‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 67 sur 70 · EXCITATIONS ÉMOTIONNELLES · texte numérisé non relu

EXCITATIONS ÉMOTIONNELLES

2° Pourquoi certaines excitations ont-elles le privilège de déterminer des émotions ? — Nous venons de voir que si, dans un certain nombre de cas, Témotion peut se produire sous l'influence directe et immédiate d'une perception, ce n'est que lorsque l'excitation provient d'objets destinés à une fonction spéciale, comme celles de l'appareil génital ou de l'appareil digestif, c'est-à-dire ayant une action directe sur les conditions d'existence naturelles de Tindividu. Plus une excitation sera donc capable d'intéresser une fonction générale de l'organisme, plus elle sera capable d'évoquer un sentiment ou une émotion. C'est à cette conclusion que nous sommes déjà arrivés par d'autres voies, quand nous avons montré que c'étaient les excitations d'ordre viscéral et vaso-moteur qui étaient les plus aptes à provoquer une décharge diffuse d'énergie cérébrale, et que la suppression de la sensibilité viscérale — c'est-à-dire l'inhibition des centres corticaux viscéraux — entraînait dans de plus grandes proportions que la suppression de la sensibilité périphérique, — par inhibition centrale bien entendu — la perte de l'émotivité et de l'affectivité..

Nous avons reconnu ensuite que, dans la majorité des cas, il s'intercalait entre la perception de l'objet et la réaction émotionnelle un certain nombre de représentations des effets de cet objet sur nous, et qu'ainsi c'étaient les conséquences représentées d'un fait, plutôt quelefait lui-même, qui amenaient l'émotion. Ces conséquences étant représentées dans divers centres, on comprend ainsi la diffusion des réactions périphériques, et, grâce à cette diffusion, la production de l'état d'éiçotion. C'est le rapport des représentations, disent les intellectualistes, qui amène l'émotion. On voit comment il faut l'entendre physiologiquement, mais du moins

onl-ils eu le mérite de montrer l'importance des représentations dans la constitution des émotions.

C'est ainsi qu'une perception, qui par elle-même ne renferme aucun élément émotionnel, peut déterminer une émotion. Je suppose que j'ignore complètement ce que c'est qu'un pistolet. On en braque un sur moi, je n'ai aucune peur. J'apprends ce que c'est et quels sont ses effets possibles sur moi ; j'ai peur. La perception est identique dans les deux cas. Ce qui diffère, c'est que dans le premier je n'ai que la perception de l'objet, et dans le second la représentation non seulement de ses effets, mais de ses effets sur moi.

Nous arrivons à cette double constatation: 1° que les objets et les perceptions que nous en avons sont incapables par eux-mêmes de nous donner des émotions, et que les représentations seules des effets de ces objets en sont capables, et 2** que parmi ces effets ce sont seulement ceux qui agissent sur nous qui sont susceptibles de nous émouvoir.

Ribot* avait bien vu que dans les faits ce sont surtout . leurs conséquences qui nous impressionnent. Il a également mis en évidence un fait qui a une importance considérable, c'est que Vétat intellectuel s'accompagne d'un état affectif toutes les fois qu'il a un rapport direct avec les conditions d'existence naturelles ou sociales de l'individu, « La sensation, l'image, l'idée, dit-il, ne sont que des causes occasionnelles, incapables par ellesmêmes d'engendrer aucune émotion ; elle jaillit du fond intime de l'individu, de son organisation, l'exprime directement, participe à sa stabilité et à son instabilité. » C'est là, en effet, que réside la cause pour laquelle cer-

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