‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 51 sur 70 · SIÈGE DES ÉMOTIONS SI · texte numérisé non relu

SIÈGE DES ÉMOTIONS SI

viscérales, vaso-motrices, ou au contraire de sa possibilité sans elles. Il dit. en effet, d'une part que c'est dans la sphère tactile que se reflètent psychiquemenlles états affectifs du corps, et d'autre part que c'est de ce centre que partent les mouvements émotifs correspondants. Ces deux affirmations ne sont-elles pas contradictoires? Que sont des états affectifs du corps? Un état corporel n'est ni affectif, ni non affectif. Ce qui lui donne un ton affectif, c'est le sentiment qui accompagne les modifications qu'il provoque dans le cerveau. Admettre que l'état corporel puisse être par lui-même affectif, c'est adopter la théorie périphérique de TémotioD. Mais en disant que c'est du centre cérébral que partent les mouvedients émotifs correspondants c'est adopter la théorie centrale de l'émotion. Dans le premier cas l'état corporel est la cause, dans le second il est l'effet de l'émotion.

Je crois que la confusion vient de ce qu'on a fait une distinction entre les émotions d'origine périphérique et celles d'origine interne, entre les émotions nées à l'occasion d'excitations périphériques, et celles nées sous l'influence de représentations. Le processus n'est cependant différent qu'en apparence dans les deiix cas. Lorsqu'une excitation portée sur la périphérie — surface extérieure du corps, ou organes internes — se produit, elle est transmise à la sphère tactile cérébrale de Flechsig. Mais là il peut se produire deux choses, suivant ses qualités spéciales d'un côté, suivant l'état d'excitabilité, d'émotivité, du cerveau de l'autre, à savoir qu'elle s'accompagne ou non d'émotion, suivant que l'énergie cérébrale libérée par son action diffusera à travers le cerveau, ou produira seulement l'effet utile, la réponse adéquate. S'il y a diffusion de l'énergie,.

â» CÈNE3TI1ÉSIE CÉRÉBRALE ET ÉMOTION

on verra survenir des réaclions périphériques, non directement régies par le centre cortical où aboutit l'excitation, et le sujet éprouvera de l'émotion. Geilc-ci provient-elle du sentiment des moditicallong diffuses du cerveau, ou du sentiment des modifications périphériques organiques et vaso-motrices ? II faut toujours en revenir à cette éternelle queslion.

Je crois l'avoir suffisamment disculée fi propos de la cénesthésie cérébrale pour n'y pas revenir. Toutefois il paraît évident que, si l'émotion est essentiellement constituée par le sentiment des changements cérébraux, les sensations difTuses qui proviennent des changements organiques en conséquence des premiers doivent augmenter encore le trouble cérébral. Et ceci nous explique la possibilité de refréner ses émotions en empêchant ses manifestations périphériques de se produire, ou en dérivant soit ses mouvements, soit sa pensée sur des objets différents de ceux qui ont provoqué l'émotion. On connaît te célèbre exemple de Kant qui, tourmenté par des accès de goutte qui l'empêchaient de dormir, arrivait à s'assoupir en fixant sa pensée sur Cicéron et en détournant ainsi son attention des sensations douloureuses qu'il éprouvait. Tout le monde a pu faire sur soi-mi^me l'expérience que, pour dissimuler une émotion, il faut parler, agir, et qu'en for(;ant ainsi son attention, on empêche les réactions éniolionnelles de se produire d'une façon apparente, tandis que c'est tout le contraire si on cesse de s'occuper ou de se mouvoir. Ainsi agissent les érêutopbobes qui, pour dissimuler leur rougeur, se mettent à parler à tort et à travers, ou à faire n'importe quoi, même de déplacé.

Lorsqu'il s'agit d'excitations produites par des représentations — et dans un certain nombre de cas c'est

IMOTIONS

une excitation externe qui provoque des représentations, ce qui revient au mOme — la succession des phénomènes est semblable. Suivant le contenu de la représentation d'une part, et suivant l'excitabilité, rémotivité du cerveau de l'autre, il y a ou non émotion. Si la représentation est telle, par exemple, qu'elle comporte avec elle des représentations associées très nombreuses, et principalement dans la sphère viscérale et vaso-motrice, atteignant par conséquent la personnalité d'une façon très étendue, la diflusion même des changements cérébraux pour produire ces nombreuses représentations amènera l'émotion, renforcée, comme dans le cas précédent, par les sensations émanées des changements corporels, résultant des diverses représentations, c'est-à-dire de la mise en branle des divers centres aensilivo-moteurs qui sont en même temps, selon moi, des centres de répi-ésentation. Si, cependant, le cerveau offre une assez grande résistance aux courants d'énergie libérée dans la représentation primaire, les centres où pourraient se produire les représentations secondaires qui lui sont associées ne seront pas ébranlés, et l'émotion ne se produira pas. 11 ne nie^araît donc pas plus juste de dire que la Siplière tactile, disons même tout le cerveau que j'appelle oi^anique, reflète psychiquement les états affectifs du corps, ou de dire que c'est de ce centre que parlent les mouvements émotifs correspondants, suivant que l'excitation vient de la périphérie et est organique, ou vient du centre et est psychique. Dans l'un comme dans l'autre cas, le cerveau : organique est le seul siège central de l'émotion. L'évocation d'une représentation est une excitation aussi périphérique qu'une impression produite sur un organe du corps, le centre d'aperception étant aussi périphéri-

«i CÈNESTUlisiE CÈBÉBRALE KT ÉMOTION

les expliquer sans en 6lre Iroubli! de la même fa(,'on. Enfin le trouble paraît se localiser surtout dans les centres sensoriels de l'atidilion, sous forme d'hallucinations, et le sujet n'éprouve plus d'émolivité spéciale, d'inquiétude, d'angoisse. II sait ce dont il s'agit, et que ce qu'il ressent ne vient pas de lui, mais du dehors.

Nous voyons donc l'émotion résulter à la fois de la nature fonctionnelle des centres troublés et de la conscience de ces troubles. Elle est, en effet, d'autant plus grande que les centres d'où résulte le sentiment de la personnalité — centres organiques — sont surtout en jeu, et diminue à mesure que le trouble des contres sensoriels vient s'y substituer, ou du moins s'y associer d'une fa<;on prédominante, c'est-à-dire, par conséquent, des centres qui jouent un rôle secondaire dans la formation de la personnalité, puisqu'ils ne sont impressionnés que du dehors. Ceci confirrac donc ce que nous disions plus haut de l'importance du sentiment de la personnalité dans la genèse des émotions.

D'autre part, nous voyons que le sujet a d'autant plus d'émotivité qu'il a plus conscience que l'origine de ses troubles est en lui. Bien qu'il les rapporte à la périphérie, par la loi générale de projection de nos sensations centrales, il n'en a pas moins conscience des changements qui s'opèrent dans son cerveau. Et il sent si bien que ce sont des troubles cérébraux et non pas périphériques, qu'il vient consulter les médecins, non pour ses troubles organiques, mais pour l'inquiétude qu'il a de devenir fou. Le jour oii il cesse d'avoir conscience de ses modifications corticales, le jour où il cesse d'attribuer ses impressions à des causes internes et personnelles, le délire intellectuel, basé sur des sensations extériorisées, est constitué, et l'émotion a disparu.

GONFDSIUN MENTALK 2*8

L'émotion paraît donc bieu liée à la conscience des modifications moléculaires de l'écorce elle-même, et priacïpalemiint de la sphère lacliie dans son ensemble.

Dans la confusion mentale, les choses se déroulent toutdifréremment. Le sujet a immédiatement conscience qu'il se passe quelque chose d'anormal dans son cerveau, et il est dans un état d'inquiétude et d'angoisse quelquefois très intense au déliut. Cet état de confusion mentale est en réalité un état de confusion cérébrale, soit par infection, soit par une secousse physique ou morale violente, qui se traduit dans tous les modes de l'activité du cerveau, moteur, organique et psychique. Une fois la maladie constituée, on ne peut plus constater d'émotion à proprement parler, le sujet n'ayant plus qu'une notion très vague de ce qui se passe autour de lui et en lui. Or, en raôme temps, il n'a plus conscience qu'il se passe quelque trouble dans sa tête, comme il le sentait au début. 11 peut encore être agité au point de vue moteur, avoir des désordres organiques ou sensoriels, par suite des troubles variables de son écorce cérébrale ; il n'a plus d'émotion morale.

Nous voyons donc, dans un cas, l'émotion disparaître lorsque le sujet n'a plus conscience de l'origine cérébrale de ses troubles et les rapporte à des causes extérieures ; et, dans l'autre, lorsque la confusion s'étant étendilfe à la sphi^re psychique du cerveau, la conscience est obnubilée.

D'où la nécessité de la conscience des modifications de la sphère organique pour que l'émotion puisse avoir lieu. L'émotion nous apparaît donc comme un phénomène purement physiologique, qui ne prend son caractère affectif que lorsque le sujet a conscience des moditications cérébrales qui le constituent. Elle a donc

- Ëiuolions, 13

îai CÉNESTUKSIE CÉHÉltBALE ET ÉMOTION

pour siège loulc l'élendiu' do IV'COice cérébrale: la spiière organique el principaleiuent la sphère laclïle de Flcchsig, coiume lieu des changements moléculaires dilTus (|Ut conslituenl son aspecl physiologique, et la sphère psychique, le lobe prtifronlal, comme lieu de conscience de ces changcmeuls moléculaires, qui constitue son aspect psychologique et moral.

Ces deux éléments sont indispensables pour qu'on puisse dire qu'il y a véritablement émotion. Si une perception était simplement consciente, sons que le sujet eût en même temps conscience des changements moléculaires diffus accompagnant cette perceptiou, il y aurait simple phénomène cognitif, absolument comme si cette perception n'eût entraîné aucun changement moléculaire difTus. On ne saurait donc attribuer plus d'importance à l'un ou l'autre élément dans la constitution de l'émotion. Il est toutefois évident que si les changements moléculaires diffus ne se produisaient pas dans le cerveau, il ne pourrait pas y avoir d'émotion. Le phénomène physique précède toujoursle phénomène psychique, et ne lui est pas seulement parallèle.

W. James proposait une expérience cruciale pour démontrer sa théorie, expérience malheureusement irréalisable, par suite de la contradiction de ses conditions. On pourrait en proposer une autre pour démontrer la théorie centrale de l'émotion, qui serait d'aillenrs presque aussi irréalisable. Elle consisterait à provoquer chez un sujet tous les phénomènes périphériques qui accompagnent et traduisent les émotions, en n'agissant bien entendu, pour les produire, que sur les appareils périphériques, et en laissant absolument de côté toute intervention de l'écorce cérébrale. Les sensations eon-

THÉORIE PÉRIPHÉRIQUE '3â1

scienles perçues par le cerveau sous Tinfluence de ces phénomènes s'accompagneraient-elles ou non d'émotions?

Certains faits paraissent au premier abord plaider en faveur de la première thèse, qui est celle de James et surtout de Lange. Pour ce dernier en effet, tout se réduirait dans Témotion à deux ordres de phénomènes : 1® d'innervation musculaire ; 2® vaso-moleurs. De ces deux termes, lequel est primitif ou sonl-ils égaux? Lange pense que les modifications de l'innervation motrice volontaire ne sont pas la cause des phénomènes vasomoteurs. L'inverse est-il vrai alors ? Lange le pense : les moindres variations de la circulation modifient profondément les fonctions du cerveau et de la moelle.

Pour lui, la joie du vin, du haschisch, est d'origine toute physique et tient aux modifications que ces substances produisent dans la circulation. Dès lors il en conclut que Thypothèse psychique n'est pas indispensable. Mais il ne s'agit pas de l'origine ou de la nature psychique des émotions, il s'agit de leur nature périphérique ou cérébrale, centrale. Lange est-il bien sûr que le vin et le haschisch agissent seulement sur la circulation et non sur le système nerveux central ? Est-il bien sûr que la joie qui en résulte provient de ces modifications circulatoires perçues par le cerveau, et auxquelles participe d'ailleurs le cerveau lui-môme, ce qu'il paraît oublier, ou au contraire que ces modifir cations circulatoires ne sont pas, au même titre que la joie, la traduction de l'excitation cérébrale produite par le vin ou le haschisch? Il suffit de connaître l'action physiologique de l'alcool et du haschisch pour résoudre cette question, et conclure que c'est l'action sur le système nerveux et le cerveau en particulier qui est prédominante.

:ËNESTHËS1E CËBÉBRALE ET ÉMOTION

Je ne sache pas que l'augmenta Lion de la circulation périphérique produite par des frictions, ou des applications chaudes, ou par la réaction que produit la chaleur aprts l'exposition au froid, amène de lajoie. El ce qu'on peut dire de la joie, on peut le dire de la tristesse, ou de la peur. L'iiomnie qui tremble ifc froid, dont la vaso-constrictiou est plus ou moins forte, n'éprouve en aucune façon la peur, quoique les phénomènes périphériques qu'il présente soient ceux que Lange donne comme caractéristiques de la peur.

J'ai cité une mélancolique, que G. Dumas a signalée dans son livre sur les Etats intellectuels dans la mélancolie, et qui, tremblant, ayant de la vaso-constrictiou comme les mélancoliques anxieux, me disait : « Voyez comme je tremble ; Iremblerais-je si je n'avais commis quelque crime? o Elle n'éprouvait en aucune façon l'émotion de la peur, elle cherchait simplement àinterprélcr rationnellement ses manifestations extérieures, non par un sentiment ou une émotion qu'elle ne ressentait pas, mais par l'hypothèse d'un acte qui aurait pu les amener.

Voici un autre exemple. Une jeune fille, grande hystérique avec tous les stigmates classiques delà névrose, et atteinte d'un grand nombre d'accidents viscéraux, présente, en outre, des troubles circulatoires, respiratoires très marqués, et une anorexie 1res tenace. Elle est triste, s'ennuie, a du dégoût de la vie. Je réveille sa sensibilité : la chaleur reparaît à la périphérie, la circulation se rétablit, les troubles respiraloires disparaissent, l'appétit revient. En même temps elle éprouve un sentiment debien-être général, son ennui disparait, et elle envisage d'une façon tout autre l'existence.

Au premier abord on serait tenté de trouver dans un

THÉORIE VASO-MOTRICE i:as de ce g^enre une confirmation de la Ihéorie de Lange, les troubles circulatoires et périphériques amenant chez elle de la tristesse, qui disparaît avec le retour normal des fonctions. Mais en réalité est-ce sur la périphérie que j'ai agi en réveillant sa sensibilité? En aucune façon. C'est uniquement sur son activité cérébrale, et c'est le retour du fonctionnement cérébral normal qui a amené la disparition des troubles périphériques et de l'état moral dépressif qui en était le pendant.

Lange invoque à l'appui de sa tlièse l'action de certaines substances médicamenteuses ou des étals maladifs névropathiquesou psychopatliiquea produisant des modifications vaso-motrices p<Sriphériques, et il attribue ensuite à ces derniers les phénomènes émotionnels qu'on observe parallèlement. Malheureusement, il est très facile de s'apercevoir que les substances qu'il cite ont une action directe sur le cerveau, et que ce n'est que par l'entremise du système nerveux central que se produisent les modifications vaso-motrices. Il est donc tout aussi vraisemblable d'admettre que c'est le trouble cérébral qui amène l'état émotionnel que de le regarder comme la conséquence des troubles vaso-moteurs. Cela paraît encore plus évident, lorsqu'il s'agit d'une névrose ou d'une psychose dans laquelle le cerveau se trouve primilivement atteint.

De quelque façon qu'on s'y prenne, c'est toujours le cerveau et le cerveau seul qui joue le rôle principal. Les modifications périphériques qui se produisent sous une influence extra-cérébrale ne s'accompagnent pas d'émotions, et quand on voit un état émotionnel accompagnerdes phénomènes vaso-moteurs, on s'aperçoit que j ceux-ci sont sous la dépendance d'un trouble cérébral.

230 cfcNKSTIIÉSlE CKRKUHALE ET ÈilOTIOS

11 est cepcntlaiil encore un ordre de faiis qui paraît venir à l'appui de la th&se p«5riphérique de l'émotion. Cc sont les expi^iiences bien connues de Paul Richeret de Charcot, sur les altitudes passionnelles déterminées arti&ciellemanl par rexpérimentaleur chez des hystériques hypnotisées el plongées dans la catalepsie. On sait que, sous l'influence de ces altitudes, on voit se développer chez le sujet des sentiments conformes à l'attitude imposée.

Il semble bien dans ces cas qu'il s'agisse d'un sentiment d'origine périphérique, et que ce soit l'élément moteur qui soit le point do départ de l'émotion. Il n'en est rien cependant, ai l'on veut aller au fond des choses. Les sujets qui présentent ces états cataleptiques ne sont en aucune façon comparables à des sujets normaux. Ils se laissent imposer sans la moindre réaction une altitude qu'ils conservent d'une façon en quelque sorte indéfinie sans fatigue. Il semble que leurs centres, une fois mis dans un certain étal, conservent cet état tant qu'une cause extérieure ne vient pas y apporter un changement quelconque. C'est la malléabilité et l'inertie absolues. Le système musculaire, dont les réactions sont à tous égards si semblables à celles du système nerveux, au point de vue physiologique, traduit d'ailleurs exactement l'état des centres qui sont rais en jeu dans les différents mouvements et attitudes provoqués. Mais, d'autre part, on sait que dans ces cerveaux la tendance à la systématisation est pousséeà son maximum.

La mise en un certain état d'un centre quelconque entraîne donc automatiquement l'état correspondant des centres qui lui sont ordinairement associés, soit moteurs, soit sensoriels, soit viscéraux. II suffira de

ATTITUDES PASSI0NNE1 yéterminer piisslveraent le gesie le plus cararfi'Tistiqiie comme expression d'une émotion, pour voir se grouper autour de lui tous les autres gestes qui l'accompagnent ordinairement, et se constituer ainsi l'attitude passionvnelle générale. Mais, tous les centres moteurs et vaso- ■'inoteurs ou viscéraux, ordinairement associés, se trouvant ainsi mis dans un état ancien, éveillent tout naturellement le sentiment adéquat à cet état, c'est-àdire rémotion.

Ce n'est donc pas la modification du système mus- ^«ulaire qui provoque l'émolion. Par suite de l'état f spécial du sysiènie nerveux dans la catalepsie, il y a une Kliaison absolue et réciproque entre le mouvement et le pcentrc cortical du mouvement. Une fois un des centres [■ moteurs mis dans un certain élat, les autres centres morteurs qui lui sont ordinairement associés se mettent à D'ieur tour dans l'état oii ils sont habituellement par rap- Fport au premier, et cet état cérébral s'acconipagnant «l'un sentrment spécial en temps ordinaire se trouve de i sorte éveillé automatiquement. L'émotion se trouve l^ainsi constituée avec son e.\presslon extérieure et son («entiment intérieur. Mais on voit qu'en réalité c'est Hniquement la mise en jeu des centres corticaux, de tëcorce cérébrale, qui produit le phénoraèno des attîudes passionnelles, elle sentiment qui les accompagne. Les acteurs qui excellent le plus à exprimer les motions ne les ressentent pas. et si certains ont, à la Ëbnite, de la fatigue, de l'épuisement physique, cela tient ■ exclusivement à l'effort considérable, à la dépens^ iinervouse énorme, qu'ils sont obligés de faire pour re- Iproduire exactement les sentiments el les émotions iqu'ils sont chargés d'exprimer.

I Tous leS faits quon peut invoquer pour prouver

lLE et EMOTION qu'ane émotion peutnaîlre direcleraent sousTiafluence de modifications vaso-rootrices périphériques, ou de changements périphériques d'une façon plus générale, aboutissent donc à cette constatation qu'il s'agit toujours, au contraire, d'une action directe des centres ner* veux, de la mise en jeu primitive de l'écorce cérébrale, et confirment l'opinion que l'émotion est toujours et essentiellement un phénomène cérébral.

Mais il y a d'autres considérations qui ressortent de ces faits. J'ai déjà dit à la fin du chapitre u qu'on pouvait distinguer les états émotionnels en statiques et dynamiques. Il nous faut y revenir ici. Il semble que cette distinction ait échappé aux psychologues, ou du moins qu'ils ne lui aient pas accordé l'importance qu'elle me paraît avoir au point de vue de la nature des émotions. A la suite des partisans de la thèse physiologique ou périphérique, de W, James et de Lange, aussi bien que des partisans de la théorie iiilellectualiste, pour laquelle tout élat all'ectif n'existe que par le rapport réciproque des représentations, on a presque uniquement considéré l'émolion comme liée à un changement, à un mouvement, que ce changement soit à la périphérie ou dans le cerveau, que ce soit le changement de la périphérie qui amène celui du cerveau ou inversement. Il est bien certain que l'émotion est liée à un changement, et nous avons essayé d'établir que c'étaitun changement moléculaire diffus du cerveau quilaconstituait esscntiellementet primitivement. Mais ce n'est pas tout, il y a en plus de ce changement, de ce mouvement tout physique, un sentiment qui s'y ajoute, et sans lequel on ne peut pas dire qu'il y ait à proprement parler émotion. Et je me suis efforcé de montrer

►S" el

lOTION STATIQUE • W3

[Ue c'était la conscience des modiUcaLions cérébrales et non pas des changements vaso-moteurs, viscéraux, moteurs, périphi^riques en un mot, qui constituait le sentiment spécial appelé émotion.

Mais on peut objecter que le cerveau est dans un état de perpétuelle modification. Son activité augmente ■sur nn point pour diminue)' surun autre, elle s'exagère m se ralentit partout à la fois suivant les moments. C'est un état d'instabilité continuelle, et cependant ce t'hangement incessant, el dont le sujet a conscience, ne pagne d'émotions que dans certains cas. La noion de changement, de mouvement, n'est donc pas suf- ;sante, qu'on le place à la périphérie ou dans le cerveau. 11 faut encore que ce changement, ce mouvement présente des caract&res particuliers et c'est ainsi que j'ai été amené à considérer sa diffusion dans le cerveau, et par suite dans le reste de l'organisme, d'une façon inadéquate à l'excitation, comme sa caractérislique, cette diffusion dépendant d'ailleurs des considérations d'excitabilité, d'émolivité du cerveau.

Mais si, dans la majorité des cas, l'émolion peut Sire considérée comme le sentiment des modifications diffuses qui se produisent dans l'écorce cérébrale, j'ai déjà ;nalé à propos de l'évolution du processus émotiontel, qu'il n'en est pas toujours ainsi, et qu'on observe des cas dans lesquels l'éraotion esl fixe, où le sentiment qui la caractérise est permanent. Pour pathologiques qu'ils soient le plus souvent, ces cas s'observent néanmoins, quoique d'une manière moins accusée, moins nette, à l'état normal. Ils suffisent pour nous montrer qne si, au début, le sentiment émotion est loujours lié lUx changements qui se produisent dans l'écorce céréirale, il persiste encore si ces changements deviennent

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