‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 66 sur 70 · KOLE DES ÉMOTIONS LOCALISÉES Ï · texte numérisé non relu

KOLE DES ÉMOTIONS LOCALISÉES Ï

' sa forme. Au contraire, si le centre cortical de représrntation est attcini, l'étal des organes périphériques a beau être absolument normal et prêt à fonctionner, aucune émotion, aucune représentation émotionnelle ne surgit. Ce fait confirme l'exislence de la douleur centrale, de la cénesthésie cérébrale par conséquent. On a érigé en loi, dite à& perception excentrique, ce fait de la localisation à la péripliérie de la douleur centrale.

L'étude des émotions localisées me semble jeter un jour tout particulier sur le mécanisme des émotions, et faire comprendre, d'une part comment, dans la majorité des cas, c'est par des représentations intercalées que la perception aboutit à des réactions périphériques émotionnelles, comment, d'autre part, ces représentations, conscientes ou inconscientes, provoquent directement, par les rapports acquis ou préétablis constitutionnellement entre les centres corticaux et la périphérie, les réactions émotionnelles péripbériques, plus ou moins

- nombreuses suivant le nombre des représentations associées â la perception d'un objet; et comment enfin,

, en vertu de ces rapports pliysiologiques, une percep-

r tion peut directement entraîner des réactions émotionnelles locales, plus ou moins intenses suivant le degré

. d'émotivité du sujet.

Les émotions, si générales qu'elies'nous paraissent,

I présentent toujours des réactions périphériques prédominantes sur certains points du corps, et en nombre variable suivant les sujets. On comprend ces différences individuelles en considérant que, d'après ce que nous venons de voir, ces émotions en apparence générales ne

L sont en réalité pour la plupart qu'une agglomération d'un nombre plus ou moins considérable d'émotions locali-

sées, surajoutées à l'ébranlement général qui constitue essentiellement Témotion, et qui dépend uniquement de l'intensité et de la diffusion de la décharge cérébrale.

Les émotions localisées nous permettent aussi de comprendre certains sentiments sociaux. Je ne veux que les signaler ici. On peut tout d'abord s'expliquer comment se développe la pitié chez rhoiQme. La compassion dans les corps produit la compassion dans les esprits, disait Malebranche. Si la vue d'un phénomène douloureux est en effet capable de développer chez autrui des réactions analogues et localisées de la même manière que chez le sujet sentant, il devient évident que le spectateur cherche à soulager ce dernier pour supprimer chez lui-même le malaise que cette vue provoque. Supposez que ce spectateur, atteint de la même façon que le sujet qu'il regarde, soit insensible à sa propre douleur, il est évident qu'il ne pourra s'apitoyer sur celle dont il est témoin, puisque la même cause ne produirait pas chez lui le même effet. S'il s'apitoie et s'il vient en aide à autrui, c'est en réalité sur lui-même qu'il s'apitoie à son insu, et c'est à lui-même qu'il apporte du soulagement. On ne comprend, en fait de sensations, que celles qu'on est capable d'éprouver soi-même, même sans les avoir éprouvées.

Si Ton veut bien remarquer que la charité, la solidarité, et peut-être aussi la justice, au moins dans une grande mesure, ne sont que des dérivés de ce sentiment fondamental de la pitié — ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qui te fût fait — , et que celle-ci repose sur une réaction d'ordre psycho-physiologique, on verra que ces faits peuvent avoir une certaine importance également pourTétude de la subordination dessentimentset l'établissement d'une morale physiologique.

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