‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 60 sur 70 · Livre II. De t'îma^in · texte numérisé non relu

Livre II. De t'îma^in

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esprits se transportent avec effort dans les parties de notre corps qui répondent à celles que l'on voit blesser dans un autre, pourvu que l'on ne détourne point ailleurs le courH des esprits, en se chatouillant volontairement avec quelque force une autre partie que celle que l'on voit blesser, ou que le cours naturel des esprits vers le cœur et les viscères, qui est ordinaire aux tSmotîons subites, n'entraîne ou ne change point celui dont nous parlons, ou, enfin, que quelque liaison extraordinaire des traces du cerveau et des mouvements des esprits ne fasse pas le même effet. Ce transport des esprits dans les parties de notre corps qui r(?pondent à celles que l'on voit blesser dans les autres se fait bien sentir dans les personnes délicates, qui ont l'imagination vive et les chairs fort tendres et fort molles. Car ils ressentent fort souvent comme une espèce de frémissement dans leurs jambes: par exemple, s'ils regardent attentivement quelqu'un qui y ait un ulcère ou qui y reçoive actuellement quelque coup. Voici ce qu'un de mes amis m'écrit, qui pourra confirmer ma pensée: « Un homme d'âge, qui demeure chez une de mes « sœurs, étant malade, une jeune servante de la maison a tenait la chandelle comme on le saigna au pied. Quand « elle lui vil donner le coup de lancette, elle fut saisie « d'une telle appréhension qu'elle sentit, trois ou quatre u jours ensuite, une douleur si vive au même endroit du « pied, qu'elle fut obligée de garder le lit pendant ce a temps.'» La raison de cet accident est donc, selon mon principe, que les esprits se répandent avec force dans les parties de notre corps qui répondent à celles que nous voyons blesser dans les autres; et cela, afin que les tenant plus bandées, ils tes rendent plus sensibles ft notre âme, et qu'elle soit sur ses gardes pour éviter

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maux que nous voyons arriver aux autres. Celte pCompassion dans les corps produit la compassion dans I les esprits. »

On ne saurait mieux dire, el il suffit de remplacer les

L esprits animaux par l'énergie nerveuse pour que rien

l ne soit à changer à cette description exacte, où le rôle

de l'attenlion, le rapport entre la périphérie et l'organe

central de la représentation, la dérivation de l'émotion,

les rapports acquis entre les images ou représentations

\ et les mouvements d'expression, tout est signalé.

Jules Soury', à qui je dois d'avoir connu ce passage de Malebranche, après avoir publié mon travail sur les Il émotions localisées », cite encore d'autres exemples. — Éloi Muriset raconte ce qui suit : " Je connais une dame qui prit une part si profonde aux souffrances de son fils, qui s'était cassé la jambe, que, durant six semaines, temps qui fnl nécessaire à la guérison de son fils, elle ressentit une vive douleur à la jambe, précisément au point correspondant à celui de la fracture de son lils. » C'est là, quoique d'une manière moins accusée, un phénomène que Goldscheider atteste être n très fréquent ». Il est en elfet non seulement très fréquent, mais constant, et ne présente d'un individu h l'autre que des diffé- . rencea de degré. En voici quelques exemples personnels. , Une dame, très nerveuse et remarquablement intelli- Kgente, chez laquelle n'existe aucune crainte des mala- [ dies, ne peut entendre parler d'opérations utérines ou

I d'accouchements sans éprouver iramédialemenl une

II sensation de constriction dans le bas-ventre, de spasmes Lextrémement douloureux quelquefois, dans les parties

[ânitales. Elle n'a jamais eu cependant à appréhender

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