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plus haute antiquité. Nous nous bornerons dans ce livre à choisir quelques exemples historiques qui montreront ce qu'est le Mécénat : un ensemble de pratiques et d'institutions destinées à faire bénéficier un nombre limité de travailleurs intellectuels
d’une protection irrégulièrement accordée par quel
ques grands personnages ou par l'Etat. La faveur ainsi consentie peut se manifester de différentes manières ; il peut y avoir soit protection politique de l'intellectuel par le pouvoir, soit don d'instruments de travail et de capitaux, soit constitution de pensions consenties par le Mécène à l'artiste ou au savant.
Dans tous les cas l’intellectuel est toujours un.
obligé ; car son protecteur sait fort bien que les sommes allouées ne seront jamais remboursées. En étudiant sommairement l'histoire du mécénat monarchique et aristocratique, nous verrons ce que les mécènes exigeaient en échange des incontestables services qu'ils rendaient à leurs protégés.
L'étude du mécénat contemporain, permettra d'examiner ensuite s'il y a eu évolution dans ce domaine. Îl faudra rechercher dans quelle mesure les gouvernements français postérieurs à la Révolution et en particulier le gouvernement de la Troisième République sont restés fidèles aux pratiques des souverains et des ministres de l’Ancien Régime ; et nous examinerons aussi, en donnant quelques exemples, de quelle manière s'exerce, à l'heure actuelle, le mécénat des particuliers.
Il ne nous suffira d’ailleurs pas d'exposer ; nous
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essayerons de porter un jugement d'ensemble sur le mécénat contemporain et sur les projets de réformes ainsi que d’esquisser les principes d'une organisation nouvelle, qui, croyons-nous, permettrait d’apporter une aide plus efficace aux intellectuels, tout en sauvegardant cette indépendance à laquelle les travailleurs de l'esprit tiennent avec raison.
Le mécénat implique l'octroi d’une subvention, attribuée en toute propriété à l'intellectuel bénéficiaire. Mais voici qu'avec les Saints-Simoniens et leurs disciples contemporains a surgi une nouvelle conception, celle du crédit intellectuel, qu'il importe de bien distinguer du mécénat.
Il s’agit toujours d’une aide financière à apporter au travailleur intellectuel. Mais celui-ci ne reçoit plus un don: il fait un emprunt. Il n'est plus un - obligé mais un contractant. Une fois sa dette remboursée — avec ou sans intérêts, selon le cas — il est quitte envers le prêteur. Les remboursements effectués permettront en outre à celui-ci de consentir de nouvelles avances à d’autres travailleurs intellectuels, ce qui ne peut que favoriser le développement des lettres, des sciences et des arts. |
L'établissement du crédit intellectuel est donc fort souhaitable. Mais est-il possible ? Et à quelles conditions ? Peut-on organiser le crédit intellectuel comme l’on a organisé le crédit agricole ou le crédit maritime ? Voilà des questions auxquelles il est assez
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difficile de répondre dès aujourd'hui. Nous essayÿerons cependant d'indiquer rapidement quels efforts ont été tentés et quels résultats obtenus.
Tel est l’objet de ce livre. L'on voit qu'il s'agit là d’un problème malheureusement trop actuel. Pour le résoudre nous ferons abstraction de tous préjugés ou même de toutes préférences d'ordre politique et économique. 1] faut tout d’abord étudier les faits, les tristes faits ; puis il est nécessaire d’examiner les projets de réformes, en s’attachant surtout à la réalisation des idées qui peuvent raisonnablement constituer l’armature d’une organisation nouvelle. La conclusion toute provisoire à laquelle nous serons amenés nous permettra peut-être d'espérer en des temps meilleurs, où la matière sera de nouveau rue par l'esprit.