CRÉDIT INTELLECTUEL, CRÉDIT PROFESSIONNEL ET CRÉDIT COLLECTIF
« C’est une vraie société qu'il faut sous peine de perdre les avantages du patronage collectif et de tomber dans la forme.
Mécène. »
ExFANTIN. Epître à la famille Saint-Simonienne (février 1863)
I faut examiner si les principes qui régissent les différentes formes de crédit professionnel sommairement étudiées au cours d’un chapitre précédent, peuvent s'appliquer également au crédit intellectuel. Autrement dit, le crédit intellectuel peut- il être organisé sous forme de crédit spécialisé et de crédi collectif P Et si cette organisation est possible en principe, quelles doivent être pratiquement les institutions susceptibles d'assurer la recherche, le remboursement et la distribution des capitaux?
L'organisation du crédit est certainement un
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des problèmes les plus graves qu'ait à résoudre Île législateur de notre époque. Nous avons déjà indiqué comment l'on avait essayé de procéder à des expériences isolées ; au lieu d'examiner le problème dans son ensemble, l’on a préféré les solutions partielles. Et l’on a tenté d'organiser un certain nombre de crédits spécialisés, c’est-à-dire limités à certaines professions : agriculteurs, marins, petits commerçants.
Il est possible que cette méthode soit la meilleure ; et en tous cas elle a déjà permis d'obtenir certains résultats dans le domaine du crédit agricole ou maritime. Pourquoi n’en serait-il pas de. même en. matière de crédit intellectuel P
Une, objection surgit immédiatement. La psychologie de l’intellectuel, la nature même de son travail contribuent à développer chez lui un certain individualisme. Voilà pourquoi les intellectuels ont été et sont malheureusement toujours les derniers à se servir de ce formidable instrument de puissance qu'est le syndicalisme. N’est-il donc pas à craindre que. le crédit intellectuel, conçu comme crédit professionnel, soit voué à un échec certain ? De plus, les travailleurs intellectuels se livrent à des travaux de nature très diverse ; l'exercice de certaines professions permettra peut-être d'assurer le remboursement des prêteurs: (inventeurs, professions libérales, certains écrivains), alors qu'il n’en sera pas toujours ainsi en ce qui concerne d'autres intellectuels (savants, théoriciens, artistes, etc.). Les uns se rési-
yneront-ils à payer pour les autres ?
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Il ne faut pas se dissimuler la force de cette double objection. Mais il est établi que le syndicalisme intellectuel sous toutes ses formes progresse régulièrement depuis quelques années ; la solidarité des intellectuels ne peut donc que devenir de plus en plus étroite. Quelques francs-tireurs continueront bien à vivre et à combattre isolément ; mais dans l’ensemble l'âpreté de la lutte économique ne peut que rendre plus évidente la nécessité d’unir les efforts de tous les travailleurs de l'esprit. D'ailleurs l'organisation du crédit intellectuel ne sera sans doute pas réalisée avant de longues années ; car il est nécessaire de procéder très prudemment. Pendant ce temps le développement parallèle du syndicalisme intellectuel et du crédit intellectuel sera de nature à rendre moins sérieuses les difficultés qui se rencontrent inévitablement dans toute œuvre de longue haleine.
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La solidarité professionnelle permettra donc aux intellectuels de recourir au crédit collectif. Celui-ci peut être organisé soit comme crédit coopératif, soit comme crédit mutuel.
La législation actuelle reconnaît trois sortes de coopératives : coopératives de production, de consommation et de crédit.
Lse coopératives de production et de consom-. mation sont évidemment des organismes indispensables si l’on veut assurer le développement de la production intellectuelle. Elles permettront d'’as-