DURVILLE, JOSEPHINE
DURVILLE
Je la devine; mais je veux être obéi.
JOSEPHINE
Cédez à la raison qui pour elle réclame.
DURVILLE
Non , non ; de Saint- Albin elle sera la femme. Mais d'un point important occupons-nous ici. Songe à l'appartement de monsieur Doligny :
11 suspend pour un jour le travail qui l'accable ; Je lui ferai trouver ma maison agréable.
Un administrateur mérite des égards.
Le beau-frere a du goût , il chérit les beaux-arts , Il aime les savans, et j'ai pris soin d'avance D'inviter Saint-Albin. Ils feront connaissance. Mon protégé, je crois, sans peine lui plaira. Qu'en penses-tu ?... Réponds.
JOSÉPHINE
Moi ? qu il Famusera.
INIais n avcz-vous que lui pour égayer la fête ?
DUR VILLE
Nous aurons nos voisins pour qu elle soit complettc , Et de plus, Mérinval, qu'un jour comme aujourd'hui, Je n'ai pas oublié.
JOSÉPHINE
Bon ! parlez-moi de lui.
C'est un bien aimable homme.
DURVÏLLE.
Un peu moqueur.
JOSÉPHINE
Qu'importe !
La raillerie amuse.
DURVILLE
Il la fait un peu forte , Quelquefois.
JOSÉPHINE
Ah! Monsieur, son esprit est charmant:
Sur monsieur Saint-Albin il frappe à tout moment ; Mais c'est avec gaîté ! beau joueur, bon convive, Il a le cœur parfait , s'il a la tête vive. De l'inviter souvent, vous avez bien raison : Nul , mieux que lui, ne sait égayer la maison.
DURVILLE
C'est un joli garçon, riche, célibataire. Qui fait de son plaisir sa principale affaire ; Comme il a de l'esprit, il est couru, fêté ; Il faut de ces gens-là dans la société.
JOSÉPHINE
Mais la vôtre, aujourd'hui, ne sera pas nombreuse. Ah !... monsieur de Limeuil ; la rencontre est heureuse. Il vient fort à-propos , c'est toujours un de plus.
DURVILLE
Oui; mais un importun. Joséphine, au surplus, Tu le soutiens en vain ; il pense que ma nièce Aura heaucoup de bien : c'est ce qui l'intéresse Et ce qui l'encourage à demander sa main.
JOSEPHINE
L'intérêt n'est-il rien pour monsieur Saint- Albin i*
DURVILLE
Taisez-vous. Je prétends , puisqu'on le dit timide , Que bientôt mon accueil à partir le décide. Vas voir, pour Doligny, si l'on fait mes apprêts, Si l'on arrange bien les festons , les bouquets . • .
On entend un coup de fusil.
jNlais quel bruit ?.. il arrive, à ce que je puis croire • . • Eh ! non ; c'est Mérinval.
On aperçoit, dans le fond du jardin , IVIt'rinval entoure' de domestiques et de quelques paysans.