‹ Le Mécénat et l'organisation du crédit intellectuelChapitre 14 sur 61 · NY PA · texte numérisé non relu

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de la royauté. La surintendance ne s'intéresse pas à l'écrivain en tant qu'artiste; elle exige de lui un loyalisme mlitant qui se traduit par la glorification du roi. Toute discussion des événements politiques — si mesurée et si inoffensive soit-elle — lui est interdite; et l'exemple de l'historien Mézeray le montre bien. Mézeray recevait une forte pension de quatre mille livres depuis plusieurs années. Mais en 1668, quelques passages de son Abrégé chronologique. ayant déplu à Colbert, celui-ci le menaça de supprimer la pension. L'historien écrivit alors au surintendant une lettre d'excuses remarquablement humble (14) où 1l disait notamment: « Je suis prêt à passer l'éponge en tous les endroits que vous jugerez dignes de censure. » La pension fut cependant réduite de quatre mille à deux mille livres; et dans la seconde édition de l'ouvrage, publiée quatre ans plus tard, des corrections furent faites. Mais Colbert les jugea insuffisantes et Mézeray vit son nom définiti- vement rayé du budget de la surintendance. Ne recevant plus rien, il reprit son entière liberté et critiqua ouvertement le ministre trop sévère. Il faut d’ailleurs noter que la fortune personnelle de Mézeray était considérable.

De tels faits étaient cependant très rares; car la soumission absolue des gens de lettres et des artistes à la personne et au gouvernement du roi était la règle. Il aurait d’ailleurs été incompréhensible que le pouvoir personnel de Louis XIV connut des li-

(14) L'on en trouvera le texte dans Peignot, ouvrage cité.

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mites. « Les leitres el les arts n’élaient aux yeux des contemporains qu'une partie de ce vaste concert dont Louis réglait l'harmonie. On ne les considérait qu'en vue de l’ensemble. C'était un des moyens, la monarchie ; le roi c'était le but » (15).

Les temps de la Fronde étaient lointains; et les grands seigneurs rebelles étaient devenus des cour- \isans. Ceux qui ne bénéficiaient pas de la faveur du “Di, connaissaient l'exil ou la prison. Les financiers ont inquiétés ; le plus illustre d’entre eux, Fouquet, est emprisonné jusqu à sa mort. L'un des principaux griefs que Louis XIV ait eu contre lui est précisément le Mécénat ostentatoire que pratiquait bruyamment le chatelain de Vaux. a

Cet exemple ne fut pas perdu. Les partisans ne recherchèrent plus la protection des écrivains; et les gens de qualité s’abstinrent également. Nous voyons se produire ici le même phénomène historique que nous avions déjà noté au cours du premier siècle de l'ère chrétienne. Avec l’absolutisme grandissant du prince disparaît le mécénat des particuliers; et — comme au temps de Juvénal — les gens de letires n’ont plus d'espoir que dans le souverain leur maître. Pendant toute la période glorieuse du règne de Louis XIV, le Grand Roi sera seul à dominer le monde des écrivains et des artistes, étiqueés par ses commis.

.. (19) Henri Martin. La Monarchie au i7° siècle, Thèsé, D. 17, up

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Ainsi, l'organisation du Mécénat dépend de la politique générale de Louis XIV. II est donc naturel qu’elle décline lorsque viennent les revers du règne. Les guerres incessantes contre l'Europe ne se terminent plus toujours par des victoires. Les caisses du roi sont presque vides. Nous avons déjà dit qu'à partir de 1690 la surintendance des bâtiments ne paie plus de pensions aux gens de lettres. Restent les travaux commandés aux artistes. Maïs Colbert est mort en 1683; et ses successeurs — Louvois trop brutal, Villacerf et Mansart assez médiocres — n’administrent pas avec la même méthode. Le temps des splendeurs n'est plus. Le vieux roi malade doit défendre la France envahie: et lorsqu'il meurt en 1715, sa domination sur les œuvres de l’esprit est, elle aussi, anéantie. « Vers 1715 la Direction générale des Bâtiments est étrangère au mouvement artistique. Elle n’est plus qu'une bureaucratie aux horisons limités et l’art continue son évolution à côté d'elle. Les financiers et les amateurs faconnent les artistes à leur goût » (16). Le mécénat qui, grâce à Louis XIV, était conçu comme une attribution de l’absolutisme royal redevient au début de dix-huitième siècle une coutume aristocratique.

(16) Guillemet. Ouvrage cité p. 221.

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