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nécessité d’une nouvelle organisation donnant vie à une nouvelle foi (19). | L'on voit que les apôtres socialistes du dix-neuvième siècle ont été inspirés par deux idées prineipales : le rôle essentiel joué par le savant et l’artiste dans la société future et l’organisation méthodique du travail intellectuel par la collectivité. Dans quelle mesure les partis socialistes du dix-neuvième siècle sont-ils restés fidèles à ces principes? Les socialistes ont compris qu'il fallait reprendre des mains défaillantes de certains démocrates les armes nécessaires pour défendre les intellectuels contre les excès de la féodalité industrielle et com- “merciale constituée au cours du dix-neuvième siècle. M. Vandervelde (20) dénonce les méfaits de la société capitaliste à l'égard des travailleurs de l’esprit. « À sa chute, écrit-il, les artistes comme les ouvriers n'ont rien à perdre que leurs chaînes ». Il affirme que dans la société intellectuelle l'artiste ne cesse de dépendre directement ou indirectement de la bourgeoisie. Certains intellectuels vendent leur force de travail à des éditeurs ou à des directeurs de théâtre et de journaux. M. Vandervelde cite dans cet ordre d'idées un exemple singulièrement troublant: il rappelle la pratique des « fagots », terme qui en argot d'atelier sert à désigner les tableaux payés de un à cinquante francs, selon leur grandeur à des artistes pressés par le besoin. Ces tableaux sont en-
(19) Résumé général de la doctrine Saint-Simonienne (1829-1830), 11° et 13° articles.
(20) Vandervelde. Essais socialistes, L'art,
suite revendus en France, en Angleterre et surtout en Amérique par des marchands sans remords; et ceux-ci exigent parfois de l'artiste un minimum de travail à effectuer chaque mois.
Mais critiquer n’est pas tout; il faut aussi construire. Que deviendrait donc l’art en régime socialiste? M. Vandervelde prévoit la très forte objection qui vient immédiatement à l'esprit; les adversaires du socialisme disent qu'il y a un réel danger à embrigader les artistes dans la société collectiviste. L'on risque d’étouffer ainsi l'expression de leur sensibilité dans ce qu'elle a de plus personnel, soit en leur imposant un travail manuel au profit de la société, soit en exerçant sur eux la tyrannie de l’art d'Etat.
M. Vandervelde répond tout d'abord que les métiers manuels exercés par l'artiste au profit de la collectivité socialiste seraient certainement moins absorbants que ceux pratiqués dans la société capitaliste par des intellectuels profitant du peu de liberté que leur laissent certaines professions, pour écrire, peindre ou sculpter. De plus, il ne faut pas établir une distinction arbitraire entre l'artisan et l'artiste et l’on devrait se rappeler que beaucoup parmi les plus purs artistes du Moyen Age et de la Renaissance étaient des ouvriers. L’intellectuel pourrait d'ailleurs être employé exclusivement à des travaux scientifiques et artistiques pour le plus grand bien de la société; celle-ci prélèverait sur l’ensemble du produit social ce qui serait nécessaire pour assurer l'entrelien du savant et de l'artiste ainsi dégagés
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de tout souci matériel. Enfin, si l’art d'Etat a ses inconvénients, ceux-ci seraient moins grands après le triomphe du socialisme; car en régime capitaliste l’art se borne à refléter « la médiocrité d'esprit des classes possédantes ». Il redeviendrait « la plus haute expression de l’idéal d’un peuple entier ». La grande voix de Jaurès devait également proclamer les aspirations idéales du socialisme dans ce domaine en disant : « C’est nous qui créerons pour la première fois l’art humain : il n y a eu jusqu'ici que des lambeaux d'art humain parce qu'il y a eu jusqu'ici que des lambeaux d'humanité » (21).
Nous avons tenté d'exposer impartialement les solutions que préconisent les socialistes. Mais pour compléter cette étude historique, il faut déterminer dans quelle mesure le mécénat démocratique a déjà réalisé partiellement les conceptions collectivistes.
M. Vandervelde a fort bien compris que l’art d'Etat existait déjà en France, au moment où il écrivait son livre (1906). À l'exception d’une courte période au dix-huitième siècle, l'Etat français — — qu'il fut monarchique ou démocratique — a toujours exercé une influence considérable sur le développement des arts. Quelques exemples significatifs nous montreront que la Troisième République est restée fidèle à cette tradition.
(21) Jean Jaurès. L'art et le socialisme, Revue socialiste, Mmal 1900. -