la capacité d'émotion a été relativement conservée tout le temps, s'exerçant, d'une part à l'égard de l'accident initial
, Genèie el nature de ihysiérie et L'hysléiie et si.
Iraitcmelii.
ASESTHÉSIE VISCÉRALR [HH
de sa maladie, et d'aulre part à l'occasion des incidents présenls, principalement ceux qui lui causent un él)i'aiilement physique, et aussi des phénomènes maladifsdont il est allcinl el qui le Irouhlenl et l'inquiètenl, par la peur qn'il a de les voir persister. Celle préoccupation, cette tristesse des hystériques, en présence des accidents nervetix qui leur surviennent, ne se remarquent guère quand l'accident ne s'accompagne pas de douleur: «ne contracture douloureuse avec anesthésie profonde des membres inférieurs, qui immobilise le malade, lui cause beaucoup de préoccupation, des plaintes, etc., alors qu'une paraplégie flasque, sans douleur, le laisse complètement indifférent.
C'est qu'en effet, dans le cas oii il y a anesthésie douloureuse ou accompagnée de points douloureux seulement, c'est, ainsi que je l'ai montré dans mes études sur, l'hystérie, parce que le fonctionnement organique n'est pas complf^tement inhibé, tandis que dans les cas où l'inhibition esl complète, l'anesthésie est absolue et l'organe anesthésie devient un corps mort, ëtianger au sujet auquel il appartienl.
Ainsi se précisent peu à peu les rapports de la sensibilité et de l'émotion. Au point de vue du sentiment de la (tersoi inalité, l'analgésie est te trouble le plus grave de la sensibilité, el nous le voyons correspondre, qu'il s'accompagne ou non d'anesthésie tactile ou d'une autre forme, avec une perte plus ou moins profonde de l'émotivilé. Et, d'autre part, cette analgésie n'est que la manifestation d'un trouble de la cénesthésie cérébrale. Elle est au fonclionnement des centres cérébraux en général, ce que la perte du sens musculaire est au fonctionnement des centres moteurs en particulier. Mais il est encore une autre variété de cas patholo-
(iM SENSIBILITÉ ET ÉMOTION
giques où apparaissent bien les rapports de l'émotivit^ avpc la personnaliti'-. C'est celle qu'on connaît sous le nom dt^ diipersonnalisation. Le D'' Touche' en a rap- J porté un exemple bien inlt^ressant & ce point de vue-'l C'est celui d'une jeune lille nerveuse qui, à la suit^ll d'un violent cboc moral [la mort de sou père tii^ à lâ« cbasse) pri^senlace phénomène. Les sensations actuelleS^J dépouillaient chez elle toute espèce de ton t^molionneli, alors que les souvenirs l'avaient conservé. Quand ellô^ songeait à son père, c'était toujours le même désespoir. Quand elle voyait sa mère, elle savait que c'était elle, mais n'éprouvait aucun sentiment. Par contre, si elle songeaità un voyagefail en compagnie de son père et de sa mère, le souvenir de sa mère s'accorapaftnail du sentiment qu'elle avait alors pour elle. Cette jeune fille, par suite de cette dualité de la perception dépouillée de ton émotionnel et du souvenir accompagné d'émotion, finit par avoir l'impression qu'elle avait changé de personnalité, et se mit à parler d'elle-même à la troisième personne, en se cherchant et «'appelant comme s'il s'agissait d'une personne étrangère. Le D*" Touche fait remarquer fort justement quel rôle immense joue l'existence dii £ ton émotionnel de nos sensations et de nos souvenir^fl dans l'idée que nous avons de notre personnalité. I
J'ai insisté depuis longtemps sur cette oppositioQg qui e.xiste chez les sujets atteints d'amnésie anléro^v grade, de perte de la représentation mentale, d-anes*tl thésie généralisée et de troubles par conséquent très'] profonds de la personnalité, entre la connaissance et le sentiment, entre le « je sais » cl le « je sens ».
Un de mes malades, atteint au plus haut degré de
. Annales médko-cluruiykalfs du Centre, JHUi, p. 158.