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(4) Voltaire. Siècle de Louis XIV. Chapitre XXV. (o) Peignot. Documents authentiques sur les dépenses de Louis XIV, p. 138.
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Le tableau qui précède nous donne aussi le nombre exact des Français pensionnés en tant que gens de lettres ou savants pendant les années les plus brillantes du règne de Louis XIV. Il nous faut maintenant expliquer de quelle manière ces pensions étaient attribuées et montrer le rôle prépondérant joué par Colbert dans cette organisation administrative du Mécénat.
Ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut (6), la surintendance des bâtiments du roi — que nous appellerions aujourd'hui Sous-Secrétariat d'Etat des Beaux-Arts — fut créée par François [*. Mais c'est seulement lorsque Colbert eut acheté cette charge en 1664 qu'elle devint un des rouages essentiels de l’adminstration royale. Les principales fonctions du surintendant des bâtiments étaient de veiller à la construction des multiples édifices qui étaient alors bâtis. Si l’on jette un coup d'œil sur les comptes des bâtiments du Roi (7) l’on voit que la plus grande partie des crédits affectés à ce budget sont employés à la construction ou à l'entretien du Louvre et de Versailles, Marly et Fontainebleau, ainsi qu’au paiement des « officiers des maisons et bâtiments ». Il existe en outre un chapitre spécial intitulé : « Pensions et gratifications aux gens de lettres »; et ce chapitre en 1664 — par exemple — ne s'élève qu'à 77.500 livres, alors que le crédit total affecté à la surintendance est de 3.219.663 livres. En 1665, les
(6) Voir chapitre II.
(7) Comptes des bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, avec une introduction de M, Guiffrey.
chiffres respectifs sont de 82.800 livres et 3.269.797 livres. La proportion diminue encore au cours des années suivantes jusqu'en 1690, date à laquelle le chapitre concernant les gens de lettres est supprimé. Voici d’ailleurs la récapitulation pour les années
LIVRES Total des dépenses des Bâtiments du 0) CN AN TU GE AO LEA AN UR, 133.643.9/44 Pensions et gratifications aux gens de AE 6e CARRE AU A Lo I AN 1.707.148
Ainsi les subsides consentis par Louis XIV aux écrivains et aux savants ne représentent qu'une infime partie des sommes consacrées à la construction des palais (8). Recherchons maintenant comment les gens de lettres oblenaient ces quelques miettes.
Le fait d'écrire —— et même d'écrire bien — ne constituait pas un droit à la pension. Celle-ci était parfois accordée directement par le roi qui prenait l'initiative d'inscrire au budget de la surintendance le nom de ses protégés personnels. Quand il n’en n'était pas ainsi, c'étaient le surintendant Colbert et son premier Commis, Charles Perrault qui décidaient, après avoir pris l'avis de deux écrivains, Costar et Chapelain. Ce dernier était tenu en parti-
(8) Eckart. Etat au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV... aux pensions ou gratifications aux gens de lettres. Les comptes détaillés fournis par Eckart ne concordent pas toujours avec ceux relevés par M. Guiffrey. Mais il ne s’agit que d'écarts minimes ; et en tous cas la pro-
portion entre le budget de la surintendance et le chapitre pensions ne varie pas.
CAMP EE culière estime par le ministre. Les deux conseillers de Colbert rédigeaient chacun de leur côté une sorte d'exposé des titres des différents écrivains. Ils appréciaient en quelques lignes le mérite littéraire de ceux-ci: et Colbert se conformait souvent à cel avis, sans cependant s'y croire tenu (9). Dans l’ensemble, Chapelain sut rendre justice à ses confrères; il se montrait parfois fort indulgent, par exemple en ce qui concerne Cotin dont la médiocrité n’a jamais été contestée, ni à l'époque, ni de nos jours. Chapelain n'eut d'ailleurs garde de s’oublier en confectionnant la liste des pensionnés; il énumérait ses titres en faisant preuve d'une habile modestie; et le résultat ne se fit guère attendre, car l’auteur de la Pucelle reçut trois mille livres par an. Pierre Corneille n’en eut que deux mille. Il est vrai que cette disproporlion n'est pas la seule qui nous choque aujourd'hui. Le roi allouait « au sieur Molière excellent poète coinique » mille livres de pension; mais Cotin en recevait douze cents et Benserade « fort agréable poète françois » , quinze cents. Voici d'ailleurs le relevé de quelques pensions distribuées en 1665 :
COLTIer Ie pe Anne livres. 2.000 (ro) Ménage PM AE HULt 8 000 LÉ NB D AGE LR AU A AE Bt 1.000 CAD OLA AU do EN TRE ARE HALO OO MOTO be Ur NE EN TE ADO
(9) Chapelain. Mélanges de littérature, p. 18r. Pour Costar, voir Mémoires de littérature par le P. Demollet.
(10) L'on sait que cette pension fut supprimée à un certain moment et qu'il fallut que Boileau s'employät à la faire rétablir par le roi, |
Bénserade... MUR A Pérraults ser. nn HER NULS OUR Huyghensits it MEN CEROR TéeD ON
L'énumération des titres des pensionnés était définitivement rédigée par les soins de Colbert; elle ne laisse pas d’être parfois savoureuse. C'est ainsi qu'en 1663 une pension de quinze cents livres était déjà allouée « au sieur Conrart, lequel sans connaissance d'aucune autre langue que sa maternelle est admirable pour juger toutes les productions de l'esprit »; n'oublions pas non plus l'éloge officiel du sieur Chapelain « le plus grand poète français qui ait jamais été et du plus solide jugement » (11).
En cette année 1664, Racine ne recevait qu'une pension de six cents livres: maïs il faut observer qu'il était fort jeune et n'avait encore fait représenter que La Thébaïde. Il obtint huit cents livres en 1666 et deux mille en 1677. La même année (1677) il était nommé historiographe du roi, ce qui lui valut un traitement annuel de trois mille livres. Rendons justice à Chapelain en reconnaissant que celuici attira l’attention de Colbert sur Racine débutant. Ïl ne pouvait guère user de la même conduite à l'égard de Boileau qui ne lui ménageait pas ses sarcasmes; aussi l’auteur des Satires n’eut-il une pension de deux mille livres qu'en 1674. Il fallut pour
(11) Peignot. Ouvrage cité p. 59 et suivantes, Dé nos jours, Brunetière. (L'Evolution des genres, p. 67), s’est mon: tré plus sévère. Voici comment il juge Chapelain. « Ce « bonhomme » fut un assez vilain homme : avare, malpropre, vindicatif et méchant, »
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cela l'intervention personnelle du roi qui en 1677 nomma Boileau son historiographe, en même temps que Racine. Le traitement de cette charge était, nous l'avons dit, de trois mille livres par an.
Nous n'avons parlé, jusqu'à présent que des pensions et gratificalions accordées aux gens de lettres et aux savants. Les artistes n’en avaient pas besoin car ils obtenaient des commandes de tableaux, statues ou monuments. Mais les uns comme les autres, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes étaient enrégimentés et rémunérés par le même administrateur. Colbert organise administrativement le Mécénat de Louis XIV. Chaque protégé du roi a sa fiche; et une comptabilité bien tenue complète les renseignements littéraires donnés par Chapelain et Costar. Le surintendant observe dans ses rapports avec ses administrés une courtoisie que ne gardera plus son successeur Louvois. Mais, s’il faut en croire Voltaire, Colbert n'aurait pas goûté personnellement les lettres ni les arts. Il se contentait d’administrer le domaine de l'intelligence, comme il régentait les finances, la marine ou le commerce, avec une consciencieuse méthode qui servait utilement les intérêts de son roi, se confondant dans son esprit avec ceux de l'Etat. Sous l'impulsion de ce fidèle interprète de la volonté du prince, les gens de lettres et les artistes sont devenus des administrés. Nous n'avons pas à apprécier pour l'instant cette nouvelle conception du Mécénat. Nous nous contenterons d’en montrer les inévitables consé-
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L’étroite sujétion des gens de lettres et des artistes a pour premier effet le triomphe de lacadémisme sous toutes ses formes.
L'on sait que l’Académie française avait bien servi Richelieu; elle accepta également la protection de Louis XIV. Les académiciens vinrent tenir séance au Louvre sous l'égide du monarque qui ne leur ménageait ni les honneurs ni les bienfaits. Colbert institua les jetons de présence; et le roi dépensait sept mille livres par an pour subvenir aux besoins de la compagnie. L'Académie des Sciences, créée par les soins de Colbert, recevait également des subsides.
L'Académie de Peinture et de Sculpture, fondée sous Mazarin en 1648, est née des dissensions survenues entre les peintres et sculpieurs du roi et les artisans des maîtrises. La distinction entre l'artiste et l'artisan était certes plus nette qu'au siècle précédent où un sculpteur comme Jean Goujon faisait encore partie de la corporation des « tailleurs d’imaiges »; mais des conflits s’élevaient encore de temps à autre. Pour mieux se défendre, les peintres et les sculpteurs du roi se groupèrent en une Académie, dont les règlements étaient d’ailleurs assez souples, mais devaient devenir plus stricts au temps de Colbert. Des arrêtés du Conseil, datés de 1662 et 1663 organisent fortement l’Académie et obligent tous les peintres et sculpteurs du roi à en faire partie. Un crédit de huit mille six cent quarante livres leur fut
affecté. Le Brun, premier peintre du roi, devenu directeur de l’Académie y fit dominer da peinture et la sculpture officielles.
L'Académie de Rome et l'Académie d’architecture fondées en 1666 et 1671 sont organisées d’après les mêmes principes. En 1672 le musicien Lulli et l’Académie royale de musique obtenaient du roi un privilège interdisant à tout musicien de jouer « de plus de deux airs à deux instruments » sans l’autorisation de Lulli.
Ainsi les différents arts tendent à s’uniformiser, C'est le règne de la doctrine. Comme l'écrit Ernest Lavisse (12). « Auparavant qui pouvait devenait un Mécène. Il était possible qu'il y eut différentes sortes de poser le modèle et chez les Mécènes des goûts divers en arts et en lettres. Dans la seconde moitié du siècle il ne reste qu'un Mécène, qu’un goût, qu'un atelier. Les compagnies sont des Académies royales et les artistes voyageurs une école d'Etat. Tout devenait institution. »
Parmi ces « institutions » littéraires et artistiques, il en reste une dont nous n'avons pas encore parlé. I s’agit de la petite Académie fondée par Colbert le 3 février 1663 et devenue plus tard l’Académie des inscriplions et belles-lettres. Elle comptait à l’origine quatre membres parmi lesquels nous retrouvons Chapelain, alors « illustre dans la poésie et dans les lettres ». Cette Académie est à ruste titre