EXPRESSION DES ÉMOTIONS M
telle ou telle émotion ne sont rien moins que déterminées, non seulement cliez les divers individus, mais chez le même individu à des époques différentes de sa vie. Ne voyons-nous pas toutes les émotions amener de la rougeur chez de jeunes sujets, qui plus lard n'en manifestent plus qu'à certaines occasions ou môme plus du tout. Je me rappelle d'autre part une malade que j'ai rue autrefois dans le service de Chareot, et qui présentait une réaction primitive à toutes les émotions, non seulement identique mais encore contradictoire. Elle ne pouvait s'empêcher de rire sous l'influence de n'importe quelle impression capable de l'émouvoir, et elle y pouvait d'atitant moins résister que les circonstances étaient plus tristes. C'est ainsi qu'aux enterrements, où quand elle aurait dû montrer un visage attristé, elle riait sans pouvoir se modérer, en même temps qu'elle exprimait ses sentiments de condoléance. Elle avait dû cesser de voir ses amis, qui, ne pouvant comprendre son état, lui en voulaient et se brouillaient avec elle. Elle racontait en riant combien elle en était malheureuse.
Cependant on doit reconnaître que, d'une façon générale, les émotions se traduisent d'une façon, sinon identique, du moins analogue chez les divers individus à l'état normal. Spencer a dit que la décharge restreinte qui caractérise, suivant lui, chaque émotion — la décharge diffuse indiquant simplement l'existence d'une ; émotion — affecte les muscles en raison de leur propre poids etdespoids qu'ils ont à mouvoir. Soit, mais, comme je l'ai dit, l'expression motrice d'une émotion n'est qu'une partie de l'expression générale par laquelle elle se révèle. Le principe mécanique de Spencer ne présente donc aucun caractère général, lln'explique d'ailleurs pas
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pourquoi se produit cette d(5chargerpslrcinte surajoutée à la décharge diffuse, ni pourquoi cette décharge restreinte se fait sur tel groupe musculaire plutôt que sur tel autre, car le facteur poids est vraiment insuffisant à considi^rer dans la contraction musculaire.
Wundt a mieux précisé les choses en (établissant le principe de l'association des sensations analogues, d'après lequel les dispositions d'esprit ayant une analogie avec certaines impressions sensorielles se traduisent de raOme. Mais le problème n'est que déplacé, et il reste toujours à montrer pourquoi certaines impressions sensorielles se traduisent de certaine fai^on.
Le second principe qu'il nous donne, celui du rapport des mouvements avec les représentations sensorielles, d'après lequel les mouvements musculaires d'expression se rapportent à des objets imaginaires, ne nous renseigne pas mieux à cet égard, et n'a que l'avantage de faire entrer en ligne de compte les représentations, dont l'importance, comme nous le verrons, est considérable.
Nous avons déjà parlé des émotions suggérées par les attitudes émotionnelles chez les hystériques en état de catalepsie provoquée. Si elles ne démontrent pas la subordination de l'émotion au mouvement, c'est-à-dire aux modifications périphériques, elles mettent en évidence le rapport étroit qui relie le centre cérébral et la ' périphérie. Ce rapport, qui se manifeste par une systématisation absolue, un enchaînement réciproque complet chez certains sujets, de telle sorte que tout état périphérique primitif de l'organisme met les centres cérébraux dans l'état où les mettrait une excitation quelconque déterminant ce même état périphérique d'une façon secondaire, on le retrouve d'une façon j
LOI DE LOCALISATION moins inleiisi'. mais tout aussi délcrminé îi Total
Ce rapport repose sur une loi physiologique que j'appelle la ioi de localisation des émotions. On a trop négligé, comme je le disais, les léaclions sensitives des émotions pour ne voir que leur expression motrice. Or, dans cette expression motrice il y a lieu de distinguer deux choses, les mouvements directement produits sous l'influence de l'excitation provocatrice de l'émotion, et les mouvements qui dépendent des représentations évoquées en môme temps que les premiers. Les mouvements directement provoqués sont, en gi?néral, très peu caractéristiques, car ils peuvent être absolument opposés chez deux individus frappés de la même émotion : la peur fait courir ou paralyse les jambes ; une insulte fait rougir ou pâlir, etc. Ils sont une réaction presquequelconquedel'ébranlementgénéraldu cerveau, de la décharge diiîuse do Spencer. Les mouvements indirectement provoqués par la soi-disant décharge restreinte de Spencer le sont, en réalité, par des représentations, représentations contenues ou associées à la représentation primitive si l'excitation émotionnelle est psychique, ou à la représentation liée à la perception s'il s'agit d'une excitation externe. Dès lors, il s'agit de se demander comment une représentation est associée à un mouvement ou à une modification périphérique quelconque.
Une représentation n'est que la reproduction d'une percepiiou ancienne. C'est dans le môme centre qu'elle se produit ; c'est un état semblable du centre qui amène les deux phénomènes. Chaque fois qu'un centre est excité par une impression périphérique, il se produit un cer-
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tain élal moléculaire déterminé toujours le oiéme. S'il n'en était pas ainsi, ai les objets qui nous impressionnent ne protluisaienl pas toujours le même état moléculaire des centres auxquels aboutit rimpression, nous ne reoonnailrioRS jamais les objets, qui nous apparaîtraient toujours d'une façon nouvelle et différente. Par contre, chaque fois qu'un centre se trouve remis dans un étal moléculaire donné, sans qu'un objet extérieur amène cet état, nous avons la même impression — avec certaines différences sur lesquelles je n'ai pas à m'étendre en ce moment — que si l'objet lui-même existait. Nous en avons la représentation. Ainsi s'établit un l'apport extn'raement étroit entre une représentation et une impression périphérique. Or, nos impressions périphériques suivent des voies très déterminées pour aboutir au cerveau. La rcpréseutalion va donc évoquer en nous la localisation habituelle à l'impression périphérique. Nous projetons ainsi nos représentations à la périphérie, sous forme de mouvements ou sous forme de sensations. Or, je crois que les mouvements qu'on rencontre dans les émotions délicates, où un grand nombre de représentations sont eu jeu, ne sont, en réalité, que les mouvements réfk'xes provoqués par ces sensations objectivées, qu'on a presque complètement laissées de côlé dans l'élude de l'émotion et su conception théorique.
C'est ce que j'ai étudié sous le nom li'éritolions localisées^.
On ne décrit guère que des manifestations générales des émotions, troubles vaso-moteurs ou moteurs, affectant un plus ou moins grand nombre de points de l'or-
t. Congrès de psychuloyie. Paris, F. Alcan, 1900, p. Ô6tt.
ganisme. Il existe, cependant, des cas assez nombreux où l'émotion peut revOlir un aspect en quelque sorte local. Ces cas ne rentrent pas dans le cadi-e des manifestations émotionnelles auxquelles s'applique le principe des habitudes utiles de Darwin; te principe de Wundt, à savoir celui du rapport des mouvements musculaires d'expression avec les représentations sensorielles, non plus, car, s'il s'agit bien de représentations, elles sont plutôt sensitiveset céneslhésiquea que sensorielles, et, surtout, ce ne sont pas des mouvements d'expression qui sont en rapport avec elles.
"Voici de quoi il s'agit. Chez un assez grand nombre de personnes à imagination vive, impressionnables el nerveuses, on remarque que certaines idées, certainea représentations provoquent des phénomènes sensitifs plus ou moins pénibles, exactement limités à la partie du corps dont il est question dans ces idées ou ces représentations, et cela dans certaines conditions qu'on peut faire varier.
Ce n'est pas d'aujourd'hui, d'ailleurs, que le fait a été observé, et Malebranche' parait ùlre le premier à l'avoir nettement signalé et même remarquablement décrit: (1 II faut donc savoir que non seulement les esprits animaux se portent naturellement dans les pari notre corps pour faire les mêmes actions et les mêmes mouvements que nous voyons faire aux autres, mais encore pour recevoir en quelque manière leurs blessures et pour prendre part à leurs misères. Car l'expérience nous apprend que, lorsque nous considérons, avec beaucoup d'attention quelqu'un que l'on frappe rudement, ou qui a quelque grande plaie, les