‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 69 sur 70 · ROLE DE L'ÉMOTION Î · texte numérisé non relu

ROLE DE L'ÉMOTION Î

chez le mémo individu à des moments diflérents. Mais si cette distinction ne peut pas servir, pour ces raisons, de base à une classification des émotions, du moins, montre-t-elle que les émotions ne sont pas plus des agents de synthèse psychologique que de désagrégation. En réalité, elles ne sont ni l'un ni l'autre. Elles sont autre cliose. Par suite de la diffusion de l'énergie dans toutes les directions, nous voyons se produire des réactions de tous ordres, physiques et psychiques. Le résultat dépend, et de l'émotivittS du sujet d'une façon générale et locale, et de la prédominance de telles ou telles tendances naturelles ou acquises, et de la prédominance de telles ou telles représentations associées à la perception ou à la représentation initiales. Il peut arriver, par exemple, qu'une émotion produise d'abord, par le trouble qu'elle apporte dans tout le fonctionnement cérébral — - et c'est ce trouble mdme qui la constitue — une incapacité d'agir, soit physiquement, soit psychiquement, l'énergie diffusée dans toutes lesdirections n'étant suffisante sur aucun point pour amener un acte. Mais, par suite des représentations de même genre associées à la perception ou à la repi^ésentation initiales, il peut s'établir un sy9l^me qui dérive dans une direction déterminée la plue grande partie de l'énergie et provoque ainsi un acte. Et cet acte, en vertu de la grande quantité d'énergie libérée, pourra être aussi complet que s'il s'était produit directement sous l'influence de l'excitation causale, sans diffusion, sans perte d'énergie sur d'autres points du cerveau, sans émotion surajoutée, en un mot. .L'émotion n'est pas une entité abstraite. Elle est un phénomène physiologique, mécanique. Autant vaut en revenir aux esprits animaux par lesquels l'esprit agit sur le corps que de parler de l'émotion qui désagrège

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l'espril. Elle ne d(?sagr&gc pas plus l'esprit que la motricité ou la sensibilité. Du fait même de sa constitution, c'esl-ô-dîre de la diffusion de l'énergie cérébrale sur tous les points du cerveau, dans tous les centres corticaux, au lieu de s'appliquer sur un seul d'entre eux ou sur un groupe d'entre eux associés pour un môme bul, il résulte, en eiïet, qu'aucun n'est capable d'agir comme il le ferait normalement et, en outre, que son action se trouve contrariée par celle des autres centres antagonistes ébranlés en même temps. Tout so réduit donc à un problème de mécanique, pour lequel il n'est pas besoin d'invoquer des abstractions qui ne sont que des mois, en oubliant les réalités qu'ils recouvrent et qui leur servent de base.

On ost arrivé ainsi, depuis quelques années, à restaurer en France, d'une façon insidieuse et sous une apparence de méthode rigoureusement scientifique, expérimentale, et d'analyse psycho-pathologique, un dualisme que les spiritualistes les plus convaincus n'osent plus soutenir aujourd'hui. On le masque d'ail- ; leurs à l'aide d'un vocabulaire ingénieux el de formules pittoresques qui empêchent de voir à quelles notions scientiliques et à quels principes philosophiques contradictoires il fait appel. Et cela est d'autant plus dangereux qu'au milieu de l'amas de théories, d'observa- ■ lions et de généralisations auxquelles ce nouveau dualisme a déjà donné le jour, il devient difficile de relever toutes les coniradiclions, toutes les oppositions qui existent entre elles, et que, grâce à l'adaptation qu'on peut faire de ces théories à n'importe quel cas, il en résulte l'illusion d'un corps de doctrine doué d'une grande force et d'une belle unité.

CONSIDÉRATIONS OÉSKRALES 301

II est possible qu'au point de vue de la psychologfe descriplive cela n'ait pas grand inconviîuient de laisser complèlt'inent de cûté les bases physiologiques et biologiques du fonctionnemenl cérébral. Mais le but de la psychologie doit êlre plus haut qu'une simple description, si poussée qu'elle soit dans son analyse, des phénomènes psychologiques. Il me semble qu'elle doit

pirer, si elle veut véritablement constituer une science, à rentrer dans la biologie, et s'eflbrcer de soumettre les faits qu'elle étudie aux lois générales qui gouvernent tous les autres phénomènes biologiques et physiques. Si on avait procédé ainsi dans l'étude des phénomènes physiques, nous en serions encore aux théories qui expliquaient les phénomènes de la pression atmosphérique par l'horreur de la nature pour le vide. Cette explication était évidemment beaucoup plus simple ^ émettre que de faire comprendre l'existence et les lois de la pression atmosphérique. On aura beau multiplier les faits, si on s'en tient en psychologie au dualisme spiritualiste , que certains psychologues soutiennent aujourd'hui sans l'avouer ouvertement, nous en resterons en psychologie où on en était à ce moment en physique. 11 est bien pins facile de parler d'automatisme psychologique, de synthèse mentale, de désagrégation du moi, de subconscience et de pluralité des personnalités, etc., en personnifiant la mémoire, la volonté, la conscience, l'attention, que d'expliquer ces divers phénomènes, ces diverses fonctions psychiques, en s'appuyant sur les lois biologiques et sur la connaissance que nous avons de la structure et du fonctionnement de l'organe de la pensée, le cerveau, et du système nerveux qui en est l'épanouissement.

Il n'est pas douteux que l'interprétation du méca-

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nisme par lequel la pensée proeède du fonctionnement ' tiérébral à la lumière des lois générales de la biologîp *l de la physique ne peut se faire qu'à pas lents, qu'elle présente actuellement, et présentera longtemps encore sans doute, de nombreuses et importantes lacunes. Mais, en présence de l'impuissance où se trouve la philosophie spirilualiste, — dont les plus, importants progrès consistent à donner aux choses des appellations différentes suivant les époques, — de nous fournir cette interprétation, de quel droit empt^cherait-elle de la chercher par d'autres méthodes et suivant d'autres principes? ■On a reproché aux raonistes de faire appel h l'analogie et de confondre des choses analogues avec des choses identiques. Mais quelle est la science qui ne procède pas par analogie ; n'est-ce pas le procédé par excellence de toutes les sciences inductives, et n'esl-ce pas grâce à l'analogie qui existe entre les diverses formes de l'énergie qu'on est arrivé à la conception générale de l'énergie, au principe si fécond de sa conservation? Ce reproche m'a été fait en particulier à propos des analogies que j'avais établies entre les phénomènes de méjnoire et certains phénomènes physiques, électriques surtout, et on a cru voir dans ma théorie de la mémoire une théorie électrique, une identification de l'énergie nerveuse et de l'énergie électrique. Je saisis celte occasion pour protester contre cette interprétation qui n'a jamais été dans ma pensée, et qu'aucune de mes paroles ne permet de supposer.

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