CAS D'ÉMOTIONS LOCALISÉES
par mon procédé ordinaire, elle fait un6 régression de la personnalité jusqu'à son bas âge. Je peux donc l'observer à Tépoque môme où elle a eu son sentiment d'amour pour Charles, et je constate qu'elle souffre du ventre, à Fovaire gauche surtout, et que tout l'abdomen est anesthésié, alors que la sensibilité est normale sur le reste du corps. Il y a donc eu à ce moment du côté des organes génitaux, et de l'abdomen en général, des modifications fonctionnelles sous l'influence de son émotion amoureuse, modifications qui se sont produites d'une façon directe et inconsciente. En procédant plus tard à la restauration de la sensibilité abdominale, cette jeune malade éprouve dans le bas-ventre des sensations de tiraillements, comme des nœuds qui se font et se défont, toutes sensations habituelles dans ce cas. « Depuis quand avez- vous cela, lui dis-je? — Oh! je crois bien que je l'ai depuis l'âge de 13 ans... Ça me fait mal quand je suis indisposée..., et puis... et puis quand j'ai vu... M. Charles. C'était là que cela me faisait le plus mal. Maintenant, je crois que je pourrai ne plus penser à M. Charles... Mais dès que j'y pense ça me fait mal là... Mais, maintenant, je peux lutter et penser à autre chose ; quand l'idée me vient de lui... ça me tire, et puis ça me chatouille entre les jambes (elle s'arrête n'osant dire ce qu'elle ressent, et je n'insiste pas). »
Ainsi, bien nettement, chez cette jeune fille, l'idée seule d'un jeune homme qu'elle aime provoque la sensation voluptueuse et, en même temps, des modifications, des phénomènes d'arrêt, dans les organes génitaux. L'idée, la représentation du jeune homme évoque immédiatement ces phénomènes. Mais l'inverse se produit. En effet, quand elle eut recouvré sa sensibilité normale,
2g4 REPRÉSENTATION ET ÉMOTION
et que toutes ces sensations douloureuses du basventre, tenant à un trouble du fonctionnement des organes génitaux, eurent disparu, elle cessa de pensera M. Charles. Mais sous Tinfluence d'une perte de sensibilité du bas-ventre, par fatigue en marchant, ou par Tcffet des règles, elle sentait aussitôt son ventre redevenir tendu, des nœuds se former à Tintérieur d'une façon douloureuse. Et, en même temps, l'idée de Charles reparaissait avec intensité. 11 lui semblait le voir et l'aimer mieux que jamais. Sitôt donc que reparaît l'arrêt du centre cortical des organes génitaux et des parties annexes du bas-ventre, l'idée, la représentation qui Ta provoqué autrefois, reparaît.
De même, aussi, à la mort de sa mère, cette jeune iille avait eu une violente émotion avec suffocation, toux, hoquet et, ensuite, hallucinations de sa mère, comme elle en avait de Charles. Or, un jour, à la suite d'une fatigue, elle retombe un peu dans le vigilambulisme et présente surtout de Tanesthésie de la poitrine, avec toux, sifflement laryngé, oppression. Je la réveille, et au cours du réveil elle me dit d'elle-même: « C'est drôle, quand j'ai mal au ventre je pense à Charles, et (juand je souffre de la poitrine je pense à maman. »
La liaison entre la perception et la localisation de l'émotion est bien nette chez cette jeune filJe. Je l'ai observée d'une façon presque identique chez une autre qui avait failli être victime d'une tentative de viol. Elle était toute jeune et éprouvait près d'un jeune homme de sa connaissance une impression agréable dont elle ne se rendait pas bien compte elle-niêrae. 11 l'attira un jour sans qu'elle se méfiât et chercha à la renverser. Elle se sauva en criant, et à partir de ce moment éprouva dans le bas-ventre une sen-