GÉRONTE, ARISTE
ARISTE
V ous le traitez bien mal : je ne vois pas quel
crime...
A la bonne heure : il peut obtenir votre eftime, Vous avez vos raifons apparemment : & moi J'ai les miennes auffi, chacun juge pour foi. Je crois, pour votre honneur, que du petit Valere Vous pouviez ignorer le mauvais caraclére.
ARISTE
Ce ton-là m'eft nouveau : jamais votre amitié Avec moi jusqu'ici ne l'avoit employé.
GÉRONTE
Que diable voulez-vous, quelqu'un qui me confeille De m'empêtrer ici d'une Efpéce pareille, M'aime-t-il? Vous voulez que je trouve- parfait Un petit Sufhfant qui n'a que du caquet,
i38 LE MÉCHANT.
D'ailleurs mauvais efprit, qui décide, qui fronde, Parle bien de lui-même, & mal de tout le monde.
ARISTE
Il eft jeune : il peut être indifcret, vain, léger, Mais quand le cœur eft bon, tout peut fe corriger, S'il vous a révolté par une extravagance, Quoique fur cet article il s'obftine au filence, Vous devez moins, je crois, vous en prendre à Ion
cœur Qu'à de mauvais Confeils, dont on fçaura l'auteur. Sur la Méchanceté vous lui rendrez juftice, Valere a trop d'efprit pour ne pas fuir ce vice : Il peut en avoir eu l'apparence et le ton Par vanité, par air, par indifcrétion ; Mais de ce caraclére il a vu la bafieffe : Comptez qu'il eft bien né, qu'il penfe avec nobleffe...
GÉRONTE
Il fait donc l'hypocrite avec vous : en effet Il lui manquoit ce vice & le voilà parfait. Ne me contraignez pas d'en dire davantage, Ce que je fçais de lui...
ARISTE
Cléon...
GÉRONTE
Encor? J'enrage :
Vous avez la fureur de mal penfer d'autrui : Qu'a-t'il affaire Jà ? vous parlez mal de lui, Tandis qu'il vous eftime, & qu'il vous juftifie.
ARISTE
Moi! me judifier.-' Eh! de quoi, je vous prie!
COMÉDIE. i3g
GERONTE
Enfin...
ARISTE
Expliquez-vous, ou je romps pour jamais Vous ne m'eftimez plus fi des foupçons fecrets...
GERONTE
Tenez, voilà Cléon, il pourra vous apprendre, S'il veut, des procédés que je ne puis comprendre. C'eft de mon amitié faire bien peu de cas... Je fors... car je dirois ce que je ne veux pas.