RÉVEIL CÉRÉBRAL
caractérisé, en outre, ultérieurement par le retour du sommeil normal et le relèvement de la nutrition et, de plus, par le changement du caractère \ il existe donc une sensibilité interne spéciale du cerveau qui nous fournit, ou qui se fournit àlui-m(^me, des sensations cénesthésiques, notion capitale qui nous permettra plus loin d'expliquer une foule de phénomènes psychologiques, incompréhensibles sans cela. »
« Quand on procède au réveil général de la sensibilité chez un vigilambule, disais-je (p. 489), on constate que les choses se passent de la façon suivante. A mesure que Ton réveille la sensibilité d'un membre, d'un viscère, d'un organe des sens quelconque (c'est-àdire l'activité du centre cortical de ce membre, de ce viscère ou de cet organe), le sujet recouvre la conscience des sensations qui ont pour point de départ ce membre, ce viscère ou cet organe sensoriel, et, d'autre part, il agit volontairement sur les organes soumis normalement à la volonté. Mais il n'a pas une conscience complète de sa personnalité. Sa mémoire reste ce qu'elle était, les souvenirs qu'il a perdus ne reparaissent pas, alors même qu'ils ont trait à des actes ou à des sensations dont les centres fonctionnels permettent maintenant l'exécution ou la perception. Il paraît un être nouveau, fait de toutes pièces, juxtaposées les unes aux autres, fonctionnant pour leur propre compte et ne formant pas une personnalité continue avec celle du passé. Il ne vit que dans le moment présent, et ceci nous explique la persistance de Taprosexie, même après le retour de la sensibilité organique. Il semble que sa personne soit composée d'une foule d'individualités, ayant chacune conscience d'elle-même et volonté, mais sans lien entre elles. Cependant, tous les organes
SoLLiER. — Émotions. il\
CÈNESTHÈSIE CÉUÈBRALE ET ÉMOTION paraissenl bien avoir leur sensibilité normale ; qu'on cherche h la rendre plus parfaite encore, et il ne se produit plus aucune ri'action motrice ou sensilive. Toutes les fonctions de l'organe s'accomplissent parfaitement, et les points douloureux du crâne correspondant aux divers centres corticaux, moteurs, sensoriels, vasomoteurs ou viscéraux, n'existent plus (el la sensibilité crânienne est revenue dans foute la région correspondant au cerveau organique). Ordonnons alors au sujet de sentir sa tête, son cerveau, en dehors des phénomènes subjectifs et objectifs qui se passent du côté de la tête, nous voyons à un moment donné sa personnalité se modifier brusquement, et, si on l'interroge ou si on lui rouvre les yeux ù. ce moment, on est surpris de le voir accuser un, âge plus ou moins antérieur à celui qu'il a réellement, et se croire à une tout autre époque, dans de tout autres circonstances que celles actuelles. Il y a régression de sa personnalité. Continuons de réveiller sa sensibilité cérébrale, et nous le voyons alors recouvrer successivement tous ses souvenirs, repasser par toutes les phases de son existence, et présenter tous les phénomènes successifs de sa maladie. Il va ainsi se rapprochant de plus en plus de l'époque actuelle, et, quand il y est parvenu, il se met fi présenter dans tout le corps, de la tfite aux pieds, des réactions nouvelles, généralisées, et qui aboutissent en fin de compte k son réveil complet. Sa personnalité ancienne se trouve alors raccordée avec la présente, et on a la notion nette, quand on assiste à ces phénomènes, de ce raccord, de cette fusion, de cette cohésion qui se produit entre les divers éléments, jusqu'alors épars, de la personnalité du sujet. Il a alors tous ses souvenirs, et la conscience très nette de l'unité de sa personnalité