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nat service public. De plus, il serait nécessaire qué l'opinion publique se souciât davantage de la crise de l'esprit qu'elle ne le fait à l’heure actuelle ; peutêtre l'initiative gouvernementale y contribuerat-elle. Mais, en attendant la venue des temps meilleurs, il faut essayer de s'adapter le mieux possible aux institutions existantes, si imparfaites soientelle, et il y a lieu d'examiner en même temps ce que valent les projets de réformes partielles dont se trouve actuellement saisi le Parlement.
Nous allons donc procéder à l'examen critique des institutions qui constituent le mécénat contemporain ; et nous nous demanderons dans quelle mesure disparaissent ou subsistent la faveur personnelle ou politique, ainsi que l'irrégularité dans l'anarchie, caractères essentiels du mécénat monarchique et aristocratique.
Il faut impartialement noter les premiers signes d'une lente évolution tendant à restreindre l’importance de la faveur dans le fonctionnement de certaines institutions récemment créées. Rappelons à ce sujet l’organisation de la Caisse des Recherches Scientifiques. Nous avons fait remarquer plus haut qu'une influence prépondérante était reconnue aux techniciens par les administrateurs de cette caisse : c’est, en effet, la commission technique qui désigne nominativement les savants auxquels sont attribuées les subventions; seul l'intérêt scientifique des recher-
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ches à entreprendre est à apprécier par les membres de la commission technique. Rappelons également que le conseil d'administration de l'Office des Recherches scientifiques industrielles et des Inventions comprend en majorité des techniciens ; les subventions aux savants et aux inventeurs étant réparties par les soins de cette assemblée, il est donc évident que la faveur administrative n’a pas lieu de s’exercer. Ce sont également des techniciens qui géreraient le conseil d'administration de la Caisse des Universités et des établissements de recherches scientifiques, que M. Pierre Viala, député, propose d'’instituer (14).
M. Pierre Rameil, député, a également voulu mettre fin au règne de la faveur. Nous analyserons plus loin sa remarquable proposition de loi tendant à créer une caisse nationale des lettres, des sciences et des arts ; mais notons dès à présent que d’après le projet de M. Rameïl cette caisse « serait adminisirée par un comité de 4o membres élus pour trois ans par les associalions, sociétés et syndicats littéraires et artistiques et renouvelables par tiers tous les ans. Parmi les groupements qui seraient appelés à élire un ou plusieurs délégués, citons : la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, la Société des Gens de Lettres, la Société des Poètes Français, le Syndicat des Auteurs Dramatiques, :a Confédération des Travailleurs Intellectuels, la Fédération des Artistes Mobilisés, la Société du droit de suite
(14) Nous. parlerons plus loin de ce projet en examinant les tentatives faites pour organiser le mécénat contemporain.
aux Artistes, la Société des Artistes Français, la Société Nationale des Beaux-Arts, la Société du Salon d'Automne, la Société des Artistes Indépendants. Ces délégués seraient élus par leurs pairs. Le Minisire de l'Instruction publique présidera le Comité, mais la gestion, l'administration, la responsabilité de la Caisse nationale appartiendront exclusivement au Comité, qui choisira et appointera lui-même les employés qu'il engagera. Ces précisions semblent de nature à donner satisfaction à ceux qui, pensant que la désignation des membres du Comité serait laissée au Ministre, craignaient que leur indépendance ne s’en ressentit. Si certains des groupements désignent pour siéger au Comité des personnalités dites « officielles », d’autres, par contre, plus nouvellement nés, nomimeront des éléments jeunes. Il ne sera pas mauvais qu'à l'exemple de nos assemblées 11 y ait au sein du comité des représentants de toutes les tendances afin que dans les fonds à distribuer aucun talent ne soit écarté (15) » Bien que nous considérions le syndicalisme intellectuel comme un immense progrès, il est peut-être dangereux de réserver le droit d’élire les membres du comité d’administration aux membres des associations et syndicats d’intellectuels. Les travailleurs de l'esprit ont un intérêt évident à se grouper el à s'organiser ; mails il faut respecter les scrupules — ou, si l'on veut, les caprices — de ceux qui préfèrent vivre dans leur
(19) P. Rameil. Rapport sur le budget des Beaux-Arts, pour 1922. Documents annexes. Chambre des Députés 1921,
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tour d'ivoire. L'adhésion au syndicat ou à l’association doit être recommandée sans avoir à être irnposée. Il nous paraîtrait donc préférable de faire élire les membres du Comité par tous ceux, syndiqués ou non, pouvant justifier qu'ils exercent effectivement la profession d'homme de lettres, d'artiste ou de savant.
Ces réserves failes, nous ne pouvons que trouver excellente l’ingénieuse idée de M. Pierre Rameil. C'est encore du mécénat, mais du mécénat véritablement démocratique, s’opposant au mécénat monarchique de Colbert et au mécénat oligarchique du panacadémisme. :
Disons maintenant ce qu'il faut penser des différents prix institués par des mécènes bien intentionnés et distribués par les soins des académies et des universités. Là également nous consiaterons une certaine régression de la faveur. il est évident que l’anonymat exigé des candidats aux concours organisés par certaines académies ne laisse aucune place à l'arbitraire ; le prix va nécessairement à l’auteur du meilleur mémoire. La récompense n'est plus donnée selon le caprice d’un mécène plus ou moins fantasque ; elle est accordée au savant le pius digne. La même observation pourrait être faite en ce qui concerne les bourses et les prix décernés par le Conseil de l'Université de Paris ; lorsque des fondateurs ont laissé toute liberté à cette assemblée et que n'intervient aucune considération politique ou religieuse, l’on peut dire que la situation de fortune et le mérite des étudiants sont seuls pris en