‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 48 sur 70 · RÉVEIL CÉRÉBRAL · texte numérisé non relu

RÉVEIL CÉRÉBRAL

actuelle dans l'espace et de sa continuité dans le temps. » En même temps, il sent sa volonté revenue, il se sent redevenu lui-même. « Je sens que c'est moi qui veux maintenant », disent certains malades pour exprimer ce sentiment.

Ce qu'il y a d'intéressant pour nous dans ces phénomènes qui, au point de vue psychologique général, prêtent à une foule de considérations, c'est que les sujets qui les présentent se rendent constamment compte de ce qui se passe dans leur cerveau, et non seulement d'une façon vague, mais en le localisant parfaitement. Lorsque ce sont les centres corticaux organiques qui recouvrent leur fonctionnement, le sujet indique nettement avec le doigt la région de son crâno qui correspond au centre dont l'activité reprend, et lorsqu'il s'agit en dernier lieu du retour du sentiment du moi, de la personnalité, à la fin de la progression qui suit la régression de cette personnalité, il localise non moins bien toutes les sensations dans les lobes préfrontaux. Les sujets capables de présenter ces phénomènes sont extrêmement communs; les méthodes de réveil cérébral sont à la portée de tout le monde. Rien n'est donc plus facile que de répéter ces expériences tout à fait démonstratives. Tous ceux qui les ont reproduites ont reconnûtes phénomènes que j'avais décrits, d'une manière identique. S'il plaît à beaucoup de les nier ou de les critiquer sans avoir pris la peine de les vérifier, je me permettrai de négliger leurs jugements.

Meynert reconnaissait la cénesthésie cérébrale, car dans son hypothèse sur la nature du plaisir et de la douleur physique, hypothèse qu'il appliquait également au plaisir et à la douleur morale, il admettait à la fois

jCënesthésië cérébrale et émotion une sensibilité spéciale des ccutres elle rclcutisscmcnl dans la conscience des réflexes et contractions musculaires.

Que la eéneslliésie cérébrale existe, c'est donc là un fait qui me parait absolument bors de doute et qu'il est trôs facile de mettre en évidence. C'est par elle que nous avons le sentiment de notre existence, de notre personnalité physique, lorsqu'il s'agit des régions du cerveau renfermant les centres des fonctions organiques ; c'est par elle que nous avons le sentiment de notre personnalité passée, et de notre personnalité morale, quand il s'agit du cerveau psychique, du lobe préfrontal. Il n'y a donc pas une sensibilité cérébrale, une cénesthésie cérébrale unique, homogène. Elle dépend de l'activité des divers centres du cerveau, et à chacun dé ces centres sont dévolues des fondions spéciales — soit organiques, soit psychiques.

j'ai montré que, lorsque les différents centres corticaux inhibés dans l'hystérie recouvrent leur activité, le sujet a conscience des réactions qui se passent au niveau (Je l'organe en rapport avec eux, et même, dans certains cas, de sa forme et de sa structure (autoscopie)'. Or, au moment oii le fonctionnement du centre cortical est redevenu normal, ces sensations cessent de se produire, le sujet n'a plus aucune conscience de ce qui se passe au niveau de sou organe. Il en est de môme pour le cerveau. Nous le sentons pendant qu'il recouvre son fonctionnement. Dès qu'il a repris son activité normale, nous ne le sentons plus. Quand je dis que nous ne le sentons plus, ce n'est pas exact. Noua ne le percevons plus isolément et consciemment. Le sentiment

. Les phénomène

. i vol., Hai'is, F. AliM

SIÉIÎE DES KMOTIOKS 2i3

que nous en avons s'est fondu dans la masse des sensations que nous avons de tout notre organisme, et qui nous donnent le sentiment général de notre existence, de notre personne, de raCme que toutes les sensations qui nous viennent du fonctionnement de nos viscères sont fondues entre elles, et ne nous apparaissent d'une façon spéciale et indépendante que si le fonctionnement de ces viscères subit un trouble quelconque. Nous n'en sentons pas moins que notre estomac travaille, ou que notre cœur bat plus ou moins fort, etc. De mi''me aussi nous sentons nettement quand notre cerveau travaille et fonctionne d'une façon active. Et il est vraiment surprenant qu'on ait cherché ailleurs ta source et la cause des sensations qu'on pen-oit dans la tête, sous rinHuence d'actes qui ne peuvent avoir que le cerveau pour siège, qu'on l'ait cherchée dans des conditions extérieures à lui et dans des organes autres que lui (muscles du crâne, méninges, différences de pression intracrjlnienne, variations de circulation cérébrale, etc.).

Pour moi donc, l'activité propre du cerveau donne lieu à des sensations cénesthésiques spéciales, et l'émotion n'est que le sentiment des modifications moléculaires qui se produisent dans le cerveau dans des conditions de diffusion et d'intensité particulières que nous allons étudier.

l Mais auparavant nous devons trancher une question qui se trouve implicitement résolue par tout ce que nous avons vu précédemment, et principalement par , l'admission de la cénesthésio cérébrale, c'est celle du iège des émotions.

A toutes les époques, on trouve les ébauches des

îll CÈNESTHKSIE CÉHÉBRALE ET ÉMOTION

drux théories acluolles, les uns localisant les passions dans les viscères, les autres dans le système nerveux central. Bichat disait : « Le cerveau n'est jamais affecté par les passions, qui ont pour siège exclusif les organes de la vie interne. » Avec Gall et Bell, le cœur est dépossédiî de son rôle prépondérant, et celui des viscères disparail presque. Ce qui a toujours frappé comme une chose spéciale dans les phénomènes émotionnels, ce sont les troubles viscéraux et vaso-moteurs. Voflà en somme ce qui les distingue nettement des autres pro-cessHS psychiques. J'ai déjà insisté longuement sur les raisons qui permettaient d'expliquer pourquoi cestrouhles prédominaient dans les étals émotionnels, tant à cause de leur diffusion plus grande danj; le cerveau, de la délimitation moins précise, des centres viscéraux et vaso-moteurs, que de leur importance dans la constitution du sentiment de notre personnalité.

On a donc cherché dans les centres vaso-moteurs l'origine des émotions, en pensant que si les viscères ou la circulation présentaient des troubles, ce n'était pas directement sous l'inQuence des sensations ou desidées, des images ou des représentations, mais par l'intermédiaire des centres vaso-moteurs.

Sergi place dans la moelle allongée les phénomènes affectifs en général (douleurs, plaisirs, émotions), en raison du grand nombre et de la nature des noyaux nerveux quelle renferme et qui agissent sur le cœur, les vaisseaux, la respiration, les sécrétions, les mouvements intestinaux. « Le nœud vital de Flourens, dit-il, est le centre vital et doit f'ire aussi le centre du plaisir et de la douleur, qui ne sont que des altérations des fonctions de la vie organique, 'i Le cerveaun agirait que" de deux façons: comme moyen de rendre conscients tous.

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