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LA DOULEUR

périphérie* vers le cerveau, ou d'un centre cérébral à un autre.

La douleur physique et la douleur morale sont identiques, d'après Ribot et la plupart des auteurs avec lui. La seule différence est que Tune est due à une sensation, l'autre à une représentation. Mais comme, selon moi, les centres de perception et de représentation sont les mêmes, on voit qu'en somme le fait qu'ils sont ébranlés par une excitation périphérique — sensation, perception, — ou par une excitation centrale — représentation — , ne modifie pas la conception générale de la douleur.

La douleur moralese manifeste d'ailleurs extérieurement de la même façon que la douleur physique. Pourquoi, cette identité étant admise, certaines représentations ont-elles le privilège de susciter la douleur? Parce qu'elles sont un commencement de désorganisation mentale comme la douleur physique est un commencement de désorganisation physique, dit Ribot. Mais on ne saurait assimiler la désorganisation mentale à ladésorg-anisâtion physique. La désorganisation mentale ne peiat tenir, comme les représentations qui sedissocient, qu 'à. Tallération de leur substratum physiologique, à saAToir les centres corticaux. Or, nous voyons des cas daxis lesquels cette désorganisation réelle de l'écorce "^'"^lirale, en même temps que se produit la désorgani- 5atic>xi mentale, s'accomplit non seulement sans dou- ^^^1*^ mais avec satisfaction. Tel est le cas de la paraysio générale. Cette explication paraît donc au moins "^sxif fjgg^jj^g jl j^Q semble que le sentiment de la diffi- "^'t^ (Je fonctionnement est seul en cause, comme ie ^^ <lit tout à l'heure. Quand le fonctionnement cesse ^^^ plètement il ne se produit plus de douleur.

Î50 UEPHESt:NTATinX ET KMOTIÛX

Les varîalioDS qu'on observe dans la douleur cheit les hystériques sont intéressantes à cet égard. Quand un organe commence à diminuer dans son fonctionnement — et n'oublions pas que ce n'est pas l'organe qui est en cause, mais son centre cortical — - il y a de ia douleur. Lorsque le fonctionnement est complètement arrêté, que l'inhibition du centre correspondant est absolue, (jue l'anesthésio est au maximum, il n'y a plus de douleur. Quand enfin le centre recouvre son activité et l'organe sa fonction, il se produit de la douleur. 11 s'agit là de douleur physique.

Chez les mélancoliques, la douleur morale résulte du sentiment qu'ils ont de la difhculté qu'ont les impressions à pénétrer dans leur cerveau, les associations d'idées à se faire, les volitions à se traduire en actes, et de la difliculté en somme qu'a le cerveau à réagir et h agir normalement.

Chez les obsédés, les douleurs, les phobiques, les impulsifs, on observe également une douleur morale qili va jusqu'à l'angoisse la plus vive, et même l'agitation. Elle tient à ce que deux représentations contradictoires se produisent simultanément et qu'aucune n'est suflîsante pour entraîner ses conséquences normales, l'énergie cérébrale se trouvant partagée dans deux directions divergentes, s'appliquant sur des points différents, et étant par suite insuffisante à déterminer des réactions complètes, d'une pari, et, d'autre pari, le cerveau de ces malades présentant ordinairement une atonie, une inertie particulière.

La douleur nous apparaît donc comme la conscience que nous avons de la difficulté avec laquelle se propage l'énergie à travers le cerveau, soit que l'excitation soit normale et que ia force d'inertie du cerveau soit trop

grande, soil que rexcilation soil Irop forte et que le maximum de l'élasticité fonclionnellc du cerveau soit

Le plaisir a été bciiucoup moins étudié que la douleur. Sonl-ce deux phéuomÙDt's en opposition ou n'est-ce qu'un seul phénomène de mi>mc nature, mais avec des différences de degrés, comme le pense Beaunis? Faut-il y voir le caracti-re des actions ayant une tin utile à l'individu? Ilerlicrt Spencer en fait l'accompagnement des actions modérées, et Wundt pense que la gamme du plaisir est moins étendue que celle de la douleur. On connaît peu les conditions anatomiques et physiologiques de la genèse et de la transmission du plaisir. On a soutenu enfin que le plaisir n'est qu'une sensation, comme on l'a fait pour la douleur, et qu'il serait comme elle un sens fondamental. Mais il n'y a pas d'organe spécial pour celte sensation, pas de nerfs spéciaux .

Au point de vue des conditions intérieures du plaisir, tout se résume dans un état de conscience dit agréable. Quant aux conditions extérieures, elles s'opposent à celles de la douleur et se caractérisent par une augmentation de la circulation, surtout au cerveau, de la respiration et par conséquent de la température du ' corps, avec échanges nutritifs plus rapides et augmen- ' tation des sécrétions, enfin exagération de la motricité- [ «liant quelquefois jusqu'à l'ivresse émotionnelle, I Mûnsterberg a montré que les mouvements sont centrifuges dans la joie et augmentés, centripètes dans la » douleur et diminués. On connaît la limitation des' ► mouvements, la concentration des mélancoliques. La k graphologie révèle aussi le parallélisme de l'expansion

morale et motrice ou de sa concentration. Il y a en somme dynamogénie dans les états agréables.

PourRibot, le plaisir comme la douleur est un phénomène surajouté. Comme pour la douleur, la question d'intensité n'est pas suffisante, et celle de qualité importe beaucoup. 11 n'y a pas de formule unique vraisemblablement en tous cas. Quant aux plaisirs intellectuels, ils se confondent avec les plaisirs sensoriels et ont les mêmes réactions organiques. Peut-il y avoir transformation du plaisir eii douleur, ou, du moins, comment s'opère la succession en sens contraire? Y a-t il antinomie, opposition entre les deux? Y a-t-il différence de degré seulement, avec un processus identique? Ribot pense que dans la plupart des cas, sinon dans tous, il se passe simultanément deux processus contraires, l'un dans le sens de l'augmentation, l'autre dans le sens de la diminution. Ce qui tombe dans la conscience n'est que le résultat d'une différence. La transformation de la douleur en plaisir et réciproquement n'est alors quels résultat du rythme fondamental de la vie. Ribot compare cela à ce qui se passe dans le travail musculaire, où il y a d'abord refroidissement puis échauffement, ou dans le travail cérébral, où Tanzi a montré les oscillations de la température pendant l'élaboration des idées. L'un masque l'autre. Dans le plaisir il y aurait donc excès en faveur de l'état d'augmentation sur celui de diminution.

Tels sont en peu de mots les principaux points à retenir dans l'histoire du sentiment de plaisir.

Je crois qu'il faut considérer encore autre chose : 1 a^' ténuation rapide du plaisir, qui contraste singulièrem^^^

avec la tendance à la persistance de la douleur. A q^^^ tient-elle? Tout acte difficile à exécuter, demandant "^^ effort, est pénible. Au moment où les associations ^V'

namiques se font facilemenl, c'esl-à-diie où l'énergie libérée dans un points'écoule facilemenl vers les autres points qui doivent être mis en jeu. lorsque nous sentons la disparition de l'cfiort, c'esl-îi-dire la diminution de lu, résistance au passage du courant nerveux, nous avons du plaisir, nous avons un sentiment agréable. Quand enGn ce passage se fait avec une grande facilité, antomatiquemenl, et trop rapidement pour que nous en ayons môme conscience, nous cessons d'en éprouver du plaisir.

iV'est-ce donc pas à un certain degré de facilité du passage du courant nerveux, à un certain degré de résistance au passage de ce courant, et pai' conséquent à un sentiment de cénesthésie cérébrale que nous devons le plaisir comme la douleur?

Ondiraque les douleurs s'atténuent aussi. Mais par un autre mécanisme, h mon avis. La résistance qui apparaît dans un processus ordinairement facile, par suite d'un Irouble survenu dans le fonctionnement cérébral, nous cause de la peine. Quand l'ari-êt est complet il n'y a plus de résistance, ou plutôt il n'y a plus de difficulté, il n'y a plus rien. On n'éprouve plus do peine àproprement parler, ou. c'est une peine toute négative, tout intellectuelle en quelque sorte. S'il y a inertie complète, stupeur, il n'y a plus de peine, ni aucune manifestation de douleur, pas plus que d'aucun sentiment affectif d'ailleurs.

Le plaisir et la peine ne sont donc que des manifestations d'un certain degré d'activité cérébrale, ou, pour mieux dire, d'un degré relatif dans le fonctionnement plus ou moins facile de cette activité. Il me semble donc qu'il n'y a ni opposition, ni double processus contraire empiétant l'un sur l'autre.

su REPRÉSENTATIUN ET ÉMOTION

Si le plaisir s'all(?nue plus facilement que la douleur, et si lu gamme du plaisir est moindre que celle df In douleur, la raison en est assez siuiple. Cela me paraît lenir à eo que le plaisir, s'accompagnant toujours d'un état dynami(|ue supérieur à. la normale, est limité par le maximum d'activitiî organique du cerveau. Or, la marge entre la moyenne normale et le maximum est beaucoup moins grande qu'entre celte normale et le minimum d'activité cérébrale. C'est là d'ailleurs une règle constante en biologie, et on peut en citer un exemple grossier: par engraissement intensif on peut atteindre un certain poids, mais qui, quoi qu'on fasse, ne peut aller toujours croissant au-dessus de la moyenne normale, Par l'inanition, au contraire, on peut atteindre une perte de poids beaucoup plus considérable que ce qu'on a pu gagner par l'engraissement.

D'autre part, il est toujours plus facile de retomber du maximum à une moyenne d'activité, pour un organe quelconque, que de reprendre cette moyenne quand l'activité est tombée au-dessous. L'aphorisme « qui peut le plus peut te moins » s'applique remarquablement bien à la biologie. Aucun organe ne peut se maintenir au,ssi longtemps à son maximum, ou même simplement audessus de sa moyenne d'activité qu'au-dessous de cette moyenne. Et cette considération physiologique, jointe à la précédente, me parait suffisante à faire comprendre pourquoi la gamme du plaisir est moins étendue que celle de la douleur, et pourquoi l'atténuation du plaisir est non seulement plus rapide que celle de la douleur, mais est une nécessité pour le premier e( nullement pour la seconde.

On a cru voir une contradiction dans ce qu'on a appelé la volupté de la douleur. Mais il sulTil de irmarquer

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