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considération. C’est là un progrès notable réalisé par le mécénat contemporain.
L'on pourrait se féliciter également de la disparition progressive de la faveur dans le régime des bourses si l’évolution constatée n'était pas aussi lente. Nous avons dit que c’est depuis quelques années seulement que l'examen des services rendus à l'Etat par les familles des boursiers ne constitue plus un élément d'appréciation à retenir par l'autorité qui dispose des bourses. De plus, l’introduction du système des coefficients nous semble marquer la disparition définitive de la faveur; mais nous avons dit que ce système n'était établi que pour les bourses d'enseignement primaire supérieur. Il est question de l’étendre à l’enseignement secondaire et à l’enseignement technique. Pourtant certaines résislances se manifestent à ce sujet. Le décret du 3 mai 1923 — si néfaste par ailleurs — annonce une prochaine transformation du régime des bourses.
D'après les explications fournies à la tribune de la Chambre par M. Léon Bérard, ministre de lInstruction publique, il s'agirait d'unifier le système des examens auxquels sont soumis les boursiers. Souhaitons que la méthode des coefficients soit ainsi vénéralisée.
Üne modification heuréuse aux pratiques suivies jusqu à ces dernières années nous semble également s'être produite en ce qui concerne l'institution des prêts d'honneur aux étudiants. Nous croyons nécessaire de prendre parti dans la controverse qui s’est engagée au sujet des droits éventuels que les
étudiants des Facullés el écoles libres pourraient avoir aux prêts répartis par les soins de l'Office national.
La question scolaire est une question politique. Il en est ainsi depuis le décret du 27 mars 1008, par lequel Napoléon réservait le monopole de l’enseignement à l’Université impériale, véritable ministère de cette police intellectuelle qui était indispensable à la consolidation du régime. Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, la lutte pour la liberté scolaire partiellement obtenue en 1833 est également une lutte politique. Depuis la loi du 15 mars 1860 (loi Falloux), dont les articles 1°, 44 et 49 accordaient des privilèges aux ministres des cultes reconnus et au clergé régulier, se posent des problèmes nouveaux (16), et la bataille pour l'école se livre également sur le terrain religieux. Les lois laïques de la Troisième République — et en particulier la loi du 3o octobre 1886 abrogeant les deux premiers titres de la loi Falloux — ont constitué l'inévitable riposte des défenseurs de l’école neutre.
À l’heure actuelle, la lutte n'est pas terminée et nous n'avons pas à rechercher ici qui porte la lourde responsabilité du conflit. Mais il est indéniable que l’état de siège scolaire subsiste toujours. Déplorer ce fait, c’est encore le constater. Il semble dès lors tout naturel que les partisans de l'ensei-
(16) Gustave Flaubert, en quelques pages brülantes de vie, a montré ce que pouvait être sous ce régime la subordination obligatoire des instituteurs aux ecclésiastiques.
(Bouvard et Pécuchet, édition Conard, p. 272.).
gnement laïque aient refusé de porter secours aux étudiants de certaines Facultés libres à tendances confessionnelles; au premier examen, l’on comprend fort bien que l'Etat ne veuille pas encourager les adeptes d’un enseignement qui combat parfois le sien ou lui fait tout au moins une ardente concurrence. Mais, en réalité, l’on reconnaîtra sans peine que la lutte scolaire est beaucoup moins vive dans le domaine de l'enseignement supérieur que dans celui de l’enseignement primaire. Il n’est aucunement établi que le développement des Facultés et écoles libres fasse courir un danger à la prospérité des établissements de l'Etat. Si cette éventualité se réalisait, il serait peut-être nécessaire de réserver les encouragements aux étudiants des Facultés d'Etat ; mais, pour l'instant, rien n'autorise à assimiler hâtivement la concurrence que se font les écoles officielles et les écoles libres de l’enseignement supérieur à la véritable guerre scolaire engagée entre les partisans et les ennemis de l'école primaire fondée par les républicains de 1881, 1882 et 1886.
L'on peut être très attaché à l’idée laïque, idéeforce de la société moderne et garantie de la liberté de conscience, tout en se refusant à faire intervenir des considérations d'ordre politique dans une discussion où ne se posent en réalité que des problèmes concernant l’organisation économique et le progrès inteilectuel de la France contemporaine.
Si l’on examine objectivement ce que doit être le régime des prêis d'honneur, il faut tenir compte de deux faits essentiels : la situation précaire des