I.K PLAISIR ET LA DOULELK
puisent, — sous l'influence des excitations portées, soit [sur les sens externes, soit dans le milieu int<^rieur sur nés organes — , de la même façon, lorsque les animaux ■sont décérébrés que lors(|triis sont intacts (Mantegazza), let qui cessent, par contre, par l'anestlK'sir chlorofor- I inique {François Franck).
On voit que si le cerveau n'intervient pas, la doitleur n'existe pas, bien que les réactions qui accompagnent ordinairement les excitations douloureuses se [ produisent. La douleur est donc un épiphénomène et I tient à un processus cérébral, les réactions aux cxcita- I lions étant purement réflexes et nes'accompagnant par |[elles-mêmes d'aucun caraclf-re affectif.
La douleur serait le résultat d'une sommation, el, »U8 ce rapport, on a émis deux théories. Pour les uns IL douleur serait nne sensation, pour les autres ce ne raerait qu'une qualité de la sensation. La douleur n'est ^certainement pas une sensation spéciale. Il n'y a pas de Kberfs spéciaux de la douleur, quoi qu'on en ait dît, et Selle n'a aucun des caractères de la sensation en géné- Ws&\. Elle accompagne ou n'accompagne pas des sensations ; elle n'est pas elle-même une sensation.
La douleur, considérée co,mme une qualité de la senlation, se confond souvent avec l'intensité de l'excita- Kon. Mais l'intensité n'est pas suffisante, et la douleur lend souvent plus de l'excitabilité du sujet que de «'excitation elle-même. Nousavons fait la même rcmarif^ue à propos de l'excitation et de l'émotion ; c'est l'émo- Rvîté du sujet qu'il faut surtout considérer.
On a attribué la douleur h des phénomènes chimi-
||ues dans les tissus et dans les nerfs. Mais ce sont lîi
s causes el non le mécanisme de la douleur, ni sa na-
îitl ' RErilKSKNTATinN ET ÉMOTION
■i La douleur, dil Oppenhelmer, n'est pas le plus haul degri^ de la sensation qui se produit dans les organes des sens spéciaux, maïs la âensalion la plus intense qui se produit dans les nerfs vaso-moteurÈ sous l'inlluence d'une violente excitation. •• Remarquons qup la sensation ne se produit pas plus dans les organes des sens spéciaux que dajis les nerfs vaso-moteurs ; elle se produit dans le cerveau, c'est lu seulement qu'elle est perçue en lantque phénomène affeclif.
Quand à atlrîhuer la douleur à une violente excitation, ou à la sommation de petites excitations, cela ne me paraît gii&re soutenable. Une légère excitation peut prodnire une vive douleur, alors qu'une très violente peut être presque indolore. Une névralgie dentaire peut être insupportable, alors que le Lroiemeat d'un membre, une blessure grave h la guerre, peuvent passer presque inaperi^us pendant quelque temps, suivant le degré d'attention du sujet.
Si l'attention du sujet peut ainsi modifier la douleur, cela prouve qu'elle est bien un phénomène cérébral, un phénomène de conscience. Mais conscience de quoi? Des altérations organiques provoquées par l'excitation ; des excitations elles-mêmes ; des effets da ces excitations sur le cerveau lui-mt^nie
On a dit que la douleur tenait à une désorganisatioavitale. Désorganisation des nerfs ou dps tissus ? Pas des tissus assurément, car nous voyons les altérations les plus destructives des tissus, comme le cancer, évoluer sans donner lieu à des douleurs, tant que les filets nerveux ne sont pas atteints. Désorganisation des nerfs, certainement. Mais ce n'est pas une condition nécessaire. S'il est vrai qu'une excitation assez violente pour désorganiser un nerf cause de la douleur, nous voyons
LA DOULEUR 2i7
la dégénérescence de ce môme nerf, produite par une névrite par exemple, n'entraîner parfois que des douleurs peu intenses.
Il faut, au contraire, que le nerf soit dans les meilleures conditions de fonctionnement possible. Si ce fonctionnement est troublé, il peut en résulter une hyperesthésie qui rend toute excitation douloureuse. Ce n'est plus alors que l'excitabilité du nerf qu'il faille envisager, et non pas l'intensité de l'excitation, ni son pouvoir désorganisateur.
Nous voici donc arrivés à éliminer successivement comme cause du sentiment de douleur, la désorganisation vitale des tissus, et même des nerfs, et l'intensité de l'excitation, et à regarder comme essentielle l'excitabilité nei^veuse.
Mais est-ce là qu'il faut s'arrêter ? Si le nerf est indemne d'altération, mais a simplement une excitabilité trop grande, qu'en résulte-t-il ? C'est que le cerveau est lui-même impressionné d'une façon excessive, et qu'une excitation qui, en se propageant dans un nerf normal, ne déterminerait qu'une sensation parfaitement tolérée, en produit une au contraire très douloureuse, comme s'il s'agissait d'une excitation violente. C'est le sentiment, non de ce qui se passe dans le nerf centripète, mais dans le cerveau lui-môme, qui est douloureux.
Est-il besoin pour cela qu'il y ait désorganisation du cerveau? S'il en était ainsi, les cerveaux soumis à des violentes excitations douloureuses plus ou moins répétées ne résisteraient pas longtemps. Mais ce qui prouve que le phénomène douleur tient à autre chose, c'est que, lorsque le fonctionnement du cerveau reparaît après avoir été suspendu, inhibé, ce retour de fonction s'ac-
RKPHÈSE.\TATlfiS ET blIITION
compagne toujours de douleur. J'ai sIgDiik= le fait cliez les hystériques, où on peut l'observer d'une fat^on constante el remarquable, en particulier au moment de la restauration de la mémoire chez les sujets frapjiés d'amnésie rétrograde. La douleur peut donc accompagner, non pas un processus de désorganisation, mais au contraire un pi-ocessus de réorganisation fonclionnello, Comment donc la douleur peut-elle se produire dans ce cas, et aussi daus celui on une excitation intense agit sur le cerveau? Je crois que cela tient uniquement à la difficulté qu'opposent les éléments nerveux à réagir k l'excitation. Les deux cfts, en apparence dissemblables, se ramènent en réalité à une seule et même chose. Prenons un centre cérébral inhibé. Sous l'influence d'une excitation forte, il va se produire dans les cellules de ce centre un ébranlement moléculaire qui va lui permettre de se remettre dans son état de fonctionnement normal. Mais ce n'est paasans opposer à l'excitation une force d'Inertie proportionnelle à son degré d'inhibition. C'est la difficulté qu'éprouve la force vive de l'excitalion à vaincre cette force d'inertie du centre inhibé, que le centre psychique perçoit d'une façon qu'on qualifie de douloureuse. Si, au lieu d'être dans un élat de fonctionnement amoindri, le centre est Jans son e'tat normal, l'excitation, quand elle estforte, rencontre la même résistance, la même force d'inertie, pour le mettre dans un état d'activité supérieur, non pas seulement à sa moyenne normale, mais k son maximum normal- La douleur résulterait donc de la conscience que nous avons de la difficulté qu'éprouve le courant nerveux à déterminer dans l'écorce cérébrale des changements moléculaires, que ce courant se propage de la